|
|
A
l'occasion de la sortie de "Quelques Jours avec un
menteur", album sorti en 1997, nous avions rencontré
son auteur, Etienne Davodeau. C'est dans le numéro
8 (sept.97) qu'est initialement parue cet entretien. Ce
numéro étant aujourd'hui épuisé,
retrouvez ici l'intégralité de cette interview... |
Question
traditionnelle : Comment avez-vous commencé à
faire de la BD ?
Je dessinais d'abord tout
seul, mais pas de la BD, du dessin, de l'illustration chez moi
dans ma chambre, ensuite j'ai été étudiant
à Rennes où j'ai fondé un studio, le studio
PSURDE, où on dessinait à plusieurs. C'était
une petite maison d'édition, on faisait différents
petits bouquins, dont est notamment sorti Fred SIMON qui dessine
RAILS chez Delcourt et Jean-Luc SIMON, le coloriste de cette
série. Ensuite, après mes études, je suis
venu à Cholet faire mon objection de conscience et là
j'ai aidé au naufrage d'un célèbre fanzine
qui s'appelait GRAFFITI (rires). Après ça j'ai
fait mon premier projet d'album qui était L'HOMME QUI
N'AIMAIT PAS LES ARBRES qui a été pris par Dargaud
en 1991. Voilà, en résumé, un truc très
classique en fait.
Est-ce
que l'expérience fanzine vous a aidé ?
Oui
beaucoup. C'est intéressant à tous les points
de vue: au point de vue technique déjà parce qu'on
fait des planches qui sont publiées et puis aussi du
fait de travailler avec d'autres gens qui publient dans les
mêmes journaux que soi, ça fait une émulation
évidente.
Cela
vous a-t'il été utile pour présenter des
projets à des éditeurs ?
Pas
directement, parce que les projets que je présente à
des éditeurs sont autonomes. L'éditeur, en général,
ignore le passé amateur des auteurs qui signent. Je n'ai
pas précisé que j'avais fait ces choses-là
aux éditeurs.
Quels
sont les auteurs qui vous ont influencé, qui vous ont
incité à faire de la BD
Mes
influences sont assez diffuses, mais dans les auteurs que j'aime
bien en ce moment on peut citer Jean-Claude DENIS, Jean-Christophe
MENU, BARU, F'MURR...
BARU
qui a eu aussi un sucès avec un road-movie!
Oui! Coïncidence, on est sorti à 3 mois d'écart.
J'ai lu quelques articles où on me compare à L'AUTOROUTE
DU SOLEIL...
Ca vous gêne ?
A
la longue ça devient chiant! (rires). Mais ça
n'a jamais été des critiques agressives, c'était
"dans le même registre que...". Quelques-uns ont dit que
L'AUTOROUTE DU SOLEIL était meilleur, ce que je pense
aussi d'ailleurs. J'ai mis 2 ans à faire LE CONSTAT qui
faisait 100 pages, BARU a du mettre plusieurs années
aussi, et c'est vrai que 3 mois avant que mon bouquin ne sorte
je me suis dit "tiens voici un autre road-movie" alors qu'il
n'y en a pas beaucoup, ça se remarque. C'est tout, mais
ça ne m'a pas gêné au contraire, ça
ne me pose pas de problèmes.En fait j'aime bien les auteurs
qui sont très personnels, je n'aime pas les suiveurs,
j'aime bien les gens qui cherchent. Je préfère
un auteur imparfait mais qui a sa patte à lui, tant au
niveau dessin qu'au niveau scénario, qu'un type qui dessine
comme LOISEL parce qu'il y en a des floppées, ou un type
qui dessine comme HERGE ou comme CHALAND. C'est ça qui
m'intéresse, des gens qui ont un discours, qui sont vraiment
personnels.
Est-ce
que la série LES AMIS DE SALTIEL est née de cette
volonté dindividualité ?
