Lausanne, un nom d'origine pré-indo-européenne?  

Lausanne

Un nom d'origine pré-indo-européenne? 

Essai de toponymie. (extrait)

Cet essai peut être consulté auprès des bibliothèques mentionnées dans la page publications. J'en extrais le début:
 

 LAUSANNE  "Osons innover"

La Grand-Pont, aquarelle de John Dobbin. 1874

            Grand Pont:    aquarelle de John Dobbin. 1874

Ce petit essai de toponymie autour du nom de Lausanne s'adresse à tous les curieux d'environnement, avides de toujours mieux saisir et comprendre les éléments physiques et culturels qui font partie de notre cadre de vie.

Toute tentative de trouver une étymologie au nom de Lausanne part du mot Laus. C'était le nom donné à la fin du Moyen Age, aussi bien au Flon qu'à la Louve, noms actuels des cours d'eau qui traversent la ville "moderne". Ce mot Laus se trouve aussi écrit Loz ou Los, précédé quelquefois de flumen et cela jusqu'au XVIIe siècle environ. Avec la "mode" des Flumen = fleuve, cela donnera Flon.
Mais quels noms portaient ces cours d'eau à l'époque romaine? et avant encore? Fort probablement quelque chose comme Losone, Lousone (phonétiquement), Laus étant probablement une forne "savante" du Moyen Age influencée par la forme Lausanna utilisée dès 1160 pour la ville. Donc, une racine loz, los, losa, lausa suivie du suffixe gaulois -on(n)a = rivière.
Pour quelle raison le cours d'eau n'est-il plus appelé que Laus pendant une certaine période? Avec l'usage du latin, le "flumen" a probablement remplacé le -ona gaulois avec une période transitoire où l'on a simplement gardé le mot Laus, le -ona étant sous-entendu et le sens du mot laus déjà perdu
En 1538, on dit pour la Louve: "flumen Laus". Plus tard, on trouvera aussi pour différencier les deux cours d'eau: le Flon d'orient et le Flon d'occident. Alors que le ruisseau venant du Jorat va se nommer uniquement le Flon, le ruisseau, formé par les bras qui viennent de Romanel et du Mont, qui bordent et drainent les Plaines du Loup (Enlo, en lod, plaine du lod) va seul conserver le nom de Laus qui s'altérera en celui de Loue (encore au XIXe siècle) et que l'on nomme aujourd'hui Louve.

La dénomination d'une rivière (hydronyme), déjà utile aux populations nomades, est certainement plus ancienne que celle de l'oppidum. L'hydronymie recense, en effet, les plus anciennes appellations. Aussi, l'origine des noms de rivières remonte souvent à plusieurs millénaires et ces appellations sont celles qui ont subi, de ce fait, le plus de transformations. Leur sens le plus souvent nous échappe. Pourtant on a réussi à retrouver des bases ou des racines communes à de très nombreux noms sur le plus vaste espace géographique possible.

Que signifie donc cette rivière Laus?
De nombreux auteurs se sont déjà penchés sur l'origine du nom de Lausanne. Que d'hypothèses n'ont-ils pas formulées!
Paul Aebischer publie donc en 1931 une longue étude et cite d'abord tous les étymologistes qui se sont intéressés à ce sujet. Il pense que le mot de Lausanne ne provient pas des anciens noms du Flon ou de la Louve, cours d'eau qui pourrait avoir un caractère sacré. Il propose comme origine le nom celtique lausa signifiant pierre, pierre plate, dalle, suivi d'un suffixe -onna à valeur individualisante. Lausanna se rattacherait à une pierre particulièrement importante à laquelle on attribuerait un caractère divin. Comme il n'y a pas de pierre "naturelle" à Vidy, il propose la Pierre Oupin avec ses trois figures humaines, pierre aujourd'hui disparue. Il s'agit d'un mégalithe à caractère religieux, croit-on, qui se trouvait près du Château de Vidy sur le site du vicus de Lousonna. Il faut savoir que dès 1840 environ, les "Piémontais" comme on les appelaient, spécialistes du granit par la manière de tremper leurs broches, achetaient les blocs erratiques aux communes et les exploitaient à leur compte.
Aebischer n'envisage donc pas l'existence d'une agglomération antérieure à la ville romaine et ayant occupé la Cité actuelle. En 1931, on croyait encore que l'occupation de la colline de la Cité avait succédé à la ville romaine de Vidy.
Louis Blondel, en 1943, s'appuyant sur les fouilles  archéologiques, lie le nom de Lausanne à l'oppidum, perché sur la Grande Roche qui domine le confluent du Flon et de la Louve, oppidum qui aurait donné son nom au vicus du port (Lousonna, IIe siècle)
Charles Biermann, en 1943, rejette les arguments de Blondel. Il ne croit pas à la simultanéité de deux villes et à l'antériorité de l'oppidum. Il voit le site de la Cité comme un refuge occasionnel.
Or, les fouilles qui se sont succédées depuis lors montrent que l'oppidum de la Cité est très ancien et remonte au 4e millénaire. L'occupation de cette magnifique position fut constante. La Cité est une belle motte au sens historique du terme. Une localité sur la hauteur et qui portait déjà un nom bien avant la première mention écrite du IIe siècle: Lousonna (Losonna au IIe siècle). C'est la forme que le patois a utilisée jusqu'à ce jour et qui se prononce approximativement Lozene.
Si bien que toutes les formes qui se sont succédées jusqu'à l'actuelle forme de Lausanne n'ont aucun intérêt pour chercher ce que sifgnifie Lausanne.

Les diverses formes de la vieille racine pré-indo-européenne LAP, LEP, LIP, LUP sont restées bien présentes dans le vocabulaire de diverses langues qui formèrent notre civilisation. On lira avec grand intérêt le remarquable ouvrage de Paul-Louis Rousset: "Les Alpes et leurs noms de lieux - 6000 ans d'histoire". Ces mots ont tous un rapport avec la pierre:
lepas, lepaios en grec;
lapis, liparea en latin;
lapa en portugais;
lapider, lapidaire, lapiaz en français...
... de même que libage et libe que le dictionnaire Robert considère comme préceltique;
lapi en franco-provençal;
labier, en Vallée d'Aoste, c'est couvrir un toit de lauses;
en Bourgogne, on extrait les "laves" des "lavières" (carrières).

L'antique racine LAP, LEP, LIP, LUP ou LAV, LEV, LIV, LOUV et leurs dérivés LAUSA ou LOSA ont très souvent subi l'attraction du mot "loup", mais on ne rencontre pas cette déformation en Corse et en Sardaigne, îles qui n'ont jamais eu de loups.
Maintenant cherchons à savoir pourquoi laus/loz a pu devenir lou/louv en passant par lo/lod ...
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La rivière Laus (Lau, Los) est donc la rivière qui coule au pied des rochers, des escarpements, sous les hauteurs et même sur les dalles, ces endroits parfaitement lisses sur la molasse mise à nu, si fréquents dans le lit du Flon, de la Louve, de la Mèbre, du Talent...
                                                                                                                Le Taulard, Vernand, le 1 novembre 1993
LAUSANNE  "Osons innover"

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