La Shoa

"Sauve ceux qu'on entraîne à la mort, ne manque pas de défendre ceux qui vont, chancelants, au supplice. Tu diras peut-être : cet homme-là, nous ne le connaissons pas ! Mais celui qui pénétre au fond des coeurs ne le sait-il pas ? Celui qui protège ta vie connaît tout, et il rétribue chacun selon ses actes." Livre des Proverbes 24.11-12

Sauve ceux qu'on entraîne à la mort

Plusieurs d'entre vous ont demandé, en tant que Juifs-messianiques, ce que nous pensions des différentes demandes de pardon formulées ces derniers temps et
aussi sur le procès Papon.

Voici quelques éléments de réponse. C'est un sujet immense, et douloureux ! Une première constatation : c'est vraiment tard, plus de 50 ans après l'horreur de la Shoah perpétrée dans des pays couverts de croix, et de clochers de différentes dénominations chrétiennes! Nous reconnaissons qu'il y eut des voix courageuses qui se sont élevées en face de cette barbarie. Et cela dans des milieux très divers, parfois au prix de la liberté, et de la vie, de ceux qui ont osé parler et agir. Ces voix furent rares !

Nous voulons espérer que Papon, et d'autres qui vivent encore aujourd'hui, reconnaîtront leur lâcheté qui les a conduits à la "complicité pour crimes contre l'humanité".

Nous devons tous, aussi, nous demander avec franchise ce que nous aurions fait à leur place. Rose Price, une rescapée des camps nazis, nous parle de sa difficulté à pardonner. En 1940, elle fut emmenée, comme les 3,1 millions de Juifs polonais...Quelques milliers revinrent vivants, brisés par les tortures physiques et morales et les morts! Pendant des années, elle a lutté avec Dieu avant de pouvoir dire à son Sauveur : Toi seul, par ton Esprit, tu peux me donner la volonté et la capacité de pardonner à tous ceux qui nous ont si cruellement persécutés. Vous pouvez lire son témoignage en cliquant sur ce lien ou le demander aussi à la rédaction qui vous l'enverra.

Nous sommes tous appelés à pardonner; mais nous ne pouvons le faire qu'en notre nom. Ceux qui furent coupables, par leurs actes ou par leur silence, auraient dû demander pardon il y a longtemps! Comment leur conscience fut-elle touchée? Dieu seul connaît le fond du coeur de chacun. C'est à Lui qu'appartient le pouvoir de JUGER les vivants et les morts. (2 Timothée 4.12; Actes 17.30-31)

Ce silence fut une faute

Voici quelques extraits du texte lu à Drancy, le 30 Septembre 1997, par un représentant de l'Eglise romaine :

"Nous avons...à nous interroger sur les origines religieuses de cet aveuglement. Quelle fut l'influence de l'antijudaïsme séculaire? des stéréotypes antijuifs?...terreau où a fleuri la plante vénéneuse de la haine des Juifs...Il y eut des paroles publiques courageuses...mais peu nombreuses... Nous devons reconnaître que l'indifférence l'a largement emporté sur l'indignation... Le silence a été la règle... face à un crime de cette envergure, la tentative d'extermination du peuple juif... Aujourd'hui nous professons que ce silence fut une faute. Nous portons la responsabilité de ne pas avoir porté secours dès les premiers instants... Des intérêts ecclésiaux l'ont emporté sur les commandements de la conscience."

Plus de 50 ans après ces évènements, nombreux sont ceux qui s'interrogent sur ces demandes de pardon : n'ont-elles pas un caractère dérisoire? Cependant, il faut admettre que "la déclaration de Drancy" permettra, nous l'espérons, à beaucoup de reconnaître que le silence fut souvent la marque de la lâcheté, et aussi de la haine des Juifs... Il faudrait aussi demander pardon aux descendants des Africains qui furent, pendant plusieurs siècles, les esclaves de nations dites "chrétiennes".

