LA FORMATION DU CYBERJOURNALISTE
La majeure partie des journalistes qui travaillent sur le web n'ont reçu
au départ aucune formation spécifique pour ce support. Ils se
sont formés sur le tas et se distinguent de ceux de leurs collègues
qui n'utilisent pas encore l'outil Internet par un goût souvent prononcé
pour la micro-informatique. L'exemple du responsable du service web de Ouest-France
est significatif: professionnel expérimenté et intéressé
par tout ce qui touche à la micro-informatique et à l'information
scientifique et technique, Bernard Boudic se tourne
vers le support interactif en 1996.
Mais toutes les personnes qui effectuent un travail de rédaction
pour les services web des journaux ne sont pas journalistes ou tout au
moins ne sont pas reconnus comme tels...ce qui pose la question de leur
statut.
Des filières visant à donner aux professionnels qui travaillent
sur le support interactif de solides qualifications se mettent peu à
peu en place. A l'Ecole Supérieure de Journalisme de Lille (E.S.J.) par
exemple, la filière
"journalime multimédia" cherche à améliorer les connaissances
théoriques et techniques des journalistes chevronnés ou fraîchement
diplômés. Cette formation est censée permettre au journaliste
multimédia de mieux dialoguer avec les autres corps de métier
opérant dans les services web des journaux: informaticiens, graphistes...
Elle est également censée lui apprendre à adapter son savoir-faire
en matière de traitement de l'information aux supports multimédias.
Le contenu de la formation est complet: histoire, économie, droit, éthique
des médias et du multimédia; notion de programmation informatique
et de langage HTML et Javascript; infographie...
L’ECRITURE SUR LE WEB

Avec l’avènement d’Internet, les modes d’investigation du journaliste se multiplient, l’information se différencie, mais qu’en est-il de l’écriture journalistique elle-même. Faut-il écrire plus long, plus court? Comment utiliser la vidéo? Y-a t-il un type d’écriture propre à la presse électronique?
Le style
Comme dans la presse écrite traditonnelle, le style journalistique de la cyberpresse a des règles propres, des modes d’accroche pour retenir l’attention du lecteur. Ainsi est-il nécessaire de trouver un style d’écriture qui se traduise bien à l’écran. En général, le passage sur écran nécessite une écriture moins littéraire, plus proche de l’oralité - une «écriture-radio » en quelque sorte, comme le souligne Samuel Loutaty du Petit Bouquet. Les phrases doivent être courtes et il importe de rechercher un vocabulaire simple mais imagé. Etant donné la dimension internationale de la presse en ligne, il importe également d’utiliser des mots qui soient aisément traduisibles.
La présentation
La lecture d’un journal en ligne comporte par ailleurs des inconvénients matériels qu’il s’agit de palier. La lenteur du passage d’une page web à une autre, par exemple, oblige le journaliste à faire preuve d’ingéniosité afin que le lecteur conserve son attention. En outre, le travail d’édition sur les niveaux de lecture (choix des titres, importance du chapeau, des sous-titres, des légendes) demande une simplification de la présentation, car l’appréhension de la page sur un écran réduit l’impact des titres; de même que certains caractères de police, lisibles en lecture horizontale, n’ont pas la même influence sur un écran dans un processus de lecture verticale.
Il est vrai que ces modifications ne concernent
que des détails d’impression, ce qui amène certains journalistes
à considérer que leur travail de composition reste en réalité
assez proche de l'écriture de presse traditionnelle (un avis partagé
par Laurent Mauriac, journaliste à
Libération). Presque tous les journalistes travaillant sur Internet
ont d’ailleurs écrit auparavant dans la presse traditionnelle, ce
qui prouve bien la continuité, ou du moins la complémentarité,
qui unit ces deux modes d’écriture.
