Les interviews du Rhinolophe : Scotch Arleston
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Scénariste inspiré de Lanfeust de Troy, de Léo Loden, et de bien d'autres séries..., Scotch Arleston retrace avec nous sa carrière et nous en dit davantage sur son travail et ses projets. Cette interview fut réalisée lors du festival Utopia 98 au Futuroscope de Poitiers.

RHINOLOPHE: Comment en êtes-vous arrivé à faire du scénario pour la bande dessinée ?

SCOTCH ARLESTON : Cela vient de l'envie de faire de la bande dessinée depuis toujours. Et puis quand par ailleurs on a des copains qui dessinent très bien, l'idée de faire du scénario vient très rapidement.

Vous avez été longtemps scénariste pour la radio, avec notamment "Les Maîtres du mystère". Comment avez-vous fait le pas de la nouvelle radiophonique à l'album de bande dessinée ?

La radio, pour moi, c'était une manière d'apprendre le métier. Et puis en fait, tu sais, c'est toujours le même métier : il faut raconter des histoires. Le fait que tu le fasses pour le cinéma, la radio, un roman ou une bande dessinée, c'est toujours exactement le même métier. Les techniques changent un peu c'est tout. Les dramatiques radiophoniques c'était un excellent entraînement pour les dialogues. Pour moi, le pas s’est franchi tout naturellement, parce que c'est une chose que j'avais toujours eue en tête.

Votre premier collaborateur a été Paul Glaudel pour "Manie Swing" chez Alpen Publishers. Comment l'avez-vous rencontré ?

Paul, je le connais depuis 1980, de la fac d'Aix en Provence, donc c'est vraiment un vieux copain. On a travaillé dans un studio de communication ensemble pour faire de la pub. "Manie Swing" c'est de 1989, donc on se connaissait depuis 10 ans environ.

Comment a été accueilli "Manie Swing", et quel est votre regret sur cette série ?

Mon regret, c'est que ça n'ait pas continué. Pour une raison simple, c'est que quand on a reçu les premiers relevés de ventes, je me suis demandé pourquoi ils avaient écrit l'année en gros. Ce n'était pas l'année.

Avez-vous eu un temps de remise en cause avant de vous lancer dans l'aventure des "Maîtres cartographes" ?

J'ai un énorme avantage, c'est que je ne me pose pas de questions. Vu que "Manie Swing" était en train de capoter, bien que le deuxième album soit à moitié fait, et qu'Alpen nous en avait payé la moitié, ils nous ont dit qu'ils arrêtaient. J'ai donc dit à Paul qu'il fallait que nous retombions très vite sur nos pattes. Ce qui fait que quinze jours après on signait chez Soleil pour "Les Maîtres cartographes". Les premières pages étaient déjà prêtes. On a démarré illico en fait.

Quelle place donnez-vous dans "Les Maîtres cartographes" à l'univers que vous décrivez qui est très complexe ?

C'est vrai que de tout ce que j'ai fait, c'est mon univers préféré. Parce qu'il est assez original je crois, en tout cas, je ne connais pas d'équivalent. Donc, j'ai énormément de choses à raconter dans cet univers. Le problème c'est que la bande dessinée est assez limitée, et surtout que Glaudel n'est pas un dessinateur extrêmement rapide. Donc, c'est vrai qu'il m'est arrivé des fois de vouloir explorer le monde des cartographes d'une autre manière. Peut-être en faire des bouquins, je ne sais pas. Je ferai quelque chose avec, parce que c'est mon univers le plus riche et j'en suis bien conscient.

Pourtant, vous avez avoué que depuis votre enfance en Afrique, les voyages vous ennuient ?

Tout à fait. C’est à dire que je voyage à longueur de journée à l’intérieur de ma tête. Donc si je dois aller à la Guadeloupe, ça me rappelle le boulot.

Comment avez-vous rencontré Serge Carrère ?