Jai
fait comme jai pu. Cétait mon premier boulot
et je me suis débattu avec mes limites, donc il en est
sorti des choses imparfaites, cétait un peu mes
années dapprentissage. Cest né de
plusieurs volontés: de faire tout soi-même, dessayer
de faire une chose un peu originale, de ne pas être restrictif
quant au lectorat, cest aussi un de mes soucis en général
dailleurs. Sans pour autant faire des choses très
"con-con", il faut essayer de trouver quelque chose
qui soit accessible, ne pas fermer la porte à des gens.
Cest
vrai que dans cette série, on a 3 albums très
différents !
Cest aussi une volonté. Autant le premier est sombre
et assez angoissé, autant le deuxième est délibérément
le contrepied de ça. Cest un truc qui est ouvert,
lumineux, ce nest pas du tout une aventure, cest
une chronique tranquille. Cétait aussi une façon
de ne pas menfermer dans un genre, douvrir un champ
le plus large possible dès le départ. Cétait
ça mon soucis en faisant ce deuxième album aussi
différent du premier.
Et
le troisième?
En fait cétait une façon de boucler la série,
parce que quand jai fait mon premier album LHOMME
QUI NAIMAIT PAS LES ARBRES, je navais pas prévu
de suite. Cest Dargaud qui ma imposé de faire
3 albums dans la série. Jai essayé de le
faire en ne touchant pas au scénario de mon premier album.
Cest pour ça que jai eu cette idée:
tome 1: une aventure, tome 2: Saltiel rencontre un cinéaste,
tome 3: Saltiel en parle au cinéaste en question et le
tome 3 devient lhistoire du tournage du tome 1. Une petite
pirouette qui me permettait de clore la série. En fait
dans la collection dans laquelle jai été
publié, qui sappelle Génération Dargaud,
le principe était le suivant: on prend un inconnu, on
lui fait faire 3 albums et quels que soient les résultats
du premier on lui en fait faire 3. Donc jai bénéficié
de ça, jétais sûr de faire 3 bouquins
au minimum. Le verdict au bout des 3 cétait: soit
on était viré parce que ça navait
pas marché, soit on pouvait continuer la série
ou proposer autre chose.
La
sélection des auteurs devait être dure pour cette
collection!
Je
ne sais pas, il faudrait comptabiliser, je crois quil
y a eu une douzaine dauteurs qui ont été
publiés dans cette collection. Dans la première
fournée il y avait mon album, celui de MEYNET et ROMAN
qui sappelle DOUBLE M, et un autre qui sappelle
LE PAYS MIROIR de CARRE et MICHAUD, puis il y en a eu dautres
après. A chaque fois il y avait 3 albums. Cétait
très bien, dautant plus quen étant
les premiers, cest sur nos albums qua été
faite toute la promo. Il y a eu une énorme promotion
presse, télé, sur la collection Génération
Dargaud, et pour ça ils ont utilisé nos 3 bouquins.
Après donc jai fait LE CONSTAT.
Alors
LE CONSTAT est né du succès des AMIS DE SALTIEL
?
Succès,
cest un bien grand mot, disons non-échec. Ce nest
pas un succès mais il y a eu un bon accueil presse, parce
quau niveau ventes ce nétait pas terrible,
mais cest laccueil presse qui les a incité
à me garder et à accepter le projet suivant que
je leur ai proposé, qui était LE CONSTAT.
Je
crois savoir que vous avez eu quelques prix.
Sur le premier album jai eu un prix et LE CONSTAT a été
élu meilleur album de lannée aux Pays-Bas
où il est traduit. Pour LE CONSTAT, les ventes ne sont
pas trop mauvaises et laccueil presse a été
excellent, donc ça va quoi!
LE
CONSTAT, cétait encore une envie de faire quelque
chose de différent?
