La Bible, code secret?

LA BIBLE, CODE SECRET ?

Brève évaluation critique

Le livre de M. Drosnin, "la Bible : le code secret" (éd.Robert Laffont), rencontre un véritable succès auprès des lecteurs : c'est l'un des ouvrages actuellement les plus vendus aux Etats-Unis et en Europe. La thèse défendue par l'auteur du livre divise les scientifiques et les théologiens, mais le "message codé" continue d'exercer une fascination toujours plus grande sur un public très large.

Que faut-il penser de cette découverte de M. Drosnin? S'agit-il d'une tromperie ou d'une authentique révélation? Nous ne prétendons pas ici, en quelques lignes, répondre de façon définitive à ces questions, mais il nous paraît indispensable de nous interroger sur les fondements de ces travaux entrepris par le journaliste américain, Michaël Drosnin et plusieurs autres chercheurs avant lui, pour éprouver la validité des "secrets" inscrits, comme en flilgrame, dans la Bible.

Une méthode équivoque, la numérologie

Les présupposés des différents chercheurs (dont le mathématicien israëlien E. Rips, auquel Drosnin fait référence), nous paraissent fragiles, sur le plan spirituel comme sur le plan scientifique. Le recours à la "tradition" mystique juive n'est pas un gaged'infaillibilité.
La pensée religieuse qui inspire en grande partie ces recherches repose en effet sur les principes de la "guématria" mis en valeur par les cabalistes. En hébreu ancien, les chiffres s'écrivent à l'aide des lettres de l'alphabet. Certains rabbins, depuis l'Antiquité, ont pensé que l'on pouvait ainsi transcrire les mots en données chiffrées, avant d'en donner une interprétation de nature ésotérique. Il suffit pour cela de faire correspondre chaque lettre à son chiffre, puis d'additionner ces chiffres pour trouver la valeur numérique d'un mot donné.
L'interprétation cabalistique, reçue par révélation (cabale" vient de la racine hébraïque "qbi", recevoir) et transmise aux initiés, vise alors à identifier, dans un premier temps, la valeur symbolique des chiffres ou des nombres. La deuxième étape consiste ensuite à mettre en rapport les nombres de plusieurs mots pour en tirer une interprétation "cachée" : le nombre X mis en relation avec le nombre Y a une signification, elle-même sujette à plusieurs interprétations nouvelles, voire totalement contradictoires (le système reste très ouvert). Dans certains cas, on obtient, grâce à cette méthode, des résultats surprenants, que l'interprétation cabalistique se charge parfois de rendre plus sensationnel encore.

Le recours à l'informatique

De nombreux exégètes avaient depuis longtemps remarqué que certains textes étaient travaillés avec une remarquable maîtrise littéraire, qui laissait une place au symbole. C'est le cas en particulier pour le premier chapître de la Genèse, où les mots clés (Dieu, créer, jour, etc) sont agencés dans le texte selon un rythme qui ne doit certainement rien au hasard.
Le recours à l'informatique a modifié de façon sensible l'étude des textes : il est facile de rechercher aujourd'hui la fréquence d'un mot, pour établir un index ou une concordance par exemple. On peut aussi, à l'aide d'un artifice très simple (mais souvent complexe à mettre en oeuvre), rechercher des mots qui n'existent pas réellement dans le texte, amis qui apparaissent en fonction d'une fréquence calculée à partir de nouvelles bases mathématiques. L'ordinateur permet d'effectuer cette recherche très rapidement : il trouvera, par exemple, des mots identifiés à l'aide d'un code de recherche élaboré sur une base mathématique précise, commandé par un logiciel conçu à cet effet.

Le choix du manuscrit

Cette méthode, appliquée à la Bible, présente un défaut majeur lié au choix du manuscrit : il existe en effet de nombreux manuscrits de la Bible hébraïque. Les plus anciens ont été découvert dans les grottes de Quram, au lendemain de la Seconde guerre mondiale. Quel texte sera-til retenu pour être soumis à l'exploration informatique?
Le texte massorétique, publié par exemple dans la "Biblia Hébraica Stuttgartensia" n'est pas dépourvu de variantes identifiées dans divers autres manuscrits; elles sont le plus souvent signalées en marge. Le texte retenu par E. Rips provient d'un manuscrit du XIème siècle, conservé à St-Petersbourg, mais les résultats auraient été différents avec un autre manuscrit. L'étude des divers manuscrits permet aujourd'hui d'affiner considérablement l'approche du texte biblique dans le détail. Les exégètes hésitent souvent entre plusieurs "leçons" (lectures possibles) sur un verset ou un mot.
Enfin, la lecture strictement informatique du texte, traité en continu (sans espace), sans direction privilégiée (de haut en bas, en diagonale, à droite comme à gauche), nous semble totalement...insensée ! En d'autres termes, Drosnin prétend qu'il fallait attendre l'avènement de l'informatique pour "comprendre" le texte biblique jusque dans ses profondeurs occultes, d'après sa structure "mathématique" inaccessible au lecteur ordinaire.