Serge m’a été présenté par Glaudel, parce qu’ils avaient été en fac d’arts plastiques à Aix en Provence. Carrère entre temps avait bossé chez Milan pour Mikado. On a tout de suite sympathisé. On avait la même passion pour tout ce qui est vieux "Spirou", "Gil Jourdan", etc. Et nous nous sommes demandés ce que ferait Maurice Tillieux s’il avait notre âge aujourd’hui. On n'a pas cherché à faire du vieux "Gil Jourdan", comme a pu le faire Chaland. On a cherché à réactualiser l’esprit de Tillieux. On a démarré "Léo Loden", et tout de suite, on s’est vraiment bien amusés.

Pour cette série vous avez opté pour un décor réel. Pourquoi Marseille ?

Au départ, j’avais prévu le polar à Paris, et c’est Carrère qui, bien qu’habitant à Toulouse pourtant, m’a dit que juste à côté il y avait Marseille, et que ce serait un beau décor. Et tout de suite, dès que le nom a été prononcé, ça a été une évidence.

"Léo Loden" ne vous a pas forcément permis de travailler sur les décors ?

Si, dans la mesure où, bien que je n’aie pas eu à inventer les décors, il a tout de même fallu que je me balade dans Marseille, que je repère des endroits et des gens. C’est un autre type de boulot, moins intérieur, mais ça reste quand même une recherche. Et puis ma plus grande joie sur Léo, c’est simplement les calembours et les images qui me font bien marrer. Ce qui m’amuse, c’est de donner un très léger contenu social et politique. On s’est défoulé sur Le Pen au neuvième tome, ça soulageait. Cela ne sert à rien, mais ça défoule.

Dans "Tandori" aussi, les bons mots fusent.

Oui, ça "Tandori", c’est aussi un de mes grands regrets. C’est une série que j’aimais beaucoup faire avec Curd Ridel. On s’amusait bien. Mais là, une fois de plus, ça n’a pas marché du tout, donc on a arrêté. Et pour moi, les "Trolls de Troy" c’est exactement comme "Tandori", sauf que c’est un décor plus héroïc-fantasy.

Vous revendiquez ce côté très "Astérix" dans "Tandori" ?

Dans les "Trolls" aussi. Tu prends un troll, tu lui mets des braies bleues et tu donnes le rôle à Gérard Depardieu, et tu as Obélix.

Comment avez vous rencontré Curd Ridel ?

C’est toujours la même chaîne. C’est Carrère qui m’a présenté Ridel, puisqu’ils avaient bossé à Pif ensemble. Et comme Carrère savait que Curd cherchait un scénariste... Mais là, l’idée de faire un truc sur l’Inde vient de Ridel. Il m’a donc donné le contexte, et j’ai développé "Tandori" sur cette base.

Jules Verne est un des personnages présents dans "Tandori". Est-ce que c’est l’une de vos inspirations ?

J’aime bien Jules Verne, mais ce n'est pas une de mes inspirations les plus marquées. Mon inspiration la plus marquée, je n’en ai pas honte, je la revendique, et c’est pour elle que je suis ici aujourd’hui : c’est Jack Vance. Jack Vance, Jack Vance, Jack Vance, et Philip José Farmer. Enfin tous ceux qui mettent un peu d’humour. Parce que c’est vrai que moi je suis incapable d’écrire un scénario sérieusement. Si j’essaie, au bout de trois pages je ne peux pas m’empêcher de mettre de l’humour. C’est ce que j’aime aussi chez les écrivains, quand ils mettent un peu d’humour. Ceux qui me plaisent ce sont Jack Vance, Leiber, Farmer, et un qu’on oublie souvent : Léon Sprague De Camp, qui est un formidable écrivain. Dans la nouvelle génération, ceux qui me plaisent, ce sont Pratchett, Gayman. Ceux qui ont cet humour british, vraiment très drôle.

Comment avez-vous rencontré Didier Tarquin ?

