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Un des
successeurs de Cyrus, le roi Assuérus, donna aux grands de son royaume un
splendide festin qui dura plusieurs jours. Au septième jour, le roi ordonna
que la reine Vasti, parée de ses plus beaux vêtements, vint se présenter
devant lui afin que tout le monde pût l'admirer, car elle était très belle.
Mais la reine refusa d'obéir, et le roi en fut si irrité qu'il la répudia.
Alors on fit venir de tout le royaume les jeunes filles les plus belles,
afin que le roi Assuérus choisit une nouvelle reine.
Il y avait un Israélite, nommé Mardochée, qui élevait sa nièce, Esther,
comme sa fille. Esther fut conduite chez le roi et il la fit reine, car elle
était très belle. Et Mardochée recommanda à Esther de ne pas déclarer
qu'elle était juive.
Dans ce temps-là. Mardochée,
ayant su que deux gardes du palais voulaient tuer Assuérus, en informa
Esther qui le redit à Assuérus. Les deux gardes furent pendus, et ce fait
fut inscrit dans les annales du royaume.
Cependant Assuérus choisit
pour favori un homme orgueilleux et cruel, un Amalécite nommé Aman, et il en
fit son premier ministre. Le roi ordonna que tout le monde se prosternât
devant lui. Seul Mardochée ne se prosterna pas. Aman, rempli de colère, jura
qu'il ferait périr non seulement Mardochée, mais toute sa nation. Il se
rendit auprès du roi et lui dit. : "Il y a un peuple qui vit dispersé dans
ton royaume et dont les lois sont différentes de celles de tes autres
sujets. S'il te plait donc, ordonne que cette nation soit exterminée".
Assuérus ota l'anneau de son doigt et le remit à Aman en lui disant: "Fais
des Juifs ce que tu voudras." Et Aman envoya dans toutes les provinces du
royaume des lettres scellées du sceau royal par lesquelles il ordonna le
massacre de la nation juive pour le 13 Adar.
Quand Mardochée apprit le
malheur qui menaçait les Israélites, il déchira ses vêtements, se couvrit
d'un sac, répandit de la cendre sur sa tête et sortit dans la ville, criant
et pleurant amèrement, et tous les Israélites furent dans l'angoisse. Il fit
connaître à Esther l'édit d'Assuérus et la conjura d'aller trouver le roi
pour lui demander la grâce de son peuple. Esther lui répondit : "Ne sais-tu
pas qu'il est défendu à tout le monde, même à moi, sous peine de mort, de se
présenter devant le roi sans être appelé? Quoi ! répondit Mardochée, Esther
craint la mort quand il s'agit de sauver son peuple ? Dieu l'a faite reine;
qui sait si ce n'était pas pour qu'elle fût la libératrice d'Israël? "
Esther répondit: " Durant trois jours et trois nuits, que tous les Juifs de
Suse jeûnent et prient pour moi, afin que Dieu me fasse trouver grâce aux
yeux du roi, et si je dois mourir, je mourrai."
Après ces trois jours,
Esther, parée de ses plus beaux ornements se présenta devant le roi.
Celui-ci était assis sur son trône. Aussitôt qu'il l'aperçut, il lui tendit
le sceptre d'or qu'il avait en sa main. Elle s'approcha du roi et
s'agenouilla. " Qu'as-tu, reine Esther, lui dit-il, et que demandes-tu?
Fût-ce la moitié de mon royaume je te le donnerai. - Si j'ai trouvé grâce
devant le roi, dit Esther, qu'il daigne venir demain, accompagné d'Aman, au
festin que je lui ai préparé; là je déclarerai ce que je désire." Le roi
accepta.
Aman sortit du palais plein
de joie; mais ayant vu à la porte Mardochée qui était assis et qui ne
s'était pas levé, il dit à sa femme et à ses amis: " Tant que ce Juif vivra
je ne compterai pour rien tous les honneurs qui me sont rendus. - Commande,
lui dirent sa femme et ses amis, que l'on dresse une potence haute de
cinquante coudées et demande au roi demain matin d'y pendre Mardochée, et tu
iras ainsi plein de joie au festin d'Esther. Le conseil plut à Aman et il
commanda la potence.
La nuit, le roi, ne pouvant
pas dormir, se fit lire les annales de son règne. On lui lut comment
Mardochée avait découvert la conspiration de deux de ses gardes. Alors le
roi demanda: "Quelle récompense a-t-on accordée à cet homme? -Aucune", lui
répondit-on. Au même moment Aman arriva au palais. Il venait dès l'aube
demander au roi de faire pendre Mardochée.
Le roi, en le voyant lui
dit: " Que dois-je faire à un homme que je veux honorer? " Aman pensait: " A
qui le roi voudrait-il faire plus d'honneur qu'à moi? " et il répondit: "
Que le roi fasse revêtir cet homme de son propre vêtement, qu'il le fasse
monter sur son propre cheval et placer sur sa tête la couronne royale, et
que le premier officier du palais le promène par la ville en criant: " C'est
ainsi que le roi honore celui qu'il lui plaît d'honorer! - Hâte-toi donc,
dit Assuérus, de prendre le vêtement et le cheval et de faire pour Mardochée
tout ce que tu as dit." Il fallut obéir.
Lorsque Aman rentra chez lui
couvert de confusion, on vint l'avertir de se rendre au festin de la reine.
Il s'y rendit et le roi dit: "Quelle est ta demande, reine Esther? elle te
sera accordée. - O roi! dit Esther, si j'ai trouvé grâce devant toi, je te
conjure de m'accorder la vie ainsi qu'à mon peuple, car nous avons un ennemi
qui veut nous l'arracher. - Qui et où est cet homme! s'écria le roi irrité.
- C'est ce cruel Aman ici présent; Aman veut exterminer les Juifs, et ce
peuple c'est mon peuple." Aman se troubla.
Un des serviteurs apprit
alors à Assuérus qu'Aman avait dressé dans sa cour une potence haute de
cinquante coudées pour y pendre Mardochée. "Qu'il y soit pendu lui- même"
dit le roi. Cet ordre fut exécuté sur-le-champ.
Assuérus publia un nouvel
édit pour annuler le premier, et les Israélites passèrent du deuil à la joie
et célébrèrent des fêtes. En mémoire de cette délivrance, Esther et
Mardochée instituèrent pour le 14 Adar une fête annuelle qui se célèbre
encore aujourd'hui : c'est la fête de Pourim.
-D'après Histoire Sainte par
M. Fresco aux éditions Librairie Fresco. Paris
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