A TRAVERS NOS REGISTRES


L'été dernier, deux étudiants se mettent à scruter les registres des Grondines. depuis les débuts. Ils additionnent tous les actes de ces livres, de 1680 à 1980.

On peut sortir de cette recherche les données suivantes :en trois siècles, la paroisse donne naissance à sept mille neuf cent soixante-trois rejetons ; elle est témoin de quatre mille deux cent cinquante-deux décès et de mille cinq cent quarante-deux mariages.

Evidemment, tous les enfants n'ont pas vécu. Il y a épidémies d'autrefois, l'absence de nourriture convenable chez plusieurs, parfois le manque d'hygiène '. les mamans et les nourrissons ne sont pas suivis comme aujourd'hui. Il arrive qu'il y a environ cent dix ans, le tiers des enfants meurent avant d'atteindre quatre ou cinq ans. C'est une constatation pénible. qu'on ne mentionne pas souvent. Prenons trois exemples, les plus frappants. c'est certain. Ainsi, en 1864, surquarante-cinq décès, Il y a celui de trente et un enfants, en bas âge. En 1865, sur trente-sept, il y en a vingt-deux. En 1883,sur quarante et un, il y en a vingt-huit.Depuis trente ans, disons, il y a moins de nouveau-nés,mais ils vivent tous. Le décès d'un petit est exceptionnel.Dans l'ensemble, les gens d'aujourd'hui vivent plus vieux qu'autrefois. La moyenne d'âge est montée considérablement,même au-delà de soixante-dix ans.Au siècle dernier, on se marie de préférence l'hiver, car plusieurs travaillent sur les bateaux ou au port de Montréal.


Les travaux de la ferme vont au ralenti pendant cette saison et on en profite pour prolonger les noces plusieurs jours durant. Nos ancêtres aiment fêter ! Même s'ils nous paraissent pauvres, ils sont heureux. Les voyages de noces sont trèscourte. . .A la naissance d'un bébé, on se réjouit : c'est bien la plus grande richesse du Seigneur. On fait des réunions aux enterrements aussi.Pour terminer, voici quelques statistiques ou chiffres que je dirais extrêmes ou élevés. En 1848, aux Grondines, il y aquatre-vingt-un baptêmes; en 1855, soixante dix-sept. Quantaux décès. soixante-huit en 1865 et quarante-huit en 1863.Pour les mariages, dix-huit en 1872, vingt en 1878 et dix-sept en1948.

ESCLAVAGE AUX GRONDINES


Il y a eu une douzaine d'esclaves aux Grondines. C'étaitdes sauvages montagnard. qui habitaient les terres entre le fleuve et la baie d'Hudson, ou des sauvages <<panis>> du lointain Missouris. Ces derniers paraissent avoir été un peuple de dix à douze mille de population, attaqués souvent par des nations ennemies pour en faire des esclaves.Voicl quelques noms :Marie-Louise, montagnaise de treize ans, appartenant à Louis Trottier, baptisée le treize avril 1730 aux Grondines inhumée le dix-sept février 1746.Marie-Apolline, montagnarde de dix ans, appartenant à René Hamelin. dit Laganière, baptisée le trente novembre 1734 et inhumée le deux mai 1748 aux Grondines.Marguerite Hamelin, sauvagesse, baptisée en 1755 aux Grondines et appartenant sans doute au seigneur Hamelin.Joseph Larose, un < palis >, affranchi, voyageur des Grondines et engagé comme canotier le dix mai 1738, pour le lac Népigon.Il faut s'entendre sur le mot esclave. L'individu était considéré un peu comme un membre de la famille. Il n'avaitpas de salaire ne pouvait pas s'éloigner et travaillait pour son ,maître. Mais Il pratiquait la religion de la famille, s instruisait comme son entourage et vivait la même vie. C'était un peu comme un donné, un protégé, enfin un type appartenant à un tel propriétaire.


On pourrait ajouter que certains fils des Grondines avaient le goût des sauvagesses ! Le négociant Charles Hamelin, enfant du seigneur Jacques Hamelin, marie à Michillimakinac la sauteuse Marie-Athanase, le vingt-sept novembre 1738. Elle lui donne quatre enfants et décède en 1745. Un an plus tard,Charles Hamelin épouse Marie-Anastasie, qui lui donne un fils en 1748. Son fils Louis Hamelin, prend lui aussi une sauteuse Marie-loseph Lasable comme épouse, le dix-neuf août 1787, àMichillimakinac (v. L'escluvage au Canada de Marcel Trudel).Charles Hamelin épouse Marie-Anastasie, qui lui donne un filsen 1748. Son fils Louis Hamelin, prend lui aussi une sauteuse Marie-loseph Lasable comme épouse, le dix-neuf août 1787, àMichillimakinac (v. L'escluvage au Canada de Marcel Trudel).


