Ô
Matins qui, venus des montagnes humides,
Secouant vos cheveux pleins d'aube et les bras nus,
Marchiez d'un pas divin sur les vagues timides,

Peut-on vous oublier quand on vous a connus?
Chers
Matins, vous naissiez dans le nid des collines;
Puis,
couchant sur le lac vos regards ingénus,

Vous
trembliez vos genoux dans les houles câlines,
Et de
grands goélands criaient sur les récifs,
Et
l'étoile fermait ses ailes cristallines.

Matins
qui descendiez en frôlant les massifs,
Les
cavités des rocs qui font des taches d'ombre
Semblaient vous regarder comme des yeux pensifs;

Et les
fleurs et la mousse et les touffes sans nombre
Aux
pentes des rochers tremblaient toutes, Matins,
Vous
qui vêtiez d'azur l'esprit de l'homme sombre
Et qui
versiez l'amour dans les vastes lointains;
Demi-dieux de l'espace aux chevelures douces,
Vous
emplissiez les coeurs de désirs enfantins;

Et les
biches des bois qui rêvent sur les mousses,
Et les
lapins aux yeux d'aurore, et l'écureuil
Dont
le museau remue entre les feuilles rousses;

Et la
ronce tordue et la vague et l'écueil;
Ô
lumineux Matins, sous vos chastes caresses
Tout
s'éveillait, tout palpitait, tout levait l'oeil.

Vous
aviez la clarté des divines tendresses,
Vous
aviez la doucheur d'une épaule d'enfant;
Et la
terre oubliait ses humaines détresses;
Rien
qu'à vous voir, si forts, et réchauffant
Le
coeur de ses petits dans vos mains lumineuses!
et le
regard du ciel en était triomphant,
Ô
matins qui marchiez sur les vagues laineuses.