A gauche, la terre
aujourd'hui,
à droite, en rouge, la propagation de l'effet de serre vers 2040
Hormis quelques savants, dont les recherches sont
financées pour certains d'entre eux par l'industrie américaine du pétrole et
du charbon, le monde scientifique en est persuadé: le climat terrestre risque
de connaître un important réchauffement dans les décennies à venir. Un réchauffement
qui a d'ailleurs déjà commencé. C'est là le résultat de l'effet de serre.
Ce phénomène est provoqué par la progression des émissions de gaz issus
d'activités humaines: à commencer par
1) le gaz carbonique (C02), provenant de
la combustion du pétrole et du charbon (qui constituent actuellement plus
de 65 % des sources d'énergie auxquelles les humains ont recours);
2) le méthane (CH4), issu
essentiellement des activités agricoles modernes (rizières, troupeaux...).
La terre absorbe environ 50 % de l'énergie que lui envoie le soleil. Cette énergie
permet à notre planète de se réchauffer. Mais pour qu’elle remplisse
effectivement son rôle, il faut l'empêcher de s'échapper. C'est là le rôle
dévolu à un "couvercle" constitué de vapeur d'eau et de gaz.
Couvercle indispensable qui agit un peu comme une serre pour des plantes: sans
cet "effet de serre", la température moyenne de notre planète
descendrait à -18°! Mais point trop n'en faut. Car les gaz issus des activités
de l'homme viennent renforcer et faire grossir cette couverture naturelle. Résultat:
sous la serre, la chaleur augmente. De plus en plus... A retenir: c'est donc
l'homo-sapiens et non la nature qui est à l'origine du réchauffement de la
terre.
Mécanismes
Le sol réémet vers l'espace des rayons infrarouges
que certains gaz, les GES, interceptent et rabattent vers le sol, augmentant
ainsi la température. C'est là l'effet de serre, un phénomène naturel. Sans
les GES la température moyenne du globe serait de 35ºC plus basse: -20ºC au
lieu de +15ºC.
L'analyse des bulles de gaz contenues dans des carottes
glaciaires montre un parallélisme frappant entre les températures depuis
160.000 ans et les teneurs de l'atmosphère en gaz carbonique et en méthane
("courbe de Vostock"). L'explication la plus plausible est que
l'alternance des âges glaciaires et des périodes plus chaudes est déclenchée
par des phénomènes astronomiques et que gaz carbonique et méthane sont des
accélérateurs.
Les gaz à effet de serre
C'est la structure des molécules de certains gaz
(raies d'absorption,...) qui les rend aptes à rabattre vers le sol les rayons
infrarouges. Les principaux sont:
Le gaz carbonique C02 (combustions, déforestation,
décomposition de la biomasse).
Le méthane CH4 (certaines cultures et élevages,
fermentations anaérobies, fuites de gaz naturel, grisou, termites...).
Les chloro-fluoro-carbures CFC (jusqu'ici circuits
de réfrigération, expansion des mousses, bombes à aérosols...), leurs
substituts et certains gaz voisins. Les CFC sont aussi responsables des
"trous d'ozone".
L'ozone, O3, tant celui de la stratosphère
(qui nous protège des ultraviolets B) que celui de basse altitude, un
dangereux polluant.
Le protoxyde d'azote N2O (certaines
combustions, engrais azotés).
Les concentrations de ces gaz sont minimes: 0,035% en
volume pour le plus abondant, le CO2, environ 600 fois moins que
l'oxygène. Cela explique pourquoi les activités humaines peuvent changer ces
concentrations.
Les potentiels d'effet de serre instantanés de ces gaz
On calcule avec une précision satisfaisante combien
une masse donnée d'un GES donné contribue à l'effet de serre, c'est-à-dire
la quantité d'énergie (en watts par m2) qu'elle transmet au sol. Ce que cette
masse deviendra dans l'avenir est moins précisément connu.
Vers 1990 les contributions respectives de ces gaz à l'effet de serre total étaient
approximativement :
Gaz carbonique 48 %
Méthane 17 %
CFC 18 %
Protoxyde d'azote 6 %
Ozone et autres 11 %
Une molécule de méthane est 21 fois plus active dans
l'effet de serre qu'une molécule de gaz carbonique, et une molécule de CFC-11
l'est 12.000 fois.
La montée des GES et son origine humaine
La concentration de C02 est passée de 280
ppmv (parties par million en volume) au début de l'ère industrielle à 356
ppmv en 1993, et augmente de 1,5 ppmv par an.
Celle du méthane a augmenté de 145 % en un siècle.
Les CFC sont des gaz artificiels qui n'ont commencé à être fabriqués que
vers 1930.