Il se trouve qu’il travaillait chez Soleil. Il avait déjà fait trois albums avant. Et on l’oublie souvent, mais il avait fait trois bides lui aussi. On a tous commencé par des bides dans ce métier. Il avait fait un album qui s’appelait "Les maléfices d’Orient", et deux albums de "Roq". Donc, je le connaissais bien parce qu’il habitait à Aix en Provence. C’était un copain que je voyais souvent. Et puis bon, il était dans la panade avec "Roq", il voulait arrêter, l’éditeur aussi parce que ça ne se vendait pas ; il ne savait plus comment ça allait se passer. J’ai dit à l’éditeur que j’avais un truc pour lui. On lui a soumis un nouveau projet, et ça a été "Lanfeust de Troy". Nous pensions que nous allions bien rigoler entre nous à faire ça. Et puis en fait, coup de bol, ça a fait rigoler tout le monde. Mais nous ne nous y attendions pas, au départ, c’est un truc que nous faisions pour le fun.

Quelle a été votre inspiration première pour cet univers d’héroïc-fantasy très référencé ?

Jack Vance. Tu sais, c’est pas un hasard si je suis là aujourd’hui. Je serais venu à pied d’Aix en Provence si il avait fallu. Hier soir, j’ai eu la chance de passer un repas avec lui, et pour moi, ça a été extraordinaire. Il est vrai que Jack Vance est un tel créateur d’univers, d’une telle richesse, d’une telle complexité, que d’ailleurs ça me pose un problème. Maintenant quand j’écris un synopsis, un scénario, ou n’importe quoi, je vais toujours vérifier que c’est bien moi qui l’ai inventé, ou si c’est pas un truc de Vance qui me revient tout seul. C’est le problème que tu as quand tu lis beaucoup. Comme je sais que je suis très influencé Vance, je vais toujours vérifier.

Tarquin a arrêté de faire de la couleur directe pour Lanfeust. De qui est venu l’initiative ?

Je lui ai strictement interdit de faire de la couleur directe. Parce que c’est à cause de ça que les "Roq" étaient foirés, et que ça n’avait pas marché. Des fois il faut que le scénariste ait un rôle au-delà de l’histoire. On peut comparer le rôle du scénariste en bande dessinée à celui de metteur en scène au cinéma. Celui du dessinateur, ce serait un peu celui des acteurs. C’est lui qui fait que les personnages jouent bien ou faux. Et ça n’a pas de rapports avec le fait de bien ou mal dessiner. Il y a des mecs qui n’ont pas un dessin extraordinaire, mais qui font des personnages crédibles qui jouent bien. Et puis il y en a d’autres qui ont un coup de patte fantastique, dont les bandes dessinées ne valent pas tripette parce que les personnages jouent faux. On ne sait pas ce qu’il veulent exprimer. Il se trouve que Tarquin arrive à être très expressif, mais bon, pas en couleur directe. Donc, je l’ai un peu dirigé.

Quels sont les personnages que vous prenez le plus de plaisir à animer dans "Lanfeust de Troy" ?

Tous. Un personnage ennuyeux, tu n’as pas envie de le garder, d’abord tu ne sais pas quoi lui faire dire. Non, un personnage ennuyeux, qui ne m’amuse pas, au bout de trois cases il dégage. Mais, c’est vrai que chacun m’amuse à sa manière. Lanfeust, m’amuse parce que c’est quand même un crétin absolu, il reste le héros avec sa grande épée, mais c’est aussi le crétin complet, qui est manipulé par les deux nénettes derrière, qui elles, me font mourir de rire. Bon, c’est vrai que Nicolède est moins amusant, mais il est indispensable. Donc, finalement il reste un peu en retrait dans le décor. Evidemment, Hébus et Cixi sont les plus intéressants. D’ailleurs ce sont ceux qui plaisent le plus au public. Cyann, on voit tout de suite qu’elle est plus ennuyeuse, Cixi est plus piquante.

La couverture du premier Lanfeust ressemble énormément à l’affiche de "Star Wars". Etait-ce prémédité ?

Oui et non. En fait Tarquin avait pendant très longtemps l’affiche de "La Guerre des étoiles" dans son bureau. Il se trouve qu’il a dû pondre la couverture entre trois et six heures du matin, pour des raisons de délais. Donc à ce moment-là, il était crevé , il ne se posait plus de questions. Il est allé au direct, à l’essentiel. Quand il l’a amené à la maison d’édition, tout le monde a reconnu l’affiche de "Star Wars". C’est ce que l’on disait tout à l’heure, elle est ressortie inconsciemment, parce qu’il l’avait sous les yeux tous les jours. Et puis, on s’est dit que si ça avait marché pour eux, ça marcherait pour nous.

