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ORIGINE DES CONFRERIES DE PENITENTS.
A. Rappel historique.
Le mot pénitent vient du latin paenitens qui est le participe présent du verbe paenitere: se repentir. C'est l'état d'une personne qui se présente au prêtre
pour confesser ses péchés et recevoir le sacrement de la pénitence.
Au IV° siècle, il y avait quatre catégories de pénitents:
les pleurants : restaient à la porte des églises les écoutants : restaient dans le vestibule,
les prosternés : avec les catéchumènes, n'assistaient qu'à la première partie de la messe
les consistants : se mêlaient aux fidèles mais ne pouvaient participer à l'Eucharistie.
La pénitence publique fut remplacée ensuite par des aumônes ou des fondations pieuses.
Au V° siècle, voire même plus tôt, des hommes et des femmes, célibataires ou mariés, se regroupent et adoptent les conditions de vie imposées par la
discipline canonique aux pêcheurs publics officiellement réconciliés:
-port d'un habit spécial,
-pratique régulière de la prière,
-plus stricte observance de l'abstinence et du jeûne,
-renoncement aux fêtes mondaines.
Aux XII°, XIII° et XIV° Siècles, l'autorité de l'Eglise fut fortement discutée.
Au nord de l'Italie, une association pieuse d'artisans de la laine nait à Milan en 1178. Appelés les "humiliés", les membres de cette association étaient des
travailleurs laïcs mariés qui avaient choisi de pratiquer la pauvreté volontaire et de prêcher la pénitence. Ils portaient, par pénitence, des vêtements de gros drap
gris et prétendaient amorcer un retour à l'église primitive. La plupart des humiliés se réconcilièrent avec l'église et furent reconnus en 1201 par le pape Innocent III.
Au XIII° siècle, toujours en Italie, se créèrent des groupes appelés les "flagellants". Ils allaient de village en village en portant la croix, le torse nu et en
se flagellant jusqu'au sang en chantant des cantiques. Outre ces pratiques, ils assuraient l'ensevelissement des morts dans les villages.
Cependant, dès 1349, le pape Clément VI interdit les expéditions des flagellants.
C'est au XIII° également que naquirent les ordres mendiants: leur règle imposait la pauvreté, non seulement des individus, mais des couvents.
Le concile de Trente permit aux ordres mendiants d'acquérir des revenus, tout en maintenant l'interdiction de faire des bénéfices ecclésiastiques. A cette même
époque, Saint François d'Assise et ses premiers disciples se nomment "les pénitents d'Assise" avant de se constituer en ordre religieux proprement dits. En
1209, Saint François instituait le premier tiers Ordre séculier (dit de Saint François). Constitué de laïques, hommes et femmes, ce tiers Ordre est une sorte
de congrégation civile dont les membres, tout en vivant dans le monde, même dans le mariage, s'obligeaient à mener une vie vraiment chrétienne et à observer
la règle de Saint François, autant du moins que les exigences de la société pouvaient le leur permettre.
Du point de vue religieux, les membres de ces confréries étaient soumis aux mêmes pratiques que les moines, chantaient les mêmes offices, suivaient les
mêmes rites et exerçaient à l'égard les uns des autres des principes de solidarité uniquement basés sur la foi chrétienne.
Très tôt, ils se consacrèrent aux bonnes oeuvres: la charité d'abord, soit par simples aumônes soit par fondation puis, après, la charité orientée vers les autres
pénitents, charité interne qu'est l'entraide mutuelle. De toutes les obligations de charité, la principale était l'aide apportée à un pénitent au moment de sa mort,
aide morale pour l'aider au passage dans l'au-delà, et l'une des obligations les plus suivies par les pénitents, et la mieux réglée était celle qui s'exerçait à
l'occasion des obsèques, les pénitents s'obligeant à porter en terre leurs confrères décédés. Plus tard, ils se chargèrent également d'ensevelir les morts non pénitents,
pratique assurée antérieurement par les flagellants dont bon nombre rejoignirent les confréries de pénitents.
