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ETUDES et TRAVAIL
| Je suis allé à l'école rue Maurice Rouvier , oú j'ai obtenu mon Certificat d'études primaires le 16 juin 1945 . Puis au cour complémentaire rue Friand , oú je restai un an . Faute de moyens financiers je dus quitter ces cours. Avec l'aide de mon oncle Gaby , je fus embauché comme apprenti dans une usine d'aéronautique à Issy-les-Moulineaux , où j'ai obtenu mon CAP d'ajusteur le 20 juillet 1948 . Puis ce fut le plan Marshall ( plan américain ) fermeture des usines aéronautiques françaises , les travailleurs mécontents se mirent en grève . Pour la première fois je participai à l'occupation d'une usine , la lutte fut longue , sur les toits les travailleurs avaient installé des tas de gros boulons et des morceaux de fer découpés en triangle avec les coins redressés qui devaient taillader le visage , l'entreprise étant encerclée par les CRS . L'usine ferma je me retrouvai au chômage comme les autres , c'est à cette époque que j'adhérai aux Jeunesses Républicaines de France . Ma deuxième expérience de travailleur se passera rue de Paradis , aux disques Odéon, comme emballeur d'instruments de musique , où j'ai pu apercevoir Yves Montand et Lily Fayolle à leurs débuts . Ensuite chez Chauvin Arnoux à l'autre bout de Paris comme ajusteur de précision ; puis à la SNECMA boulevard Kellermann . |
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La petite boite de mécanique avenue des Gobelins , au fond d'une impasse , vous voyez un peu l'ambiance . Sur la photo à gauche le sous chef d'atelier, à droite avec un balai dans le dos c'est moi, derrière le travailleur en blanc un ouvrier arabe qui faisait la peinture au pistolet et buvait du lait pour se désintoxiquer , il y avait une seule femme dans cet atelier . |
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La petite photo à gauche c'est moi avec un faux nez dans le fond un tourneur , celle du centre je travaille , celle de droite moi qui relève ma jupe avec mon mari en liquette . Remarquez tout le monde porte un chapeau ou une casquette à cause de la fonte un métal à poussières , il n'y avait pas de douche sauf un évier genre abreuvoir à vaches avec quatre robinets en laiton . L'été il faisait tellement chaud que nous travaillions en slip torse nu . Je n'ai jamais rencontré une boîte où l'on s'amusait autant . Le midi pendant l'heure du repas nous jouions au poker , au bridge et j'en passe, tout cela se passait dans le bureau du grand chef. |
Puis appel du grand large je quittai cette boîte pour retourner dans l'aéronautique, d'abord chez Dassault à Suresnes , je fus licencié pour avoir discuté sous une aile d'avion avec un représentant de la CGT , monsieur Dassault ( le père ) étant un homme démocratique . Ensuite je fus embauché à la SFECMAS avec l'aide de mon oncle Gaby . Nous étions en octobre 1954 la sale guerre d'Algérie venait de commencer . C'est dans cette entreprise , devenue Nord Aviation puis L'Aérospatiale , que je devins délégué du personnel CGT, puis au fil des années secrétaire syndical et représentant syndical au Comité d'Etablissement . Je pris la parole contre cette sale guerre devant 7.000 travailleurs , le coeur battant . Nous finimes par avoir raison , car en 1962 le Général de Gaulle proclama l'autodétermination du peuple Algérien. Le combat fut dur , je participai à plusieurs manifestations , la plus terrible eut lieu à la station de métro Charonne , je m'y trouvais et je vis des CRS jeter des plaques d'arbre en fonte sur les manifestants croyant avoir trouvé refuge sur les marches de la station de métro dont les grilles étaient fermées . Il y eut plusieurs morts. |
L'Aérospatiale était la seule entreprise en France à disposer d'un dispensaire , géré par le Comité d'Etablissement équipé du matériel le plus sophistiqué, d'un personnel compétent et d'une crêche , il avait l'avantage de permettre au personnel de se faire soigner sur place et sur le temps de travail . La direction a tenté pendant des années d'isoler celui-ci de l'usine , elle finit a y arriver grâce à la complicité d'autres syndicats . Le CE servait de lieu de rencontre pour le personnel , on pouvait y louer des disques , des CD , des livres (plus de 2000 volumes). Il organisait des cours de langues à l'étranger ( ma fille à fait un séjour dans une famille Anglaise ); des colonies de vacances (mes deux garçons partiront souvent en colo ). Avec d'autres travailleurs je fis des accompagnements de colonie en car . Ce lieu gênait aussi la direction, il sera reconstruit à l'extérieur avec l'aide de la CFDT . J'ai participé à la réalisation d'un livre sur le passé et l'avenir de cette usine. |
Mai 68 , coup de tonnerre , les étudiants se révoltent , occupent la Sorbonne , se battent avec les forces de l'ordre , incendient des voitures , des jeunes sont tués . La télévision dans les mains de la droite ameute la population, c'est la révolution à Paris , en province les gens ont peur . Un révolutionnaire de type nouveau fait son apparition ( depuis devenu un petit homme vert venu de l'espace ) . Des usines entières se mirent en grève avec occupation des locaux . A l'aérospatiale après une courte entrevue avec la direction et une brêve prise de parole , les travailleurs décidèrent à mains levée la grêve et l'occupation de l'usine . Avec un autre camarade nous avons mis à l'abris les plans de nos études , puis fermé à clé les armoires sous l'oeil médusé du responsable du secteur , fait évacuer tout le personnel et cadenasser la porte d'entrée . |
La cour de l'usine occupée . Au premier plan des femmes qui tricotent et papotent , sur la droite le bâtiment de la direction (appelé tombeau de Napoléon surnom donné à un ancien chef du personnel ) j'ai passé des nuits à dormir à même la moquette verte . Une ou deux fois par semaine je rentrais chez moi voir si tout allait bien (et dire que ma femme pensait que je passais mes nuits avec d'autres femmes) ! |
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Le plan de l'usine , le petit point en bas à droite est l'endroit où je travaillais , comme préparateur en fabrication , ce métier consiste à préparer des dossier , faire des bons de perception afin de donner du travail pour les compagnons . J'étais assis une bonne partie de la journée devant un ordinateur pour contrôler les stocks . Tout était écrit à la main, comme j'ai une écriture de docteur , j'ai dû modifier celle-ci . Cette entreprise se situait à Châtillon/Bagneux , elle est détruite en partie , seul le bâtiment de la direction ; le bureau du personnel et le dispensaire ( fermé ) sont encore debout . Mon fils aîné y travaillait sur une fraiseuse à commande numérique il a été muté à Bourges . J'ai quitté celle-ci en 1987 en préretraite anticipée avec une indemnité de licenciement minable due au fait de mon activité syndicale et politique. J'ai passé 33 ans de ma vie dans celle-ci .Mon fils aîné échaudé participera aux grèves mais ne se syndiquera pas . La France est paraît il un pays démocratique. |