La concentration de N20 a augmenté de 0,25 % par an depuis 40 ans.
Quant à l'ozone, les pertes dans la stratosphère sont plus que compensées par
son accroissement à proximité du sol.
Ces accroissements sont totalement d'origine humaine pour les CFC et l'ozone,
presque totalement pour le CO2, de 60 % à 80 % pour le CH4
et de 30 % pour le N20.
Les sulfates en aérosols
Le dioxyde de soufre S02 émis par la
combustion du charbon et du fioul est transformé dans l'atmosphère en fines
particules de sulfates (aérosols).
Ils provoquent non seulement une pollution de l'air (pluies acides) mais réfléchissent
aussi les rayons du soleil et s'opposent donc partiellement au réchauffement.
L'émission de poussières liée aux travaux publics et à de mauvaises
pratiques agricoles et sylvicoles va dans le même sens. Les éruptions
volcaniques également : celle du Pinatubo aux Philippines en juin1991 a,
pendant deux ans, interrompu la série des années chaudes observée depuis la décennie
1980, mais la température moyenne a repris son réchauffement à partir de
1994.
Sauf en cas d'éruption volcanique majeure, les aérosols et poussières
retombent assez vite au sol de sorte que leur effet refroidisseur ne touche que
la région où ils sont émis (leur transport par les vents ne dépasse guère
1.000 km). Or l'évolution des productions, en particulier les mesures de dépollution,
ont diminué de 40 % les émissions de SO2 de l'Europe entre 1980 et
1993 (17 Mt au lieu de 28 Mt, Est inclus) ; la tendance est analogue en Amérique
du Nord et au Japon ; elle devrait se poursuivre. Les principaux émetteurs du
futur devraient être la Chine et l'Inde : une partie de leur C02
viendra nous réchauffer mais aucun de leurs aérosols ne contrecarrera ce réchauffement.
Au niveau global, le refroidissement par les aérosols ne dépasse guère le
dixième du réchauffement par les GES. Essentiellement, ces aérosols masquent
une partie de l'effet de serre. Un certain réchauffement global est donc inévitable.
Quelques conséquences, au moins qualitatives, d'un réchauffement
global
Une élévation du niveau des mers. La part due à
la dilatation de l'eau de mer peut être quantifiée en fonction de l'élévation
de la température. La fonte des grandes masses glaciaires continentales
(Groëland, Antarctique Ouest ...) est plus problématique.
Un déplacement des zones climatiques propres à tel
ou tel type de culture, d'élevage ou de forêt.
L'extension des zones où peuvent prospérer les
vecteurs d'épidémies (par exemple les anophèles, insectes qui
transportent et injectent le plasmodium, un protozoaire qui provoque la
malaria).
Une température plus élevée accroîtra l'évaporation,
d'où davantage de vapeur d'eau, un gaz qui contribue à l'effet de serre
("rétroaction positive").
Celle-ci, en particulier en présence d'aérosols,
se condense en fines gouttelettes qui forment les nuages. D'où davantage de
nuages et de précipitations. Les nuages bas réfléchissent la lumière
solaire (rétroaction négative) tandis que les nuages hauts absorbent et réémettent
les infrarouges (rétroaction positive), mais on ne sait guère lesquels
l'emporteront (ce qui explique l'ampleur des fourchettes de réchauffement
données par les modèles). Il y a aussi des
incertitudes sur les zones qui recevront davantage de précipitations.
La fonte de neiges et de glaces diminue le pouvoir réfléchissant
de la surface du globe ("albédo") et accroît donc l'absorption
de chaleur par les sols et les mers (rétroaction positive).
La fonte du permafrost arctique peut provoquer de
fortes émissions de méthane (rétroaction positive).
Une température plus élevée rend le C02
moins soluble dans l'océan superficiel (rétroaction positive).
Quelques chiffres
Depuis le début de l'ère industrielle, la température
a augmenté de 0,5° (1997 sera sans doute l'année la plus chaude jamais
enregistrée), le niveau des océans s'est élevé de 10 à 25 cm. En un siècle,
les températures pourraient augmenter à un rythme 10 à 50 fois plus
rapide qu'au cours... des 10.000 dernières années.
La hausse de la température pourrait être de 1 à
3,5° d'ici 2100, voire de 5° (une différence de 5° en plus ou en moins
est comparable aux situations qui ont provoqué les grands bouleversements
climatiques de l'histoire).
Chaque année, les humains rejettent quelque 7
milliards de tonnes de C02 supplémentaires, lesquelles viennent
rejoindre la couvercle de vapeur d'eau et de gaz à l'origine de l'effet de
serre.
