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Témoignages

Après on ne reste pas le même

« Qu’est-ce qui diffère entre ce que je pense trouver alors que nous sommes en partance pour les villages de brousse du nord de Tuléar et la réalité effectivement rencontrée au cours du séjour ? Rien ? Tout ?

Rien, parce qu’ici c’est toujours l’Afrique que j’avais déjà croisée : le soleil, la chaleur, la poussière, la piste défoncée, le dénuement des habitants, le travail harassant des champs, les corvées d’eau, partout et toujours, représentant parfois 4 heures de trajet pour ramener une eau douteuse. Rien, mais une confirmation pour le parrain que je suis que PROJET ACTION ne s’est pas trompé de terrain. Rien aussi parce que le sourire des villageois découvrant le vaza reste intact, vif, communicatif tout au long de notre route comme il y a quelques années.

Tout diffère pourtant, parce que l’accueil des villageois, que je prévoyais joyeux et coloré, est sans commune mesure avec ce que j’attendais.

A  l’arrivée  au village,  les  nattes  sont  disposées  sur  le  sol,  à  l’ombre  du  grand  tamarinier. Les écoliers sont en place, les femmes et les hommes assis et silencieux. Et puis l’apparition de Philippe Meyer, idole locale, déclenche tour à tour cris, emballement des musiciens, chants et danses auxquels nous sommes aussitôt conviés. Les visages sont lumineux, les paroles chaleureuses, les poignées de main semblent des retrouvailles. Ces moments sont intenses et la succession des villages permet de les goûter plusieurs fois. A chaque étape, c’est un nouvel étonnement et un plaisir grandissant dont je ne pourrai jamais me lasser.

Pour le parrain que je suis, c’est la révélation de la reconnaissance de PROJET ACTION dans les villages de la commune de Milenake. Tout diffère aussi, parce que c’est une discussion saisissante qui s’engage alors avec le chef de village et les représentants de l’école, des femmes, des jeunes, des agriculteurs, mettant en avant les attentes, les besoins, les nécessités. Il n’y a pas de superflu dans ces demandes, qu’il s’agisse de la création d’un puits lorsque le village s’alimente au canal d’irrigation ou d’une structure de soins lorsqu’un aller-retour au dispensaire le plus proche prend une journée de charrette.

Quelle satisfaction pour le parrain de suivre cet échange, de voir Philippe rappeler les principes d’intervention de notre association et de voir naître ainsi les futurs projets en véritable partenariat avec les villageois ! La traduction-spectacle d’Alijaona, traducteur hors pair, renchérit ce plaisir.

Je pressentais, avant ce voyage, que PROJET ACTION détenait une part de vérité dans son approche (microprojets concentrés sur une commune, implantation locale, participation des villageois). J’en suis aujourd’hui intimement persuadé et je peux me ranger dans la catégorie des parrains sereins.

Cette action reste certainement une petite goutte d’eau par rapport aux besoins mais une goutte d’eau qui atteint le gosier !

Enfin, à titre personnel, cette mission restera une fantastique expérience, riche d’émotions, d’images, de couleurs mais aussi une marque, parce qu’après ce voyage peut-on rester tout à fait le même ? »
 
 



Luc Belleville










Projet Action a besoin de nous tous

« Cela fait huit jours que nous avons fait cet extraordinaire voyage et nous sommes encore tout étourdis. C’était la première fois que nous mettions les pieds à Madagascar. Nous pouvons passer rapidement sur les beaux paysages que nous découvrons entre Tana et Tuléar.

Les premiers contacts avec les habitants à l’occasion des haltes que nous faisons sur la N 7 ou à Tuléar sont semblables à ce que l’on peut voir dans certains pays pauvres : enfants qui quémandent, adultes qui essaient de vendre quelques produits locaux.

Le changement est radical lorsque nous pénétrons dans les villages de la brousse. C’est vrai que là, nous sommes attendus. Il faut même dire accueillis et invités à partager ces moments de fête que déclenche notre venue. Les nattes sont déroulées sur le sol ou les chaises sont installées sous les arbres. Dans certains villages les enfants viennent nous rencontrer en chantant et en dansant. Dans d’autres, ce sont les adultes qui nous reçoivent en dansant.

Ensuite, vient le moment des discussions. Là, les sourires et la joie restent, mais les propos sont sérieux. Les Malgaches que nous rencontrons savent quels sont leurs besoins, ce qu’ils veulent, ce qu’ils peuvent faire. Pas de mendicité dans ces propos, rien que des propositions, des projets, tellement nécessaires que l’on voudrait forcément les aider à les réaliser.

