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section: mon pays
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La réalité n'a pas rejoint la théorie.
Robert Dutrisac
Le Devoir septembre 2000

La vision du Canada qu'a défendue toute sa vie Pierre Eliott Trudeau n'a pas résisté à l'épreuve du temps, ni même jamais correspondu à la réalité.

Derrière le concert des éloges pointent des bémols, voire des critiques, tant chez les fédéralistes québécois, ceux qui ont appuyé l'Accord du Lac Meech, que chez ses adversaires souverainistes. Pour eux, Pierre Trudeau n'a pas réussi à imposer sa vision du Canada. «C'est une vision théorique, et la réalité lui a donné tort». estime le sénateur et ancien conseiller de Robert Bourassa, Jean-Claude Rivest.«Sa conception des choses est devenue obselète.»

Dès le départ, sa vision était «fragile». Son idéal du bilinguisme individuel, appuyé par le bilinguisme implanté dans l'appareil dÉtat fédéral, grâce auquel les Canadiens français aurient pu s'exprimer dans leur langue d'un océan à l'autre, ne s'est jamais matérialisé, a fait remarquer le sénateur. La réalité exposée au Comité mixte de la Chambre des communes sur les langues officielles, dont M. Rivest est membre, montre les taux effarants d'assimilation des francophones partout au Canada, sauf au Québec, et même en Acadie, où les francophones s'assimilent à hauteur de 35% par génération, a-t-il constaté. «Quand il s'agit de survie et d'épanouissement d'une communauté nationale, ramener ça au niveau des simples droits individuels, ça demeure extrêmement fragile et aléatoire.»

A cette échec s'ajoute l'inévitable érosion du French power à Ottawa, qu'une victoire, un jour, de l'Alliance canadienne viendrait accélérer, a noté M. Rivest. «Ce n'est pas parce que les gens sont bêtes et méchants et cruels, c'est par la force des choses», a-t-il dit.

Même la stratègie antiséparatiste mise en avant par Pierre Trudeau a fait long feu. Quand il est entré en politique, en 1968, «pour sauver le pays», le mouvement souverainiste ne recueillait que 20 à 25% d'appuis de la population, a rappelé M. Rivest. Quand il a complètement quitté la vie publique après l'échec de l'Accord du lac Meech, cet appui dépassait les 50%, un niveau ramené à tout juste 50% lors du référendum de 1995. A l'égard du nationalisme qui s'est exprimé par le souverainisme, «Trudeau a adopté la ligne de confrontation, de la provocation et de l'exclusion. C'était la bagarre», a rappelé M. Rivest, qui trouve également «regrettable» que M. Trudeau n'ait pas eu de rapports constructifs avec aucun premier ministre du Québec, même fédraliste, que ce soit Daniel Johnson ou Robert Bourassa.

Alors sous-ministre du gouvernement du Québec, Claude Morin se souvient que dès son arrivée à titre de ministre de la Justice puis de premier ministre, Pierre Trudeau a a adopté une toute autre politique que son prédécesseur, Lester B. Pearson. Les contentieux Québec-Ottawa se réglaient un à un: le Québec a pu créer sa Régie des rentes puis la Caisse de dépôt et placement du Québec, commencer à développer ses relations internationales, obtenir le droit de retrait dans le programmes conjoints existants ainsi qu'un nouveau partage fiscal. Tou cela s'est évanoui tout d'un coup. «Quand Trudeau est arrivé, ç'a été le blocage immédiat».

On ne se surprendra quère que Claude Morin juge que «Trudeau a nui au Québec». Mais, à l'instar du sénateur Rivest, M. Morin croit que sa vision du Canada ne s'est pas réalisée, comme en témoigne l'apparition de partis politiques régionaux comme le Parti réformiste et le Bloc québécois. «Et on a un gouvernement souverainiste à Québec, ce qui était loin d'être pensable en 1968», a dit l'ancien ministre dans le gouvernement de René Lévesque.

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