Le projet était de faire un truc qui se passe
sur la route, une histoire assez dynamique avec des thèmes
particuliers, une construction un peu originale avec trois personnages:
un personnage pivot qui est le personnage féminin de
Rose, et puis deux mecs complètement perdus mais pour
des raisons extrêmes, un vieux type qui a un passé
très lourd et un jeune mec qui na rien, pas de
convictions et qui saccroche aux événements.
Cétait une stucture comme ça que je voulais
mettre en place et développer à long terme. Ca
coïncidait avec la création de la collection Long
Courrier. Jai donc pu faire un truc de 100 pages.
En
fait le format de la collection vous plaisait !
Ah
oui! Au début il était prévu que ce soient
deux albums de 50 pages, et quand jai terminé le
premier, Guy VIDAL est revenu chez Dargaud en tant que directeur
littéraire. Guy VIDAL qui était un peu le patron
de PILOTE, un mec qui a un certain prestige, est revenu chez
Dargaud, il a lu mon premier tome qui était encore à
létat de planches, qui nétait pas
encore terminé, et ça lui a beaucoup plu. Il a
décidé de linclure dans cette collection
qui était au début réservée à
des mecs qui avaient une certaine expérience comme BIGNON,
FOREST... Pour moi cétait bien, jai donc
fait un seul bouquin qui est devenu ce gros pavé sorti
dans la collection Long Courrier en avril il y a un an. Jai
eu un coup de bol!
Alors
maintenant la nouveauté: QUELQUES JOURS AVEC UN MENTEUR,
quest-ce que cest ?
Cest un album que jai terminé entièrement
la semaine dernière (début mai NDLR), couverture
comprise, qui sortira au mois de septembre chez Delcourt. Cest
un album de 180 pages en noir et blanc, format roman, comme
les bouquins dAUTHEMAN par exemple ou les bouquins de
lAssociation. Celui des albums que jai fait qui
sen rapprocherait le plus serait LES NAUFRAGEURS (LES
AMIS DE SALTIEL tome 2 NDLR). Cest une chronique contemporaine
qui est plus basée, en tout cas en apparence, sur les
caractères que sur les actions. Cest lhistoire
de cinq copains de 30 ans qui partent en vacances une semaine
dans le Jura, ça fait 10 ans quils sétaient
promis ça, quand ils étaient étudiants.
Maintenant ils ont des mômes, une femme, tout ça...
Ils sont isolés en pleine montagne et il y a le téléphone
qui leur rappelle sans arrêt les mômes et le boulot
qui sont restés dehors. Il y a aussi la trame dramatique
qui monte petit à petit, dont je préfère
ne pas parler pour linstant. Ca commence comme une chronique
mais il y a quand même une part dramatique.
Mais
pourqoi avoir choisi Delcourt ? Cest le seul qui vous
permettait de le sortir dans ce format ?
Non, je devais le faire chez Dargaud. Je lavais montré
à Guy DELCOURT précisement parce que cétait
aux antipodes de ce quil faisait et il me lavait
refusé. Cétait avant que LE CONSTAT ne sorte.
A loccasion dun festival on avait mangé ensemble
et il mavait demandé ce que je pensais de son catalogue.
Je lui avais dit que je trouvais quil senfermait
trop dans ces genres-là, lhéroïc-fantasy
et la science-fiction, que moi je goûtais assez peu. Donc
je lui avais montré LE CONSTAT et QUELQUES JOURS AVEC
UN MENTEUR quil avait refusé aussi. Quand LE CONSTAT
est sorti, il a regretté de ne pas lavoir pris.
Cétait au moment des 10 ans de Delcourt et cest
là quil a décidé déclater
un peu son catalogue et de chercher des trucs pour bien marquer
la rupture. Cest là quil ma rappelé
en me disant "Si ton projet est libre, je le prends!"
Alors que jallais signer chez Dargaud, finalement je suis
allé chez lui.
Pourquoi
?