La révélation d'un "sens caché"

Le sous-titre de ce livren "Le code secret", laisse en effet entrevoir le caractère occulte de la recherche entreprise par le mathématicien israëlien, E. Rips, dont les résultats sont pibliés et commentés par M. Drosnin. Cette approche est similaire à certains systèmes gnostiques et mystiques, où seule la connaissance transmise aux initiés permettrait, sinon de connaître Dieu, d'approcher le divin, d'éclaircir les mystères les plus insondables.
Les "maîtres" sont d'ailleurs censés ne pas dévoiler toute leur science à un public trop large : ils prétendent le plus souvent que ce public ne supporterait pas de connaître d'ultimes révélations. Ils donnent quelques clés d'interprétation, soulignent un trait extraordinaire, mais laissent en suspens le "secret ultime", comme le pratique d'ailleurs A; Drosnin. La rumeur, la crédulité ou la crainte meublent ces silences por leur donner une consistance remarquable, et rendre ainsi, le "produit" encore plus attractif.
Le livre de Drosnin, qui "révèlé" certains faits historiques (l'assassinat du Premier ministre israelien Ytzhak Rabin, sur le texte de couverture, par exemple), se vend d'autant mieux qu'il laisse planer le doute sur des révélations plus extraordinaires et catastrophiques encore, à venir...

Le sens de la révélation biblique

Dieu a inspiré des auteurs, plus d'une trentaine pendant plusieurs siècles, pour rédiger ce que nous appelons aujourd'hui la Bible. Son intention était de se révéler au peuple conduit par Moïse dans la Terre Promise, les descendants d'Abraham, Isaac et Jacob, mais aussi à tous les peuples de la terre. Dieu révéle en partie son plan à Abraham, son Nom à Moïse, son amour, sa justice et sa fidélité au peuple d'Israël, puis il accomplit cette justice et comble les peuples de son amour, après avoir partagé leur souffrance, en triomphant du mal par la mort et la résurrection de Jésus, le Messie.
Jésus est l'homme-Dieu par exellence, le médiateur parfair entre Dieu et les hommes. Il accomplit "tout ce qui est annoncé par la Loi et les Prophètes" : la Bible a donc bien pour objectif de révéler, et non dissimuler, le plan destiné à sauver l'humanité du mal qui la ronge. Elle annonce d'abord la venue du Fils de Dieu parmi son peuple, sa mort et son retour à la vie pour le salut de l'humanité; puis elle confirme cette ultime révélation "Celui qui m'a vu a vu le Père", dit Jésus à ses disciples, racontée par les quatre évangèlistes, commentée par les apôtres, afin d'en expliciter le sens le plus clairement possible.

Conclusion, un message clair

La Bible "ne peut faire l'objet d'une interprétation particulière", déclare l'apôtre Pierre. Elle est inspirée par Dieu et transmise avec beaucoup de soin (malgré quelques rares erreurs des copistes!) par des générations de fidèles. Dieu "a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique afin que quiconque croit en Lui ne meure pas, mais qu'il ait la vie éternelle", affirme l'évangéliste Jean. cette "bonne nouvelle" peut paraître simpliste; elle a au moins le mérite d'être limpide. Il n'est nul besoin d'avoir un ordinateur puissant pour la décrypter, ni même d'un interpète autorisé pour la transmettre. Reste la révélation - elle vient de Dieu seul - qui lui donne son entière réalité et nous permet de la recvoir comme une vérité.

Révélation et divination

La bible évoque, sous cet angle, l'histoire des hommes - celle d'un peuple, en particulier, leur passé, mais aussi leur avenir. Elle ne peut cependant servir de "boule de cristal" pour trouver la trace d'un événement du passé, qui serait "caché" dans la structure logico-mathématique de mots sans queue ni tête et soumis à une lecture multidirectionnelle. Ce serait abandonner toute notion de sémantique traditionnelle, un véritable renoncement au "sens" le plus élémentaire, et donc à la communication (même soumis à la révélation divine!) destinée à tous les hommes. Le recours à la "tradition juive" pour justifier cette méthode est abusif : de nombreux rabbins refusent cette interprétation de nature ésotérique liée au système cabalistisque de la "guématria". Par ailleurs, la tentation serait grande de dévoiler l'avenir, par la méthode, et de retomber ainsi dans la divination, pourtant formellement priohibée par Dieu Lui-même (Deutéronome 18.10-18). Drosnin n'a pas su éviter ce piège...

Des preuves pour la foi?

Enfin, les différents chercheurs qui ont travaillé sur la Bible, selon cette méthode "scientifique", affirment qu'ils n'obtiennent pas les mêmes résultats avec d'autres textes. A notre connaissance, aucun résultat n'a été publié sur ces recherches. Pourtant, la loi des probabilités démontrerait sûrement que l'on peut, dans les mêmes conditions d'espérimentation, obtenir des résultats similaires...
Le livre de michaël Drosnin peut-il contribuer à susciter la foi chez les lecteurs les plus sensibles à sa démonstration? Rien n'est moins sûr. Jésus disait lui-même à ses déracteurs, avides de "signes" extraordinaires, qu'ils auraient du mal à croire en lui quand bien même il ressuciterait un mort! L'amour de Dieu ne se propose pas comme un livre à grand tirage, offert à nos sensations : s'il fut manifesté par un acte extraordianire - la mort et la résurrection de Jésus -, cet amour est destiné aux hommes pour combler ce qui constitue le plus profond de leur être, et leur rendre ainsi la liberté de vivre réconciliés avec Dieu, qui seul connaît leur avenir et peut les garder en paix...Frédéric BAUDIN

Le Webmaster de Parøle de vie RB le 28/02/98

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