La survenance du nouveau support internet pour l'information crée ou accentue de nombreux problèmes juridiques. Le droit sur internet est problématique étant données la fluidité et la volatilité des informations disponibles. A tel point que nombre d'observateurs ont un peu hâtivement conclu que le réseau des réseaux serait un espace de non-droit, notion qui pour des juristes n'a aucun sens. Deux catégories de problèmes se posent avec le plus d'acuité :
Si d'aucuns assimilent internet à un espace de non-droit, c'est en réalité parce qu'aucune réglementation ou législation spécifique n'a été encore édicté. Et c'est pour cette raison que la presse en ligne ne bénéficie pas de règles propres. Pour autant, le droit est loin d'être inexistant en la matière dans la mesure ou faute de règles spéciales ce sont les règles générales qui s'appliquent, en l'espèce la loi du 29 juillet 1881 sur la presse. Internet, assimilé à un "service de communication audiovisuel au public" est donc soumis aux règles de responsabilité énoncées par cette dernière. Au terme de cette loi, dont l'objet est de protéger la liberté d'expression du journaliste, sont considérés comme des délits de presse (délits, donc par définition pénalement repréhensibles) les propos de provocation à la discrimination, à la commission de crimes et délits, à la haine ou la violence raciale ainsi que les propos diffamatoires ou injurieux contre une personne déterminée. Et la loi dispose que ces infractions seront réputées avoir été commises par le directeur de la publication du périodique fautif et à titre subsidiaire par le journaliste-auteur. La difficulté consiste à trouver des équivalences entre les métiers traditionnels de la presse écrite et les nouveaux métiers apparus sur internet. Il est en effet difficile aujourd'hui de déterminer avec certitude et équité qui est responsable pour le contenu d'un article mis en ligne: hébergeur du site, fournisseur d'accès, créateur du contenu...L'affaire AlternB, dont la décision de justice s'est attiré l'hostilité générale, reflète la difficulté de trouver des solutions à la fois efficace et équitable sur le réseau. A défaut de législation, car c'est bien d'un vide législatif (c'est à dire de volonté politique) dont il s'agit, la jurisprudence doit adapter des textes vieux d'un siècle aux moyens de communication ultra-modernes, et le tâtonnement qui en résulte peut donner des résultats contestables.
La question récurrente des droits d'auteurs
La question des droits d'auteur n'est pas nouvelle, dans la mesure ou le
pillage des oeuvres de l'esprit n'a pas attendu internet pour commencer.
Pourtant le réseau risque de lui donner une ampleur inquiétante.
Juridiquement, le droit d'auteur se définit comme "la prérogative
attribuée à l'auteur d'une oeuvre de l'esprit". Cette prérogative
comporte un droit pécuniaire qui est le droit de tirer profit
de l'oeuvre, et un droit moral qui est le droit de l'auteur d'une
oeuvre littéraire, artistique, ou scientifique de la divulguer,
d'en fixer les conditions d'exploitation et d'en défendre l'intégrité.
Le respect du droit moral donne au journaliste une possibilité de
contrôle, inaliénable sur l'usage qui est fait de son oeuvre.
Toute utilisation de cette dernière ne peut être faite sans
son accord préalable. Les droits de nature pécuniaires sont
plus problématiques dans leur application.
En effet, depuis que les journaux se mettent en ligne une bataille juridique
est engagée entre les journalistes et les éditeurs. Les journalistes
réclament l'arrogation de droits d'auteurs pour la mise en ligne
de leurs articles, alors que leurs employeurs se considèrent propriétaires
de ces droits patrimoniaux et refusent tout versement. La question est
de savoir s'il faut rémunérer un journaliste pour une seconde
publication sur la Toile. Olivier Da Lage, élu SNJ (Syndicat national
des journalistes) cité dans Mag'net
estime que " la diffusion sur internet est un acte de communication
au public et, dès lors qu'une oeuvre originale est concernée,
l'exploitation nécessite l'autorisation et la rémunération
de l'auteur". Dans une affaire opposant des journalistes au journal
Dernières
Nouvelles d'Alsace, la justice a considéré en première
instance que "le journaliste limite la cession de son droit d'auteur
à une première publication". La direction des DNA a interjeté
appel en faisant valoir que la mise en ligne d'article ne correspondait
pas à une
seconde publication mais à l'utilisation
d'un "mode de diffusion". En marge des recours en justice, de nombreux
journaux trouvent un accord
avec les journalistes pour leur assurer une rémunération
(souvent symbolique étant donné la faible rentabilité
actuelle des éditions en ligne) et une protection de leur travail
contre toute mauvaise utilisation ( c'est le cas au Monde
et récemment aux DNA). Ainsi, ces accords montrent que les journalistes
ne sont évidemment pas hostiles à la publication de leurs
articles sur le réseau mais refusent d'être spoliés.
(Sur la question des rapports plus généraux entre le droit et internet, il est très utile de s'en reporter au rapport du Conseil d'Etat "Internet et les réseaux numérique".)
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