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Mes opinions politiques ont changé du tout au tout
lorsque jai réalisé cette semaine que les fédéralistes avaient raison.
LES QUÉBÉCOIS DOIVENT OPTER POUR LE CANADA !
Pour ten convaincre, je te soumets ma
profession de foi fédéraliste en espérant que vous maccepterez dans vos rangs
après.
Les problèmes du Québec ont trois causes
cumulatives: la négligence, la présomption et les abus.
- Après la Conquête, les Anglais commirent l'erreur
de ne pas se débarrasser des francophones vivant le long du Saint-Laurent. Pourtant ils
s'en étaient bien tirés avec les Acadiens. Certes, l'armée d'occupation ne comptait que
quelques centaines de soldats et la tâche aurait été considérable, mais, peu importe,
il y eut là insouciance. Par la suite, la population conquise, lubrique et obéissant aux
objurgations du clergé, a aggravé la situation en pratiquant un taux de natalité qui a
longtemps compensé l'immigration britannique. Résultat: aujourd'hui le Canada est
infesté par plus de six millions de francophones dont malheureusement la plupart vivent
concentrés au Québec, ce qui leur donne l'impression discutable d'être importants.
- Ils auraient sagement dû s'intégrer à la
civilisation supérieure du conquérant. Mais non, bornés, ils s'entêtèrent à demeurer
catholiques et à parler français. S'ils sont de nos jours moins catholiques, beaucoup
croient encore sottement pouvoir construire leur avenir en français. Pour compliquer les
choses, ils ont voulu disposer d'institutions à eux et même d'un gouvernement pour
défendre leurs intérêts, impertinente ambition qui a conduit au déplorable phénomène
de la Révolution tranquille, aux néfastes conséquences elle aussi.
- Les dégâts auraient pu s'arrêter là, mais,
hélas, il fallait encore que les Québécois, intoxiqués par leurs élites, se mettent
dans la tête l'idée saugrenue qu'ils formaient un peuple. D'où des abus d'impact
négatif sur la paix politique, l'économie et les finances publiques tant au Québec
qu'au Canada: ils allèrent jusqu'à demander des modifications importantes au cadre
fédéral et même, oui, d'aucuns s'illusionnèrent au point de préconiser un Québec
souverain! Par-dessus le marché, les politiciens de ce peuple autoproclamé, s'engageant
sur la voie d'un génocide appréhendé, entreprirent de brimer l'inoffensive minorité
anglophone par des lois linguistiques contraignantes dont c'est connu, il n'y a pas
d'exemples ailleurs sur la planète (d'accord, des provinces comme le Manitoba et
l'Ontario ont déjà réprimé le français, mais il y a longtemps et leur cas était
différent).
Comment corriger une aussi lamentable dérive? Sans
refaire l'histoire, on peut en atténuer les séquelles et même, dans un avenir pas trop
lointain, limiter l'étendue du mal.
- Les francophones doivent admettre qu'ils dérangent
le reste du Canada, probablement aussi l'ensemble de l'Amérique du Nord dont ils
représentent, notons-le, à peine 2% de la population. Tout irait mieux sans eux.
- Il leur faut revenir à la pratique de l'humilité,
celle de leur dicton de naguère: "On est né pour un petit pain." Ils
doivent réapprendre les avantages tangibles qu'il y a à se contenter d'un rang modeste
et à se fier aux autres pour promouvoir ses intérêts. Ils ne mesurent pas assez
l'immense gratitude qu'éprouveraient envers eux leurs victimes anglophones s'ils se
tenaient tranquilles et s'abstenaient de les perturber par leurs lubies. Ils devraient
pour paraphraser Lord Durham, redevenir "un peuple sans histoires". C'est
ainsi qu'on les aime.
