1. Histoire de la presse
1. Histoire de la presse


A. Les origines

Certains font remonter à l'antiquité les origines de la presse. Cependant, une majorité d'auteurs (1) s'accordent à définir celle-ci sur base de deux critères : l'utilisation de l'imprimerie, grâce à la mise au point de la typographie, en 1438, par Gutenberg et la périodicité. Ces deux facteurs ne se réuniront, pour favoriser la diffusion des nouvelles, qu'au tout début du XVIIème siècle.

Auparavant, celles-ci circulaient grâce à des manuscrits, ou à des feuilles imprimées occasionnelles. Les premières répondaient à un besoin croissant d'information des banquiers et des marchands italiens et allemands, tandis que les secondes permettaient aux imprimeurs d'étendre leur marché au-delà de celui du livre, insuffisamment rentable, et de répondre à une attente grandissante des lecteurs. Ces feuilles volantes restaient occasionnelles, màme si parfois elles formaient des séries numérotées (2).

Au cours du XVIème siècle, des publications annuelles ou semestrielles de nouvelles commencèrent à voir le jour. Au siècle suivant, diverses tentatives de publications hebdomadaires ou bimensuelles apparurent, probablement dues au fait que les courriers postaux quittaient les grandes villes une fois par semaine. Elles naissent dans les villes allemandes, dans les Pays-Bas autrichiens et dans les Provinces-Unies et passent ensuite en Angleterre, en France, en Italie et dans le reste de l'Europe. Elles contenaient en général des informations concernant la politique extérieure et les guerres, laissant la politique intérieure de côté, ce qui s'explique étant donné le très grand contrôle que le pouvoir s'efforça d'exercer dès le départ sur la presse.

Par ailleurs, il faut noter que ces périodiques ne firent pas disparaître les écrits non-périodiques ou les manuscrits : ceux-ci se développèrent au contraire durant le XVIIème et le XVIIIème siècle. Il faudra màme attendre la fin du XIXème siècle avec la naissance de la presse à bon marché pour voir disparaître une littérature populaire de colportage bien vivante.

Cette naissance progressive de la presse doit àtre située dans son contexte :"Une série de facteurs politiques, économiques et intellectuels conjuguèrent leurs effets pour accroître notablement la soif de nouvelles en Occident. La Renaissance, puis la Réforme mul-tiplièrent les curiosités. Les grandes découvertes élargirent l'horizon européen. Les progrès des échanges bancaires et commerciaux entraînaient un développement parallèle des échanges d'information. Les grands conflits qui déchirent l'Occident au XVIème siècle nourrissaient des courants et des besoins d'information" (3).

B. Les XVIIèmes et XVIIIèmes siècles

Au cours du XVIIème et du XVIIIème siècle, la presse acquit droit de cité et suscita progressivement l'intéràt de public. Cependant, hormis en Grande Bretagne et dans les Provinces-Unies, elle subit une très stricte censure et faisait dans chaque pays l'objet d'un monopole concédé par l'Etat, ce qui explique son impossibilité à àtre critique et la persistance de nouvelles manuscrites et de multiples publications sous le manteau. Cette lourde censure ne doit pourtant pas nous amener à surestimer le rôle de la presse à cette époque : elle était déconsidérée par les intellectuels qui utilisaient les livres, brochures ou pamphlets pour diffuser leurs idées.

Néanmoins, le niveau de la presse va s'élever peu à peu, s'efforçant de diffuser autre chose que des nouvelles officielles en jouant sur les divisions intérieures des gouvernements.Le pouvoir tentera d'ailleurs de l'utiliser à son profit et ne négligera pas les informations précieuses qu'elle pourra lui fournir.

Sur le plan du contenu, des articles de commentaires s'adjoignirent aux courtes nouvelles, dès le début du XVIème siècle, et l'information commença à s'intéresser à tous les aspects de la vie culturelle et sociale. Parallèlement, une presse littéraire se développa, rendant compte de l'édition des livres et correspondant au foisonnement de la vie intellectuelle. Elle s'exprimait parfois avec davantage d'indépendance que les journaux de nouvelles. Cette distinction entre presse de nouvelles et presse littéraire sera bouleversée au XIXème siècle par l'apparition du quotidien (4). Dès lors, c'est l'opposition entre presse quotidienne et presse périodique qui s'imposera.

C. Un long XIXème siècle (1789-1914)

Au cours du XIXème siècle, grâce à l'industrialisation et à la démocratisation des sociétés occidentales, la presse, qui était jusque là rare et chère, va devenir progressivement un produit de consommation courante. Cette évolution se fera par étapes successives, comprenant à la fois un élargissement de la clientèle et un abaissement du prix de vente. D'étapes en étapes, les journaux subiront de profondes transformations et seront livrés à de nouvelles conditions de concurrence. Cette diversification des quotidiens -journaux populaires et journaux de qualité, journaux d'abonnés ou vendus au numéro, journaux spécialisés...- et des périodiques -des magazines divers aux revues de doctrine en passant par les feuilles spécialisées, des journaux féminins aux feuilles pour enfants- ne cessera de s'accentuer.

Deux entraves retardèrent ce déploiement : la censure et l'impôt. La première s'exercera encore souvent sur le continent, surtout en Europe centrale. La seconde grèvera lourdement toute la presse pendant la première moitié du siècle. Sa suppression permettra à celle-ci d'atteindre son extension maximale et de vivre un véritable âge d'or. Ainsi, par exemple, le tirage, qui se comptait habituellement au XVIIIème siècle par centaines ou par milliers, atteindra le million, voire plusieurs millions d'exemplaires.