C’est impensable à notre époque (bientôt l’an 2000), que des gens vivent encore ainsi ! Sans eau : faire des kilomètres et des kilomètres pour ramener une jatte d’eau sur la tête ou pour laver le linge ; sans électricité, ce qui veut dire sans aucun confort ; sans route, juste une piste où les camions s’enlisent dans le sable.

Il est vrai que les gens que nous avons rencontrés sont courageux et pleins de bonne volonté. Malheureusement nous ne pourrons pas participer à toutes les réalisations nécessaires, nos moyens sont limités, mais quel enthousiasme de la part des villageois et villageoises que nous rencontrons !

PROJET ACTION a besoin de nous tous pour continuer à faire des puits, des pistes, des marchés couverts… Quand nous parlons de toutes ces choses encore à faire et dont les gens ont vraiment besoin, nous voyons des visages, ce ne sont plus des anonymes.

Je ne sais pas si nous sommes arrivés à faire sentir notre émotion à travers ces quelques lignes. Mais pendant longtemps encore nous penserons à ces moments merveilleux où assis sous les arbres nous avons parlé des projets que nous pourrions réaliser ensemble. Et nous nous quittions heureux d’avoir pu faire un bout du chemin ensemble. »
 

Mauricette et Bernard Delerry










Impressions de rencontres
 

« Madagascar, une île dont on ne revient pas tel que l’on était parti ; surtout après un séjour dans le Sud, vers Tuléar et plus précisément dans un coin à cinq heures au nord de Tuléar,  dans les neuf villages partenaires de PROJET ACTION.

On avait déjà croisé les sourires des Malgaches partout dans l’île, expérimenté leur gentillesse et savouré leur plaisir de rencontrer et d’accueillir les vazaha (étrangers) que nous sommes. Mais dans ce domaine, nos amis de Tuléar battent tous les records. L’un deux sera notre guide mais aussi professeur-traducteur de malgache, conteur à ses heures.

Nous voici donc embarqués, très tôt le matin en taxi-brousse  « tata », ces bus de 20 places où se compressent 40 adultes, 15 enfants, des sacs de riz, des poules… non pas pour 20 minutes entre 2 stations de métro mais pour 5 heures sur une piste de 70 km, pleine de trous, de bosses et de poussière.

Nous sommes contents de nous restaurer à l’hôtel Zanatany à Ankililoaka où par hasard nous rencontrons l’entrepreneur rentrant des funérailles de son oncle (maire très connu de la commune). Notre guide contacte quelques personnes et notre visite peut commencer. Malgré l’hiver ici, il fait chaud pour nous, la terre est sèche, la poussière vole partout. On découvre un paysage de cultures de coton, de petites rizières et des zébus un peu partout, paissant tranquillement, labourant ou tirant les charrettes.

Première découverte, « la piste de l’Amitié » que tous les familiers de PROJET ACTION connaissent. Nous empruntons une charrette tirée par deux zébus. La femme et les enfants qui y ont pris place nous confirment l’importance capitale de cette voie de communication. Nous atteignons Antateza, village où un pont vient d’être construit en partenariat avec PROJET ACTION. Le président du Comité de construction, Monsieur Bototsako nous accueille entouré d’une nuée d’enfants fiers de poser pour la photo. Nous accélérons le pas pour voir le puits à Antranolahatsy. Là encore, beaucoup de monde, des femmes, des enfants ; ils nous disent le bien-être apporté par ce puits -devant, auparavant, marcher plusieurs kilomètres pour prendre l’eau à la rivière, la transporter, sans compter l’amélioration de la qualité sanitaire de l’eau.

Déjà, il faut retourner vers Ankaraobato et là, quelle surprise nous attend ? Nous en avons le souffle coupé. Nous découvrons, assis sous le tamarinier près de la maison  de  Paul,  président  du  Comité  de  construction, un immense cercle de villageois pour nous accueillir. Paul et d’autres villageois prononcent les discours de bienvenue à des représentants de PROJET ACTION. Je suis très ému mais, à mon tour, je dois exprimer tout le bonheur et la fierté d’être là avec eux.
Rencontre ensuite très chaleureuse avec les brodeuses présentées par Élisabeth. Quel plaisir ont-elles à nous offrir un petit napperon et nous quel plaisir à le recevoir ! Notre guide nous trouvera un gîte très confortable auprès du père Barthélemy à la mission catholique.

Réveil à la cloche à 6 h du matin.  Il faut se dépêcher car Paul nous attend pour nous offrir le café, les gâteaux et nous inviter à déjeuner. Rapidement nous atteignons Ambatolily où le maire, Norbert, nous accueille dans sa maison, nous offre le thé à la vanille non sans avoir prononcé les mots chaleureux de bienvenue et les remerciements à PROJET ACTION. Comme à chaque rencontre, notre guide montre le dernier numéro de Zébu  et  annonce  le  programme  de  la  prochaine mission de Philippe Meyer entouré de quelques parrains.  A  chaque  fois,  la joie se lit sur les visages.