Parce
que chez lui, il allait être plus visible. Ca va être
un moment où le catalogue Delcourt va se diversifier,
cest en tout cas comme ça que Guy DELCOURT le constate.
Il a donc pris un truc qui est précisement aux antipodes
de ce quil avait fait avant. Cest un type avec qui
jai sympathisé assez vite, et puis javais
envie daller voir ailleurs tout simplement, profiter dun
moment où ça se passait pas trop mal, mais en
gardant un pied chez Dargaud quand même. Jespère
que je referai dautres bouquins chez Dargaud, même
si celui daprès est déjà signé
chez Delcourt. Pour moi cétait un moment où
je pouvais tenter ça et puis pour lui cétait
intéressant. Enfin disons que mon bouquin se verrait
mieux chez Delcourt que chez Dargaud.
Donc
QUELQUES JOURS AVEC UN MENTEUR: noir et blanc, 180 pages, on
va toujours vers plus de pages mais on renonce à la couleur
?
Ce
nest pas renoncer à la couleur. Je voulais faire
un bouquin en noir et blanc depuis longtemps, mais cest
au lavis, il y a quand même des lumières travaillées.
Cest une forme de livre qui mintéresse bien.
Dargaud en fait, les Humanos vont en faire, ça se généralise.
Ca me semble une forme de BD plus littéraire et plus
intéressante pour certaines directions de scénario.
Pour de laction je pense quil vaut mieux des bouquins
46 planches couleurs, mais pour dautres formes de scénario
cest un format et un support intéressant, mais
celui daprès sera un bouquin en couleurs. Au niveau
du public cest encore difficile quand on fait un bouquin
comme ça, surtout quand ce nest pas de laction.
On sait quon va en vendre peu. Si on le sait, que léditeur
le sait et quon laccepte, il ny a pas de problème,
ça roule! Le public nest pas encore habitué
à ce genre de bouquin parce quil préfère
encore des bouquins en dur, où il y a de la couleur,
mais je pense que ça va venir et quil faut en faire
pour que les gens shabituent.
Est-ce
que cet engouement pour le noir et blanc dans la BD découle
de larrivée du manga ?
Je
ne sais pas. Justement cest une question que je me pose,
parce quen fait au niveau de la forme cest proche,
mais au niveau du fond cest à lopposé.
Cest une façon de trouver un autre rythme de récit
en fait, mais il y a des éditeurs comme lAssociation
qui ont privilégié énormément cette
forme-là avec des bouquins assez convaincants. Je pense
notamment à MENU avec LIVRET DE PHAMILLE, au JOURNAL
DUN ALBUM de DUPUY et BERBERIAN. Alors je ne sais pas
si cest lié au manga, cest vrai que ça
y ressemble, ça semble grignoter un peu aussi le terrain
du gros album cartonné, pour des raisons peut-être
opposées. Cest peut-être simplement une coïncidence.
Quest-ce
que vous pensez des mangas ?
Je
nen lis pas assez pour avoir un avis mais jattends
quon men propose un qui memballe. Pour linstant
tous ceux que jai lus mont semblé, pour faire
sobre, légèrement stupides. Mais je nen
ai pas lu beaucoup, cest pour ça que je ne donne
pas un avis tranché. Si vous en avez des biens à
me proposer, nhésitez pas!
Et
bien, dans la colection Casterman, il y a LHOMME QUI MARCHE
de TANIGUCHI.
Oui,
celui-ci est un de ceux que jai lus qui me semble le plus
convaincant. Mais ceci dit je suis très ouvert, ça
mintéresserait bien den trouver un qui vaille
le coup. Chez Dargaud ils ont commencé, ils ont le label
Kana. Ils men ont filé quelques-uns, je les ai
lu mais je maccroche pour aller au bout!
Ils
doivent être parmi les derniers à sy mettre
alors ils récupèrent un peu ce qui traîne.
Ce
sont des mangas coréens. Mais je ne lis pas beaucoup
de mangas. Graphiquement je trouve souvent ça assez catastrophique.