Deux innovations fondamentales permirent de contrecarrer le frein de l'impôt et provoquèrent l'explosion qui suivit sa suppression : c'est l'abaissement du prix du journal, tablant sur une augmentation compensatoire du tirage, et l'introduction des annonces publicitaires, à peu près inexistantes avant cela. De ce fait apparut une presse à bon marché et ensuite une presse populaire, laquelle allait transformer profondément le journalisme tant sur le plan du contenu que sur celui du style. Le journalisme d'opinion et de chronique allait àtre supplanté, aux Etats-Unis d'abord, par un journalisme d'information et de reportage. annonçant ainsi la tendance dominante du journalisme du XXème siècle.

D. Le XXème siècle

Au sortir de la première guerre mondiale, la diversification de la presse devient telle qu'il est difficile d'en rendre compte. Mais il faut relever un fait marquant : "Le succès de la presse magazine illustrée d'informations générales ou spécialisées fit des périodiques de ce type des concurrents di-rects de la presse quotidienne. Il y avait désormais deux marchés de la presse" (5).

Un autre facteur allait modifier radicalement la place de la presse sur le marché de l'information et de la communication : c'est d'abord l'apparition et l'accroissement rapide de la radio, et ensuite, après la deuxième guerre, de la télévision. Ce fut pour la presse la fin du monopole de l'information collective et pour le journalisme écrit, l'obligation de se positionner en complémentarité du journal parlé, ce qui explique le progrès de sa qualité ou son orientation vers les nouvelles locales et les faits divers.

D'autre part, le développement des moyens techniques devint tel que seules des entreprises de presse de grande taille pouvaient s'en assurer l'acquisition et la maîtrise, ce qui provoqua la disparition des quotidiens à faible tirage. Les crises des années 1930 et 1970 accentuèrent ce mouvement et contraignirent la presse écrite à subir de profondes transformations. Ainsi la presse quotidienne a-t-elle perdu, malgré ses progrès, peu à peu de son importance au profit d'une presse périodique spécialisée ou d'informations générales et, plus récemment, de magazines mensuels dont le nombre et l'audience ne cesse d'augmenter.

(1) Pour l'histoire de la presse, nous référons principalement à P. ALBERT - F. TERROU, Histoire de la presse, 4ème éd., Paris, 1985 et G. WEILL, Le Journal. Origines, évolution et rôle de la presse périodique, Paris, 1934. Pour l'histoire de la presse internationale, on peut également consulter J. DE BOCK, Le journal à travers les âges, Bruxelles, 1907; L. GABRIEL-ROBINET, Histoire de la presse, Paris, 1962; Ch. LEDRE, Histoire de la presse, Paris, 1958.

Pour l'histoire de la presse française, on se reportera principalement à l'Histoire générale de la presse française, s. dir. C. BEL-LANGER, J. GODECHOT - P. GUIRAL - F. TERROU, t. I : Des origines à 1814; t. II : De 1815 à 1871; t. III : De 1871 à 1940; t. IV : De 1940 à 1958; t. V : De 1958 à nos jours, 5 vol., Paris, 1969-1976. On peut voir également E. HATIN, Histoire politique et littéraire de la presse en France avec une introduction historique sur les ori-gines du journal et la bibliographie générale des journaux depuis leur origine, 8 t., Paris, 1859-1861; J.A. FAUCHER - N. JACQUEMART, Le quatrième pouvoir, la presse française de 1830 à 1960, Paris, 1969; R. de LIVOIS, Histoire de la presse française, 2 t., Paris, 1965; R. MANEVY, Histoire de la presse, 1914-1930, Paris, 1945; M. RECLUS, Emile de Girardin, le créateur de la presse moderne, Paris, 1934.

Pour l'Angleterre et les Etats-Unis, on se référera à M. CUCHEVAL CLARIGNY, Histoire de la presse en Angleterre et aux Etats-Unis, Pa-ris, 1857; H. HERD, The March of Journalism. The Story of the Bri-tish Press from 1622 to the Present Day, Londres, 1952; L. GAILLET, La presse américaine, son histoire, ses caractéristiques, Paris, 1963; F.L. MOTT, American Journalism : a History of Newspapers in the United States through 250 Years, 1690 to 1950, New York, 195O; I. NOBLE, Un maître du Journalisme, Joseph Pulitzer, Paris, 1957.

Pour la presse actuelle, principalement en France, il faut consulter B. VOYENNE, La presse dans la société contemporaine, 4ème éd., Pa-ris, 1971; R. SALMON, La presse dans le monde moderne, Paris, 1967-1968; Y. LAVOINNE, La presse, Paris, 1976; A. CHEVAL, L'industrie de la presse, Paris, 1961; R. CAYROL, La presse écrite et audio-vi-suelle, Paris, 1973; Y. AGNES - J.M. CROISSANDEAU, Lire le journal, pour comprendre et expliquer les mécanismes de la presse écrite, Saint-Julien-du-Sault, 1979; F. ARCHAMBAULT - J.-F. LEMOINE, Quatre milliards de journaux, Paris, 1977; P. ALBERT, La presse française, Paris, 1978; Cl.-J. BERTRAND, Les médias aux Etats-Unis, Paris, 1974.

(2) Les premiers imprimés périodiques furent les almanachs, dérivés eux-màmes des premiers calendriers, parus dès la seconde moitié du XVème siècle.

(3) P. ALBERT - F. TERROU, Histoire de la presse..., p.6-7.

(4) Au XVIIIème siècle, les quotidiens resteront exceptionnels.

(5) P. ALBERT - F. TERROU, Histoire de la presse..., p.81.


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