L' Histoire nous rapporte aussi la soif de l'or, et la barbarie, des conquistadors en Amérique du Sud, les massacres sur le trajet des "croisades", les tortures et les bûchers de l'Inquisition... Ces crimes furent souvent commis "au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit". Le nom du Seigneur a vraiment été bafoué! Tous ceux qui se disent chrétiens doivent être conscients de ces réalités du passé, comme aussi du danger de l'avenir. Le feu du mépris, et de la haine, est hélàs souvent prêt à se rallumer. Gravons dans nos coeurs cet avertissement :

"Le mal ne cessera de croître, l'amour du plus grand nombre se refroidira. Mais celui qui persévèrera jusqu'à la fin sera sauvé."
(Matthieu 24.4-14)

Aucun caractère vexatoire

Récemment j'ai retrouvé, dans un tiroir du bureau du Berger d'Israël, la photo d'un document daté du 12 Août 1941, provenant du "commissariat général aux questions juives, service de l' Aryanisation économique". Ce texte mentionne "Jésus-Christ" comme étant Juif", et "l'humilité comme étant une vertu chrétienne". C'est à cette époque que nous avons été chassé de nos emplois et soumis au port de l'étoile jaune. Les lieux publics furent interdits "aux chiens et aux Juifs". Puis vint le temps des rafles et des convois vers les camps de la mort.

Voici ce texte :

"Avis : 1 - Aucun texte ne dispense un prêtre catholique, ou un pasteur protestant, de faire sa déclaration, s'il est juridiquement Juif de par l'article 1er du statut du 2 Juin 1940.

2 - Il n'en serait même pas dispensé s'il bénéficiait de la dérogation prévue à l'article 8 (Services exceptionnels individuels ou familiaux).

3 - Si Ponce-Pilate avait ordonné un recensement des Juifs, Jésus-Christ lui-même s'y serait conformé; le plus humble de ses représentants sur la terre doit donc se soumettre aux obligations de la loi, surtout quand ces obligations n'ont aucun caractère vexatoire, et aussi parce que l'humilité est une vertu chrétienne."

Prenons garde à l'orgeuil

Avec stupeur, tristesse et crainte, je viens de lire le texte qui va suivre. Il est tiré d'une revue de la "Fraternité Saint-Benoît, pour une Europe chrétienne" Nov.97 :

Le "Pardon" de l'Episcopat Français, le 30/09/97. Nous croyions qu'il s'agissait du pardon de l'Eglise catholique de France aux Juifs, pour avoir crucifié N.S. Jésus-Christ. Quelle ne fut pas notre surprise; il s'agissait de tout autre chose : du pardon que l'Eglise demanderait aux Juifs pour s'être tue face aux persécutions des Juifs par les nazis... Est-ce que les Juifs se sont jamais excusés d'avoir crucifié (ou fait crucifier) N.S. Jésus-Christ et de continuer à la blasphémer, tant qu'ils ne le reconnaissent pas comme le Fils de Dieu?... Au lieu de condamner vos prédécesseurs, ne conviendrait-il pas mieux de prendre la DEFENSE de l'Eglise surtout quand elle est accusée à tort..."

Que ceux qui ont osé écrire ces lignes lisent, avec crainte, ce texte que Paul a écrit à l'Eglise de Rome (Romains 11.11-24) :

"...Je demande donc : si les enfants d'Israël ont trébuché, est-ce pour tomber définitivement? Non certes, puisque c'est par l'effet de leur faute que le salut est devenu accessible aux païens, ce qui excitera leur jalousie... Si la racine est sainte (Abraham, Isaac et Jacob), les branches le sont aussi. Ainsi en est-il d'Israël : quelques branches ont été coupées. Et toi qui, par ton origine païenne, était comme un rameau d'olivier sauvage, tu as été greffé à leur place afin de participer à la sève de l'olivier, ce n'est pas une raison pour toi de te glorifier aux dépens de ces branches. Et si tu es tenté par un tel orgueil, souviens-toi que ce n'est pas toi qui porte la racine, c'est elle qui te porte!... Ne sois donc pas orgueilleux, mais soit dans la crainte. Car si Dieu n'a pas épargné les branches naturelles, il ne t'épargnera pas non plus. Considère donc, à la fois, la bonté et la sévérité de Dieu : sévérité à l'égard de ceux qui sont tombés, et sa bonté à ton égard aussi longtemps que tu t'attache à cette bonté. Sinon, toi aussi, tu seras retranché..."

Jacques GUGGENHEIM

Le Webmaster de Parøle de vie RB le 14/02/98

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