Par principe la Bande Dessinée qui vient de loin mintéresse,
mais pas parce que ça marche commercialement ou que cest
nouveau. Il y a pas mal de gens qui hésitent à
dire quils ne trouvent pas ça intéressant.
Moi jattends quon men propose des biens, ceux
que jai lus mont fait chier pour linstant,
mais il y en a sûrement des biens, je ne prétends
pas avoir tout lu, loin de là! Je ne suis pas du tout
fermé à ça !
Pour
continuer sur le noir et blanc, ça a lair dêtre
le fil conducteur des deux nouvelles collections de Delcourt.
Celle où je vais être publié sappelle
Encrage et lautre je ne sais pas. Je sais quEncrage
ce sont des bouquins comme les miens, des one-shots où
il y a des propos assez libres. Il y a de lautobiographie,
des choses différentes, cest un peu un réceptacle
de travaux très personnels. Lautre collection,
je ne la connais pas.
Donc
vous gardez un pied chez Dargaud et un pied chez Delcourt, mais
pour qui seront vos prochains projets ?
Après QUELQUES JOURS AVEC UN MENTEUR, il y aura
un autre one-shot dans la collection Sang-Froid de chez Delcourt
qui sappellera STUPIDE ANIMAL. Ce sera une sorte de polar,
plus exactement danti-polar qui sortira dans le courant
de lannée 98 en un album couleurs de 64 planches
et qui fera partie de la collection même si ce nest
pas une série.
Vous
changerez encore de collection !
En fait je propose des projets. Je ne prévois pas avant
où ça va atterrir. Après je cheche un éditeur
qui pourra trouver un endroit pour les caser. Cest pour
ça que ça se ballade un peu!
Mais
STUPIDE ANIMAL, cest quoi ?
Cest
un parti-pris, un polar où il ny a pas de coup
de feu, où le type qui doit tuer quelquun, ce qui
est un peu la base du polar, narrive pas à le faire.
Parce quen fait tuer quelquun ce nest pas
facile, contrairement à ce que nous laissent croire BESSON,
TARANTINO et tous ces mecs-là. Cest ce que jai
voulu faire à la base. Cest-à-dire quil
y a un jeune mec qui doit tuer un type, en plus un type facile
à tuer, un petit vieux qui na pas de famille, qui
na pas dimportance, personne ne le verrait, mais
il ny arrive pas parce que cest dur! Cest
ça lidée qui est développée
avec plusieurs trames. Cest pour ça que je dis
un anti-polar.
Cest
vrai que ça va encore détonner dans la collection
Sang-Froid.
Oui
sans doute, mais à partir du moment où léditeur
le fait... je veux dire, je ne le force pas, cest lui
qui souhaite lintégrer à ça. Mais
cest aussi une sorte de polar, cest un autre point
de vue cest tout! Donc voilà, pour fin 98, je commence
à travailler. Toute laction se passera quasiment
au même endroit, dans une petite gare de campagne. En
fait cest la gare de Trémentines, qui est un peu
paumée en pleine nature. Je voulais un lieu un peu isolé.
Une grande partie de lhistoire se passe dans la gare.
Cest un petit vieux qui prend le train tous les matins
pour aller à la ville.
Et
vous allez vraiment reproduire cette gare ?
Jai
déjà fait pas mal de repérages, des croquis,
des photos, je vais y retourner cette semaine. Dautant
plus que cest une gare qui est appelée à
disparaître, ma dit le chef de gare, donc je fais
quasiment office darchéologue sans le vouloir.
Donc,
après du polar, des chroniques, un road-movie, à
quoi aimeriez-vous vous attaquer dans vos prochains albums ?
