Prédication du 06/05/01

Joël Richerd
 

Titre : On reconnaît l'arbre à son fruit.

Texte : Mt 7.15-21. Mt 23.
Introduction
Lire Mt 7.15-21. Vous les reconnaîtrez à leurs fruits.
Ne croyez pas que le thème de ce message me soit suggéré par la météo, et le fait que les arbres fruitiers soient en difficulté en France en ce moment.
Le thème de ce message m'a été donné après la lecture (partielle) d'un livre d'Alfred Grosser, qui vient de paraître, et qui a pour titre " Les fruits de
leur arbre, Regard athée sur les chrétiens ". Et je me suis dit : Mais Jésus a aussi porté ce genre de regard, pas athée, mais…chri(s)tique, sur les gens
religieux de son temps. Lisons Mt 23.
1) Remarque préliminaire : La critique de la religion est nécessaire. Si Jésus faisait cela aujourd'hui, on l'accuserait peut-être de jeter le bébé
avec l'eau du bain, de généraliser à outrance, de donner dans la " tous pourris ", d'être un anarchiste. Je n'ai qu'une réponse : la critique est
nécessaire. Nous devons avoir une spiritualité critique. Engagée ; Jésus était on ne peut plus engagé, il ne critiquait pas à distance, il aimait Dieu
et son prochain (22.34-40). La critique de la religion est un ministère de tout chrétien envers soi-même, son Eglise, et plus largement le monde
religieux en général.
2) Listons ce que Jésus repère : 1. (v. 2) Enseigner et ne pas mettre en pratique soi-même (idem Mt 7). 2. (v. 5) Vouloir être en vue plutôt qu'être
utile. 3. (v. 13) Etre un obstacle à l'évangile plutôt qu'un passeur. 4. (v. 14) Etre pieux mais s'accommoder de la pauvreté des pauvres. 5. (v. 15) Faire
du prosélytisme sans se soucier d'un travail en profondeur. 6. (v. 16) Codifier les choses d'une manière qui ne tient pas compte de ce qui est
important. 7. (v. 23) Mettre en pratique ce qui est quantifiable et vérifiable, et laisser de côté les attitudes fondamentales (l'amour, la
justice, la fidélité). 8. (v. 25) Commencer par l'extérieur plutôt que l'intérieur. 9. (v. 27) Donner une apparence de justice, alors que
l'intérieur est pourri (la même idée que précédemment). 10. (v. 29) Dénoncer les crimes d'hier, et pratiquer allègrement ceux d'aujourd'hui. 11. (v. 37)
Faire taire la voix prophétique quand elle appelle à revenir au Seigneur.
3) Premières constatations : 1. Ça ressemble étrangement à ce que l'on pourrait dire du monde religieux d'aujourd'hui. On sent même que ça a des
choses à dire à NOS Eglises. 2. C'est aussi un guide critique de toute parole qui se veux prophétique, avertissement à l'Eglise. Je trouve que les
exhortations à l'Eglise n'ont pas toujours la même optique. Et j'aurais tendance à entendre les paroles qui sont fidèles à l'esprit de ce passage, et
à rejeter les autres.
4) Applications pour aujourd'hui. Je reprends à la suite les différentes rubriques. Pas tant maintenant pour faire un catalogue, que plutôt pour que
chacun entende quelque chose qui puisse le rejoindre intérieurement et induire un changement qui ensuite se voie dans des fruits portés. 1. Il ne
suffit pas de dire Seigneur, Seigneur, mais il faut se prêcher à soi-même, et entrer dans un chemin d'imitation de Christ. Ça veut dire qu'on ne peut être
prophète, dans le sens de porter une parole de Dieu aux autres, que si l'on s'est mis soi-même, au sujet même de cette parole, à la place du disciple, de
celui qui reçoit pour lui-même la parole du Maître et pour en vivre. Cela interroge notre relation avec le Seigneur, notre écoute personnelle de sa
parole, notre vie devant lui et selon lui, avant toute chose. 2. Etre vu plutôt que servir. Cela interroge notre approche de tout ce qui est
ministère, service, dons, dans l'Eglise et en général. Est-ce que notre objectif est d'abord de servir, ou d'abord d'être vu ? Est-ce que nous sommes
prêts à accepter des fardeaux sur nos épaules plutôt que de porter la parole dans une grande boite qui se voit bien (j'ai honte de dire ça, moi qui monte
sur l'estrade, mais mon ministère me condamne à parler), et proposer pleins de choses bien à faire…par les autres ! Ou plutôt nous sommes vraiment prêts
à nous " mettre à leur place " ? 3. Est-ce que nous donnons envie d'être un disciple du Christ ? Un chrétien ? Je ne veux pas lier un pesant fardeau sur
vos épaules, du genre " souriez en permanence, vous êtes regardés par des incroyants, il faut que vous ayez l'air sauvés ". Mais comme un critère de
discernement que le Saint-Esprit peut vous rappeler de temps en temps, par rapport à vos choix de vie, ou à la manière dont votre confiance en Dieu peut
transformer votre regard sur le présent. Par rapport aussi à une manière d'envisager la vie chrétienne : pas un truc de solitaire, mais la vie dans
une communauté humaine ou ce que je vis dit quelque chose de la foi, de la vie d'enfant de Dieu, à ceux qui me voient vivre. 4. Etre pieu, d'une piété
qui ne soucie pas de l'autre, du pauvre, de l'opprimé, de la justice sociale.