L'égalité des frères se montrait surtout concrètement par le port de l'habit de pénitent qui leur servait d'uniforme dans les processions et lors des manifestations cultuelles.
Il existe encore aujourd'hui des confréries de pénitents dans le midi de la France, en Italie, en Espagne et en Belgique (Fumes). Ces pénitents ont tous un
même rite et portent un habit similaire composé du sac (la livrée), de la cagoule ou du camail et du cordon.
Les confréries n'ont-elles que des hommes comme membres participants? Non, les femmes sont admises dans certaines des confréries, notamment celles
des pénitents blancs de Mèze en 1808, des Pénitents Gris d'Aiguës Mortes dans laquelle on dénombrait 24 femmes entre 1796 et 1815 et 18 entre 1892 et 1933
(soit près de 10% de l'effectif) et, plus récemment, celle des Pénitents Noirs de Nice. Les femmes participent plus particulièrement aux actions de bienfaisance
des confréries et à leurs activités chrétiennes.
Comment devient-on pénitent? Par cooptation, par tradition familiale ou
régionale. Nul n'est membre par sa fonction, par son âge ou par son métier, mais seulement parce qu'il l'a voulu. A Aigues Mortes, l'aîné de chaque génération
était tout naturellement désigné pour prendre la suite de son prédécesseur.
B. Saint François d'Assise (1182-1226).
Après une période de vie mondaine, Saint François (Giovani Francesco Bernardone), né à Assise en 1182, abandonne tous ses biens, revêt une tunique
de toile rude qu'il ceint d'une corde et se voue à la dévotion, visite les lépreux et les pauvres et renonce au monde.
Il prêche simplement avec des images naïves et entraîne d'autres âmes qui, vers 1210, forment un ordre mendiant et priant qui fut approuvé verbalement par Innocent III.
Ce sont les pauvres pénitents d'Assise, devenus les Frères mineurs. L'ordre des frères mineurs n'était que l'aboutissement de toutes les sectes illuministes
qui s'étaient révoltées contre le pouvoir temporel et la richesse de l'Eglise: Béghard ou Turlupins, Vaudois, Patarins, Illuminés, Bogomiles, Albigeois ou Cathares...
Pour différents qu'ils fussent, tous prêchaient le dépouillement et l'austérité.
Le miracle fut que la révolte de François, qui se situait dans le droit fil de tant de contestations, se développât au sein de 1'Eglise. Quand François se présenta à
Rome pour faire reconnaître la règle de vie qu'il avait choisie pour lui et ses frères, le cardinal Jean de Saint Paul dit à ses pairs: "il est difficile de leur
refuser le droit de suivre l'Evangile".
Grégoire IX canonisa Saint François deux ans après sa mort et lui donna le titre de Père Séraphique.
C. Les cordeliers.
Le nom de cordeliers fut, à l'origine, donné en France par le peuple aux
religieux qui suivaient la règle de Saint François d'Assise et que l'on appelait aussi Frères mineurs ou Franciscains.
D.Symbolisme de l'habit , de sa couleur dans les différentes confréries.
L'habit des pénitents est l'une des spécificités des confréries qui surprend bien des gens. Pourquoi les pénitents portent-ils un sac, une cagoule et un
cordon?
Le respect de cette tradition en plein renouveau ne vient pas d'un besoin folklorique de se singulariser, mais au contraire d'exprimer publiquement un engagement personnel
et religieux.
Cet "habit", dont la couleur varie suivant les confréries ne porte aucun signe permettant d'identifier un dignitaire ou
une fonction exercée par un frère. C'est l'un des signes extérieurs de l'égalité entre les pénitents d'une même confrérie et de l'anonymat
de leurs actions, les pénitents intervenant toujours au nom de leur confrérie.
Le sac. Le mot sac est d'origine sémitique.
