influence sur les proies
LES PRÉDATEURS PEUVENT-ILS FAIRE DISPARAÎTRE LES ESPÈCES-PROIES ?

NON, pas dans les systèmes naturels équilibrés.

(sauf si l'homme s'en mêle...)

En 1937, MAC LULLICH (in Odum 1949) étudie les archives de la Compagnie de la Baie d'Hudson, société canadienne collectant les fourrures des animaux capturés par les trappeurs du Grand Nord. Il remarque chez le lièvre variable et le lynx du Canada (son principal prédateur) des oscillations régulières (leur période est de 9,6 ans) dans le nombre de peaux rapportées, les variations chez le lièvre précédant légèrement celles du lynx (voir graphique ci-dessous).

Pointez le graphique sans cliquer pour lancer l'animation donnant l'interprétation.

Ces fluctuations conjointes ont été retrouvées dans d'innombrables systèmes proies-prédateurs (belette et hermine / campagnols, renard / campagnol agreste, chouettes / petits rongeurs, etc, etc...) et même reproduites en élevages de laboratoire, y compris avec des animaux unicellulaires, pourvu que le milieu soit hétérogène (il faut que la proie puisse se cacher, mais être de temps en temps accessible).

Ce système fort logique a d’ailleurs été décrit sous forme d’équations mathématiques dès 1925-1926 (LOTKA & VOLTERRA, complété par NICHOLSON & BAILEY puis par HASSELL & VARLEY, MC ARTHUR & CONNELL…)

Ci-dessous à gauche, les fluctuations théoriques des effectifs d’une proie et de son prédateur, calculées d’après la formule de Lotka-Volterra. A droite, fluctuations réelles observées dans une culture de paramécies (animaux unicellulaires aquatiques) se nourrissant de levures. Noter la ressemblance avec la modélisation mathématique. (Gause 1935) Dans les deux cas, la proie est en rouge et le prédateur est en bleu.

LES FLUCTUATIONS DE POPULATIONS SONT DONC LA NORME DANS LES SYSTÈMES NATURELS. VOULOIR LES SUPPRIMER IMPLIQUE UNE INTERVENTION PERMANENTE –QUI REVIENT A LES ARTIFICIALISER. Seules certaines espèces (généralement de grande taille, à la croissance lente et à la fécondité faible) peuvent conserver durablement des effectifs relativement stables.

D’autre part, on voit que les populations de carnivores s’effondrent toutes seules quand leur nourriture se raréfie, et qu’aucune intervention humaine n’est nécessaire pour cela.

LE PRÉDATEUR NE PEUT DONC PAS ÉLIMINER SA PROIE: CHACUN CONTRÔLE L’AUTRE ET L’EMPÊCHE DE PROLIFÉRER. A TERME, LES DEUX ESPÈCES SE MAINTIENNENT ET AUCUNE NE DISPARAÎT !

A contrario, une telle relation ne s'observe pas si la proie étudiée est accidentelle pour le prédateur considéré, ou si les prélèvements de ce dernier ne sont pas assez importants.

Par exemple, la belette (Mustela nivalis) peut   parfois capturer un (jeune) lapin de garenne (Oryctolagus cuniculus), mais le suivi simultané des populations des deux espèces indique qu’elles évoluent complètement indépendamment l’une de l’autre (ci-contre): La belette n’est pas un prédateur efficace du lapin, car ses prélèvements sont faibles et elle préfère d’autres proies -d'ailleurs, toutes les tentatives pour l'utiliser comme agent de lutte biologique se sont soldées par des fiascos.

Une épidémie de myxomatose (flèche rouge) affecte d'ailleurs plus gravement et plus durablement les populations de lapins que ne le fait le carnivore. (Jefferies & Pendlebury 1968)

UN PRÉDATEUR OCCASIONNEL N’A DONC PAS D’INFLUENCE SUR LES POPULATIONS DE PROIES : LA RÉGULATION N’EST EFFECTIVE QU’A PARTIR D’UN NIVEAU SIGNIFICATIF DE PRÉLÈVEMENT. (Autrement dit: si vous écrasez un moustique cette nuit, croyez-vous réellement qu'il y en aura moins l'an prochain?)

