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Secoués par la crise, les Suédois ne croient plus en l’Etat Providence


Le modèle suédois de bien-être assuré à tous fait partie de l’histoire.
"Nous vivons sur un nuage d'illusions. Regardez les hôpitaux, les conditions de vie des retraités, des chômeurs et des familles avec enfants et vous comprendrez pourquoi il y a tellement de gens qui ne croient plus aux politiciens" confie Gosta Nilsson, chef d’une petite entreprise commerciale de Malmö, troisième ville de Suède.
"Je ne veux pas de leur propagande !" dit-il, refusant ostensiblement les tracts remis par des militants de toutes tendances aux passants.
"Ils promettent tous monts et merveilles, mais dès qu’ils sont au pouvoir, la réalité est tout autre ! " estime-il.
"Et pourquoi est-on entré dans ce Marché commun ? ça nous a rien rapporté, rien, même pas la libéralisation de la
vente de l’alcool ou la baisse du prix du tabac", s’exclame-t-il. Comme Gosta Nilsson, beaucoup de Suédois regrettent l’adhésion de leur pays, en 1994, à l’Union européenne, avec 52,5% des voix.

Aujourd’hui, les pro-Européens ne seraient plus que 30%, et les opposants, de plus en plus nombreux, réclament un nouveau référendum sur l’UE.

Le Parti de la gauche, anti-UE, connaît ainsi une popularité record, créditée de 12% des intentions de vote, doublant ainsi ses voix de 1994.

(24Heures/Slim Allagui/septembre 98)

Les objectifs de la conférence inter-gouvernementale
Extraits du texte adopté par la Commission exécutive confédérale
de la CGT le 3 mai 1996.

Dans un contexte de crise, la conférence intergouvernementale ouverte le 29 mars vise à étendre le champ des
politiques communes en matière de défense, sécurité, police et à réformer les institutions. En fait, il s'agit d'amorcer un processus tout à fait nouveau dont l'objectif central est la monnaie unique et, sur cette base, l'émergence d'une Europe noyau dur, une Europe à plusieurs vitesses.

Cette transformation représente un véritable tournant dans la construction européenne. Elle s'inscrit dans le processus actuel de mondialisation, d'exacerbation des concurrences et concentrations entre les grands groupes qui débouchent,
au nom de la compétitivité internationale sur les délocalisations, la sous-traitance, les zones franches.
Les grandes firmes s'appuient sur les nouveaux réseaux technologiques, véritables enjeux pour étendre leur maîtrise économique et financière.
Cette construction européenne, dominée par les critères de convergences nominaux définis dans le Traité de Maastricht pour réaliser l'Union Economique Monétaire, conduit dans tous les pays à des politiques déflationnistes visant à la réduction des dépenses publiques de santé, de protection sociale, des retraites et préconisant la privatisation des services publics.

Avec la monnaie unique, l'emploi, les salaires resteront la seule variable d'ajustement pour les pays adoptant une monnaie unique, mais aussi pour les autres pays compte tenu des exigences qui leur seront imposées.

Pour les salariés le bilan est lourd : 20 millions de chômeurs, 55 millions de pauvres, l'exclusion de couches de plus en
plus larges de population, l'instabilité renforcée et la fragilisation du salariat par une précarité développée de manière effrénée.

Nous refusons l'instauration de cette nouvelle hiérarchie entre nations qui renforcera toutes les inégalités déjà considérables.
Nous récusons une Europe flexible à plusieurs vitesses, creuset de nouvelles inégalités, d'oppositions entre travailleurs et peuples avec son corollaire de manifestations racistes, xénophobes et de replis nationalistes.

(Site de la CGT / juin 1998)


Votations danoises sur le Traité d'Amsterdam

Ils votent sur le Traité d’Amsterdam, mais ils se prononceront en réalité pour ou contre les rapports du royaume avec la Communauté européenne. Le chef du Gouvernement danois en est en tout cas persuadé.
Face à l’Europe, les Danois sont demeurés sceptiques depuis longtemps, depuis les guerres avec l’Allemagne des XVIIIe et XIXe siècles.
Ils sont entrés dans le Marché commun en 1973 plus par intérêt économique que par amour pour la famille européenne. A un jour du référendum, environ 14 à 19% des électeurs, selon les sondages, ne savent toujours pas s’ils doivent cocher le " JA " (oui) ou le " NEJ "(non).