C'est le vêtement de toile que l'on portait autrefois en signe de deuil et de
pénitence. Le sac désigne , avec une connotation évidente de salut, le lieu où le principe de vie est conservé. Pour le pénitent, le sac est à la fois sa "livrée" de
pénitence, mot qui symbolise le fait que le pénitent s'offre à tous et son "bouclier", c'est à dire le vêtement qui le protège. Lors des cérémonies, et pour
défiler dans la rue, le sac d'ample dimension permet de dissimuler les vêtements civils et, par là même, les éventuelles marques de classe sociale qui s'y
rattachent. A sa mort, le pénitent sera enseveli dans son sac qui lui servira de linceul. La cagoule. C'est une sorte de capuchon pointu percé de trous au niveau des yeux.
La cagoule, dont le pénitent se couvre le visage en signe d'humilité, symbolise également l'égalité de tous devant la mort et contribue à l'anonymat du
pénitent en masquant les traits de son visage.
La corde. D'une façon générale, la corde relève de la symbolique de la
discipline. Elle représente aussi le moyen, tout comme le désir, de l'ascension. La corde "d'argent" désigne la voie sacrée immanente en la conscience de l'homme
qui relie son esprit à l'essence universelle. C'est la voie de la concentration. C'est la voie de la concentration par la
méditation. Le sac muni de la cagoule, ceint par la corde attachée par le triple noeud fransiscain, est devenu l'insigne de chaque confrérie.
La couleur des sacs définit les différentes confréries:
- gris pour la Dévote et Royale Compagnie des pénitents d'Avignon et
pour l'une des confréries d'Aiguës Mortes, - blanc pour l'Archiconfrérie de Gonfalon de Rome et l'une des confréries
d'Aiguës Mortes, - bleus pour les pénitents de Montpellier,
- rouge pour ceux de Nice,
- noirs pour ceux de Vairéas,
- feuilles mortes pour ceux de Limoges....
II. LES PENITENTS D'AIGUES MORTES.
A. Les Pénitents gris.
l. Histoire de leur création.
La confrérie des pénitents gris d'Aiguës Mortes ne connaît pas exactement l'année de sa création. On sait qu'elle fut établie par les Frères religieux
conventuels de Saint François, Cordeliers de cette ville qui avaient fondé leur couvent sous le règne de Saint Louis.
En effet, quand le Roi Saint Louis (Louis IX) vint à Aiguës Mortes pour la
première fois en 1248 pour la septième croisade, il fut si bien reçu qu'il fonda en récompense un couvent de moines de l'Ordre des Cordeliers. La date de la
constitution de la leur sac, ou froc, cette livrée de toile serré à la taille par un cordon, se situerait entre les années 1350 et 1375.

Les Cordeliers, véritables fondateurs de la confrérie, reçurent les frères dans leur église et les autorisèrent à y chanter leurs offices.
Ensuite, le nombre des pénitents étant devenu plus important et la confrérie rendant de grands services à la ville, les Cordeliers
leur cédèrent une partie d'un cimetière sur lequel fut bâtie la première chapelle dont on voit encore les traces de l'ancienne porte sur le mur du midi.
Par sa bulle du 4 avril 1655, le Saint Père le Pape Innocent X accorda à perpétuité aux pénitents gris d'Aiguës Mortes diverses indulgences et, entre
autres indulgences plénières, l'exposition du Saint Sacrement le jour de la fête principale de la confrérie qui est fondée sur les cinq plaies de Notre Seigneur
Jésus Christ. Elle se fera depuis les premières vêpres jusqu'au coucher du jour de la fête qui est fixée au vendredi dans la semaine de la passion. Le Saint
Sacrement sera également exposé, depuis les premières vêpres jusqu'aux secondes vêpres les jours de la Pentecôte, de l'Assomption de la Vierge et de la Circoncision de Notre Seigneur.
La Bénédiction sera donnée la veille de ces grandes fêtes.
Au cours du XVII" siècle la confrérie agrandit sa chapelle, l'embellit et, en
1687, fit construire le retable représentant la Passion de Notre Seigneur Jésus Christ.
