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Sylvain
Vallée, c'est un type génial ! Super bon
dessinateur, super sympa, super gentil, bref, ce fut une
super rencontre dont voici ce qui en est ressorti
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Premièrement,
pouvez-vous nous dire comment vous avez commencé à
dessiner ?
Beaucoup de copies de personnages au départ,
comme on le fait tous, et puis des dessins assez expressionnistes
dans lesquels j'exprimais mes sentiments, mes émotions.
Par exemple, quand j'étais en colère contre mes
parents, je dessinais un personnage avec un gros nez qui faisait
une énorme grimace je le glissais sous la porte de leur
chambre. Ça, c'est vraiment les plus vieux dessins dont
je me souvienne et puis, après des copies d'auteurs connus.
Mais j'ai toujours dessiné des personnages de bande dessinée,
des choses qui avaient un rapport avec ce que je pouvais lire,
ce que je pouvais découvrir dans les albums. C'était
des paysages, des tronches, des caricatures.
Vous
êtes passé par plusieurs fanzines
Je suis passé par quelques fanzines, j'en ai même
créé. Je faisais beaucoup de jeux de rôles
à une époque et j'illustrais les fanzines de jeux
de rôles qu'on avait créés. On faisait partie
des fanzineux qui gravitaient dans le milieu. On avait créé
des scénarios, des histoires, des jeux et moi je faisais
les illustrations ; ça s'appelait Les Cahiers ludiques.
C'était mes tous premiers fanzines. Après j'ai
rejoint une équipe de gars qui sont devenus professionnels
maintenant, comme moi : Stéphane Roudaut qui a fait un
album chez Delcourt, Hervé Boivin, qui est aussi publié
chez Delcourt, on était tous les trois dans un fanzine
de lycéens qui s'appelait Illusions, c'était
à Saint-Brieuc. C'était les tous premiers auxquels
j'ai participé. Plus tard j'ai participé à
Oh, la vache !, une association rennaise. C'était
un petit label d'édition. Il y avait des collections
d'albums, j'ai réalisé des planches dans des collectifs
et un petit album qu'on ne trouve plus maintenant, qui s'appelle
A ce soir chérie, avec deux ou trois histoires
courtes en noir et blanc, dont on a fait une petite compilation,
avec des histoires très populaires, un peu poétiques
et passéistes, rien à voir avec ce que je fais
maintenant.
Ensuite
vous êtes parti faire vos études à Bruxelles
Je suis parti à Bruxelles avant de rejoindre Oh,
la vache !. J'ai fait du fanzinat avant et un peu après
Bruxelles. Après mon bac, je suis parti pour suivre des
études et me spécialiser. Si j'ai suivi trois
années d'études à Bruxelles, c'était
vraiment par volonté de faire de la bande dessinée.
Donc j'ai fait un parcours typique : fanzine, bac A3 (lettres
et arts, ndlr) et Saint Luc, école spécialisée.
C'était une des rares écoles qui dispensait des
cours de BD, j'y suis resté trois ans.
Et
c'est un bon souvenir ?
C'est un bon souvenir d'atelier, de travail en équipe.
C'est là que j'ai découvert un petit peu le travail
en commun, les réunions, le partage. On se partageait
le boulot, certains racontaient des histoires, d'autres les
illustraient. Il y avait un travail d'atelier réel et
c'est là que j'ai découvert ça, au moment
de mes études, c'est pour ça que je n'ai jamais
rejoint d'atelier par la suite. Certains auteurs professionnels
se réunissent en atelier, moi je n'en ai jamais rejoint
parce que j'avais déjà un petit peu vécu
ça pendant mes études et que je n'avais pas spécialement
envie de le répéter.
Mais
vous avez participé à La Boîte qui fait
beuh ?
