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Les Tricycles de la mort

 

L'événement de l'année 1998 dans le processus de violation des droits des personnes handicapées au Gabon reste sans nul doute l'attribution des tricycles dits de la morts aux personnes handicapées physiques par le département des affaires sociales.

En effet, c'est en juin 1997 que le gouvernement annonce l'octroie d'une dotation de 9 milliards de francs CFA aux personnes nécessiteuses et aux indigents du Gabon ainsi qu'aux filles mères. Cette enveloppe vient compléter celle déjà existante de 580 millions consacrée à l'aide permanente annuelle allouée aux personnes handicapées et aux indigents sans oublier les sinistrés. Elle s'inscrit dans le cadre du chapitre budgétaire "Aide et Secours" géré par la direction générale des Affaires sociales.

Pour la communauté des personnes handicapées, ce geste du gouvernement va permettre de réaliser un certain nombre de projets dans le cadre de l'application de la loi 19/95 du 13 février 1996 portant "Organisation de la Protection sociale des personnes handicapées en République gabonaise".

C'est l'occasion également de créer une Fédération des organisations des personnes handicapées qui regroupe 8 associations et ONG, tous handicaps confondus. L'acte de naissance de cette structure est signé le 18 octobre 1997. La mission de cette Fédération est de coordonner les activités de ces organisations pour la surveillance de la gestion de ces fonds.

C'est ainsi qu'une délégation de la Fédération rencontre le Ministre des affaires sociales Monsieur Pierre Claver ZENG EBOME début février 1998 pour solliciter l'intégration de la commission interministérielle chargée de la gestion des 9 milliards de Fcfa. Le Ministre répond par un rejet de la requête de la Fédération. Par contre il conseille séance tenante au Bureau de faire des propositions pour les projets à réaliser en priorité.

Dans son cahier de charge, la fédération exige le recensement général de la population des personnes handicapées vivant sur le territoire gabonais, l'achat du matériel orthopédique, l'équipement et l'ouverture du collège des sourds muets, l'ouverture d'un centre d'apprentissage du braille et sa vulgarisation etc.

Mais de toutes ces revendications seules deux sont prises en compte à savoir le recensement et l'achat des tricycles.

Pour ce qui est du recensement, un semblant est réalisé pendant la période de juin-août 1998 sans associer les intéressés. Aujourd'hui aucun chiffre officiel n'est publié.

Pour l'achat des tricycles, sans l'avis des utilisateurs, le ministère achète un lot de tricycles inadaptés, dont le système de freinage ne répond pas, le dossier en plastique provoque des blessures, le manque d'accoudoirs favorise les chutes, les roues en plastique etc.

Les accidents se comptent par dizaine jusqu'au jour où le bureau de la Fédération lance un appel à tous les parents pour les inviter à aller rendre ces "engins de la mort" au ministre. Toute la presse nationale ainsi que les média ont commenté pendant une semaine ce scandale.

Devant cette situation, le gouvernement montre à suffisance sa volonté de réduire la personne handicapée à la bestialité. Des sommes importantes sont annoncées et détournées par les ministres sur le dos des personnes handicapées.

Il est temps que cesse la moquerie. Nous voulons vivre comme les autres. Nous refusons la charité, nous voulons le respect de nos droits.

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