2. La chapelle des pénitents gris.
La chapelle, propriété des pénitents, est située dans la partie Est de la ville.
La façade est de pur style Louis XIV. La porte d'entrée, ornée d'une statue en bois, est droite comme toutes les portes du XVII* siècle.
Au dessus de la porte, sur le linteau, sont gravées deux inscriptions, l'une en hébreu et l'autre en latin.
Au dessous de cette inscription est gravée la date de 1607. Malgré la simplicité de son vocabulaire, l'inscription latine est pratiquement intraduisible
mot à mot car elle présente de nombreux défauts tant dans le domaine grammatical que dans le domaine rationnel . Pour comprendre la pensée de
l'auteur, il faudrait que soit écrit "credo quod nescis hoc" (je crois que cela, tu ne le sais pas). Du point de vue rationnel, la pointe de la pensée de l'auteur serait
dans cette expression "nescis meno est nostre Dei" (notre esprit est ignorant de Dieu) ou mieux, si l'on cherche à compléter sa pensée: notre intelligence, dans
ses seules forces naturelles, ignore Dieu. Or ce point fut plus ou moins condamné par le Concile de Vatican l en 1870
lors de la troisième session ainsi que dans les canons sur la foi catholique. Une traduction proche de la pensée de l'auteur peut s'énoncer comme suit: Dieu est ici
présent. Je pense que tu ne le sais pas. Car notre intelligence (dans ses seules forces naturelles) ignore Dieu Donc, entre, regarde et alors tu comprendras.
La partie hébraïque de ce médaillon se lit: Ahen yeeh. Adonaï Bahagômhaze veanôhi Lô Yo Dati et cette expression se traduit par: Il est vrai
que dieu est présent en ce lieu et moi je ne le savais pas. II s'agit en fait du rêve de Jacob dont l'interprétation est la suivante: "si je l'avais su je n'aurai pas dormi
dans un lieu aussi sacré".
Le retentissement de la cloche peut symboliser la répercussion de la puissance divine dans l'existence.
Dès qu'on pénètre dans l'édifice, le regard se porte sur un retable représentant la passion du Christ. Construit en stuc de plâtre gris en 1687, ce
retable, sur lequel figurent également les armoiries de la confrérie, occupe tout le fond du cœur. C'est l'œuvre du sculpteur Montpelliérain Sabatier.
Au soleil couchant du solstice du 24 juin entre 18 et 19 heures, le soleil pénètre dans la chapelle par la grande rosace située au dessus de la porte
d'entrée et éclaire entièrement le retable. C'est la fête de la Saint Jean, date à laquelle la nuit va commencer à prendre le pas sur le jour. Au solstice du 24
décembre le soleil éclaire entre 15 et 16 heures plus particulièrement la niche de la statue de Saint Jean Baptiste et le bas relief représentant le Christ au jardin
des oliviers. C'est la date à laquelle la lumière va commencer à prendre la pas sur l'obscurité.
A l'équinoxe du 21 mars et à celui du 21 septembre, le retable est entièrement éclairé entre 16 et 17 heures. Le long de la chapelle court un lambris
bleu ciel. La chaire est de 'même couleur C'est la reproduction exacte de la chaire originelle qui datait du début du XVII siècle mais fut détruite durant la
révolution. Jusqu'en 1657, la chapelle servit de lieu de sépulture aux confrères pénitents qui étaient ensevelis dans leur sac. Une lettre patente du roi du 15 mars
1776 autorisa la construction de caveaux dans les chapelles ou les oratoires. On ne reprit les inhumations que plus tard, non dans la chapelle, mais dans le couloir
adjacent ou des caveaux avaient été construits. Les inhumations ont cessé au moment de la révolution. Le décès d'un confrère figurait sur le catalogue sous la
forme d'une croix de Malte dessinée dans la marge en face de son nom.- Sur le coté gauche de la chapelle se trouve un couloir s'ouvrant sur l'extérieur par une
porte et conduisant à la sacristie. A l'entrée du couloir part un large escalier de la fin du XVII" siècle conduisant aux tribunes qui surplombent l'entrée de la chapelle.