Vous avez prévu de faire un premier cycle des aventures de Lanfeust en huit tomes je crois ?

Normalement en huit. J’ai pris un peu de retard dans la narration, donc ce sera peut-être en neuf. Et après, il y aura une deuxième histoire qui va démarrer. Ce sera de la S.F.. On partira dans l’espace. Elle fera aussi quelques volumes, et puis une troisième. On n’a pas envie de mourir jeune.

Donc Lanfeust est une série qui vous permettra de sortir de l’héroïc-fantasy classique ?

Oui, parce que pour l’instant on ne s’en rend pas bien compte, vu que l’on n’a pas quitté la planète. On croit que c’est de l’héroïc-fantasy, mais en réalité Lanfeust pour moi c’est du space-opera Il suffit de prendre la planète dans l’espace, et là, c’est du space-opera. On comprendra après que tout se tient et que tout est logique dans ce monde, et qu’en réalité il n’y a pas de magie, c’est autre chose... Surprise.

Jack Vance est donc encore là extrêmement présent ?

Dans Lanfeust et dans toutes mes séries. C’est à dire que j’ai une tendance naturelle à partir sur le même postulat que Jack Vance. A savoir que dans bien longtemps l’humanité allait s’animer sur toute les planètes. Et à partir de là, et bien on se ballade de civilisations en civilisations. C’est vrai que là je suis un peu sur le même point de départ.

L’univers de Troy a donné lieu à une cartographie et à une série dérivée, "Trolls de Troy". Pourtant vous restez très fasciné par l’univers des "Maîtres cartographes" ?

Le problème c’est que pour les "Maîtres cartographes", comme ça a été ma première série dans le genre, j’ai commis pas mal d’erreurs dans le scénario, dont je suis en train essayer de me dépatouiller maintenant. Aujourd’hui, j’ai progressé, c’est normal. Il y a plein de choses que je ne ferais plus de la même manière. J’ai encore l’héritage de certaines erreurs qui me pèsent, mais c’est vrai que ça reste mon univers le plus varié et le plus riche à l’origine.

Pour "Trolls de Troy" vous avez fait appel à Mourier, avec qui vous aviez déjà travaillé sur les "Feux d’Askell". Comment l’avez-vous rencontré ?

C’est simple. Il est venu s’installer à Marseille un jour, et il a fait le tour des agences de publicité pour trouver du boulot. Il avait fait un peu de bande dessinée dix ans avant, mais très peu. Il les avait dans son book, et un copain qui bossait dans un studio de pub m’a prévenu qu’il avait vu passer un dossier extraordinaire, et qu’il fallait absolument que je le contacte. Je l’ai fait et nous nous sommes rencontrés. Au bout de la deuxième bouteille de Pommard, on était amis depuis vingt ans. Et au bout d’une semaine il avait un contrat avec Mourad (Boudjellal, directeur de Soleil productions. Ndlr.). Ce qu’il y a d’étonnant, c’est que c’est un type qui a signé son premier contrat à trente ans, parce qu’il n’avait pas forcément cherché avant. C’est vraiment très rare de trouver un dessinateur avec une telle maturité. Pour moi, Mourier est un des plus forts talents de sa génération. Et voir débouler comme ça quelqu’un du néant avec un tel talent, il ne faut pas laisser passer ça. C’est trop rare. Et quand en plus c’est un type avec qui le hasard fait que tu t’entends parfaitement, c’est formidable.

Sur les "Feux d’Askell" vous ne l’avez pas empêché de faire de la couleur directe ?

Non, parce qu’il le fait avec énormément de talent. Je ne dis pas que Didier (Tarquin. Ndlr.) n’en a pas, mais la couleur directe n’est pas son point fort.

L’héroïne des "Feux d’Askell" est assez proche du personnage de Cixi, il me semble ?

Je ne trouve pas. Cybill est une fille complètement maîtresse de ses actes, adulte. Si elle fait un striptease ou si elle se prostitue, elle sait toujours ce qu’elle fait. Et ça dans la moindre de ses décisions. Alors que Cixi est encore une gamine qui a un sale caractère et qui mériterait une bonne fessée.