En
fait ce nest pas moi qui souhaite faire du polar, ce qui
mintéresse cest le réalisme contemporain
et le polar est un des rares endroits, actuellement, où
on peut en faire. Sinon il faut faire de la science-fiction,
de lhistorique, de lhéroïc-fantasy,
des choses comme ça qui moi ne mattirent pas. Je
fais du polar quasiment malgré moi. LE CONSTAT, pour
moi, nest pas un polar, Delcourt la considéré
comme un polar à postériori, à la limite
pourquoi pas, mais ce nétait pas fait dans lidée
dun polar. Au départ ce qui mintéressait
cétait de faire un truc réaliste, contemporain,
avec de laction, un truc lisible et intéressant.
Jai essayé en tout cas! Et après on ma
dit "Tu fais des polars". Moi ça ne me gêne
pas, mais ce nest pas fait pour, je ne suis pas un auteur
de polars.
Dans
vos albums, vous avez toujours travaillé tout seul, pourquoi
?
Parce
que je suis un sale ours sauvage (rires)! Non en fait je travaille
tout seul parce que je trouve une satisfaction à chaque
étape et parce que, quand jai fini le bouquin,
ce qui est raté ou ce qui est réussi, je sais
à qui je le dois! Mais depuis le début je cherche
à travailler avec des gens, depuis le début je
fais des projets avec des copains. Mais pour travailler avec
quelquun, jai besoin que ce soit quelquun
que je connaisse bien, avec qui je puisse mengueuler facilement.
Pour linstant les projets que je cherche à faire
avec des gens nont pas trouvé daboutissement.
Ce qui fait que je travaille tout seul. Il y a deux ou trois
projets qui mont été refusés, avec
des gens et jessaie encore de travailler avec, dans le
livre pour enfants notamment, ou encore avec un copain dessinateur
qui était dans le studio PSURDE à Rennes. Le studio
PSURDE existe toujours, mais plus en tant quunité
productrice de BD, il existe maintenant en tant que groupe de
copains.
Y-a-til
un scénariste avec lequel vous aimeriez travailler ?
Ce
serait plutôt linverse, plutôt avec un dessinateur.
Je me sens plus scénariste que dessinateur.
Vous
êtes dessinateur par obligation ?
Non,
parce que jaime ça aussi ! Mais si je travaillais
avec quelquun ce serait en tant que scénariste,
pour linstant. Je nai pas un dessin suffisamment
fort pour attirer des scénaristes. Cest aussi un
choix, je pense que je serais plus scénariste de quelquun
dautre que dessinateur.
Quest-ce
qui vous plaît aujourdhui dans la BD, quest-ce
que vous lisez ?
Jai
du mal à trouver des choses qui me satisfassent en BD,
les dernières choses qui mont plu sont le travail
de DE CRECY et CHOMET, de MENU, de Jean-Claude DENIS, mais je
cherche. Cest surtout chez des éditeurs un peu
plus confidentiels. Cest vrai que le conformisme règne
pas mal en Bande Dessinée et cest difficile de
trouver des choses un peu différentes.
Vous
cherchez des choses qui vous ressemblent ?
Non,
je cherche des choses qui me surprennent, pas seulement en BD
mais aussi en roman, en musique, pas des choses prévisibles.
Est-ce
que vous aimez faire des séances de dédicaces
?
Je
me prête facilement au jeu quand un bouquin est sorti,
jestime que cest normal, on le doit un peu à
léditeur, ça ne me gêne pas daller
faire des salons, des festivals, dans les deux-trois mois qui
suivent la sortie.
Etes-vous
déjà allé à Angoulême ? Cest
différent ?
Ca fait longtemps que je ny suis pas allé, ça
fait plusieurs années. Angoulême cest marrant
parce quil y a tout le monde, parce que cest la
grosse fête, mais je ne pense pas que ce soit le meilleur
endroit pour quun auteur rencontre son lecteur parce que
cest trop dense. Il vaut mieux des petits festivals. Angoulême
cest bien pour les auteurs parce quon se connait
tous, cest la fête quoi!
|