Au programme de la visite avec Norbert, le chantier du futur marché couvert et le puits à Ampoizy où nous attend Monsieur Dokotera, le président du Comité de construction. Tout est prêt, les matériaux sont là, préparés par les villageois qui sont impatients. Pour le puits, notre guide doit leur expliquer qu’il faut attendre que le niveau de la nappe phréatique soit au plus bas, afin de creuser suffisamment profondément sinon le puits serait tari en période sèche. L’entrepreneur assure que tout sera achevé en novembre 1999. Retour toujours au pas de course à Ankaraobato sans oublier de faire une visite dégustation à la fabrique de rhum local… rude souvenir ! Nous ne pouvons rencontrer Angéline, occupée à accoucher trois femmes. Le poulet au gingembre de Paul est un régal.

C’est déjà fini, on va attendre le taxi-brousse. Tout près de là, Zafy vend de la viande de zébu et aussi quelques petits biscuits sur le bord de la piste ; elle vient s’asseoir près de nous ; elle ne parle pas français, nous pas encore malgache mais on se sourit, on se parle tout de même. Notre guide nous traduit : « elle nous dit qu’elle est contente d’être avec nous » et ça se voit. Elle ajoute qu’«elle voudrait bien nous faire un cadeau mais qu’elle n’a rien », puis elle se lève et va chercher les petits biscuits qu’elle nous offre avec un large sourire. Voilà, c’est ça, les Malgaches de ces villages. Ils n’ont rien mais ils font des cadeaux.

Pour conclure ce trop long témoignage qui, cependant ne dit pas tout ce que l'on a vécu, nous voudrions ajouter :

.  Que PROJET ACTION et son  président  représentent un vrai passeport de l’amitié dans les villages en partenariat  avec  nous.

. Que  la  démarche  qui  consiste  à  écouter  les  habitants  pour  partir  de  leurs  besoins,  à  les impliquer dans la réalisation des projets est vraiment la bonne. Les habitants se sentent  fiers d’avoir participé.

.  Qu’un travail déjà important et utile a été réalisé par  PROJET ACTION  mais qu’il reste tellement  à faire !

.  Que  les  correspondants  de  PROJET ACTION,  ici,  font  un  travail  important.  Notre  guide  en  particulier est un homme de terrain et de communication indispensable pour les villageois.

Nous connaissions la démarche, les travaux réalisés maintenant nous savons concrètement ce que cela représente pour ces villageois dont nous avons fait la connaissance. Nous savions pour quoi nous étions parrains, maintenant nous savons pour qui. »
 
 



André Duport









Des moments fraternels inoubliables

Onze heures d’avion, que c’est long… quand on a hâte de retrouver ses amis malgaches : Momo, Alijaona, François, Angéline, Robeson, Paul, Lisa et tous les villageois, enfants, musiciens, danseuses, cuisinières, instits, quidams qui décochent des sourires longs comme ça au passage des vazas… que c’est long !

Vendredi 5 nous arrivons tard dans la nuit à Ivato. Première impression en sortant de l’avion, il fait moins chaud qu’en novembre 97. Il a dû pleuvoir avant notre arrivée, en témoignent les quelques flaques qui jonchent le tarmac.

La récupération des bagages est assez longue et nous nous retrouvons enfin auprès des 4 x 4 sur le parking de l’aéroport. Nous faisons connaissance avec nos chauffeurs, Tina et Joro (prononcer tsourou). Après quelques minutes passées à régler les phares de la 504 nous prenons enfin la route.

Que c’est long 980 km de route, 23 heures de voyage… quand on a hâte de retrouver ses amis ! Le voyage est assez éprouvant, mais la récompense est là quand, au petit matin, on découvre ces paysages merveilleux. Tout d’abord le pays des rizières, avec le reflet du soleil sur ces étendues d’eau en terrasse. La moindre surface est réglée, irriguée, plantée et entretenue pour produire le riz, aliment de base des Malgaches.

Puis le paysage change vers le Sud, il y a moins d’habitations, de plus grandes étendues, les hautes plaines, puis les plateaux et le massif montagneux avant de descendre vers la mer et vers Tuléar.

Nous arrivons samedi soir tard, nous sommes plus ou moins cassés par quarante-huit heures de voyage sans sommeil réellement réparateur. Nous sommes accueillis chez Thierry, l’entrepreneur du pont d’Anteteza, de la salle polyvalente d’Ankaraobato et du marché couvert d’Ambatolily. Et là, quelle surprise : les amis Alijaona, François et Momo sont là ! L’émotion est intense, l’accueil est chaleureux et la collation abondante.

