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Economie

Après la crise, la situation économique

En décembre 2002, la Banque Mondiale a dressé un tableau de la situation économique malgache après la crise qui a secoué le pays. Voici des extraits de ce rapport révélateur des difficultés auxquelles doivent faire face la population malgache en général et son président légitimement élu.

"Madagascar sort d'une longue crise sociale et économique. Un nouvel espoir renaît pour le pays et la nouvelle administration s'attaque de front aux urgences pour renverser l'impact de la crise sur l'emploi et la pauvreté.
Pendant les 6 premiers mois de 2002, les barrages sur les routes, la pénurie de carburants et la fermeture du Marché Interbancaire de Devises ont mis en difficulté des pans entiers de l'économie du pays, notamment les secteurs de l'industrie, du tourisme, du transport et de la construction. L'apparition de centaines de milliers de nouveaux chômeurs et la forte baisse des prix d'achats aux producteurs ruraux ont entraîné une augmentation de la malnutrition et une baisse de fréquentation des centres sanitaires.
Ce chapitre décrit les impacts les plus importants de la crise sur la production, la monnaie et les crédits, les finances publiques et les ménages.
Trois grandes priorités sont étudiées pour une sortie rapide de cette situation: la mise en place d'un filet de sécurité, un plan de relance de la production et un appui aux services publics de base.
• La production.
Pour le secteur agricole, la crise n'a pas eu d'impact sur la production, notamment grâce à de bonnes conditions climatiques. Mais pour les produits vivriers, la désorganisation logistique (barrages, pénurie de carburants) et financière (les crédits bancaires n'ont pas pu financer comme d'habitude 70% de la collecte) ont entraîné une diminution importante des prix aux producteurs.
L'impact de la crise sur le secteur industriel a par contre été plus profond, en particulier à cause de la pénurie de matières premières due aux barrages sur les routes reliant la capitale aux principaux ports (Toamasina et Mahajanga). Il faut souligner que plus de 75% de la valeur ajoutée du secteur sont produits dans la province d'Antananarivo.
Les entreprises franches ont été les plus touchées: les annulations de commandes des pays industrialisés ont entraîné la fermeture de plusieurs unités et la mise au chômage, technique ou définitif, de dizaines de milliers de salariés. Les industries du droit commun ont connu presque la même situation, en tournant à 20 % de leurs capacités.
Pour le secteur des services, le tourisme et le transport furent les plus touchés par cette crise. Avec seulement 10 % du nombre habituel de touristes sur les 6 premiers mois, beaucoup d'infrastructures hôtelières et d'accueil ont dû fermer. Le transport, avec l'immobilisation de 80% du parc, a perdu 20 millions FMG de recettes par jour, à cause des barrages et du manque de carburant. Cette immobilisation a eu pour conséquences une perturbation dans la collecte de produits agricoles et l'apparition de pénuries de produits de première nécessité.
• Monnaie et crédit.
La statistique monétaire ne révèle pas pour le moment trop de signes de dérapage. La stabilité de la masse monétaire a été essentiellement expliquée par un net recul des créances à l'Etat qui ont diminué de plus de 6% entre décembre 2001 et mars 2002. L'offre monétaire étant dans l'ensemble stable, I'inflation est maintenant de l'ordre de 25% depuis le début de l'année. Mais les prix devraient rapidement baisser lorsque la circulation des biens et des personnes sera rétablie.
Le crédit à l'économie a par contre progressé de 4% pendant le premier trimestre à cause d'un engagement plus important des banques commerciales auprès des entreprises, notamment pour les crédits à court terme. L'autre raison vient des arriérés d'échéances que les entreprises auraient dû rembourser. Sur un portefeuille de crédits de 2.500 à 3.000 milliards de FMG, une part importante devra être rééchelonnée alors qu'une petite proportion est probablement compromise.
