SuisseForum | Violence à l'école
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Ce dossier est séparé en 4 parties:
-Editorial du magazine Construire (www.construire.ch)
-Un interview
-Une lettre d'une lectrice (publié dans ce magazine)
-Et un texte essayant d'apporter des réponses au problème de la
violence.
Ecole: Le retour du bâton ?
EDITO: Construire N°16,
20/04/99, par Jean-Marc Crevoisier
A entendre les enseignants, ou tout au moins
certains de leurs représentants
qui tirent la sonnette d'alarme, on pourrait croire que nos petits écoliers seraient
devenus
d'affreux petits monstres terrorisant ces derniers. Selon une récente étude, trois
enseignants
sur quatre sont confrontés, plus fois par semaine, à des problèmes de discipline.
Le tiers des maîtres serait même obligé de faire la police dans les classes
plusieurs fois par jour. Une situation intenable qui a poussé l'Association faîtière
des enseignantes et des enseignants de Suisse à réagir.
Elle a récemment publié un manuel pour venir en aide aux profs en détresse.
Le phénomène se développe en Europe, l'insubordination des élèves sape l'autorité
des pédagogues. Autorité: le mot est lâché. C'est parce que celle des enseignants
n'est
plus respectée que les choses iraient mal. Le retour à l'autorité n'est d'ailleurs pas
uniquement réclamé dans les écoles. La famille et la société sont également
interpellées.
Il s'agit en quelque sorte de sortir du laxisme hérité de Mai 68.
Faut-il pour autant réintroduire une discipline de fer dans les classes? Il y a fort à
parier
qu'une telle manière de procéder serait un coup d'épée dans l'eau.
Cela d'autant plus que dans une société qui perd ses repères et ses valeurs,
les "petits soldats pétris de discipline" ne sont sûrement pas les mieux
armés pour faire chemin.
Que faire alors si les enfants d'aujourd'hui, et c'est heureux, ne se satisfont plus d'un
sec et sonnant: "parce que c'est comme ça"? Que faire si l'on est enseignant,
aussi père de famille,
et que l'on ne peut plus s'appuyer sur le seul prestige personnel, sur l'aura que
cette "fonction" nous conférait il n'y a pas si longtemps encore?
Il serait illusoire de croire que le laisser-aller est la solution. Responsabiliser ses
enfants
ou ses élèves, encourager leur indépendance, c'est bien. Mais à condition que cela se
fasse dans un cadre bien établi où les droits et les devoirs des uns et des
autres sont clairement délimités.
L'autorité, à ne pas confondre avec l'autoritarisme, ne devrait pas être pesante
si l'on arrive à faire la démonstration qu'elle peut être utile. Et qu'un élève qui
s'y astreint
augmentera ses chances d'avoir de bonnes performances scolaires, par exemple.
Ce n'est qu'à ce prix-là qu'on évitera le pire: à savoir le retour de la politique du
bâton.
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©Construire
Interview de Mme Marie-Claire Tabin, prés. du Synd. des
enseignants romands.
Propos recueillis par
Marie-Jeanne Krill
Le retour de la discipline dans les écoles : Règles claires à respecter, menaces
d'exclusion
dans les cas graves, la tendance est à nouveau à la rigueur dans les classes.
Construire
On enregistre aujourd'hui un retour à davantage de sévérité dans les écoles.
Dans le canton de Berne, on évoque même la possibilité de permettre aux
enseignants d'exclure de leur propre chef un élève particulièrement chahuteur ou
difficile.
Une bonne idée?
M-C. T
Je ne connais pas le contenu exact de cette proposition. Mais l'idée en tant telle ne
me plaît pas beaucoup. Une décision d'exclusion, même très temporaire, à l'encontre
d'un élève est extrêmement grave. Elle devrait rester tout à exceptionnelle et surtout
ne
jamais être prise par une seule personne, mais au sein d'une équipe et
après avoir entendu les parents et l'élève. L'enseignant confronté à un
problème de discipline doit savoir qu'il n'est pas tout seul, qu'il peut dialoguer
avec ses collègues, les responsables de l'école, les parents et le Service
médico-scolaire de sa commune.
Construire
On constate également un phénomène de "burn out" chez certains enseignants
qui n'arrivent plus à tenir leur classe
M-C. T - C'est effectivement une réalité qui nous préoccupe et que l'on ne doit
pas cacher.
Ces enseignants qui paniquent et qui craquent face à des élèves trop turbulents
ne sont pas des exceptions. Et il ne s'agit pas seulement de personnes
particulièrement sensibles. On apprend aujourd'hui aux élèves à être plus autonomes,
à prendre la parole, voire à contester ce que dit le professeur. C'est un progrès.
Mais la tâche de l'enseignant ne s'en trouve pas facilitée.
Construire
Que faire pour éviter ce genre de situation?
M-C. T
Beaucoup d'instituteurs et de professeurs ne sont pas préparés à ces exigences.
C'est donc essentiellement une question de formation et aussi de solidarité au sein de la
profession.
L'enseignant a trop longtemps été laissé seul face à sa classe. En cas de conflit
ouvert avec un élève, il ne devrait plus hésiter à demander un coup de main
à un collègue. Une intervention extérieure peut parfois débloquer une situation
qui paraissait sans issue et éviter une surenchère dans le conflit.
Construire
Et du côté des élèves?