TROIS CENTS ANS à VOL D'OISEAU


En 1671

Avant la fondation de Saint-chartes-des-Roches, il y a déjà des lopins de terre défrichée, quelques habitants ici et là Chacun a sa maison ou sa cabane, sa grange, son hangar quelque animaux. En 1671, nous pouvons mentionner six couples. dont la femme est < Fille du Roy >> . (protégée de LouisX IV )

François Couillard et Esther Dannesé

Hilaire Frapier et Rose Petit

Michel Goron et Marguerite Robineau

Pierre Tousignant et Marte-Madeleine Philippe

Antoine Leduc et Jeanne Faucheux

Gilles Masson et Jeanne-Marie Gauthier


Jean Hébert est marié à Simone Dosant. Il y a pltlsieurscélibataires :

Jean-peul Masson

Thimothée Josson

Michel Desrosiers

Antoine Beaudoin

Pierre Roberol

Louis Hamelin

Claude Bertin

Jacques Benoist.


La première concession de terre, obtenue des religieuses de l'Hôtel-Dieu, est sans doute celle de Thimothée Josson. L'autre colon. qui a contribué pour ainsi dire à fonder Grondines, est François Couillard sieur de Fontaine. Plutôt instruit,il est estimé par les autorités civiles et les seigneuriages. Délicatesse de sa part: dans son contrat de concession de terre, il s'engage à apporter, chaque année, aux Hospitalières de l'Hôtel-Dieu (< un bouquet de fleurs en leur chapelle, le huitiesme septembre, fête de la Nativité de la Vierge >> . Il aide beaucoup les religieuses dans l'établissement des premiers colons. Où étaient situées les terres des premiers occupants ? Les seigneuriages se sont réservé six arpents de front, autour du moulin. En allant vers Deschambault : Jean-Paul Masson, deux arpents '. Antoine Leduc, deux arpents Gilles Masson, deux arpents '. Thimothée Josson, quatre arpents : François Couillard, quatre arpents : Michel Goron, trois arpents '. Jean Hébert, deux arpents : Pierre Tousignant, trois arpents Marin Richard, trois arpents.


Vers Sainte-Anne : Hilaire Frapier, Grabriel Benoist, Louis Foucher. Mathurin Boin, Michel Desrosiers ont des terres. Les gens demeurent surtout à l'est du quai actuel. en allant vers Deschambault. François Couillard est le personnage important de la seigneurie (Cahier des Dix, no 30. p. 47-48). En 1676, Monseigneur de Laval vient administrer la Confirmation à quelques adultes Thimothée Josson, Jean Hébert et François Couillard '. Jeanne Faucheux. épouse d'Antoine Leduc Marie Chapacou, épouse de René Mailhot ', le couple Léonard Girardin et Charlotte Jolivet. de passage dans la seigneurie, de même que Marguerite Damours (Archives de l'Archevêché).


On parle dans le canton d'organiser la vie religieuse. de fonder une paroisse. Il y a déjà une bâtisse qui sert d'église. Elle est située, tout normalement, près du moulin de 1674. Le sept juillet 1678, il y a assemblée des citoyens. pour étudier la proposition de l'évêque, soit que << Grondines >> four- nisse la somme de trois cents livres et << Sainte-Anne >> autant, par année. Ainsi, on pourra avoir un prêtre. qui desservira à tour de rôle ces deux endroits.Sur les vingt-six censitaires de la seignerie, dix-sept sont présents. Tous acceptent de se cotiser comme suit : François Couillard, Louis Hamelin, Thimothée Josson, Marin Richard, Gilles Masson, dix-sept livres chacun : Jean Hébert, Claude Le Roy, Claude Sauvageot, René Mailhot, Vivien Rocheleau, Jean Petit. douze livres chacun '. Jean Chastenay, Antoine Beaudoin, Jean-peul Masson, dix livres chacun. Urbain, Jagot. Hilaire Frapier, Jean Pouzet, une livre chacun. Les absents paieront dix livres : Antoine Lécuier, Michel Duvau, Jacques Hudde, Michel Goron, Saint-Amant, Jacques Boisseau. Jacques Mongault ; le dit Petitbois et Hilaire Poireau paieront la dîme de leur grain. On voit les noms des colons et un peu leur état financier. Tout s'arrange dans la charité évangélique.


