Après avoir travaillé dans des
pays de cultures variées et rencontré des gens très différents, j'ai écouté et
tenté (et je tente toujours) de comprendre la complexité des êtres et des choses, de
notre monde.... je ne suis cependant ni philosophe, ni économiste; mon seul désir, à
l'aube de ce troisième millénaire, est de mettre mon action au service de tous pour
contribuer à une nouvelle conception de l'homme dans son environnement, pour stimuler des
actions en faveur d'un avenir durable...
Mais comment redonner un sens à la vie? un formidable dessein pour le siècle à nos
portes? Comment aimanter les énergies pour apprendre à penser autrement? construire nos
imaginaires?
Depuis peu, nous avons découvert sans vouloir vraiment l'admettre que toutes nos
particules ont été élaborées voici quinze milliards d'années, que nos atomes de
carbone sont constitués dans un soleil antérieur au nôtre, que nos molécules sont
nées sur la terre et y sont peut-être arrivées par météorites...oui "poussières
d'étoiles", nous sommes les enfants de ce cosmos qui porte en lui notre naissance,
notre devenir et notre mort...
Entre l'homme et son environnement, c'est une longue histoire et d'amour, et de
destruction, et de passion, et d'indifférence. Pourtant l'eau, le feu, la terre, l'air,
ce qu'il a de plus précieux autour de lui, ne sont souvent devenus pour l'homme que des
symboles aussi évidents que la vie...
Or, prendre conscience de l'environnement, c'est percevoir à la fois le prix et la
fragilité de la planète d'où le péril qui la menace où l'homme épuise les uns après
les autres les systèmes de défense de l'organisme planétaire.
En cette fin des certitudes selon l'expression de Prigogine, tentons de construire une
science et une conscience de l'environnement naturel et social qui soit aussi un
engagement de sauvegarde de l'équilibre naturel: une science transdisciplinaire qui se
déploie sur le long terme, qui ne néglige jamais l'incidence biologique, éducative,
culturelle de toute décision sur nos descendants. La terre léguée par nos ancêtres ne
nous appartient pas, nous devons à notre tour la transmettre aux générations futures.
Tout se tient: on ne peut espérer remédier aux atteintes à l'environnement sans
modifier les structures sociales, l'espace urbain, les habitudes de consommation, les
mentalités, l'économie (la transformer en un système à la mesure de l'homme et de son
cadre de vie, l'économie doit être un moyen au service de l'homme, non une fin).
Les êtres humains sont soumis aux influences du milieu et réciproquement: ils agissent
sur leur environnement et modifient les conditions du milieu naturel dont ils
dépendent...soit, leur biotope.
Echange et équilibre, sont de manière évidente deux maîtres mots qui illustrent cette
incessante circulation de matières et d'énergie formées par les producteurs et les
consommateurs.
Aux notions d'interaction et d'équilibre, s'ajoutent deux autres concepts relevant du
registre d'un nouvel humanisme: Solidarité et responsabilité. La science et/ ou la
philosophie de l'environnement devraient restituer les liens de solidarité et de liberté
dans un nouveau schéma de pensée: sauvegarder la qualité de vie et assurer la
protection des conditions de survie de l'humanité. La science de l'environnement renvoie
aussi à un cri de la sensibilité humaine devant la dégradation accélérée de la
nature par les pollutions globales et la mise à sac des ressources naturelles.
En s'interrogeant sur les rapports entre l'homme et la nature, surgit naturellement une
réflexion philosophique, épistémologique par excellence à laquelle les premiers
philosophes étaient déjà confrontés: qui suis-je? que sais-je? quels sont mes rapports
avec les autres et avec moi-même? Se les poser, c'est déjà se remettre en question.
Poser sur soi, sur l'autre, sur le monde un regard neuf, stimulant, revivifiant...
Quant à la responsabilité individus, entreprises, états et organismes internationaux
sont co-responsables d'une harmonie des sociétés et des hommes entre eux et avec leur
milieu et donc du destin de l'humanité.
Nul être vivant, même humain, ne peut s'affranchir de la biosphère.
Les effets d'une civilisation, fruit de la marchandisation de toutes choses (après l'eau,
le soleil, les organes du corps humain, le sang, le sperme, l'ovule, le tissu foetal) sont
le dépérissement du don, du gratuit, de l'offre, du service rendu. Ce qui entraîne
l'érosion des valeurs autres que l'appât du gain, l'intérêt financier, la soif de
richesse.
Sous le signe de la recherche du sens, de valeurs et de la curiosité de l'Autre, la
réflexion environnementale se doit d'établir des stratégies de prévention dans
l'omnidisciplinarité: une manière de trouver "une langue commune" par delà
les divergences pour aborder les complexités de notre monde, pour imaginer activement le
monde de demain...
Le monde doit d'abord changer dans nos esprits avant de changer sur le terrain.
C'est un nouvel humanisme qu'il faut aider à mettre au monde.
Un "plus être" plutôt qu'un "avoir plus" pour un "mieux
être"...
Etre un homme, un homme conscient de ce qu'il est, de ce qu'il fait, un homme relié aux
autres et au monde qui l'entoure, un homme qui pose des choix responsables pour une action
durable, tel est le sens de mon action pour que l'homme soit l'avenir de l'homme.

Son Altesse Royale le Prince Laurent de Belgique |