Non, je n'ai pas vraiment participé à La
Boîte qui fait beuh, j'ai côtoyé les
gars de près, mais je n'ai jamais vraiment été
travailler avec eux à l'atelier. Disons qu'on se suivait
un peu, on se montrait nos travaux, j'avais des contacts avec
eux et d'ailleurs j'en ai toujours. Je ne vivais pas à
Angers même et il fallait que je me déplace. Ça
aurait été avec plaisir, mais c'était aussi
le début de ma collaboration avec Jean-Charles (Kraehn,
ndlr), j'avais déjà quelqu'un pour me dire
"ça c'est bien, ça ce n'est pas bien", je partais
dans une direction bien précise qui était celle
de la reprise des Gil Saint André, et je n'avais
pas spécialement envie d'avoir quarante opinions différentes
comme on l'a finalement en atelier. C'est l'intérêt
de l'atelier, d'avoir des opinions très différentes
et finalement d'être un peu remis en question. Mais j'étais
plus dans une phase d'expérimentation quand j'ai rencontré
les gars de La Boîte qui fait beuh, j'avais fait
le choix de travailler avec Jean-Charles, il fallait aller dans
cette direction et enfoncer le clou.
Et
c'est à cette période là qu'est sorti l'Ecrin
chez le Cycliste ?
L''Ecrin, c'était
avant que je rencontre les gars de La Boîte qui fait
beuh et après que j'aie participé au fanzine
Oh, la vache !. Il y a eu un an à peu près
où j'ai fait de la publicité après l'armée.
Après j'ai fait les festivals avec mon book sous le bras
dont celui de Blois où j'ai rencontré le Cycliste
(une maison d'édition de Bordeaux, ndlr) qui a
souhaité publier une des illustrations qu'il y avait
dans mon book, c'était celle des Tontons flingueurs
ça
a démarré comme ça et donc c'est bien avant
de rencontrer et de travailler avec Jean-Charles. J'ai publié
cette affiche là et dans la foulée, ils m'ont
proposé cet album qui est sorti en 1997, c'était
le cinquième album de la collection Comix.
Justement
dans votre travail sur l'Ecrin et les affiches des Tontons flingueurs,
on voit que vous êtes influencé par le cinéma
Ce sont mes sources, je tire plus de choses et d'influences
du cinéma que de la Bande dessinée. La BD c'est
des découvertes, des surprises, il y a un intérêt
réel, mais je préfère le renouvellement
que le cinéma peut apporter à la bande dessinée.
Je préfère aller chercher des sources différentes,
même si la bande dessinée parfois prend des directions
particulières, étonnantes et nouvelles. Le cinéma
aussi est un médium qui exploite certaines directions
très variées qui peuvent servir à la bande
dessinée. Donc je vais chercher pas mal de choses du
côté du cinéma, et du cinéma des
années cinquante. Je suis autant influencé par
la photo de Doisneau, de Cartier Bresson et d'autres que par
le cinéma.
Et
dans la BD, qui revendiqueriez-vous parmi vos influences ?
Il y en a beaucoup parce que j'ai des goûts très
éclectiques. Quand je parle de cinéma, évidemment,
j'ai une préférence pour le cinéma des
années 50.
Mes influences BD sont très variées, j'ai retrouvé
un petit peu mes goûts, mes envies au travers de dessinateurs
comme Tardi, pour l'univers et puis je suis fasciné par
plein d'autres, des plus grands comme Loisel, comme Claire Wendling,
enfin bon pour moi il y a pleins de choses à piocher
partout. je n'ai pas de préférence ou elles sont
multiples. Ce n'est pas une volonté de ne pas m'engager,
mais je crois surtout qu'il y a de très bonnes choses
à prendre chez plein de gens dans la bande dessinée,
c'est pour ça que je ne mettrais pas en avant des auteurs
particuliers. J'aime beaucoup le travail de certains dessinateurs
de mon âge, des plus jeunes aussi chez lesquels il y a
des choses à piocher. Giraud fait ça, quand il
reçoit des jeunes auteurs, il regarde ce qu'ils font
et parfois, il va piocher dans les trouvailles qu'ils peuvent
faire. Je crois qu'il ne faut pas limiter ses influences à
des références précises, il faut piocher
un petit peu partout.