Je n'ai pas d'autre chose à dire que de rappeler que Jésus a dit " malheur à vous " si vous êtes comme ça. 5. Faire de l'évangélisation en comptant le
nombre des convertis, mais sans se soucier de leur croissance spirituelle. 6. Codifier les choses d'une manière qui fait oublier l'important. Je crois que
ça arrive quand nos réglements, notre histoire, nos spécificités théologiques et ecclésiales (professants, mais pas baptistes, la forme de notre culte…)
deviennent plus importants que notre attachement à l'Eglise DE JESUS-CHRIST, et à Jésus Christ lui-même, et à l'évangile. 7. Se poser en permanence la
question de l'important : quels sont les moucherons qu'on pourrait avaler, et les chameaux qu'il faudrait dégager de nos vies (d'église aussi) ? Les
activités nombreuses qui nous empêchent d'être disponibles aux personnes (par exemple ! dans une société individualiste, les chrétiens doivent avoir un
style de vie qui contribue à fabriquer du lien social). 8. et 9. Obéir de cœur au Seigneur, et pas seulement se conformer à des pratiques extérieures
de piété. 10. Je pense à toutes les demandes de pardon qui arrivent aujourd'hui, et je me demande souvent : pour quoi nous ou nos petits enfants
vont demander pardon dans 50 ans ? D'avoir exposé des frères en humanité kanak dans une cage à l'exposition universelle de 1901 ? D'avoir laissé
l'Angola sombrer dans une violence oubliée ? D'avoir pollué la planète ?
D'avoir parlé de sexe sans parlé d'amour ? En ce qui concerne les Eglises : de s'être tues alors qu'il aurait fallu parler ? De ne pas avoir entendu la
parole du sage : tout ce que ta main trouve à faire, fais-le ? Je dis ça en pensant à la Calédonie, au Congo, au soutien scolaire, au groupe
évangélisation, etc. 11. Je n'ai pas de réponses définitive, mais je sais que l'Esprit parle pour nous ramener au Seigneur qui nous sauve, et nous renvoyer
dans le monde pour vivre selon ses paroles dans Mt 23. Qu'il y a parfois dans la vie des Eglises ou des sociétés humaines des périodes de " désert " (…),
mais que tout cela a pour but qu'un jour le plus grand nombre puisse dire " béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ".
5) On pourrait tirer d'autres conclusions, les vôtres. Vous pouvez vous fixer onze jours de lecture bibliques, avec une brève méditation faite de
réflexion sur ce que ça veut dire pour vous ces deux versets, et de prière pour que vous puissiez dire dans la journée qui suit : " Béni soit celui qui
vient au nom du Seigneur ", parce que vous aurez vu l'intervention de Dieu dans tel ou tel domaine de votre vie devant lui.
Conclusion = Relire positivement à partir du FF.
Vous êtes chargés de porter ma parole au monde ; vivez ce que vous annoncez ! Ne mettez pas sur les épaule des autres des charges que vous-mêmes ne
pourriez porter, mais seulement ce que vous pourrez porter avec eux. Evitez, autant que faire se peut, de montrer ce que vous faites, d'avoir la plus
grosse bible, le plus gros poisson sur votre voiture, et de vous asseoir au fond de l'Eglise, parce que c'est là qu'on voit le mieux à quel point vous
êtes humble. Evitez surtout de vous faire servir des titres ronflants du genre " maître, père, conseiller ". Vous avez un seul maître et vous êtes
tous frères, un seul père, qui est dans les cieux, et un seul conseiller, le Christ. Le plus important parmi vous doit se mettre à votre service. Celui
qui veut être au-dessus de autres recevra la dernière place. Et celui qui prend la dernière place sera mis au-dessus des autres.
