remplacement des prédateurs par l'homme
L'HOMME PEUT-IL REMPLACER LES PRÉDATEURS ?

OUI... et NON.



OUI !.. L'intervention humaine est nécessaire lorsque les prédateurs naturels n'exercent plus leur fonction régulatrice.

L'élimination du loup, de l'ours et du lynx en France par exemple, rend indispensable un contrôle des populations de grands ongulés sauvages (chevreuils, sangliers et cerfs principalement).

Ragondin (Myocastor Coypus)

C'est aussi le cas avec les espèces introduites, que les prédateurs autochtones ne limitent pas efficacement, et qui sont débarrassées des parasites habituels de leur patrie d'origine (ragondin, rat musqué, vison d'Amérique...) : leur prolifération peut être désastreuse pour le milieu naturel, jusqu'à exterminer d'autres espèces (cas très fréquent dans les îles).


Remarquons d'ailleurs que des carnivores inoffensifs dans leurs régions d'origine peuvent être particulièrement destructeurs là où on les introduit :

Ainsi de la belette
(Mustela nivalis) et de l'hermine (Mustela erminea), utilisées en Nouvelle-Zélande comme agents de lutte biologique contre le lapin de garenne (Oryctolagus cuniculus), lui aussi malencontreusement introduit : l'expérience se solda par un échec total (aucun des deux mustélidés n'est un prédateur efficace du lapin), et les deux carnivores s'attaquèrent aux oiseaux indigènes, bien plus proches de leurs proies habituelles et plus faciles à attraper... mettant ainsi en péril des espèces endémiques rares.


L'intervention peut être également légitime là où une espèce non menacée cause des dommages économiquement significatifs et qu'aucune technique d'effarouchement ou de protection n'est efficace (cormorans sur certains bassins de pisciculture par exemple, dégâts dans les élevages, etc...), ou lors d'un déséquilibre naturel (goéland argenté), bien qu'alors la meilleure solution soit la restauration du milieu.


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… et NON, pour au moins deux raisons :

1 : Certaines espèces sont incontrôlables artificiellement,
parce qu'elles sont prolifiques et/ou insaisissables (rat, campagnols, cafards…) ou que des années de lutte chimique les ont rendues résistantes : des dizaines d'insectes (moustiques et ravageurs des cultures notamment) sont devenus insensibles à tous les pesticides connus, sauf à employer des doses énormes qui empoisonnent tout, coûtent excessivement cher et ne sont " efficaces " que jusqu'à la génération suivante, issue des individus les plus résistants qui auront survécu au traitement. Ces problèmes soulignent tout l'intérêt de la lutte biologique, efficace et non-polluante, mais malheureusement encore onéreuse et délicate à employer, en particulier en grande culture. Certains particuliers comencent d'ailleurs à la mettre en pratique, souvent sur le mode du "système D" (voir par exemple le site -professionnel- http://www.vigoro.on.ca/webpage/96gardrep/fgcol16.html )

D'autre part, si les prédateurs naturels sont inefficaces pour éradiquer certaines espèces ou simplement empêcher leurs pullulations, elles peuvent atténuer et espacer celles-ci, de sorte qu'une protection de ces carnivores, si elle n'est pas une solution miraculeuse, est tout de même clairement conseillée ( voir http://www.inra.fr/Internet/Produits/dpenv/pascac19.htm)

 

Le graphique ci-contre indique le nombre de cochenilles par oranger dans des vergers de Californie traités ou non par le DDT (insecticide très puissant, à présent interdit dans de nombreux pays).

Lorsqu’un arbre est traité continuellement (courbe rouge), on empoisonne les prédateurs naturels et le ravageur pullule. L’arrêt du traitement en 1965 (courbe bleue) permet leur retour, et la disparition de la cochenille jusqu’à un niveau inférieur au seuil de tolérance économique (où le coût des dégâts devient insignifiant).

On remarque aussi que sur les arbres jamais traités (en vert), le ravageur ne prolifère pas, ce qui démontre l’efficacité des prédateurs.

On voit enfin qu’ici, la cochenille est devenue insensible à l’insecticide, dont le coût ne fait plus que s’ajouter à celui des destructions par l’insecte. (Huffaker 1971, cité par Dajoz 1996)

Une prédation insuffisante est d'ailleurs explicitement citée par certains biologistes pour expliquer des pullulations d'insectes.

En 1999, est apparu pour la première fois dans la région new-yorkaise le virus West Nile, transmis par le moustique Culex pipiens. Une des causes reconnues de la prolifération de ce dernier est la sécheresse du printemps et de l'été, qui a décimé les consommateurs de moustiques, chrysopes carnées et coccinelles. En 1993, une épidémie de syndrome fébrile des hantavirus, maladie virale mortelle transmise par les rongeurs, s'est déclenchée dans le Sud-Ouest des USA. Ici encore, l'origine de la pullulation de ces animaux vecteurs est clairement désignée: "D'abord, une sécheresse régionale réduisit les points d'eau des prédateurs des rongeurs, comme les rapaces (hiboux, aigles, faucon de prairie, faucon à queue rouge et faucons crécerelles), les coyotes et les serpents."(Epstein 2000)


2 : Le prédateur naturel recherchant en permanence une efficacité maximale de sa chasse, attaque de préférence les individus les plus vulnérables: les jeunes (inexpérimentés, moins méfiants et moins rapides), les blessés et les malades (penser par exemple à la vulnérabilité d'un lapin atteint de myxomatose) ainsi qu'en règle générale tous les individus différents des autres.