Donc
après la sortie de l'Ecrin vous avez rencontré
Jean-Charles Kraehn
Justement, ça s'est vraiment fait dans la foulée.
l'Ecrin venait de sortir, je l'avais même en avant-première
dans mon sac et on s'est rencontré sur le festival de
Pludual, c'est un festival off en Bretagne
C'est une réunion
d'auteurs de bande dessinée. Il n'y a absolument pas
de visiteurs, ni de journalistes, il n'y a rien. On se retrouve
à une cinquantaine et on fait la fête pendant tout
le week-end. C'est le festival off de France !
Et donc comme on
se connaissait depuis quelques années, j'avais l'opinion
de Jean-Charles depuis quelques années sur mon travail.
Là, il découvrait l'Ecrin, c'était un travail
assez particulier parce qu'il y avait des personnages assez
caricaturaux et les décors étaient assez réalistes.
Lui avait justement besoin de quelqu'un pour l'aider à
faire des décors au crayonné. Il était
sur le deuxième tome de Gil Saint André.
Il lui restait les dix dernières planches à réaliser
et il avait besoin de quelqu'un pour lui donner un coup de main.
Il a vu l'Ecrin et il m'a fait cette proposition d'essais,
donc j'ai crayonné des décors sur 10 pages et
puis, voyant le résultat, il m'a proposé de faire
un essai sur les personnages également, et comme les
personnages lui plaisaient bien il a pris les planches, a fait
quelques modifications, puis les a encrées et ce sont
devenues les dix dernières planches du tome 2. C'est
pour ça que je suis cité sur le tome 2, en tant
qu'assistant. Ça a démarré comme ça,
donc vraiment petit à petit, progressivement. Puis Jean-Charles
a eu l'idée de reprise à ce moment là je
pense. Je ne pense pas qu'il aurait eu l'idée de reprise
si la rencontre ne s'était pas faite à ce moment-là
et s'il n'avait pas vu mon travail de crayonné. Sur cette
base, il m'a proposé de faire quelques encrages, de faire
des essais de mon côté. J'ai reproduit les planches
une deuxième fois, un nouveau crayonné, j'ai fait
l'encrages. Donc j'ai fait des encrages à ma manière,
à ma sauce, en essayant de lorgner sur le travail de
Jean-Charles. Les encrages lui ont convenus, il les a présentés
à l'éditeur qui à mon avis devait flipper
de cette idée de reprise. Je pense que ça a pu
le rassurer, il a fait confiance à Jean-Charles et indirectement
à moi. Donc la reprise s'est faite un petit peu de cette
manière là ; très progressivement, étape
par étape. C'est très révélateur
de l'attitude de Jean-Charles. C'est quelqu'un de très
posé et qui réfléchit beaucoup avant de
se plonger dans l'aventure d'une bande dessinée.
Donc
il a fallu que vous vous adaptiez au style qui existait déjà
sur la série
C'était la nécessité, c'était
le parti pris de départ. Le challenge, ce n'était
pas d'imposer ma touche dès le départ, mais de
l'imposer petit à petit, de ne pas le faire dès
le premier tome parce qu'une rupture radicale peut couler une
série. Surtout qu'on était en cours de série,
le deuxième tome était paru, on ne pouvait pas
se permettre de changer le style. Il a fallu qu'on travaille
la main dans la main. je faisais les crayonnés et la
mise en scène, le dessin, je faisais tout le travail
du découpage et Jean-Charles faisait des petits croquis
quand les choses n'allaient pas et il corrigeait certaines choses
avant que je n'encre. J'étais beaucoup plus autonome
sur le tome 4, ça a été beaucoup plus facile.
Jean-Charles a un droit de regard toujours, et c'est normal
quand on travaille avec un scénariste, pour qu'il puisse
voir l'évolution du travail, il y a eu moins de corrections
et Jean-Charles revenait moins sur le boulot. Ce n'était
plus les mêmes choses ; moins une question de ressemblance
de dessin.
Ça
n'a pas été trop, trop dur de s'adapter au style
?
Il a fallu du temps. Je dirais qu'il a fallu un an pour
que je commence à prendre mon pied sur le dessin réaliste.
L'album 3 a été un album transitionnel, un album
d'essai avec une épée de Damoclès énorme
au-dessus de la tête. Il y avait déjà un
public acquis sur cette série, le public de Jean-Charles.
