RECHERCHE DE LA PROFONDEUR ET DE L'INFINI
"Base et sommet pour peu que les hommes
remuent et divergent, rapidement s'effritent..."
René CHAR
Profondeur et infini, pour peu que les hommes s'apaisent et convergent, se diluent lentement dans ce qu'ils ressentent. L'alliage délivre une piste cohérente aux empreintes chaotiques de leur évolution... Nées du ciel, les traces des oiseaux sur la neige ne se dirigent pas vers le sommet de la montagne mais vers l'élan qui permet de leur survoler.
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L'homme ne peut avoir de base établie puisque toute matière est composée d'un rayonnement. A cent lieues sous le néant, les ondes seraient venues baigner d'une étrange clarté la nappe phréatique des étoiles, pour donner source dans un corps à l'intelligence, animer sa chair avec le sentiment de l'éternelle beauté... qui nous consume en nous emportant.
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L'humanité ne peut avoir d'autre sommet que l'infini conduisant la lumière vers l'expansion de l'ombre qu'elle poursuit.
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Le paradoxe ne s'effrite pas ! Il se nourrit des contradictions qu'il soulève, s'embellit volontiers de la conscience qu'il intrigue pour la décorer.
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Comme un parfum dont on ouvre le flacon, l'univers se diffuse pour ne pas se décomposer dans les premières limites de la transparence.
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Le mystère a besoin de nous pour exister ! Il écrase le fruit de nos questions, qu'il a fait mûrir pour en boire le jus. Il se fortifie de la pulpe obscure de nos sentiments. Il en jette les noyaux et les pépins pour en semer d'autres.
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Il nous appartient d'éclairer notre substance en allumant les brindilles tombées de l'immatériel, en prêtant souffle à l'être qui nous attise, en faisant, pour aviver la chaleur des autres , feu de tout moi.
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La fumée du monde, qui nous entoure de rêves, ne sait pas nous réchauffer ; l'étonnement alimente sans cesse les messages qui s'en élèvent... et suscite notre réponse au silence par la gestuelle du cœur brûlé..
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Si nous pouvions prendre appui sur la profondeur du vide plutôt que sur l'apparence de ses bases ! En lui semble se fondre la grandiose énergie dont le vibrato pourrait soutenir le staccato de la nôtre.
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Puisque toute surface est courbe, et le temps sans consistance, je m'incline vers ce que je ne comprends pas et plie chaque instant vers ce que j'imagine.
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Quand une pyramide se plante sur le désert, la base doit pénétrer le sommeil du sable, pour apprendre le vieux savoir des pierres effritées, comprendre l'usure du rêve qui les unissait. Le sommet doit pointer vers le ciel pour apprendre à s'éteindre.
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Le trésor de nos pyramides concrétise le verrouillage d'une âme dans sa présence organique ou décorative. Avec le reflet des bijoux, le temps dérobe le paradis qu'un mortel voulait s'attribuer comme un pouvoir sur la fonction céleste de l'infini.
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Rendons grâce à l'élégance naturelle du vent solaire qui nous transporte aujourd'hui sans confort ! Si nous pouvons suivre son chant, il ne nous appartient pas d'aménager son écho.
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Le périmètre est ce qui nous limite au niveau le plus bas des apparences. Il faut le mesurer pour connaître notre pouvoir sur elles, l'oublier pour en saisir le sens.
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Les fondations pénètrent un sol qu'elles ne clôturent pas. L'édifice doit faire confiance à la profondeur et à l'altitude pour demeurer vertical dans ce qui les unit.
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La base de l'enceinte fait croûtes avec les vraisemblances et se couronne avec la grille de nos certitudes. Elles tombent ensemble quand nous en guérissons.
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Les matérialistes cherchent à priori la base et le sommet de toutes choses. C'est pour cela qu'ils perdent pied dans la profondeur et tombent de haut sur l'infini.
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"Ainsi, élevé au sommet, je vois que tu es l'infinité parce que tu
es inaccessible... Ne pouvant pas ne pas admettre les êtres finis,
nous ne pouvons pas ne pas admettre l'infini. Nous admettons donc
la coïncidence des contradictoires au-dessus de laquelle est l'infini."
Nicolas de CUES
Parfois je glisse, en amont de l'éternité, dans cette veille où les échos fantômes viennent creuser le lit sombre de la peur, où la violence arrache aux phrases qui la bordent des illusions boueuses... Je cherche alors en aval de l'aube, une image enrichie par les allusions dérivant sur ce qu'elle exprime. Sa force pourrait passer dans le courant lumineux d'un poème unifié par la mémoire des sources, capable d'assouvir le delta vorace du crépuscule.
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Le désir de Dieu s'accote sur ce qui m'échappe ! Ma base terrestre s'appuie naturellement sur le ciel des Antipodes. L'équateur de l'amour est une tension perpétuelle entre les pôles capables de l'inspirer.
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Comme les dimensions fugitives, l'infini demeure soumis à la relativité. Le voyage est donc plus rapide à bord des pensées qui s 'approchent avec bonheur de l'humanité... Il faut payer le prix de l'innocence pour y monter sans vieillir, avec sérénité.
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Graduer la conscience de l'homme avec l'intelligence de l'animal, c'est mesurer le volume d'un ballon-sonde pour déterminer la capacité respiratoire des anges.
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Que je repose en paix ! Sur cette feuille d'abord, pour déposer le sel de ce qui m'agite.. quelques jours dans les profondeurs de la terre, pour satisfaire l'au-delà d'un être poétique, prêt à s'évaporer sous la pression du marbre, vers la tentation des jardins imaginés !
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La mort est une branche tendue vers le ciel par un arbre invisible. Bien vieillir, c'est apprendre à se poser sur elle sans agiter ses feuilles, sans faire tomber dans les friches les fruits qui doivent mûrir dans l'absolu.
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Curieusement, l'infini peut se blottir en moi... puisque j'accueille en permanence dans les émotions les disparus dont l'amour me projette en dehors des marges. Grâce à eux, je regarde la mort comme un nuage à double face où le soleil caresse l'envers des intempéries.
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Les amours et la douleur n'ont pas de bases... uniquement des origines. Elles n'ont pas de sommet, mais des élans illimités vers un espace qu'elles redessinent sans cesse pour en dépasser les frontières.
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Entre l'homme et Dieu s'étend l'infini. C'est pour cela que je vois mal ce qui m'en sépare.
Maurice COUQUIAUD
(lui écrire)
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