3. Structure de la confrérie
La vitalité de ces confréries nécessitait une bonne organisation et une direction adaptée aux statuts imposés.
Un comité directeur, avec un chef appelé prieur (ou Recteur), avait en main
tous les pouvoirs nécessaires et une autorité absolue pour surveiller et mener à bien les affaires de la compagnie. Le prieur était élu et ne conservait son mandat que pendant un an.
Le dimanche des Rameaux, était dressée une liste de cinq candidats pris par rang de réception.
Le jeudi Saint on procédait, par le vote, à la nomination du Prieur. Son
entrée en fonction avait lieu le jour de Pâques. Ce jour là, le Prieur choisissait le sous Prieur. Le Prieur élu et le sous Prieur choisi ne pouvaient pas se soustraire
aux fonctions que l'élection ou le choix avait imposées.
Ce n'est qu'à la fin du XIX° siècle que l'élection a cessé d'exister aux
Pénitents gris d'Aiguës Mortes, la charge de Prieur revenant de droit au plus ancien qui peut ou non l'accepter, sans s'exposer à aucune sanction pour son refus.
La puissance du Prieur et du sous Prieur n'écartait pas un recours possible
contre eux toutes les fois qu'ils avaient démérité par des faits délictueux ou par leur indifférence religieuse. La compagnie avait le droit, dans ce cas, de demander leur destitution ou leur dégradation.
Le Prieur, après avoir occupé pendant un an le rang le plus élevé dans la
hiérarchie, cédait la place à son successeur et allait occuper la dernière stalle du cœur: il recevait alors le modeste titre de portier.
Il ne devait plus avoir souvenance des hautes charges qu'il avait détenues.
Dès l'année 1701, les registres des délibérations donnent le tableau des membres du conseil:
L'aumônier (le curé)
Le prieur (ou Recteur) Le sous prieur (ou vice Recteur)
Le maître de cérémonies Le syndic
Le receveur L'archiviste
Le directeur des chants L'ordonnateur et directeur des malades
Le sacristain La commission administrative
Le conseil des anciens Le portier (ex prieur et ex sous prieur)
4. Admission d'un impétrant.
L'admission, en tant que membre de la confrérie, n'était pas chose aisée.
On ne pouvait prétendre à cette admission que si on était à même d'offrir toutes les garanties de bon chrétien et d'homme honnête et intègre. Chaque
impétrant présentait sa demande d'admission au Prieur qui ordonnait des enquêtes, soit ouvertement, soit en secret, sur la moralité et l'esprit religieux du
candidat. La candidature était soumise au vote des membres du comité directeur.
La requête, présentée avant le vote par le secrétaire du conseil, stipulait
que le candidat acceptait toutes les charges morales ou pécuniaires attachées au titre de pénitent et promettait de se soumettre à l'observance des statuts et à toutes les décisions qui pourraient
être prises à son égard. Le vote se faisait pendant trois dimanches consécutifs. Après le troisième dimanche, si le candidat avait obtenu l'unanimité
des suffrages, il était admis dans le sein de la confrérie.
Dès sa réception, le confrère était contraint d'acquitter un droit de
réception et, par la suite, astreint à une quotité annuelle. Les quotités étaient payées régulièrement. Le non paiement entraînait des rappels continus et impératifs.
Si les confrères refusaient le paiement des charges auxquelles ils avaient
librement consenti le jour de leur réception, la sanction pouvait aller jusqu'à une action judiciaire et jusqu'à la saisie.
Ces sanctions judiciaires ne cessèrent de se poursuivre qu'à l'époque de la
révolution. De même, en cas de non respect des statuts, le pénitent pouvait être exclu de la confrérie et avoir son nom brûlé (rite d'exclusion qu'on retrouve dans le compagnonnage).