La fermeture du Marché Interbancaire de Devises (MID) depuis février a constitué une barrière insurmontable pour les entreprises engagées dans le commerce car celles-ci ne pouvaient pas accéder aux devises. Les banques commerciales n'ont pu satisfaire directement qu'à peine 10 % des demandes. La rareté des devises s'est principalement expliquée par la diminution importante des exportations et des touristes.
• Finances publiques.
Le montant total des recettes rapportées pour le premier trimestre est inférieur à 45% du montant nominal des recettes de l'année dernière à la même période. Durant la crise, les recettes intérieures (TVA et Impôts sur les revenus) ont assuré la majeure partie (62%) des rentrées fiscales. La chute des importations et donc des recettes douanières explique cette répartition. Il est probable que l'ensemble des recettes du Trésor baissera d'environ 50 % sur l'ensemble de l'année parce que beaucoup d'entreprises ne seront pas en mesure de payer leurs impôts sur les revenus cette année. Les recettes douanières ne retrouveront seulement leur niveau d'avant la crise que petit à petit. De plus, le Gouvernement est actuellement en pourparlers avec le secteur privé sur le type d'incitations fiscales appropriées en vue d'assister les entreprises privées dans le redémarrage de leur production. Une telle mesure serait le report des paiements des impôts sur les revenus et sur les bénéfices jusqu'à apurement du remboursement du stock de crédit de TVA que l'Etat doit à ces entreprises.
Du fait de la non-exécution des dépenses de la loi de finances 2002, les opérations de décaissements du Trésor se sont limitées essentiellement au paiement de la solde des fonctionnaires et des pensions de retraite. Le plus grand problème a concerné de ce fait le remboursement de Bons de Trésor par adjudication (BTA) dont le montant total des bons tombés en échéances s'élève à plus de 1.000 milliards à fin mars.
• Les ménages.
Pour les ménages urbains du secteur formel (industrie, tourisme et commerce), la perte d'emplois a été l'impact principal de la crise. Dans l'industrie, les fermetures d'usines et le chômage technique se sont concentrés sur la région d'Antananarivo et d'Antsirabe, avec une première estimation de 125.000 pertes d'emplois.
Dans le tourisme, les pertes d'emplois notamment temporaires toucheraient particulièrement les zones réputées touristiques comme Nosy Be, Sainte Marie, Morondava et Tuléar.
Par ailleurs, dans beaucoup d'agglomérations urbaines, le budget alimentation a augmenté de 50 % et les pénuries se sont faits sentir.
Le deuxième groupe affecté est composé des pauvres en secteur urbain dont la plupart tirent leur revenu du secteur informel (travail journalier dans le bâtiment, petits commerces). Les activités de la construction se sont complètement arrêtées et la demande des produits du secteur informel a fortement diminué. La hausse des prix et les pénuries ne les ont pas épargnés non plus.
Des signes alarmants ont commencé à apparaître : la malnutrition chronique des enfants de moins de cinq ans a augmenté rapidement. La fréquentation des hôpitaux et des centres sanitaires a décliné car les familles ne pouvaient pas payer le transport, les services médicaux et les médicaments. La disponibilité de certains médicaments de base et des vaccins s'est réduite dans certains centres urbains.
Le troisième groupe le plus touché par la crise comprend les petits producteurs ruraux. Les prix aux producteurs des produits agricoles (riz, maïs) dans les régions isolées du Haut plateau ont connu une diminution catastrophique de plus de 30%. Exacerbée par la pénurie de pétrole lampant, principal source d'éclairage, la hausse de prix des produits manufacturés (savon, bougies, huile alimentaire) a été, par ailleurs, plus importante qu'en milieu urbain. La crise dans le monde rural s'est de plus aggravée par une insécurité grandissante et surtout par une recrudescence des maladies de bétail qui risque de diminuer le patrimoine des paysans.
