France : Les luttes de chômeurs et d'exclus se multiplient
Le mois de décembre a vu se multiplier, en France, les luttes de chômeurs et d'exclus grâce à la combinaison de deux mobilisations.
D'un côté, un mouvement d'occupations d'ASSEDIC (l'organisme paritaire syndicats/patronat qui gère les allocations chômage) pour l'obtention d'une "prime de Noël" lancés à Marseille, le grand port méditerranéen, par les comités de chômeurs de la CGT dès la fin du mois de novembre. Ce mouvement s'est étendu dans de nombreuses villes, organisé souvent conjointement entre les comités de chômeurs CGT et les associations de chômeurs (AC!, le MNCP et l'APEIS).
De l'autre, une semaine d'action "Urgences sociales" a été organisée du 15 au 21 décembre par des associations et syndicats : AC!, le MNCP, l'APEIS, DAL et le CDSL qui militent pour le droit au logement pour les mal-logés, Droits Devants qui lutte contre toutes les exclusions et la CADAC qui milite pour les droits des femmes, côté syndical étaient présents le courant "Tous ensemble" de la CFDT, la FSU, la fédération CGT finances et le Groupe des 10 (avec le SNUI et les syndicats SUD).
Cette semaine, centrée sur la lutte contre les inégalités à l'entrée de l'hiver a été organisée sous forme de journées thématiques :
Mardi 16 décembre était
le jour où le CNPF, le syndicat patronal, élisait un nouveau président farouchement opposé
à la réduction du temps de travail : Le baron de Seillière, héritier des maîtres
de forges de Wendel ; deux actions ont été organisées, une en Lorraine, dans un ancien château
de la famille de Wendel, l'autre au siège de la CGIP, la société présidée par
le baron de Seillière,
mercredi 17 décembre
au matin, blocage d'une ASSEDIC à Paris en solidarité avec les occupations à Marseille, Arras
(dans le Nord de la France) et dans d'autres villes de province,
Mercredi 17 décembre
à 14h, plus de 200 militants ont envahi le musée du Louvre, avec l'accord de l'intersyndicale CGT/SUD/CFDT,
2 jours avant l'ouverture des salles égyptiennes qui marquent la fin des travaux du musée lui-même
; cette action commune chômeurs/précaires/salariés visait à mettre l'accent contre la
précarisation du travail et pour une réduction du temps de travail réellement créatrice
d'emplois ; une rencontre avec le directeur de cabinet de la Ministre de la Culture a permis d'avancer des propositions
contre la précarité des emplois,
Jeudi 18 décembre, journée
sur les "minima sociaux" où nous avons revendiqué la prime de Noël de 3 000 F, l'augmentation
de tous les minima sociaux de 1 500 F par mois, et le droit au revenu pour les jeunes de 18 à 25 ans ; à
14h rassemblement devant le siège de la Caisse nationale d'allocations familiales et à 16h rassemblement
avec la CGT devant le Ministère du travail,
vendredi 19, dans l'après-midi,
les associations et syndicats accompagnent le CDSL (comité des sans logis) qui est reçu par la Ministre
de la jeunesse et des sports et qui insiste sur les revendications des 18/25 ans (droit au revenu, au logement,
à la formation...),
samedi 20 décembre, forum
dans une grande salle du Carroussel du Louvre salle mise à la disposition des associations et syndicats
après l'occupation du Louvre mercredi, ce forum qui a regroupé 350 personnes a permis de faire un
premier bilan de la semaine et de se mettre d'accord sur un manifeste qui annonce trois initiatives concrètes
:
l'appel à l'action partout
pour la prime de Noël de 3000 F et l'augmentation des minima sociaux,
un texte d'appel pour la réduction
du temps de travail (un projet de loi sur les 35h sera présenté au parlement fin janvier), appel
qui doit être signé avant le 10 janvier par plusieurs centaines de militants syndicaux et associatifs,
une manifestation contre l'exclusion
a été annoncée pour le 29 mars, avant la discussion au parlement d'un projet de loi contre
l'exclusion,
Dimanche 21 décembre,
avec le DAL (droit au logement), occupation de deux immeubles dans Paris pour les mal-logés.
L'ensemble de ces actions ainsi que les occupations d'ASSEDIC ont été très médiatisées (tous les journaux télévisés ont traité ces sujets à plusieurs reprises, les deux grands quotidiens Le Monde et Libération ont fait leur "une" de ces actions,...) et les actions ont rebondi pendant la semaine de Noël :
Mercredi 24 décembre,
un rassemblement commun confédération CGT et associations de chômeurs était organisé
avec le soutien de nombreux syndicats (SUD, FSU, courant "Tous ensemble" de la CFDT) et associations
(Droits Devants!!) devant le siège de l'UNEDIC,
Mercredi 24 dans l'après-midi
les associations de chômeurs ont occupé une agence pour l'emploi à Paris, occupation évacuée
quelques heures plus tard par les forces de l'ordre...
Le gouvernement a commencé à réagir à ces mouvements :
La Ministre du Travail, Martine
Aubry a demandé aux préfets de réunir les institutions sociales dans les départements
pour étudier "les cas les plus difficiles", sans accepter pour autant le principe d'une prime
de fin d'année pour tous et toutes,
Le Ministre des Transports va
recevoir les associations de chômeurs pour discuter de la gratuité ou d'une aide pour le transport
des chômeurs,
Lionel Jospin a confirmé
ces avancées, de même que des mesures pour certaines catégories de chômeurs âgés
ou pour le logement social.
Ces prises de positions sont encourageantes, parce qu'elles montrent que les mouvements ont été entendus, mais elles ne sont pas suffisantes.
Les associations et syndicats vont donc multiplier les actions dans les jours qui viennent, et une journée
de manifestations est envisagée pour le 14 janvier.