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La situation change lorsque l’homme déséquilibre le milieu...
Goéland argenté

Sterne caugek

En Provence, la décharge de Marseille (la plus grande d’Europe) a favorisé la prolifération du goéland argenté (Larus argentatus), naturellement charognard. Or, cette espèce est aussi prédatrice, notamment d’œufs et de poussins d‘oiseaux de mer. Sa multiplication grâce aux ordures a ainsi provoqué, par contrecoup, la raréfaction d’autres oiseaux (sternes notamment, dans la Camargue voisine)

Les animaux qui prolifèrent ainsi sont souvent des omnivores opportunistes, plus ou moins commensaux de l’homme. Des espèces introduites, inoffensives dans leur région d'origine, peuvent également devenir de véritables fléaux en arrivant dans d'autres écosystèmes.

(cliquez sur le dessin pour voir à ce sujet les modifications de la faune à Terre-Neuve suite à l'introduction par l'homme du lièvre américain.)

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Par exemple, sur les quelques 1186 espèces d'oiseaux reconnues menacées par l'UICN, 298 (soit à peu près le quart), le sont avant tout par la faute de prédateurs introduits (particulièrement chats domestiques, rats et mangoustes)- Cela dit, 1008 espèces le sont pour cause de destruction de leur habitat, et 367 pour une exploitation directe par l'homme...(BirdLife International 2000)

D’autre part, l’extermination des superprédateurs (loup, aigle royal, hibou grand-duc, etc…) peut favoriser les espèces généralistes qu’ils contrôlaient (les spécialistes dépendant de toute façon de leurs proies), ce qui peut justifier à l’occasion la " surveillance " des espèces en question.

Le renard roux, écologiquement très plastique, en est considéré comme un exemple classique – bien qu’on n’ait jamais démontré que ses populations soient contrôlées par quelque carnivore que ce soit, au contraire de la bonne soixantaine de parasites et de pathogènes divers qu’il peut abriter. (Soit dit en passant, la majorité des espèces vivantes sont des parasites, dont l’impact dans la nature est sans cesse réévalué.)

Il peut arriver également que certaines populations en danger critique d'extinction, où chaque individu compte, ne supportent plus aucun prélèvement... mais une limitation de la prédation ne suffira pas à leur faire retrouver leur prospérité, si les causes de régression se maintiennent par ailleurs.

En France, des mesures de  destruction des rats, des visons d'Amérique (Mustela vison) et des goélands ont ainsi été préconisées pour protéger les colonies de sternes de Dougall (Sterna dougallii)(Cadiou 1999), ou de la corneille noire (Corvus corone) pour protéger celles de guillemots de Troïl (Uria aalge) (Cadiou & Siorat 1999), de dératisation pour le macareux moine (Fratercula arctica), le puffin des anglais (Puffinus puffinus) (Cadiou & Siorat 1999), le puffin cendré (Calonectris diomedea), ou contre une série de prédateurs et de concurrents pour l'océanite tempête (Hydrobates pelagicus), l'eider à duvet (Somateria mollissima), etc... Ces solutions vigoureuses doivent pourtant être élaborées méthodiquement et au cas par cas: s'agissant du guillemot de Troïl en Bretagne par exemple, Cadiou & Siorat 1999 considèrent que "la prédation par le Grand corbeau Corvus corax pose un problème [...], car il s'agit d'une espèce protégée dont la situation démographique en Bretagne, et sur le littoral français en général, n'est guère florissante"...

Il peut enfin arriver que la proie se multiplie beaucoup plus vite que son prédateur, qui ne limite plus son expansion (cas des insectes en général). Dans ce cas, son action se borne à réduire l’amplitude des fluctuations -les épidémies, les flux migratoires et l’épuisement du milieu faisant le principal.

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