5. Cérémonies et fêtes de la confrérie.
Les confréries de pénitents, de par leur caractère religieux et de par leur
origine monacale, étaient soumises à un rituel précis. Ainsi, à l'origine, une messe et des vêpres étaient célébrées le dimanche et les jours de fête chaumée et, tous
les samedis soirs, les pénitents se réunissaient à la chapelle pour chanter les compiles.
Le cérémonial des offices dépendait de l'importance des fêtes. Pour certaines d'entre elles, le Très Saint Sacrement était exposé et une procession se
déroulait dans la chapelle ou dans la ville. Outre les fêtes du calendrier religieux, les pénitents célébraient celles spécifiques à la confrérie, ainsi que celles dites "des Quatre Temps".
Les Quatre-Temps est le nom donné à chacune des quatre époques de l'ancienne liturgique consacrée à la prière et à la pénitence.
L'usage des Quatre-Temps remonte au III siècle. Il consistait, avant 1939, à jeûner les mercredi, vendredi et samedi de la semaine correspondant à
l'ouverture de chacune des saisons: première semaine de Carême (printemps), octave de la Pentecôte (été), semaine qui suit le 14 septembre (automne), troisième semaine de l'Avent (hiver).
Bien que figurant dans l'Office de la Glorieuse Vierge Marie établi à l'usage des pénitents blancs, les Quatre Temps étaient célébrés par toutes les
confréries de pénitents. Etabli sur la base du rituel de l'église, les calendriers des fêtes célébrées par les diverses confréries ne différaient pas fondamentalement.
Deux des fêtes des Quatre Temps se déroulent à l'époque des équinoxes (durée égale du jour et de la nuit), ainsi que deux des cinq fêtes principales des pénitents gris d'Aiguës Mortes.
Aucune fête des Quatre Temps n'est reliée aux solstices. En 1817 la confrérie des pénitents gris d'Aiguës Mortes s'affilia à la confrérie des pénitents
bleus de Montpellier. Les deux confréries se mettaient dans l'obligation de se communiquer leurs différentes délibérations importantes, la liste annuelle des
prieurs, sous prieurs et officiers constituant leur commission respective ainsi que toutes les questions délicates ou litigieuses à résoudre qui se présenteraient.
Ces affiliations ont été une sorte d'acheminement vers une association générale de toutes les confréries de Pénitents.
B. Les Pénitents bleus D'Aigues Mortes
La confrérie des pénitents bleus semble avoir été créée pour répondre à un besoin social précis: la prise en charge des mourants de
l'hôpital communal d'Aigues Mortes et le service gratuit de leurs obsèques.
Un tel projet social, rigoureusement lié à l'esprit religieux, était perçu
comme un acte religieux devant être conforté par un ensemble d'autres pratiques religieuses et ne pouvait être réalisé que par des personnes ayant une vocation
particulière et acceptant de se soumettre à un règlement particulier. C'est pourquoi le groupe qui s'était constitué de façon informelle pour assumer ces
tâches demanda à l'évêque, vers 1661, l'autorisation de créer une confrérie de pénitents noirs.
Un simple hasard en changea la couleur: la rencontre sur le pont d'Artois d'Aigues Mortes (pont qui se situait en bordure de l'actuel jardin public) du
lieutenant du roi Marc de Noé de Guittaud par un membre de ce groupe. La considération de l'appui promis par ce personnage, pénitent bleu de la
ville d'Agen ayant semble-t-il des relations avec les pénitents bleus de Toulouse, a facilité l'accord du groupe pour le changement de couleur de la confrérie qui fut
demandé par le lieutenant. La bulle de création de la confrérie, placée sous le vocable de Saint Louis, fut signée le 27 mai 1662 par l'évêque Anthime Denis
Cohon et, le 10 juin 1662, Maître Jean Gilli, notaire à Aiguës Mortes, enregistra le contrat24 par lequel, pour une durée de 10 ans, la chapelle de la Sainte Trinité,
chapelle de l'Hôpital construit au XIV° siècle sous Philippe de Valois par lettres patentes de janvier 1347, devenait le siège de la confrérie En marge de ce contrat
figure l'accord du chapelain de cette chapelle, Jean de Conseil sieur de Terreneuve et chapelain de la collégiale, accord daté du 16 septembre 1662.
