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LES PRISONS MALGACHES

Tortures, abus sexuels, famine...

Marie Thérèse RASOARIMANANA est coordinatrice nationale de l'Aumônerie Catholique des Prisons. Depuis 5 ans, elle a visité plusieurs fois la plupart des prisons malgaches : c'est donc un témoin authentique de la vie carcérale qui s'est exprimé lors du colloque sur la détention en décembre 2000.

«...Un prévenu ou un accusé, placé sous mandat de dépôt, entre en prison avec son désespoir et son stress pour l'enfermement, mais aussi avec les blessures et les handicaps provoqués par l'extorsion des aveux durant l'enquête préliminaire. Nos médecins réparent trop souvent les dégâts faits par d'autres : os brisés, tendons sectionnés, plaies ouvertes… Cette extorsion va même jusqu'à l'émasculation. Dès son entrée, il doit payer la somme de 2.500 Fmg à 15.000 Fmg que je qualifierais de « droit d'entrée », remise au chef de poste. Sans argent, il est totalement à la merci des autres. Aussi, vend-il ses vêtements et le peu qu'il possède : bague, dent en or, assiette et cuillère – pour n'utiliser ensuite que des sachets en plastique troués – afin de se soustraire aux plus basses besognes comme curer les canaux d'évacuation des latrines avec ses mains… N'ayant plus rien à échanger, il doit se soumettre à tous les chantages, sexuels compris.

Ainsi, on trouve des hommes presque nus car ils n'ont plus qu'un haillon, signe d'un semblant de dignité. Ensuite, pour paraître « décemment » devant le Tribunal, il sera obligé d'emprunter des vêtements à ses co-détenus moyennant toujours « quelque chose » fruit de l'éternelle civilisation de l'argent. En prison, la surpopulation est telle que pour dormir, les détenus sont obligés de s'imbriquer les uns aux autres, favorisant l'abus sexuel, les maladies contagieuses ainsi que la transmission des maladies infectieuses. De jour comme de nuit, ils luttent contre les poux, les puces, les punaises et les rats. Certains détenus (en situation de main-d'oeuvre pénale) demandent à réintégrer la prison car leurs employeurs les considèrent comme des moins que rien, moins que les chiens de la maison !
L'insuffisance du personnel pénitentiaire pour l'escorte jusqu'au dispensaire ou à l'hôpital, la participation

financière des usagers pour tout soin de santé dans les établissements publics entraînent la hausse du taux de décès des détenus sans famille, à l'intérieur des prisons. Les familles ne sont même pas avisées du décès de leur parent détenu et les décédés sont à 90% des prévenus, des présumés innocents ».
«... L'oisiveté est totale pour la majorité des détenus. Mineurs et délinquants côtoient des criminels dangereux. C'est ainsi que la prison devient une « université du crime », favorisant la récidive tout autant que le rejet de la famille et de la société. Ce rejet, la perte d'un emploi, la lenteur de la Justice, la dépendance absolue par rapport à l'Adminis-tration pénitentiaire constituent la hantise journalière de tout détenu, aggravant son instabilité et les troubles de sa personnalité. D'ailleurs, plusieurs y perdent la raison… Les sanctions les plus redoutées sont :
1°/ la cellule d'isolement, qui peut aller de 48 heures à 30 jours. Cellule de 2m x 2,5m, sans ouverture, sans lumière, sans latrines : le ou les punis tantôt enchaînés ou avec des barreaux, y font leurs besoins. Malgré le règlement, j'ai vu des hommes en cellule dans le noir depuis plus de 3 à 6 mois, devenus blancs comme des feuilles, vivant avec leurs excréments.
2°/ la torture, la maltraitance des surveillants par le droit sans contrôle de frapper ou même de tuer selon son gré et ses pulsions. Il faut reconnaître que les surveillants sont eux aussi victimes du système carcéral. Investis de tâches de surveillance et de punition, sans formation ou presque, ils répondent trop souvent à la violence par la violence. Pour conclure, j'emprunterai ces phrases du Père Guy Gilbert, responsable de l'insertion des mineurs incarcérés multirécidivistes : « Le fauve le plus féroce peut-être apprivoisé. Mais l'homme, l'adolescent qu'on a rendu fauve après l'avoir nourri de haine peut devenir un tueur aveugle ».

M.T. RASOARIMANANA 

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