- Autre nécessité : neutraliser ces organismes publics qui obèrent les budgets
et donnent trop d'occasions aux francophones de s'incruster dans des domaines où ils ont
eu tort de pénétrer. Ainsi on pourrait abolir plusieurs ministères ou, mieux encore,
tout le gouvernement du Québec puisque - voilà un atout patent du fédéralisme - Ottawa
prendrait volontiers la relève. Il conviendrait également de liquider Hydro-Québec et
la Caisse de dépôt qui confèrent trop de puissance à l'ethnie francophone et nuisent
aux légitimes convoitises des grands financiers qui veulent son bien. Moins les
Québécois auront d'instruments pour agir, moins ils dérangeront.
- Le Québec a besoin d'une politique linguistique
originale qui le mettrait à l'avant-garde de l'humanité. L'anglais est la langue de la
finance, du commerce, de l'industrie, des communications, des sciences, des arts et de la
pensée, bref de tout. Pourquoi le français devrait-il être la langue des Québécois?
Outre l'affichage bilingue partout il est urgent de rétablir le libre choix de la langue
d'enseignement et d'accroître l'immigration la moins susceptible de choisir le cul-de-sac
du français. Les Québécois ont l'insigne chance d'opter lucidement pour ce don
providentiel qu'est l'anglais, langue américaine, donc universelle. Serait-ce là, pour
eux, un sacrifice? Sans doute, mais seulement pendant une ou deux générations où
végéteraient ceux qui maîtriseraient mal la nouvelle langue. Mais on n'arrête pas le
progrès et ces mésadaptés à venir pourraient se consoler en pensant à la
reconnaissance de leurs descendants et au fait que, pour des raisons touristiques,
l'essentiel du folklore québécois - sirop d'érable, chasse-galerie, chansons à
répondre, tourtière, poutine et Vieux-Québec - serait préservé.
- Aucun pays au monde, dira-t-on, n'a jamais opéré la
mutation envisagée et aucun n'y songe. Peut-être, mais ce qu'on fait ou non ailleurs
n'est pas transposable ici. Ailleurs, c'est vrai, sur un territoire donné la majorité a
des droits, mais, justement cette idée subversive a provoqué les difficultés du Québec
avec Ottawa et explique ses tensions linguistiques. Correct pour les autres pays et les
autres provinces, le principe selon lequel la majorité a des droits s'avère donc erroné
dans le cas du Québec qui s'en sert pour prétendre que le fait de constituer plus de 80%
de la population donnerait aux francophones le droit de faire du français la langue
commune, ou celui de réclamer, pour lui, des pouvoirs dont les autres provinces ne
disposeraient pas. Perspective perverse et racine de conflits! Au Québec, la paix
politique doit au contraire reposer sur un principe novateur, sur une forme audacieuse de
démocratie: seules les minorités ont des droits, la majorité se chargeant des devoirs.
Ainsi le Québec serait mieux qu'un Etat de droit, il serait, concept juridique inédit,
un Etat d'abnégation.
- Quels devoirs ? Celui, pour la majorité francophone, de ne pas se manifester
comme telle, surtout le 24 juin; de se soumettre aux réclamations de la communauté
anglophone; d'accepter d'avance celles des autochtones; d'adapter ses lois et ses
institutions aux coutumes des immigrants. Les francophones du Québec feraient preuve de
tolérance exemplaire en se comportant en minorité, attitude qui s'inspirerait de celle,
modèle et raisonnable, de maints dirigeants francophones dans les autres provinces.
- Fondée sur ce genre de soumission dynamique, une
telle politique d'ouverture d'un style particulier n'aurait, c'est sûr, ni précédent ni
imitateur dans d'autres pays, mais elle assurerait au Québec le sain équilibre souhaité
par les anglophones. Bien entendu, des esprits attardés ou obtus y décèleraient la
fermeture, à terme, à tout avenir francophone significatif, mais les réalistes
sauraient, eux, que la paix est à ce prix et que, de toute façon, la mondialisation de
l'économie l'exige.
Alors, suis-je des vôtres maintenant ?
Nai-je pas adopté en tout point le discours fédéraliste ? Aurais-je lhonneur davoir une «job» bien
payée à Ottawa ?
Oui oui, je sais! je cours vite suivre des cours
danglais.
Claude Morin 1996
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