En 1681


Le recensement officiel de 1681 est un document important dans l'histoire de la colonie. Toutefois, pour notre seignerie, il y a des lacunes. On mentionne quatorze censitaires et pourtant, trois ans auparavant. il y en a vingt-six. Plusieurs ne se sont pas présentés chez Louis Hamelin, le nouvel homme d'affaires des religieuses, Il faudrait ajouter les noms de Jean Petit et de Jean-peul Masson, en voyage à ce moment. D'autres. sans doute, étaient en-dehors de la seigneurie. Ce sont : Antoine Lécuier. Michel Duvau, Jacques Hudde. Peut-être d'autres aussi. Mais il ne faut pas dire que le document n'est pas utile car il donne de si intéressantes précisions. Il y a alors quatorze hommes, onze femmes, quinze garçons, quinze filles. On possède neuf fusils, si précieux devant l'iroquois. si utiles devant le gibier '. on a soin de quarante-neuf bêtes à corne : on cultive quatre-vingt-dix-sept arpents de terre. Le bord du fleuve est occupé et assez défriché. Plusieurs habitants sont établis à demeure. Le moulin banal est là et le service religieux s'améliore.


En I 709

La carte cadastrale note, en 1709, qu'il y a trente-cinq tenanciers et un total de deux cents âmes. Il est temps de bâtir une véritable église. Le seigneur donnera une terre à la fabrique,en 1712, et une église sera construite l'année suivante.


En l 762

Le recensement de 1762 nous instruit beaucoup : la seigneurie des Grondines est peuplée de quarante hommes, quarante et une femmes, soixante et un garçons et soixante-douze filles. Ajoutons dix domestiques masculins et onze domestiques féminines. Ce qui fait une population de deux cent trente-cinq âmes.Pas si mal, seulement deux ans après la conquête ! énumérons encore : cent dix-neuf arpents de terre cultivée, quatre cent quarante-trois boisseaux de semence, quarante-trois chevaux, dix bœufs, cinquante-trois vaches, vingt-sept taurailles,quarante-cinq moutons, soixante-douze cochons. Remarquons qu'on a des animaux et des récoltes pour vivre convenablement.


En 1878

Au Premier Rang des Grondines, en 1878, on compte cent soixante-dix-neuf familles au deuxième, cinquante-six , au troisième trente-deux , au quatrième, trois ; au village Saint- Joseph, dix. Ce qui fait un total de deux cent quatre-vingts familles. L'agriculture fait vivre cent-vingt familles d'autres sources font vivre cent quarante-cinq autres. Population total est de mil cinq cent-six âmes.

En 1890


Le nombre de familles baisse à deux cent soixante, la population à mil deux cent cinquante-sept, les cultivateurs à cent treize, les autres professions à cent trente.Il y a deux scieries à vapeur: celle d'Olivier Sauvageau et celle de Félix Laganière. la fromagerie de Louis Archambault. Il n'y a plus qu'une goélette en activité. Auparavant, il y en avait un grand nombre. C'est que le chenal est creusé à trente pieds et les <<steamer>> peuvent monter et descendre le fleuve, à leur gré. Ils râflent ainsi le transport presque entièrement. Les petits caboteurs disparaissent. Ceux qui vivaient de la construction des goélettes ou du transport par goélettes, doivent laisser la paroisse. Quelques familles s'expatrient aux états-unis.


En /917

La population entière est de mil soixante-douze. Cent cinquante-quatre familles demeurent au Premier Rang : trente-quatre, au Deuxième, vingt-trois, au Troisième, cent quatorze familles vivent d'agriculture, quatre-vingt-dix-sept d'autre source .


En l 94 l

En cette année, on trouve une école modèle, six écoles élémentaires, soixante garçons et quatre-vingt filles. Huit garçons et cinq filles étudient en-dehors de la paroisse. Le total des familles des Grondines est de cent quatre-vingt-deux : les communiants, huit cent quatre-vingt-huit'. les non-communiants, quatre-vingt-quinze : la population totale est de neuf cent quatre- vingt-trois âmes. Les agriculteurs sont au nombre de quatre- vingt-dix .. les autres professions, au nombre de quatre-vingt- douze.

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