En 1996, les USA produisent en moyenne 19,88 tonnes
de C02 par habitant et par an, l'UE dans son ensemble 2,3 tonnes,
la France 6,23 tonnes (en 2010, le secteur des
transports devrait représenter à lui seul dans l'hexagone 40 % des émissions
de gaz carbonique).
Premier pollueur: les Etats-Unis, avec 22 % des émissions
de CO2 (selon l'agence américaine de l'énergie, les USA
pourraient augmenter ces émissions de 34 % d'ici 2010). La Chine arrive en
second avec 14 %.
Le Japon a émis 8 % de plus de gaz à effet de
serre en cinq ans, "la Chine + 27 % depuis 1990, l'Inde + 28 %, le Brésil
+ 20 % et l'Indonésie + 40 %", constate "Le Monde".
Selon le journal de Pékin "China Daily",
qui cite des experts internationaux, 64 % des émissions de gaz à effet de
serre proviennent des pays industrialisés, alors que ces derniers ne représentent
que 25 % de la population mondiale.
La demande mondiale de pétrole et de charbon
pourrait augmenter de 30 % d'ici 15 ans.
Qui mesure le réchauffement mondial?
De très nombreux scientifiques étudient la question.
Mais ce sont avant tout les travaux du groupe intergouvernemental d'évaluation
des changements climatiques (GIEC) qui font autorité. Ce groupe, créé dans le
cadre de la convention-cadre de l'ONU sur les changements climatiques, comprend
plus de 4.000 scientifiques et économistes du monde entier.
Le GIEC a déjà rendu deux rapports et en prépare actuellement un troisième.
Ces documents constituent la base de départ des discussions de Kyoto.
Les conséquences du réchauffement
Les terriens "doivent s'attendre à être confrontés
à des bouleversements multiples et à la nécessité de s'y adapter",
explique le GIEC.
Perturbation du régime des pluies: les précipitations
risquent d'être plus abondantes sur l'hémisphère nord avec des
inondations et des tempêtes (ouragans, tornades...).
Des sécheresses plus fréquentes: notamment dans
l'hémisphère sud. Les zones arides et semi-arides risquent de se
renforcer.
Hausse du niveau de la mer par dilatation thermique
et fonte des glaciers: cette élévation du niveau des océans pourrait
atteindre 1 mètre par endroit. Des zones littorales, certains deltas de
fleuves, des îles pourraient être purement et simplement recouverts.
Rappelons que 50 % des humains vivent près de la mer.
Modification des écosystèmes et de la végétation
Risque de recrudescence des maladies infectieuses à
transmission par vecteur comme le paludisme ou la fièvre jaune
Les changements climatiques ont-ils commencé?
On est en droit de se poser la question quand on
observe ce qui se passe dans certaines régions du monde (source: "Le
Monde").
En Europe: 20 % du territoire espagnol subit la sécheresse et la désertification;
dans le nord de la France, des insectes et des champignons s'attaquent de plus
en plus souvent aux arbres; les glaciers des Alpes ont déjà perdu quelque 50 %
de leur volume.
Zones septentrionales de l'hémisphère nord: la végétation se développe; au
Groenland, la calotte glaciaire commence à fondre; en Sibérie, la température
a augmenté de 3 %.
En Afrique: l'est du continent fait face à des inondations meurtrières, alors
qu'il a connu récemment... la sécheresse; il pleut beaucoup moins dans le
Sahel et autour du Golfe de Guinée.
En Asie: sécheresses et inondations en Corée du Nord, pays ravagé par la
famine; déficit de précipitations dans le nord de la Chine; même phénomène
en Indonésie, ce qui a favorisé l'extension des gigantesques incendies de forêts.
Les parties en présence à Kyoto
On pourrait schématiser les parties en présence à Kyoto
en disant que l'on risque d'assister à une confrontation Nord-Sud. En fait, les
positions ne sont pas aussi tranchées.
Les USA: leurs dirigeants semblent très conscients des problèmes. "Plus
nous attendrons, plus les choix à venir seront désagréables", a ainsi déclaré
l'ex vice-président Al Gore. Les Etats-Unis proposent une stabilisation des émissions
de gaz à effet de serre à l'horizon 2008-2012 en partant du niveau de 1990. Ce
qui représente un retard de 10 ans par rapport aux promesses faites lors du
premier "Sommet de la terre" à Rio en juin 1992. Par ailleurs, pour
Washington, la lutte contre le réchauffement ne doit pas se limiter aux grands
pays industriels: il faut y impliquer immédiatement les pays dits "en développement".