M-C. T
Donner davantage d'autonomie aux élèves, c'est bien. Mais il faut faire attention
à ne pas les charger d'une trop grande responsabilité. Les enfants ont besoin
d'être rassurés et encouragés. Ils ont aussi et surtout besoin qu'on leur fixe des
limites et des repères clairs. La plupart des classes et des écoles romandes
établissent d'ailleurs aujourd'hui des chartes en matière de discipline, chartes souvent
élaborées en commun avec les écoliers et qu'ils se doivent de respecter sous
peine de sanctions, aussi décidées en commun.
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©Construire
Une
lettre d'une lectrice
Publié dans le magazine construire
Relativement à l'article intitulé "Le retour de la discipline dans les
écoles",
j'aimerais bien donner mon avis: la violence des élèves dans les établissements
scolaires est un phénomène tout à fait nouveau et qui n'existait pratiquement pas
jadis.
Cette violence en question n'est qu'une
conséquence directe des différents
problèmes sociaux de plus en plus nombreux que vivent les familles actuellement.
Je ne pense pas qu'on puisse remédier à ce phénomène en accordant
aux élèves plus de liberté dagir, dautonomie et dindépendance à
cause d'un possible
abus quentraîneraient une anarchie et une indiscipline incontrôlable.
Au contraire, il faut que le personnel de l'école, et essentiellement le corps
enseignant,
soit plus exigeant quant à la discipline, le respect d'autrui et le
bon comportement individuel dans ce lieu sacré.
Il est temps que l'enseignant reprenne son
ancienne image, son autorité,
et qu'il redevienne comme avant une personne sûre d'elle et seul juge dans son cercle de
travail.
Cela évidemment tout en respectant lui aussi ses élèves, en assurant
le bon contact humain et surtout en étant ouvert avec eux,
les écoutant et les aidant dans la mesure du possible pour résoudre leurs problèmes.
Naima K., (Lu)
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©Construire
Réaction
au texte précédant, et tentative de réponses à la question de la violence
Par M.Tafelmacher, Pully (VD)
En réponse à la missive de Mme Naima K.,
j'aimerais pouvoir formuler quelques objections :
- la violence des élèves dans les cours de recréation a toujours existé,
le monde des enfants est dur et sans pitié, à l'image de la société dans laquelle ils
vivent.
Ce sont les formes qu'a prise cette violence qui changent mais l'agressivité de base
reste
terriblement vivace : le racisme, l'élitisme, la domination des clans, les jeux de guerre
et
de bataille, le pouvoir des grands sur les petits, le sadisme du corps enseignant,
la chasse aux différents, aux timides et à tous ceux qui ne sont pas comme les autres,
etc,
étaient des actes courants dans les établissements scolaires de tous les temps.
- la violence est une conséquence d'un refoulement subi par une répression autoritaire
et
une discipline moralisante. La violence n'est que l'ultime façon que l'inconscient a de
se
manifester lorsque, emprisonné dans un carcan étouffant, il cherche à s'en défendre.
La violence du jeune n'est que sa tentative désespérée de se retrouver, de s'habiter
face
au pouvoir autoritaire et ses exigences, face au modèle totalitaire
du "bon comportement individuel" de la société.
- l'anarchie n'est pas gabegie, ni indiscipline, c'est une vision de la vie en société;
par contre notre monde issu du moralisme du 19ième siècle, l'est devenu par les abus
commis au nom de la société de consommation, de la compétition, du profit et des
valeurs
absconses que l'on nous professe actuellement. Au nom de la prospérité, de
l'enrichissement,
du développement, nous avons fabriqué une société sans respect livrée à la merci
de tous les hommes d'affaires opportunistes qui sèment une pagaille pas possible dans la
tête des gens.
- L'ancienne image de l'enseignant avec son droit de frappe disciplinaire sur
les élèves n'est vraiment pas une image très progressiste pour les jeunes qui,
empêtrés dans les rets d'une société manipulatrice à souhait, cherchent d'autres
fonctionnements plus en rapport avec les connaissances humaines que nous avons
acquises depuis quelque temps : l'autogestion, la participation, la résolution
pacifique des conflits, l'engagement personnel et volontaire, etc.
Par contre, il y a des vérités qui
méritent d'être connues :
- le but premier de l'école est d'amener les enfants à leur autonomie et leur
indépendance,
en les permettant de faire l'apprentissage de la liberté d'agir par la prise de
conscience de
leur personne et de leur environnement, de leurs aspirations et désirs.
Les refuser cela au nom d'un possible abus hypothétique équivaux à un déni de leur
personne et c'est une des premières raisons du passage à la violence.
- la seule façon de remédier au phénomène de la violence est précisément
d'accorder aux élèves plus de liberté d'agir, d'autonomie et d'indépendance et par
une participation active et empathique des enseignants, lentement amener les enfants
à une compréhension holistique de la vie et de leur entourage. C'est le vrai respect des
autres.
La discipline autoritaire n'a jamais résolu les problèmes humains et le respect de
l'autre
passe d'abord par une large compréhension de la psychologie de l'inconscient.
Et si la seule solution que vous proposez pour résoudre ce problème est
plus de discipline, plus de répression, plus d'exigences, toutes choses qui aggraveront
la situation, alors le problème ne sera jamais résolu. Or cette violence est le fait de
la
société toute entière et elle est présente dans tous ses aspects et chez chaque
individu.
Réduire le problème de la violence à une question de bon comportement est la meilleure
façon
de le renforcer.
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©Georges Tafelmacher & SuisseForum
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