L'élection annuelle du prieur de la confrérie avait lieu le jour de l'Assomption et il prenait sa charge le jour de la Saint Louis. Un contrat fut également signé avec
un menuisier pour fabriquer des tribunes pour les pénitents De telles tribunes et leurs aménagements sont encore visibles aujourd'hui dans les chapelles des
pénitents blancs et des pénitents gris d'Aiguës Mortes.
Cet agencement des chapelles est à l'inverse de celui existant dans les
monastères ou les moines prennent place aux alentours de l'autel, les tribunes étant réservées aux fidèles. Cette confrérie cessa ses activités en 1703, date à
laquelle les quelques rares pénitents bleus qui existaient se firent recevoir pénitents gris. Depuis cette date, en souvenir de l'intégration de leurs confrères,
les pénitents gris portent sur leur sac une croix bleue à la hauteur du cœur.
C. Les Pénitents blancs D'Aigues Mortes.
1. Histoire de leur création.
En 1625, des dissensions se produisirent parmi les dirigeants de la
confrérie des pénitents gris. Un frère nommé Manobre s'en sépara après quelques différents d'ordre intérieur et amena à sa suite un certain nombre de pénitents.
Ils fondèrent, sous le vocable des Lumières du Saint Esprit, une nouvelle
confrérie: la confrérie des pénitents blancs. Par sa conception même, la confrérie des Pénitents blancs se rattache à toute une tradition du sud de la France qui
faisait qu'en chaque ville ou village se formaient des sociétés d'hommes, de femmes ou mixtes, se dévouant au bien public avec ou sans but spirituel avoué.
Cette confrérie eut le même succès que celle des pénitents gris et rivalisa avec son aînée dans toutes les activités de secours aux malades et aux
nécessiteux comme dans le maintien des traditions liturgique et des chants grégoriens.
2. La chapelle des pénitents blancs.
Cette chapelle, située rue de la République , est la propriété des frères
pénitents. Elle a été édifiée et ornée avec les propres deniers de leurs aïeux, ce qui a impliqué pour eux de gros sacrifices car il leur a fallu racheter à l'Etat les
chapelles qu'il s'était approprié pendant la révolution de 1789.
A cette époque, la chapelle des pénitents blancs devint le siège du club des
"sans Culottes" et, de ce fait, fut complètement dépouillée. Il fut également nécessaire, plus tard, de procéder à l'achat des objets de culte et
d'ornementation. Les peintures de cette chapelle rappellent que la confrérie est placée sous le vocable du Saint Esprit et sous la protection de la bien heureuse
Vierge Marie. La façade de la chapelle est ornée d'un bas relief représentant des pénitents agenouillés, revêtus de leur sac et cagoule et recevant les rayons d'une
nuée sur laquelle est posée un oiseau mais la pierre est trop outragée pour que l'on en discerne la tête.
La chapelle étant sous la protection de la Vierge Marie, l'oiseau de ce bas
relief pourrait être une colombe car cet oiseau gravé également sur l'autel est manifestement une colombe. Dans la tradition Chrétienne, la Visitation de Marie
par la colombe incarnant l'Esprit Saint a put être considérée comme une expression de la puissance de la lumière divine. Dans cette acceptation mystique,
la glorification de la lumière est totale puisqu'elle devient, en elle même, l'Epiphanie première (épiphanie: apparition, manifestation de Jésus Christ aux
gentils et particulièrement aux rois Mages) ou la qualité sensible est si forte que, sans avoir besoin de s'incarner dans une forme. Dieu se révèle en cette lumière.