Vous avez commencé l’aventure "Lanfeust mag’" il y a peu. Comment vous est venue l’idée de faire un magazine ?

C’est un vieux rêve d’enfance. Quand on a lu "Spirou" et "Pilote" étant petit, et comme il n’y a plus de magazines, on s’est dit, pourquoi pas ? Au début, c’était surtout une idée de concept, il faut trouver le créneau. C’est vrai qu’en ce moment, il y a une opportunité pour un truc ciblé sur les adolescents, avec deux genres majeurs que sont la science-fiction et l’héroïc-fantasy. On a donc foncé dans le créneau et puis ça a marché tout de suite. Le coup de bol quoi.

Est-ce que "Lanfeust mag’" deviendra une sorte de laboratoire à jeunes talents ?

C’est déjà un peu le cas, puisque les histoires en une planche, les gags et les strips sont de tout jeunes talents qui ont à peine vingt ans. Nous avons passé deux ou trois petites histoires d’un héros qui s’appelle "Jerry Mail" dessinées par Joaquim Diaz qui a à peine 22 ans. C’est sa première publication. Dans deux mois, on sort encore une histoire d’un mec totalement nouveau. En effet, on est assez ouvert. D’un autre côté, il ne faut pas que cela ressemble trop à un fanzine, c’est quand même professionnel. Nous passons les mecs quand ils sont au top.

Que pensez-vous de la défaite de certains périodiques de bande dessinée ?

Certains journaux de bandes dessinées disparaissent parce qu’ils correspondaient à un esprit, un air du temps, qui n’est plus le même aujourd’hui. "(A suivre...)" disparait car plus personne n’a envie de le lire. Le public qui le lisait est en train de disparaître. Par contre "Bo Doï" s’est lancé et marche très bien parce que c’est un esprit différent. Les choses se ressentent sur les formules qui correspondent plus à l’air du temps.

Est-ce que, par rapport au site internet de Lanfeust, ce serait un moyen d’approfondir votre travail ?

Oui, pourquoi pas. Je ne connais rien à l’internet. Il y a un type sympathique qui nous a demandé si il pouvait faire un site et on le lui a accordé. C’est un choix de ma part. Je sais que si je me mets à l’internet, je vais passer six mois à explorer la bibliothèque du Congrès de Washington et à fouiller toutes les archives possibles et imaginables. C’est formidable internet, mais bon, ça ne remplacera pas le papier non plus.

Est-ce que vous seriez intéressé par le scénario de cinéma ou de télévision ?

Pour la télévision, j’ai déjà eu quelques petites expériences et j’ai très vite claqué la porte parce que ce sont des gens qui ne savent pas ce qu’ils veulent. En fait c’est une grosse compagnie de production qui voulait me racheter les droit de "Léo Loden". Elle m’a demandé de l’adapter pour en faire une série télé. Mais il ne fallait pas que ce soit un flic, parce qu’il y a déjà trop de flics.Et puis il fallait changer de ville à chaque épisode, parce que ce qui leur plaisait, c’est le côté ville de province. Mais à chaque fois il fallait qu’il y ait des personnages récurrents. Alors je leur ait dit que pour avoir des personnages qui reviennent à chaque fois et dans des villes différentes, ça voulait dire qu’ils devaient se déplacer avec un camion à pizza. Et puis en fait il y a machin qui a une autre idée, et puis c’est des réunions à n’en plus finir. Je me suis dit que je gagnais très bien ma vie dans la bande dessinée, on me fout une paix royale, personne ne lit mes bouquins y compris mon éditeur et ma femme, donc je continue et tout va bien. Par contre, le cinéma me tenterait beaucoup, mais dans la bande dessinée on a la possibilité d’avoir les décors qu’on veut, le nombre de figurants que l’on veut, le budget que l’on veut, ça coûte toujours un crayon et du papier. A part Spielberg, je crois pas qu’il y ait beaucoup de gens qui aient les moyens de réaliser ce que j’ai dans la tête, alors si c’est pour faire Lanfeust avec France 3 Picardie, non, je n’ai pas trop envie.



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