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Recherche sur l’embryon : quelles solutions, pour quels problèmes ?


Le développement de la génétique et ses promesses thérapeutiques suscitent autant d’espoirs pour les patients, les médecins, que de craintes de dérives et d’interrogations sur les problèmes éthiques posés par les perspectives scientifiques. A l’occasion de la révision des lois dites de bioéthique, qui doit avoir lieu au printemps prochain au parlement, Lionel Jospin propose que la recherche sur les embryons humains soit autorisée et encadrée.

Mais « ce n'est pas la loi qui évitera les dérives, ce n'est pas par l'interdiction que l'on détermine des pratiques professionnelles » estiment le professeur Christian Hervé et le Dr Moutel, respectivement directeur et assistant au laboratoire d’éthique médicale de la faculté Necker. Les lois de bioéthique n’ont pas permis de résoudre les problèmes expliquent ils, forts de leurs études sur les conséquences des lois dans le domaine de la procréation médicalement assistée. Ils s’élèvent aussi contre l’hypocrisie actuelle en matière de recherche sur l’embryon et ils demandent un vaste débat social sur le sujet. Car il faut « favoriser une réelle politique d'évaluation des pratiques médicales et biologiques permettant de mettre en lumière les dysfonctionnements et/ou les problèmes rencontrés sur le terrain afin de proposer des arguments et des solutions dans le cadre de ce débat ».

Les problèmes d’éthiques et des pratiques, liés ou non à la génétique mais ayant trait à la reproduction, sont déjà posés, et cruellement, depuis 10 ans. Ils sont méconnus du public et les réponses apportées jusqu’à aujourd’hui ce jour.


La quadrature des embryons surnuméraires


Il en va ainsi des embryons humains dits « surnuméraires » obtenus lors des fécondations in vitro. Pour augmenter les chances de réussite de cette technique d’aide médicale à la procréation destinée aux couples ayant des difficultés à concevoir, il est nécessaire de créer non pas un mais plusieurs embryons. Trois seulement sont implantés dans l’utérus de la patiente et les autres sont gardés en cas d’échec de la première implantation ou pour un nouveau projet parental.

Depuis le développement de la FIV en France ce sont 50 000 à 150 000 embryons qui sont aujourd’hui conservés congelés. En attente. Mais en attente de quoi ? Après la prise de conscience du problème aux débuts des années 1990, les lois de bioéthiques de 1994 disposaient que les embryons existants ne faisant plus l’objet d’une demande parentale du couple donneur de sperme et d’ovocytes, pouvaient être donnés à un autre couple stérile. En cas d’absence de demande et si la conservation durait depuis au moins 5 ans, « il est mis fin à cette conservation » stipule la loi. C’est à dire procéder à leur destruction.

Le législateur n’a prévu ni arrêt de congélation, même en cas de nouvelle demande du couple donneur, ni aucune mesure pour les embryons surnuméraires obtenus après 1994. Depuis cette date le nombre d’embryons congelés ne cesse d’augmenter, passant de 9141 en 1992 à 17 592 fin 1996, constatait le Dr Moutel dans une étude réalisée en 1997 dans 17 des Centres d’étude et de conservation des œufs et du sperme humain(Cecos).

Pour résoudre le problème posé par ces embryons inutilisés, plusieurs solutions sont envisageables. Tout d’abord le don d’embryon à un couple stérile. Mais ce don semble difficile à mettre en œuvre. Assimilé à une adoption sur le plan légal la démarche de don est longue et nécessite de passer devant un juge ou un notaire. De surcroît elle obéit à des strictes indications médicales. Deuxième solution, l’arrêt de conservation des embryons, euphémisme pour par de leur destruction peut être envisagé mais semble avoir été écarté par loi.


Ultime possibilité : la recherche scientifique. Dans ce domaine, la demande est forte. Tant de la part de la communauté scientifique et médicale que d’associations de patients concernés par certaines maladies génétiques. Pour les premiers, la recherche permettrait d’améliorer les techniques de procréation médicalement assistée et peut être de réduire le nombre d’embryons surnuméraires conçus. Elle autorise aussi tous les rêves en matière de thérapie cellulaire et génique et faciliterait par exemple les techniques actuellement utilisées dans la greffe de cellules neuronales.

Mais là aussi le recours aux embryons surnuméraires ne se fera pas sans peine. Il apparaît difficile d’effectuer une recherche sans le consentement du couple donneur. Or, pour environ 50 % des embryons conservés, les donneurs sont perdus de vue selon le travail du Dr Moutel. Et ce pourcentage d’embryons « orphelins » serait en augmentation. Autoriser la recherche reste donc un palliatif à ce délicat problème.


L’hypocrisie de la recherche sur l’embryon humain


Autre cheval de bataille du Pr Hervé et du Docteur Moutel, l’opacité et l’hypocrisie qui enrobent le discours actuel sur la recherche sur l’embryon humain. Si aujourd’hui ce champ est interdit aux chercheurs, cela n’empêche pas les équipes françaises d’obtenir des résultats, notamment dans le domaine des diagnostics pré-implantatoirs. Pour contourner l’interdit légal français il suffit simplement de se rendre aux Etats-Unis ou, plus près, en Belgique. Deux pays où la législation est plus favorable.

Au reste l’interdiction de la recherche sur l’embryon humain n’est pas claire. Car les lois de bioéthique autorisent une dérogation à l’interdiction « à titre exceptionnel » et lorsque les études ont une « finalité médicale et ne portent pas atteinte à l’embryon ».

Dans ces circonstances est-il inimaginable qu’en France, malgré les discours, des chercheurs procèdent à des recherches, certes aux buts tout à fait honorables ? Mais avec un cadre légal peut être trop lâche.

Car la loi Huriet-Sérusclat sur la protection des personnes dans le cadre des essais thérapeutiques et de la recherche biomédicale ne s’applique pas à la recherche sur les embryons humains. Puisque ceux-ci n’ont pas le statut de personne. Même si le Conseil consultatif national d’éthique considère que le respect dû à la vie est un droit qui débute dès la fécondation d’un ovocyte par un spermatozoïde.

Enfin si le flou juridique semble permettre, sous conditions, la recherche sur l’embryon humain, celle ci ne peut être autorisée qu’après avis de la Commission Nationale de médecine et de biologie de la reproduction et du diagnostic prénatal (CNMBR )et la décision est prise par le ministère de la santé. Alors que dans le cadre de la loi Huriet la recherche médicale se fait après avis d’un comité consultatif de protection des personnes. C’est à dire des associations loi 1901 qui siègent au niveau régional. Des comités composés non seulement de professionnels, mais aussi de personnes extérieures au monde médical. Des structures beaucoup plus représentatives de la société que la CNMBR.

 

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 From : http://www.medisite.fr/actualites/societe/6620.html