| Avec environ 1 925 FF de revenu par mois dûs à sa fonction - 1125 000 FMG d'indemnité de fonction, auxquels s'ajoutent les 300 000 FMG d'indemnité de représentation et les 500 000 FMG d'indemnité de loyer, - le chef de l'Etat malgache n'est pas le mieux loti des dirigeants de la Grande Ile. Le président de l'Assemblée nationale lui dame le pion, avec une enveloppe mensuelle de 2 020 FF. Le Premier ministre s'en sort avec un " salaire " de 1 735 FF, suivi, dans l'ordre, par le vice Premier ministre (1 582 FF), les ministres (1 390 FF) et les secrétaires d'Etat (1 365 FF). Le président de la Haute Cour constitutionnelle fait figure de parent pauvre, sa fonction ne lui rapporte pas davantage qu'un simple secrétaire d'Etat.
L'occasion de se faire quelques millions
Dans son édition du mois de mai consacrée aux émoluments des dirigeants malgaches, la Revue de l'Océan Indien souligne la modestie des indemnités qui leur sont octroyés. ROI ajoute pourtant que " leur train de vie est presque identique à celui de leurs homologues des pays développés ", " ils roulent en Safrane, Mégane, Laguna, Xantia, résident dans de belles villas meublées, voyagent en première classe lors de leurs fréquents déplacements à l'extérieur. Ce ne sont en fait que les prestiges de la fonction, qui ne durent que le temps d'un mandat ".
" Cette fonction, pour autant, ne permet pas d'amasser une fortune en si peu de temps ", reprend Noro Razafimandimby. L'auteur de l'article, s'il rappelle que " quelques anciens hommes d'Etat mènent une vie simple ", quitte à revenir à leurs occupations antérieures, laisse cependant comprendre que la fortune peut venir, dès lors que les leaders cèdent " aux abus de biens publics, aux abus d'autorité, aux trafics d'influences et à la corruption".
" Rares sont les ministres qui ne rénovent pas leur résidence et leur mobilier à leur goût. C'est une occasion, pour certains, de se faire quelques millions de FMG d'épargne ou d'amortir une partie des dépenses de construction de leur propre maison. Il appartient au directeur administratif et financier et au service de la comptabilité de se " débrouiller
car un ordre doit être exécuté si l'on ne veut pas perdre sa place "...
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ROI continue d'énumérer les nombreux avantages en nature dont bénéficient les ministres malgaches. " Les frais d'abonnement et les redevances téléphoniques, les dépenses d'eau, de gaz et d'électricité sont mis à la charge de l'Etat. Et on ne lésine pas sur ces dépenses. Cinq bouteilles de gaz en un mois, des factures exorbitantes de téléphone - puisqu'on en fait profiter au maximum les proches et les amis -, sans compter celles des téléphones portables ", précise Noro Razafimandimby.
En un jour ce qu'il touche en un mois...
" Selon les textes, les ministres jouissent également d'une voiture de fonction. Mais, en réalité, ils ont au moins trois véhicules à leur disposition. Ils peuvent en avoir davantage, si leur parc de " véhicules de projets " est bien fourni. Quant aux tickets d'essence, ils en utilisent pour au moins 2 500 FF par mois. Des ministres n'hésitent pas à retirer les tickets déjà octroyés à d'autres bénéficiaires au sein de leur propre ministère ".
En mission officielle à l'étranger, chaque titulaire d'un portefeuille, d'après ROI, " touche un viatique de 1000 FF et 300 francs d'indemnités par jour ". " ils reçoivent en un jour ce qu'ils perçoivent en un mois. Parfois, quelques-uns, abusant de leur autorité, exigent davantage - jusqu'à 30 000 francs. Et pourtant, ils sont souvent pris en charge par les pays ou les organismes hôtes, ou par nos représentations diplomatiques, ajoute le mensuel malgache. Il n'est pas étonnant qu'ils aient tendance à multiplier les sorties, et même à se faire inviter ici ou là ". Pire encore : " Un événement familial, purement familial tels qu'un baptême ou un mariage, peut être en partie ou en totalité supporté par les contribuables, affirme ROI.
La confusion du genre dans l'utilisation des biens de l'administration que l'on gère comme un patrimoine personnel appauvrit l'Etat au profit de ceux qui sont appelés à exercer de hautes responsabilités. Les politiques considèrent moins le pouvoir comme une charge que comme un moyen pour s'enrichir. Personne ne souhaite vraiment changer les pratiques érigées en us et coutumes".
Comme le souligne le mensuel, aucun des régimes qui se sont succédés au pouvoir au cours de ces 39 années d'indépendance n'est arrivé à les enrayer, si tant est qu'ils l'aient jamais vraiment souhaité.
Le Quotidien de La Réunion
et la Revue de l'Océan Indien (déc.99)
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