Les politologues estiment qu’en dépit des sondages favorables des derniers jours, la partie n’est pas gagnées, et que
dans les dernières heures avant le scrutin, beaucoup d’indécis pourraient bien choisir le camp du refus.
Les enquêtes ont révélé que les Danois votaient plus avec le cœur qu’avec la raison quand il s’agit de l’Europe.
Le premier ministre social-démocrate, Poul Nyrup Rasmussen, sait que ses concitoyens peuvent être irrationnels parfois,
et surtout imprévisibles. Ils l’avaient montré le 2 juin 1992 en envoyant une onde de choc dans toute l’Europe, après leur rejet du Traité de Maastricht !

Scepticisme féminin

Les Danois ont un scepticisme sain. Ils ne sont pas indécis ou confus. Ils réfléchissent plutôt calmement avant de
prendre position, assure le chef du gouvernement.

J’espère et je crois dans la victoire du oui, martèle-t-il, en se déclarant toutefois préoccupé par le nombre des indécis,
y compris dans son propre parti, et au sein de l’électorat féminin. Les femmes sont en majorité sceptiques envers
l’Union européenne, dans laquelle elles voient une menace contre la société du bien-être et l’Etat Providence.

Ce que veulent en fait les opposants à Amsterdam, c’est le retrait du Danemark de l’Union européenne !, constate le premier ministre, reprochant à ceux qui appellent au non à ne présenter aucune alternative crédible.
Que sera le Danemark en cas de rejet, que nous reste-t-il donc sinon à rejoindre trois pays, qui pour des raisons
diverses s’en sont bien sortis, comme l’Islande, grâce à ses mers poissonneuses, la Norvège, prospère à cause du
pétrole et du gaz, et la Suisse, en raison de ses banques, et surtout de son secret bancaire, clame-t-il.

Mais le Danemark, qui dépend des exportations, notamment vers les pays de l’Union européenne, risque de souffrir
d’un éventuel isolement : Notre situation sera chaotique, je ne veux même pas y penser.
La seule chose dont on est sûr, c’est qu’on perdra toute influence, et qu’on sera sur la touche de l’Europe, assure M.Rasmussen.

L’opposition des jeunes

Christine, étudiante à l’Université de Copenhague, n’est pas convaincue par de telles mises en garde : On a prédit une catastrophe en 1992, lorsque nous avons dit non à Maastricht. Rien ne s’est passé, au contraire, on a obtenu ce qu’on voulait dans le Traité de Maastricht 2, où l’on nous a dispensés des choses qu’on n’aimait pas comme la monnaie unique, la citoyenneté européenne ou la coopération judiciaire, rappelle-t-elle.
En fait, j’ai le sentiment, dit-elle, que les Danois sont fiers d’avoir sonné le réveil de l’Europe en 1992, d’être toujours les rebelles, qui osent dire tout haut ce qu’ils pensent sans avoir peur des conséquences de leurs actes !

Les jeunes sont pour la plupart opposés au Traité d’Amsterdam, qui ouvre, selon eux, la voie vers une Europe fédérale, encore plus unioniste, un château fort Europe qui, au lieu de réunifier le Vieux-Continent, divise encore plus l’Europe
de l’Ouest, en créant, après la chute du Mur de Berlin, un nouveau mur entre les riches et les pauvres.
Dans le camp du non, qui regroupe pêle-mêle des gens de tous bords, même dans les partis pro européens,
les arguments divers des partis de mouvements d’extrême droite et d’extrême gauche sonnent mieux dans les oreilles
des Danois, très sourcilleux surtout sur leur sacro-sainte souveraineté.

Les opposants ont ainsi pu canaliser les craintes diffuses des citoyens : Nous avons peur qu’avec ce traité,
ce sont les frontières qui vont disparaître, en laissant la porte ouverte aux réfugiés, aux immigrés et aux criminels !
pense Inger Madsen, pédagogue, dans une crèche à Copenhague.

Regardant fièrement le drapeau bleu étoilé européen, Flemming Karverg, chef d’une grande entreprise d’import-export
en vins et spiritueux à Copenhague, baisse les bras : Je ne comprend pas mes concitoyens. Je ne comprends pas
leur peur et leur réticence envers l’Europe.
Nous ne pouvons pas vivre sur une île, un non serait une catastrophe pour le pays.

