Ce petit essai de toponymie autour du nom de Lausanne s'adresse à tous les curieux d'environnement, avides de toujours mieux saisir et comprendre les éléments physiques et culturels qui font partie de notre cadre de vie.
Toute tentative de trouver une étymologie
au nom de Lausanne part du mot Laus. C'était le nom
donné à la fin du Moyen Age, aussi bien au Flon qu'à
la Louve, noms actuels des cours d'eau qui traversent la ville "moderne".
Ce mot Laus se trouve aussi écrit Loz ou Los,
précédé quelquefois de flumen et cela jusqu'au
XVIIe siècle environ. Avec la "mode" des Flumen = fleuve,
cela donnera Flon.
Mais quels noms portaient ces cours d'eau à
l'époque romaine? et avant encore? Fort probablement quelque chose
comme Losone, Lousone (phonétiquement), Laus
étant probablement une forne "savante" du Moyen Age influencée
par la forme Lausanna utilisée dès 1160 pour la ville.
Donc, une racine loz, los, losa, lausa suivie
du suffixe gaulois -on(n)a = rivière.
Pour quelle raison le cours d'eau n'est-il plus
appelé que Laus pendant une certaine période? Avec
l'usage du latin, le "flumen" a probablement remplacé le
-ona
gaulois avec une période transitoire où l'on a simplement
gardé le mot Laus, le -ona étant sous-entendu
et le sens du mot laus déjà perdu
En 1538, on dit pour la Louve: "flumen
Laus". Plus tard, on trouvera aussi pour différencier les deux
cours d'eau: le Flon d'orient et le Flon d'occident. Alors
que le ruisseau venant du Jorat va se nommer uniquement le Flon,
le ruisseau, formé par les bras qui viennent de Romanel et du Mont,
qui bordent et drainent les Plaines du Loup (Enlo, en
lod, plaine du lod) va seul conserver le nom de Laus
qui s'altérera en celui de Loue (encore au XIXe siècle)
et que l'on nomme aujourd'hui Louve.
La dénomination d'une rivière (hydronyme), déjà utile aux populations nomades, est certainement plus ancienne que celle de l'oppidum. L'hydronymie recense, en effet, les plus anciennes appellations. Aussi, l'origine des noms de rivières remonte souvent à plusieurs millénaires et ces appellations sont celles qui ont subi, de ce fait, le plus de transformations. Leur sens le plus souvent nous échappe. Pourtant on a réussi à retrouver des bases ou des racines communes à de très nombreux noms sur le plus vaste espace géographique possible.
Que signifie donc cette rivière Laus?
De nombreux auteurs se sont déjà
penchés sur l'origine du nom de Lausanne. Que d'hypothèses
n'ont-ils pas formulées!
Paul Aebischer publie donc en 1931 une longue
étude et cite d'abord tous les étymologistes qui se sont
intéressés à ce sujet. Il pense que le mot de Lausanne
ne provient pas des anciens noms du Flon ou de la Louve,
cours d'eau qui pourrait avoir un caractère sacré. Il propose
comme origine le nom celtique lausa signifiant pierre, pierre
plate, dalle, suivi d'un suffixe -onna à valeur individualisante.
Lausanna
se rattacherait à une pierre particulièrement importante
à laquelle on attribuerait un caractère divin. Comme il n'y
a pas de pierre "naturelle" à Vidy, il propose la Pierre Oupin
avec ses trois figures humaines, pierre aujourd'hui disparue. Il s'agit
d'un mégalithe à caractère religieux, croit-on, qui
se trouvait près du Château de Vidy sur le site du vicus de
Lousonna.
Il faut savoir que dès 1840 environ, les "Piémontais" comme
on les appelaient, spécialistes du granit par la manière
de tremper leurs broches, achetaient les blocs erratiques aux communes
et les exploitaient à leur compte.
Aebischer n'envisage donc pas l'existence d'une
agglomération antérieure à la ville romaine et ayant
occupé la Cité actuelle. En 1931, on croyait encore que l'occupation
de la colline de la Cité avait succédé à la
ville romaine de Vidy.
Louis Blondel, en 1943, s'appuyant sur les fouilles
archéologiques, lie le nom de Lausanne à l'oppidum,
perché sur la Grande Roche qui domine le confluent du Flon
et de la Louve, oppidum qui aurait donné son nom au vicus du port
(Lousonna, IIe siècle)
Charles Biermann, en 1943, rejette les arguments
de Blondel. Il ne croit pas à la simultanéité de deux
villes et à l'antériorité de l'oppidum. Il voit le
site de la Cité comme un refuge occasionnel.
Or, les fouilles qui se sont succédées
depuis lors montrent que l'oppidum de la Cité est très ancien
et remonte au 4e millénaire. L'occupation de cette magnifique position
fut constante. La Cité est une belle motte au sens historique du
terme. Une localité sur la hauteur et qui portait déjà
un nom bien avant la première mention écrite du IIe siècle:
Lousonna
(Losonna au IIe siècle). C'est la forme que le patois a utilisée
jusqu'à ce jour et qui se prononce approximativement
Lozene.
Si bien que toutes les formes qui se sont succédées
jusqu'à l'actuelle forme de Lausanne n'ont aucun intérêt
pour chercher ce que sifgnifie Lausanne.
Les diverses formes de la vieille racine pré-indo-européenne
LAP,
LEP, LIP, LUP sont restées bien présentes dans le vocabulaire
de diverses langues qui formèrent notre civilisation. On lira avec
grand intérêt le remarquable ouvrage de Paul-Louis Rousset:
"Les
Alpes et leurs noms de lieux - 6000 ans d'histoire". Ces mots ont
tous un rapport avec la pierre:
lepas, lepaios en grec;
lapis, liparea en latin;
lapa en portugais;
lapider, lapidaire, lapiaz en français...
... de même que libage et libe que le dictionnaire
Robert considère comme préceltique;
lapi en franco-provençal;
labier, en Vallée d'Aoste, c'est couvrir
un toit de lauses;
en Bourgogne, on extrait les "laves" des "lavières"
(carrières).
L'antique racine LAP, LEP, LIP, LUP ou
LAV,
LEV, LIV, LOUV et leurs dérivés LAUSA ou LOSA
ont très souvent subi l'attraction du mot "loup", mais on
ne rencontre pas cette déformation en Corse et en Sardaigne, îles
qui n'ont jamais eu de loups.
Maintenant cherchons à savoir pourquoi
laus/loz
a pu devenir lou/louv en passant par lo/lod ...
...
...
...
La rivière Laus (Lau, Los)
est donc la rivière qui coule au pied des rochers, des escarpements,
sous les hauteurs et même sur les dalles, ces endroits parfaitement
lisses sur la molasse mise à nu, si fréquents dans le lit
du Flon, de la Louve, de la Mèbre, du Talent...
Le Taulard, Vernand, le 1 novembre 1993
LAUSANNE
"Osons innover"