Les objectifs de la conférence
inter-gouvernementale
Extraits du texte adopté par la Commission exécutive confédérale
de la CGT le 3 mai 1996.
Pour les salariés le bilan est lourd : 20 millions de
chômeurs, 55 millions de pauvres, l'exclusion de couches de plus en
plus larges de population, l'instabilité renforcée et la fragilisation du salariat par
une précarité développée de manière effrénée.
Nous refusons l'instauration de cette nouvelle hiérarchie
entre nations qui renforcera toutes les inégalités déjà considérables.
Nous récusons une Europe flexible à plusieurs vitesses, creuset de nouvelles
inégalités, d'oppositions entre travailleurs et peuples avec son corollaire de
manifestations racistes, xénophobes et de replis nationalistes.
(Site de la CGT / juin 1998)
Votations danoises sur le Traité d'Amsterdam
Ils votent sur le Traité dAmsterdam, mais ils se
prononceront en réalité pour ou contre les rapports du royaume avec la Communauté
européenne. Le chef du Gouvernement danois en est en tout cas persuadé.
Face à lEurope, les Danois sont demeurés sceptiques depuis longtemps, depuis les
guerres avec lAllemagne des XVIIIe et XIXe siècles.
Ils sont entrés dans le Marché commun en 1973 plus par intérêt économique que par
amour pour la famille européenne. A un jour du référendum, environ 14 à 19% des
électeurs, selon les sondages, ne savent toujours pas sils doivent cocher le
" JA " (oui) ou le " NEJ "(non).
Les politologues estiment quen dépit des sondages
favorables des derniers jours, la partie nest pas gagnées, et que
dans les dernières heures avant le scrutin, beaucoup dindécis pourraient bien
choisir le camp du refus.
Les enquêtes ont révélé que les Danois votaient plus avec le cur quavec la
raison quand il sagit de lEurope.
Le premier ministre social-démocrate, Poul Nyrup Rasmussen, sait que ses concitoyens
peuvent être irrationnels parfois,
et surtout imprévisibles. Ils lavaient montré le 2 juin 1992 en envoyant une onde
de choc dans toute lEurope, après leur rejet du Traité de Maastricht !
Scepticisme féminin
Les Danois ont un scepticisme sain. Ils ne sont pas indécis
ou confus. Ils réfléchissent plutôt calmement avant de
prendre position, assure le chef du gouvernement.
Jespère et je crois dans la victoire du oui,
martèle-t-il, en se déclarant toutefois préoccupé par le nombre des indécis,
y compris dans son propre parti, et au sein de lélectorat féminin. Les femmes sont
en majorité sceptiques envers
lUnion européenne, dans laquelle elles voient une menace contre la société du
bien-être et lEtat Providence.
Ce que veulent en fait les opposants à Amsterdam,
cest le retrait du Danemark de lUnion européenne !, constate le premier
ministre, reprochant à ceux qui appellent au non à ne présenter aucune alternative
crédible.
Que sera le Danemark en cas de rejet, que nous reste-t-il donc sinon à rejoindre trois
pays, qui pour des raisons
diverses sen sont bien sortis, comme lIslande, grâce à ses mers
poissonneuses, la Norvège, prospère à cause du
pétrole et du gaz, et la Suisse, en raison de ses banques, et surtout de son secret
bancaire, clame-t-il.
Mais le Danemark, qui dépend des exportations, notamment
vers les pays de lUnion européenne, risque de souffrir
dun éventuel isolement : Notre situation sera chaotique, je ne veux même pas
y penser.
La seule chose dont on est sûr, cest quon perdra toute influence, et
quon sera sur la touche de lEurope, assure M.Rasmussen.
Lopposition des jeunes
Christine, étudiante à lUniversité de Copenhague,
nest pas convaincue par de telles mises en garde : On a prédit une catastrophe
en 1992, lorsque nous avons dit non à Maastricht. Rien ne sest passé, au
contraire, on a obtenu ce quon voulait dans le Traité de Maastricht 2, où
lon nous a dispensés des choses quon naimait pas comme la monnaie
unique, la citoyenneté européenne ou la coopération judiciaire, rappelle-t-elle.
En fait, jai le sentiment, dit-elle, que les Danois sont fiers davoir sonné
le réveil de lEurope en 1992, dêtre toujours les rebelles, qui osent dire
tout haut ce quils pensent sans avoir peur des conséquences de leurs actes !
Les jeunes sont pour la plupart opposés au Traité
dAmsterdam, qui ouvre, selon eux, la voie vers une Europe fédérale, encore plus
unioniste, un château fort Europe qui, au lieu de réunifier le Vieux-Continent, divise
encore plus lEurope
de lOuest, en créant, après la chute du Mur de Berlin, un nouveau mur entre les
riches et les pauvres.
Dans le camp du non, qui regroupe pêle-mêle des gens de tous bords, même dans les
partis pro européens,
les arguments divers des partis de mouvements dextrême droite et dextrême
gauche sonnent mieux dans les oreilles
des Danois, très sourcilleux surtout sur leur sacro-sainte souveraineté.