Quel bonheur pour vous, si vous êtes des hommes vrais, qui ouvrez la porte du royaume des cieux devant les gens ; vous-mêmes vous y êtes entrés et vous
laissez entrer ceux qui le veulent.
Quel bonheur pour vous qui partagez avec les démunis et qui considérez cela comme aussi important que vos prières. Parce vous fuyez ainsi l'hypocrisie,
votre récompense dans les cieux sera grande.
Quel bonheur pour vous, quand vous êtes des hommes vrais. Quand vous allez jusqu'aux extrémités de la terre pour annoncer la bonne nouvelle et obtenir
des conversions à Jésus-Christ, et qui ensuite considérez comme votre mission de les rendre meilleurs que vous, de leur permettre de vous dépasser.
Quel bonheur pour vous quand vos yeux s'éclaircissent pour guider ceux qui vous sont confiés comme frères, en leur disant que l'important c'est Dieu, et
le projet de Dieu pour eux, pour l'Eglise, et pour le monde, et que tout prend sens à partir de ça, et non à partir de l'homme, et que c'est cela qui
donne à l'homme la force de n'avoir qu'une parole.
Quel bonheur pour vous quand vous êtes des hommes authentiques, donnant pour l'œuvre de Dieu une partie significative de vos revenus et de vos biens ;
celle que vous pouvez vraiment donner ! Et que vous considérez cela comme un aspect seulement de ce qu'il y a de plus important dans la vie chrétienne, la
justice, la bonté, la fidélité. Vous devenez ainsi des guides clairvoyants pour les autres ; en distinguant nettement ce qui est important de ce qui est
secondaire.
Quel bonheur pour vous, si vous ne vous souciez pas des apparences religieuses, mais si vous refusez de donner raison à vos convoitises et à la
méchanceté résiduelle qui est en vous. Vous savez que c'est du cœur que viennent les sources de la vie, et vous le consacrez à Dieu.
Quel bonheur pour vous, quand vous êtes des hommes authentiques. Vous ressemblez à une maison fondée sur le roc. Elle est et à l'intérieur, elle
est pleine de vie. Par les fenêtres, on peut voir que la lumière brille à l'intérieur. Extérieurement, vous obéissez à Dieu, mais intérieurement aussi,
vous adorez Dieu en esprit et vérité.
Quel bonheur pour vous quand vous êtes des hommes authentiques ! Vous gardez des lieux de mémoires, et vous vous dites : Si nous avions vécu au temps de
nos ancêtres, nous aurions peut-être tué les prophètes comme eux. Mais vous avouez les fautes de vos ancêtres comme si c'étaient les vôtres. Vous avouez
le meurtre du fils de l'homme comme si c'était vous qui l'aviez crucifié. Et justement à cause de cela, vous êtes soustraits à la punition de Dieu. Je
continuerais à vous envoyer mes prophètes : N'éteignez pas l'Esprit. Ne méprisez pas les prophéties, examinez toutes choses, retenez ce qui est bon.
Que vos réunions de prières soient aussi des réunions d'écoute de mes paroles. Ainsi, c'est vous que Dieu va bénir parce que sa parole habite parmi
vous avec sa richesse. Je vous le dis en vérité, Dieu va vous bénir à cause de cela. Peuple de Dieu, peuple de Dieu. Tu vis à l'écoute de la parole de Dieu, et tu
honores chaque personne qui ouvre l'Ecriture pour ses frères, chaque frère qui t'exhorte à rester attaché au Seigneur. C'est pourquoi je te rassemble
comme une poule rassemble ses poussins sous ses ailes. Dieu vivra à toujours au milieu de vos rassemblements. Je m'en suis allé, mais c'est pour vous
préparer une place, et je vous ai envoyé l'Esprit-Saint, votre défenseur, par qui je suis avec vous tous les jours, jusqu'à ce que je revienne et que vous
disiez : " Bénis soit celui qui vient au nom du Seigneur ".
Je n'ai rien d'autre à dire sinon " amen " !

Amen
Prions.