Après cela, une bonne nuit réparatrice nous permet le lendemain dimanche matin d’aller faire un tour au marché de Tuléar.  J’y retrouve les senteurs des épices, les couleurs chatoyantes des lambawans, sur les étals, l’ingéniosité des Malgaches dans la récupération-transformation de tous les matériaux ; les Malgaches sont les champions du recyclage ! Ainsi les arrosoirs que nous offrirons aux villageoises d’Antaniména sont fabriqués avec d’anciens bidons d’huile, les soudures sont faites à l’étain ce qui donne à l’ensemble des outils une fabrication très soignée.

Le lendemain, lundi matin, nous partons pour la brousse. Après un détour à l’hôtel Dune pour déposer les bagages nous arrivons au premier village, Tanambao. Je ne connais pas ce village que nous n’avions pas visité en 1997, en revanche je reconnais l’accueil chaleureux des enfants et des villageois. Que de mains à serrer, que de sourires à échanger, que de bonjours à souhaiter, salama, salama, salama !…

Vient ensuite le moment des présentations, parfois ce sont les enfants qui commencent en chansons, parfois ce sont les vazas qui sont présentés par Alijaona. Puis vient le moment tant attendu, où notre « directrice chorégraphique », j’ai nommé Mauricette-Maurifitou, entame une danse « effrénée » avec les villageoises, dans laquelle nous ne tardons pas à nous voir entraînés pour nous trémousser au rythme des guitares, bandonéons et autres violons (à une corde) et tambours. Ceci au plus grand plaisir des villageois qui ne cachent pas leur hilarité devant ces vazas un peu patauds. (Question rythme on n’est pas encore à la hauteur).

Après ces divertissements qui permettent de faire connaissance, on entame des discussions plus sérieuses sur les besoins en équipements de chaque village. Philippe, notre président, est rompu à ce genre de discussion. Il sait éviter les écueils (demande d’équipements pas vraiment indispensables ou non communautaires) par une diplomatie qu’il s’est forgée au cours de ses nombreuses visites en brousse. Les projets «retenus» (sous réserve de faisabilité budgétaire) sont ainsi accueillis avec une grande confiance. Projet Action tient ses promesses parce qu’elles ne sont pas faites à la légère. L’an 2000 verra donc se creuser des puits dans les villages de Tanambao, Antaniména, Tsiosy, Anteteza, Bekorohake, Ampoisy et peut-être un puits supplémentaire à Antranolahatse et Milenake. Si, en tout point de la planète bleue, l’eau c’est la vie, c’est particulièrement vrai à Madagascar ! Que de projets à parrainer !
J’ai cru comprendre également que les femmes de certains villages voulaient tenter l’expérience de maraîchage pour produire des légumes divers qui permet-traient de varier l’alimentation actuelle axée essentiellement sur le riz et le manioc. Je pense que Projet Action étudiera la question et qu’une aide substantielle pourra être apportée à ces femmes entreprenantes.

Le moment qui m’a particulièrement tenu à cœur a été la plantation des arbres autour du dispensaire d’Angéline à Milenake. Chaque parrain et marraine a mis en terre son arbre, un corossol (arbre qui donne de gros fruits hérissés de pointe). Les soins apportés à ces plantations présagent déjà de futures bonnes récoltes. En effet, fort de l’expérience en demi-teinte du verger d’Ankaraobato, les consignes de protection des arbres contre les animaux ont été suivies, cette fois, à la lettre.

Deux ou trois ans de soins attentifs (quoi de plus naturel à côté d’un dispensaire) devraient permettre à ces petites pousses de devenir de beaux arbres fruitiers.
Lors de ce deuxième voyage en brousse, j’ai retrouvé cet accueil intact, cette joie des enfants et des adultes de nous voir, nous les vazas et cette soif intarissable pour l’amélioration de leurs conditions de vie.

La piste de l’Amitié est très utilisée, elle nécessite un entretien permanent, et ce message a été ravivé par chacun de nous, pour que cette première grande réalisation reste un exemple de longévité des actions entreprises conjointement par les villageois et Projet Action.

Pour conclure, s’il y avait un message à délivrer aux parrains et donateurs de Projet Action je dirais ceci : « Il est important que les parrains et marraines accompagnent Philippe dans les visites des villages pour constater l’étendue des réalisations qu’ils ont rendu possibles par leurs dons, pour montrer aux villageois l’intérêt que nous leur portons et pour partager des moments fraternels inoubliables. »
 
 



Didier Guillôme