Tout au long de la symbolique Judéo Chrétienne, la colombe finira par représenter le Saint Esprit.
"Dans la mesure ou l'âme s'approche de la lumière, elle devient belle et
prend dans la lumière la forme d'une colombe" dira Saint Grégoire, frère de Saint Basile, et qui fut Evêque de Nysse. Sur ce bas relief, il faut noter également la
forme inhabituelle de la cagoule qui représente une tête de lièvre. D'après Robert Jacques Thibaud27, revêtir un masque de lièvre sous entend un désir
profond d'utiliser la lumière qui se trouve dans la nuit. Cette tête de lièvre évoque aussi la chanson que chantaient autrefois les pénitents blancs aux pénitents
gris au retour de la procession aux Croix du jeudi des Rogations (jeudi de l'ascension).
Les pénitents blancs, en revenant de la Croix de Méjeannet rejoignaient les pénitents gris qui revenaient de la Croix de Bérémee. Vôstre Pénitents Gris
que siatz damere qu 'avetz tôt vist, disatz pas ren la manjaren insemble La traduction en français s'écrit: "Vous Pénitents Gris qui êtes derrière et qui avez
tout vu, ne dites rien, nous la mangerons ensemble". L'histoire rattachée à cette chanson se rapporte à un lièvre qui aurait été attrapé durant la procession par les
Pénitents blancs et qui l'auraient caché sous leur sac.
A partir de la rampe de Communion, jusqu'au fond du chœur, la voûte est
soutenue par des colonnes et après la voûte, sur le ciel du chœur, se trouve une copie du retable de Jérusalem où le Christ a célébré la Pâque et le jeudi Saint
avec ses apôtres. Autour du Maître Autel, une peinture sur toile retrace la descente du Saint Esprit le jour de la Pentecôte. Elle est attribuée à Xavier Sigalon, peintre né à Uzès en 1778.
De part et d'autre du chœur se dressent deux statues: à gauche Saint Félix
pour la rédemption des captifs, à droite Saint Jacques le Mineur, que l'histoire cite comme ayant été le premier Evêque de Jérusalem. Sa fête a lieu le 7 mai.
D. Relation entre les Pénitents gris et les Pénitents blancs.
Aux XVII" et XVIII* siècles, les deux confréries rivalisèrent dans toutes
leurs activités et, peu à peu, rivalisèrent également avec l'Eglise. Les deux confréries étant très appréciées dans la ville, nombreux étaient les habitants qui
assistaient aux offices célébrés dans les chapelles par les prêtres de Paroisse qu'à ceux célébrés à l'église, bien que les heures des offices dans les chapelles
soient choisies pour ne pas "concourir" avec la Paroisse.
Au début du XIX" siècle, la pénurie de prêtre obligea les deux confréries à
se rapprocher pour établir leurs calendriers des cérémonies religieuses. Le 7 Avril 1811 il fut convenu entre les pénitents gris et les pénitents blancs que le
dimanche des Rameaux, après avoir prévenu Monsieur le Curé, les deux confréries se rendraient à la Paroisse en procession pour entendre la messe et
recevoir les rameaux de la main de leur Curé. De nos jours, la fête des Rameaux et celle de Pâques sont toujours célébrées dans les chapelles des pénitents.
Une année les sont fêtés chez les gris et Pâques chez les blancs et, l'année
suivantes le lieu dans lequel se déroule les cérémonies est inversé. Le rituel défini pour d'autres cérémonies atteste de l'entente qui s'établit entre les deux confréries.
Ainsi, à la mort du Prieur, du Sous Prieur ou du Doyen des pénitents gris,
les sacristains vont prier les sacristains des blancs de sonner leur trépas à leur chapelle et de venir mettre le corps du défunt au suaire.
Les cloches sonnent dans les deux chapelles aux mêmes heures et de la même façon. Les maîtres de cérémonies vont prier le Prieur des blancs d'assister
aux obsèques. Le corps du défunt est porté en tombe par deux frères de chaque confrérie.
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