• Relance
La condition sine qua non de la reprise économique est le retour aux conditions normales de fonctionnement du marché. La reprise économique requiert aussi quelques appuis particuliers, étant données les circonstances de cette crise. Immédiatement, et pendant une période transitoire, des mesures de protection des ménages, surtout ceux affectés directement par la crise, devraient être prises. Mais la remise sur pied du fonctionnement du système financier est prioritaire pour permettre l'assainissement et la reprise dans tous les secteurs de production. D'importantes mesures ont déjà été prises avec le rétablissement de la circulation des biens et des personnes et le déblocage des avoirs extérieurs.
L'impact direct de la crise n'a pas seulement privé les ménages de revenus. Il a aussi entraîné un effet boule de neige qui menace de dégrader de façon plus profonde l'économie à cause de la faiblesse de la demande. La mise en place d'urgence d'un filet de sécurité à court et moyen terme pour les ménages les plus affectés (les chômeurs, ceux qui étaient dans une extrême pauvreté avant la crise) est aussi un besoin économique afin de maintenir une certaine activité avant le redémarrage proprement dit. Les programmes de travaux publics et l'appui additionnel à la sécurité alimentaire sont au cœur de ce filet de sécurité.
La mise en place d'une ligne de crédit de type APEX à la disposition des banques commerciales serait un des moyens pour soutenir les entreprises. Ce soutien devrait être préalablement l'objet d'un diagnostic en profondeur de l'état des entreprises et de leurs besoins. De même, un fonds de garantie pourrait augmenter la disponibilité des crédits en faveur des entreprises en difficulté. Des mesures spéciales devront être prises pour mettre à disposition des lignes de crédit de collecte des produits agricoles. L'organisation de la collecte de riz est la plus urgente.
La restructuration du Budget de l'Etat pour répondre à la crise est en cours et vise d'abord le rétablissement rapide des services publics de base (éducation, santé, transport), ainsi que les services administratifs essentiels comme les douanes, les impôts, etc. Vu le reste de temps pour exécuter le Budget, un assouplissement des procédures doit être envisagé. A cet effet, les procédures pour assurer l'intégrité des finances publiques et de contrôle des dépenses au niveau déconcentré doivent être mise en place et renforcées. Une aide budgétaire de la part de la Communauté internationale sera peut-être nécessaire, mais des mesures pour augmenter les recettes propres de l'Etat sont primordiales. La relance des importations par le rétablissement du MID constitue un moyen dans ce sens. mais il convient de renforcer cette opportunité par un contrôle plus strict des recettes douanières.
Réponses à court terme durant la crise.
Durant la crise, la Banque mondiale a supporté, avec d'autres bailleurs et partenaires de Madagascar, un nombre d'actions spécifiques qui répondent aux besoins de la population.
(1) Le projet SEECALINE procède à l'extension de son Programme de nutrition communautaire en zones urbaines, pour spécifiquement cibler les couches sociales les plus défavorisées, et plus particulièrement les enfants malnutris, les femmes enceintes et les familles pauvres.
(2) Un programme de travaux publics est initié par l'utilisation d'une haute intensité de main d'œuvre et par une rémunération par le système "Vivres et monnaie contre travail", mobilisant les parents d'enfants malnutris et les chômeurs désireux de travailler. Ce volet est financé par Seecaline sur fonds de la Banque mondiale à hauteur de 1,353 million de dollars. Ainsi, 10.000 bénéficiaires par jour reçoivent un approvisionnement en nourriture équivalent à 1,5 dollar chacun, soit 2 kg de riz, 75 g d'huile et 500 g de légumineuses dans la phase d'urgence de trois mois, à travers 54 centres gérés par des ONG dans les quartiers pauvres de la capitale.
(3) Par ailleurs, 56 Centres de récupération nutritionnelle intensive sont mis en place pour renforcer les actions médicales dans les hôpitaux et les centres de santé de base, dans le cadre du Projet CRESAN II.
(4) Le Projet FID IV a débloqué 600.000 US$ pour la réhabilitation des dégâts cycloniques dans la région de Toamasina : réhabilitation de la route reliant Brickaville et Toamasina, aménagement des pistes rurales longeant la RN2 et réhabilitation de la ligne ferroviaire Antananarivo - Côte Est".

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