Libération est le premier quotidien français à avoir mis son édition en ligne. En 1995, les dirigeants du quotidien réalisent qu'internet est en passe de devenir un phénomène majeur en matière de communication. Quelques mois après la naissance de son édition papier, le cahier multimédia est mis en ligne (1995). Au départ, le site de Libération ne faisait que transposer le contenu du cahier, puis à été enrichi par des articles du quotidien, avant d'abriter la totalité de l'édition, à l'exception des articles brefs.
Quelles ont été les objectifs visés par Libération lors de la mise en ligne de ses éditions ?
La création de l'édition en ligne du quotidien a été motivée par divers objectifs . En premier lieu, il s'agissait de faciliter l'accès des français vivant à l'étranger à leur journal habituel, internet mettant un terme tant aux problèmes de retard qu'à ceux liés au prix. Aujourd'hui encore, 50% des connexions au site proviennent de l'étranger. En second lieu, Libération.com a pour vocation d'offrir aux lecteurs un contenu différencié de l'édition papier en proposant différents services et en ajoutant de nombreuses données supplémentaires: dossiers, interviews, accès aux sources... Il s'agissait également de favoriser la participation des lecteurs au journal vias les forums de discussion et le courrier électronique. Enfin, l'édition en ligne permet une actualisation permanente de l'information en se libérant de la contrainte de périodicité.
L'interactivité semble être devenu le maître mot des éditions en ligne. Qu'en est-il concrètement ?
Le support internet offre deux outils d'échange avec le lecteur
: le courrier électronique et les forums de discussion.
Dans le cahier multimédia
de l'édition en ligne, les signatures des articles sont autant de
liens vers les adresses e-mail des journalistes, ce qui permet de communiquer
immédiatement une réaction, un avis, un désaccord
avec le point de vue exposé. Sur le fond, il n'y a pas de différence
fondamentale avec le traditionnel courrier des lecteurs; seulement, internet
facilite grandement la correspondance et permet au journaliste de répondre
très rapidement.
Pour ce qui est des forums
de discussion, ils connaissent un très grand succès sur le
site de Libération, tant au niveau du nombre de visite que
de celui des réactions. Ces dernières, avant d'être
mises en ligne subissent un contrôle de "légalité".
Il ne s'agit pas de sanctionner leur qualité mais seulement de s'assurer
qu'elles ne contiennent aucun propos interdit par la loi. A titre d'exemple,
il y a actuellement un forum ouvert sur le thème du FN: une contribution
à teneur révisionniste serait évidemment écartée.
En moyenne, 7,74% des
pages consultés sur le site sont celles abritant les forums, ce
qui équivaut à 400 000 pages vues par mois. Actuellement,
les forums donnant lieu au plus de contributions sont ceux portant sur
le Kosovo, le FN et le PACS, le procès Microsoft ou l'affaire Monica
Lewinski étant en très nette baisse de régime.
Par ailleurs, les responsables
du Web projettent de transmettre directement aux journalistes les
réactions les plus intéressantes sur les sujets qu'ils traitent.
Peut-on parler d'un nouveau journalisme ?
Les articles sont désormais remis en contexte puisque, les contraintes de place ayant disparues, ils peuvent être enrichis de lien divers conduisant le lecteur vers des compléments d'information. Pour autant, je ne pense pas que les techniques rédactionnelles en tant que telles aient véritablement changé. Les article "sec" (en dehors de tout lien) ressemblent encore beaucoup à ceux que l'on trouve dans les journaux papier. Ce qui change plus sensiblement, c'est la mise en page puisqu'on passe d'une structure linéaire à une structure en arborescence. Or à Libération, le journaliste n'assure pas lui-même la mise en page. Il livre un article (ou celui-ci est puisé dans notre base de donnée) au secrétaire de rédaction qui s'en occupe. C'est ce dernier qui choisis les liens internes. Mais dans certains cas, la mise en contexte de l'article par des liens externes est assurée par le journaliste lui même et complétée par le secrétaire de rédaction.
Internet est une formidable source d'information pour le journaliste. Comment l'utilise-t-il ?
Bien évidemment, le réseau offre une très grande richesse
documentaire. Et comme avec toute sorte de source, il convient d'être
méfiant et critique à son égard. Pour cela, il est
nécessaire d'être bien renseigné sur la nature des
sites consultés. Les sites d'entreprise, par exemple, offrent souvent
des informations de qualité que nous utilisons beaucoup. Le site
Microsoft
a fourni beaucoup d'informations utiles au sujet de son procès.
D'une manière générale, toutes les infos du net sont
à manier avec précaution et le lecteur doit être mis
au courant de l'origine des sources. Par ailleurs, aussi riche qu'il puisse
être, le réseau ne fait que compléter et non remplacer
l'investigation de terrain.
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Interviews de Samuel Loutaty (Le Petit Bouquet)
Bernard Boudic (Ouest-France)
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