Exemple : En Amérique du Nord, la moitié des caribous tués par les loups sont malades: lorsqu'ils attaquent un troupeau, ces derniers le "testent" en le faisant courir, repérant les affaiblis faciles à attraper. L'autre moitié est surtout composée de jeunes, ce qui sélectionne les plus vigoureux.

De la même façon, dans les eaux douces, le brochet capture préférentiellement les poissons malades, exerçant une "police sanitaire" sélectionnant positivement les gardons, rotengles, carpes, tanches et perches. Pour cette raison, il est depuis des décennies introduit dans les étangs de pisciculture extensive à cyprinidés dominants, afin d'améliorer leur productivité (Billard 1984, Marcel 1988)

Autre exemple : Sur l'île Royale, sur le Lac Supérieur (Canada), 1000 à 3000 élans (Alces alces) isolés des prédateurs dégradaient autrefois le couvert forestier, jusqu'à ce que des loups gagnent l'île un hiver en passant sur la glace. Depuis, s'y maintiennent 600 à 800 cervidés, qui produisent annuellement 200 à 250 faons. Les loups tuent environ 140 jeunes (2/3) et 80 adultes par an… et la forêt s'est rétablie.(cité par Hainard 1987)

Elan femelle


                  
                                  

 

Héron cendré

(Ardea cinerea)

Et encore un exemple : En Suisse, une étude associant l'administration de la pêche et de l'environnement, pêcheurs et ornithologues a établi que le héron cendré   diminuait la mortalité naturelle des truites sauvages (en réduisant la concurrence alimentaire, le cannibalisme et les maladies), ce qui a amené le groupe à soutenir la protection de cet oiseau ! (Staub 1984)

Truite de rivière

(Salmo trutta fario)


Un dernier exemple (pour la route) : Le tableau ci-dessous indique les prélèvements de I'autour des palombes sur les faisans (espèce asiatique introduite par l'homme) lors de deux hivers consécutifs, en Suède:

  Année 1   Année 2
Taux de prélèvement     25%     8%
Particularités   Épidémie de tuberculose chez les faisans     Population saine

Autour des palombes

(Accipiter gentilis)

On voit que le rapace exerce une pression beaucoup plus forte sur la population malade que sur la population saine, qu'il chasse peu (moins d'un poussin par couvée et par an): il se consacre surtout aux animaux malades faciles à capturer.(cité par Génsbol 1999)

Faisan de Colchide

(Phasianus colchicus)


LE PRÉDATEUR ÉLIMINE AINSI LES SUJETS CONTAGIEUX ET DISPERSE LES INDIVIDUS, PERMETTANT L'EXTINCTION DE L'EPIDEMIE.


L'homme, généralement incapable de juger de l'état sanitaire des animaux, ne peut remplir ce rôle, pour lequel les prédateurs naturels sont irremplaçables.


Enfin, en limitant les populations des proies, les prédateurs aident à maintenir ensemble des espèces compétitrices, qui normalement s'éliminent les unes des autres.

La conséquence générale de l'action des prédateurs sur les populations de proies est (assez souvent) une diminution des effectifs de celles-ci, mais une augmentation de leur diversité : en limitant le nombre d'individus, les prédateurs empêchent les espèces les plus efficaces d'accaparer les ressources et d'éliminer leurs concurrentes par compétition, d'où une meilleure cohabitation.

Dans la dernière forêt primaire d'Europe (Bialowieza, en Pologne), plus de trente espèces de prédateurs détruisent 60 à 83% des nichées ( !)… et pourtant ce massif compte 95 espèces d'oiseaux nicheurs sur 47,5 km², soit 3 à 4 fois plus qu'une forêt d'Europe de l'Ouest .(Tomialojc 1984)
L'abondance des prédateurs en zone tropicale a également été proposée par les scientifiques comme une cause possible de l'exceptionnelle richesse biologique de ces régions.

En Californie, la disparition d'une étoile de mer consommant une quinzaine de coquillages (patelles, moules, balanes, etc…) exploitant la même ressource alimentaire entraîne d'abord leur prolifération, puis ensuite la disparition de plusieurs d'entre elles, supplantées par les plus efficaces (moule de Californie notamment)

En effet, NOMBRE DE PRÉDATEURS SONT DES " ESPÈCES-CLES " qui enrichissent et déterminent la structure des communautés d'êtres vivants (surtout les superprédateurs, au bout des chaînes alimentaires) : LEUR DISPARITION ENTRAÎNE PRESQUE TOUJOURS CELLE D'AUTRES ESPÈCES.


Prétendre "  réguler les prédateurs pour protéger la nature" (sic) est donc une INEPTIE (en plus d'une impropriété grammaticale):

Un MILIEU SANS PRÉDATEURS n'est en rien un milieu protégé,

c'est au contraire un espace ARTIFICIEL, APPAUVRI ET FRAGILISÉ.

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Mais heureusement, entre les prédateurs et l'homme, les temps changent...