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Le temps du Carnaval n'existe pas. A Venise le
Carnaval vit toute l'année, il est là. Février n'est pas une
parenthèse, c'est un hommage - hommage à la sophistication, au
raffinement à la beauté. L'ordre n'existe pas et tous les
siècles se superposent et se télescopent, mais il y a des
interdits non-dits mais évidents : la vulgarité, la banalité,
l'absence de poésie. L'extravagance esthétique, l'imagination
ouvrent la porte de l'individualisme et le superflu devient
essentiel puisque grace à lui chacun devient Prince et toute
hiérarchie est abolie - chacun est unique par sa beauté, et ce
n'est pas la réalité que l'on fuit mais l'on réorganise
l'ordre des choses. Le travail n'existe pas, seul le talent
triomphe. La famille n'existe pas, l'amour lui est voué. La mort
elle, est bien là mais la mélancolie des temps couronne la
continuité. Romantisme baroque, la fantaisie doit etre gratuite
et l'innovation vous accorde tous les privilèges. Le refrain du
Carnaval semble rappeler que tout le long de l'année il ne
s'agit que de la meme chanson : la légitimité d'etre un etre
humain. La différence est dans l'apparence mais l'apparence est
choisie. Le désir de plaire dérrière ces plumes et ces
masques, le désir de surprendre et d'éblouir : est ce de la
frivolité? Le droit à la métamorphose ou le reve de l'idéal,
l ' élégance du coeur et la dignité humaine célèbrés, se
reflètent dans les canaux. Les photos sont l'empreinte de
l'éphémère et dans ce grand jeu, elles sont soudain la Reine,
le Roi, mais elles peuvent etre aussi l'As en meme temps, car la
belle est aussi la bete dans se tarot qui prédit le passé. Le
modèle crée sa trace car grace à elle il existe, et dans le
ballet de séduction, il ne restera que le désir d'une vie plus
belle et quelques clichés, loin d'etre des lieux communs.
Préface d' Ines de la Fressange