Les autres pays européens en ont assez de nous, en ont assez de cet Etat qui veut toujours plus et qui me peut
coopérer qu’à sa guise. 5,2 millions d’habitants ne peuvent pas arrêter la marche d’une Europe de
300 millions d’habitants qui veulent aller plus loin !
(24Heures/Slim Allagui/mai 1998)

La monnaie unique(euro)
Par Mario Carera, membre du parti socialiste vaudois

Historique, l’adjectif pourtant usé jusqu’à la corde a, cette fois, toute sa force. L’introduction de l’euro,
dès l’an prochain, est effectivement historique : onze Etats industrialisés acceptent de plein gré la disparition de
leur monnaie, avec la perte de souveraineté que cela implique. Corollaire de l’union économique, l’Union monétaire
va véritablement réalisé le grand marché de 320 millions de consommateurs, aviver la concurrence au sein de l’Union
et renforcer l’Europe face aux Etats-Unis notamment. Ce bond en avant européen est impressionant, mais les buts et priorités inquiètent. Bref panorama.

Les tâches de la nouvelle Banque centrale européenne (BCE) d’abord. Indépendante du pouvoir politique, elle doit maintenir la stabilité de l’euro et des prix. En gros, veiller à toute reprise de l’inflation. Très bien, en soi. Mais,
contrairement à sa grande sœur, la Banque centrale américaine, elle ne poursuit pas d’objectif de croissance.

On voit d’ici les dérives possibles : sans légitimité démocratique, l’œil rivé sur l’inflation et les taux d’intérêts, le directoire de la BCE ne va guère se préoccuper de croissance, encore moins d’emplois.

Comment faire encore patienter les 17 millions de chômeurs de l’UE à qui on répète depuis des années que l’euro va dégager l’horizon ?
Il ne suffit pas de croire que la stabilité monétaire stimule l’investissement ou de se réjouir que l’arrivée de l’euro coïncide avec une reprise de la croissance en Europe (dans les 3%), l’inexistence d’objectifs de croissance et d’emplois inquiète.
On en sait quelque chose en Suisse, où une semblable politique de la Banque nationale, rivée sur la lutte anti-inflation, a coûté des dizaines de milliers d’emplois dans les années nonante.

L’euro, monnaie unique dans un marché unique, va renforcer la comparaison des coûts, des prix et donc stimuler la concurrence. Jusqu’ici, les pays en difficulté dévaluaient leur monnaie et regagnaient ainsi un avantage à l’exportation. Avec l’euro, c’est bien sûr fini. La guerre économique de la compétitivité va donc se déplacer de la monnaie aux salaires et à la fiscalité.
La pression à la déréglementation salariale et au travail non déclaré, le travail au noir touche quelque 20 millions de personnes dans l’UE, va se renforcer. Et les tricheries fiscales des Etats pour attirer les entreprises vont s’affiner, se diversifier.

Les politiques régionales, de solidarité envers les régions pauvres de l’UE, sont largement laissées au marché (l’euro
crée la stabilité, donc une bonne allocation des ressources !). Contrairement aux USA qui disposent d’un gros budget central qui peut aider les Etats en difficultés, le budget de l’UE reste faible (1,2% du PIB européen), sans grande
marge de manœuvre en cas de crise conjoncturelle. Et cette marge de relance, de politique anticyclique, n’existe plus
guère dans les budgets nationaux, restés en principe autonomes mais sous la contrainte des critères de convergence
de l’euro.

Enfin, en assurant une plus grande mobilité du capital, l’euro va accélérer les fusions, surtout dans le secteur des services (banques, assurances). L’Européen pourra s’assurer où il veut (quelle ivresse !). Mais les destructions d’emplois dans ce secteur vont se poursuivre.

L’euro a d’éminentes conséquences politiques, mais l’UE n’a pas de projet politique fort. Tout le paradoxe est là.
Il n’existe pas de volonté commune de relancer l’emploi, de rapprocher les conditions salariales, d’harmoniser les
politiques fiscales, de renforcer les solidarités entre régions.
Sans cet espace politique, l’euro créera une zone de libre-échange, sans plus. L’euro doit trouver sa prolongation dans l’union politique, et pas dans le retour au protectionnisme national.

La question est centrale, car l’écart actuel entre la priorité à l’économie et la faiblesse du politique va créer des
frustrations, sociales et nationales, qui affaibliront l’idée européenne.
(24Heures/mai 1998)

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