Les opposants ont ainsi pu canaliser les craintes diffuses
des citoyens : Nous avons peur quavec ce traité,
ce sont les frontières qui vont disparaître, en laissant la porte ouverte aux
réfugiés, aux immigrés et aux criminels !
pense Inger Madsen, pédagogue, dans une crèche à Copenhague.
Regardant fièrement le drapeau bleu étoilé européen,
Flemming Karverg, chef dune grande entreprise dimport-export
en vins et spiritueux à Copenhague, baisse les bras : Je ne comprend pas mes
concitoyens. Je ne comprends pas
leur peur et leur réticence envers lEurope.
Nous ne pouvons pas vivre sur une île, un non serait une catastrophe pour le pays.
Les autres pays européens en ont assez de nous, en ont
assez de cet Etat qui veut toujours plus et qui me peut
coopérer quà sa guise. 5,2 millions dhabitants ne peuvent pas arrêter la
marche dune Europe de
300 millions dhabitants qui veulent aller plus loin !
(24Heures/Slim Allagui/mai 1998)
La monnaie unique(euro)
Par Mario Carera, membre du parti
socialiste vaudois
Historique, ladjectif pourtant usé jusquà la
corde a, cette fois, toute sa force. Lintroduction de leuro,
dès lan prochain, est effectivement historique : onze Etats industrialisés
acceptent de plein gré la disparition de
leur monnaie, avec la perte de souveraineté que cela implique. Corollaire de lunion
économique, lUnion monétaire
va véritablement réalisé le grand marché de 320 millions de consommateurs, aviver la
concurrence au sein de lUnion
et renforcer lEurope face aux Etats-Unis notamment. Ce bond en avant européen est
impressionant, mais les buts et priorités inquiètent. Bref panorama.
Les tâches de la nouvelle Banque centrale européenne (BCE)
dabord. Indépendante du pouvoir politique, elle doit maintenir la stabilité de
leuro et des prix. En gros, veiller à toute reprise de linflation. Très
bien, en soi. Mais,
contrairement à sa grande sur, la Banque centrale américaine, elle ne poursuit pas
dobjectif de croissance.
On voit dici les dérives possibles : sans légitimité démocratique, lil rivé sur linflation et les taux dintérêts, le directoire de la BCE ne va guère se préoccuper de croissance, encore moins demplois.
Comment faire encore patienter les 17 millions de chômeurs
de lUE à qui on répète depuis des années que leuro va dégager
lhorizon ?
Il ne suffit pas de croire que la stabilité monétaire stimule linvestissement ou
de se réjouir que larrivée de leuro coïncide avec une reprise de la
croissance en Europe (dans les 3%), linexistence dobjectifs de croissance et
demplois inquiète.
On en sait quelque chose en Suisse, où une semblable politique de la Banque nationale,
rivée sur la lutte anti-inflation, a coûté des dizaines de milliers demplois dans
les années nonante.
Leuro, monnaie unique dans un marché unique, va
renforcer la comparaison des coûts, des prix et donc stimuler la concurrence.
Jusquici, les pays en difficulté dévaluaient leur monnaie et regagnaient ainsi un
avantage à lexportation. Avec leuro, cest bien sûr fini. La guerre
économique de la compétitivité va donc se déplacer de la monnaie aux salaires et à la
fiscalité.
La pression à la déréglementation salariale et au travail non déclaré, le travail au
noir touche quelque 20 millions de personnes dans lUE, va se renforcer. Et les
tricheries fiscales des Etats pour attirer les entreprises vont saffiner, se
diversifier.
Les politiques régionales, de solidarité envers les
régions pauvres de lUE, sont largement laissées au marché (leuro
crée la stabilité, donc une bonne allocation des ressources !). Contrairement aux
USA qui disposent dun gros budget central qui peut aider les Etats en difficultés,
le budget de lUE reste faible (1,2% du PIB européen), sans grande
marge de manuvre en cas de crise conjoncturelle. Et cette marge de relance, de
politique anticyclique, nexiste plus
guère dans les budgets nationaux, restés en principe autonomes mais sous la contrainte
des critères de convergence
de leuro.
Enfin, en assurant une plus grande mobilité du capital, leuro va accélérer les fusions, surtout dans le secteur des services (banques, assurances). LEuropéen pourra sassurer où il veut (quelle ivresse !). Mais les destructions demplois dans ce secteur vont se poursuivre.
Leuro a déminentes conséquences politiques,
mais lUE na pas de projet politique fort. Tout le paradoxe est là.
Il nexiste pas de volonté commune de relancer lemploi, de rapprocher les
conditions salariales, dharmoniser les
politiques fiscales, de renforcer les solidarités entre régions.
Sans cet espace politique, leuro créera une zone de libre-échange, sans plus.
Leuro doit trouver sa prolongation dans lunion politique, et pas dans le
retour au protectionnisme national.
La question est centrale, car lécart actuel entre la
priorité à léconomie et la faiblesse du politique va créer des
frustrations, sociales et nationales, qui affaibliront lidée européenne.
(24Heures/mai 1998)