La position américaine a été vivement critiquée par le commissaire de l'UE
à l'environnement, la Danoise Ritt Bjerregaard. Elle dénonce le manque de
volonté politique des USA et estime que la position de ce pays se résume à
"la formule 'business as usual'"(les affaires, comme d'habitude).
La Russie, le Canada, l'Australie: ces pays répugnent, eux aussi, à s'imposer
des restrictions importantes.
Les pays dits "en développement": nombre de ces pays voient d'un
mauvais oeil un traité limitant leurs propres émissions de gaz à effet de
serre. Ils craignent qu'un tel traité n'entrave leur développement industriel
et réduise leurs perspectives de croissance économique. Un exemple: la Chine.
Pour le "China Daily", journal édité à Pékin et qui reflète donc
la position des dirigeants chinois, les pays développés, principaux
responsables de l'effet de serre, doivent être les premiers à réduire leurs
émissions de gaz nocifs. "Qui plus est, les pays développés ont de plus
grandes capacités économiques, technologiques et institutionnelles pour résoudre
le problème", estime le "China Daily". Et d'ajouter: "A
moyen terme, les pays en développement auront besoin d'accroître leur
production et leur consommation énergétique afin d'atténuer la pauvreté et
le sous-développement", conclut le journal, assurant que "la Chine a
acompli de grands efforts au cours des dix dernières années" en matière
de lutte contre le réchauffement.
Le Japon: il propose de réduire de 5 % les émissions de gaz à effet de serre
d'ici 2010, par rapport à leur niveau de 1990.
L'Union Européenne: elle s'efforce de faire figure de leader à Kyoto en y présentant
les objectifs les plus ambitieux. Elle propose ainsi d'ici 2010 une réduction
de 15 % des émissions de gaz nocifs, par rapport au niveau de 1990.
En mars 1997, les pays membres de l'UE avaient publié leurs objectifs chiffrés
pour Kyoto. en se répartissant les efforts: gros pollueurs appelés à réduire
davantage (exemple: -25 % pour l'Allemagne) et pays moins industrialisés
autorisés à augmenter leurs émissions (exemple: + 40 % pour le Portugal).
Quant à la France, elle s'était vu attribuer un objectif "zéro": en
clair une stabilisation de ses émissions d'ici 2010 en raison de la puissance
de son réseau nucléaire de production d'électricité (selon le Fonds mondial
pour la nature, notre pays pourrait "facilement atteindre un taux de réduction
de CO2 de - 10 % en 2005, sans remettre en cause son niveau économique").
La position de la France
Le président Jacques Chirac a insisté, selon le porte-parole du gouvernement,
"sur les engagements français et l'importance pour notre pays de
contribuer aux démarches" européennes. De son côté, le ministre de
l'environnement, Dominique Voynet, conduira à Kyoto une délégation d'une
trentaine de personnes avec comme objectif affiché la recherche d'un accord.
Elle entend être la représentante d'un pays qui "montre l'exemple"
Elle a ainsi a présenté au conseil du 26 novembre un plan national de lutte
contre l'effet de serre. Grâce à ce plan, elle espère dépasser l'objectif
fixé à la France par la position commune de l'UE.
Le contenu du plan: il prévoit une centaine de mesures, notamment dans les
domaines:
du bâtiment: possibilité de faire établir un
"bilan thermique" pour les logements, renforcement de la réglementation
thermique...
des transports: priorité aux transports collectifs
du reboisement: : 30.000 ha de forêts seront plantés
chaque année jusqu'en 2005 (contre 12.000 actuellement) car les arbres
fixent le C02 présent dans l'atmosphère.
fiscal: la France ne s'opposera plus à l'adoption
d'une directive européenne de taxation des produits énérgétiques (écotaxe).
Ce plan se veut davantage l'amorce d'une évolution des comportements qu'un
catalogue de mesures précises. Il ne comporte pas d'objectifs chiffrés et
son financement sera assuré par les crédits ordinaires de chaque ministère.
Analyse de la position française: la France a longtemps donné à ses
partenaires de l'UE l'impression de bloquer la négociation au sein de
l'Union. Et ce en s'abritant derrière "l'exception" nucléaire
qui lui permet de présenter un bilan d'émissions de gaz carbonique bien
meilleur que celui de l'Allemagne et de la Grande-Bretagne. L'an dernier,
Paris récusait la notion d'objectifs quantifiés de réduction d'émissions
de gaz nocifs. Ce n'est qu'en mars de cette année qu'elle a accepté une
position commune de l'Union Européenne. Et notre pays n'a pas assisté aux
trois longues et difficiles sessions de négociations de Bonn destinées à
préparer le sommet de Kyoto. L'Allemagne et surtout la Grande-Bretagne ont
été les vrais leaders européens, en particulier lors des discussions
d'octobre.