Et donc ce n'était pas évident, c'était
un peu sclérosant, un peu difficile, c'était un
enjeu assez grand finalement pour moi qui n'avait jamais publié
d'album cartonné. Il a fallu du temps et j'ai bouffé
du "Kraehn". J'avais les copies des planches sous les yeux et
régulièrement je regardais les effets graphiques,
l'épaisseur de l'encrage
J'ai observé, je
m'en suis inspiré, pour mieux m'en détacher par
la suite. C'est aussi un énorme enseignement de copier.
La meilleure école c'est parfois de copier les dessinateurs
qu'on apprécie et de regarder un peu ce qu'ils font,
d'essayer de les imiter. j'ai fait ça a un âge
tardif parce que j'avais 27 ans, mais c'est toujours un enseignement.
Si demain je me mets à essayer de copier du Loisel, j'apprendrais
encore énormément de choses même si ce sera
merdique mais en tous cas j'aurais appris des trucs, à
observer. Finalement ça a été très
bénéfique d'observer le dessin de Jean-Charles.
Parce que c'est un dessin réaliste et que je n'avais
jamais vraiment abordé la BD de cette manière.
Avant de vouloir faire de la caricature, c'est bien d'avoir
des bases réalistes et je n'en avais pas suffisamment.
Pourtant
en caricature vous semblez assez à l'aise
A l'aise, mais c'est une caricature très peu
construite, c'est une caricature qui est vivante, qui fonctionne
pour la narration, l'Ecrin se lit bien, mais si tu regardes
les visages, c'est des monstres, ils n'ont rien de réel.
C'est des espèces de créatures, des caricatures
de caricatures finalement. Regarde le grand tueur, il a une
tête taillée au couteau. On ne voit pas d'où
ça sort une tête pareille. Beaucoup d'auteurs fonctionnent
comme ça, je connais bien Olivier Boiscommun qui est
un ami, dans son travail il a aussi cette même démarche.
Loisel c'est pareil. Peter Pan, si tu regardes bien, il n'a
rien d'humain, c'est une créature finalement, il a des
gros yeux, un visage très rond assez bizarre, assez spécial.
Moi ce que j'ai envie de faire au travers des caricatures c'est
d'avoir une référence au réel, qu'on puisse
se dire "tiens ! ce personnage là, je l'ai croisé
dans la rue", un rapport à une certaine quotidienneté
que je ne sentais pas dans l'Ecrin. Je partais dans cette
direction d'une caricature un peu abstraite et non référencée
à la réalité.
Donc le dessin réaliste
m'apporte ça. Même si ça se tenait et que
c'était peut-être très sympathique dans
l'Ecrin.
En
fait, votre manière de travailler est complètement
différente.
En fait, c'est un manière beaucoup plus construite,
beaucoup plus pensée, moins expressionniste. Peut-être
moins spontanée, moins lâchée. C'est une
manière de travailler plus réfléchie, plus
posée. Beaucoup de dessinateurs démarrent avec
un expressionnisme qu'ils vont développer, qu'ils vont
travailler, exprimer au maximum. Etant donné que je voulais
raconter des histoires dans les années 50, donc une époque
et des lieux que l'on connaisse. Il me fallait un petit peu
ces bases. Partir dans cette direction d'expressionniste c'était
partir dans un truc de fou, de non-fondé et finalement
de non référentiel.
Comment
est arrivé le projet de l'Ecrin ?
Le projet de l'Ecrin est parti d'une envie du Cycliste
et de moi-même de faire un album pour la collection Comix.
Quand je me suis lancé sur l'Ecrin, je ne me suis
pas posé la question de savoir que ça allait être
un comix de 24 pages. Je me suis dit "je veux raconter une histoire
relativement courte, mais je ne vais pas essayer de la faire
rentrer dans un format précis Je vais essayer de raconter
une histoire comme si ce n'était pas de la BD, comme
si c'était un film. Et après j'ai essayer de l'adapter
au support qui était celui d'un 24 pages. C'est pour
ça que ça reste une histoire relativement dense
par rapport aux autres comix de la collection. C'est une histoire
où il y a beaucoup de dialogues avec beaucoup d'évènements,
d'interactions, de cases par planche ; parce que pour moi ce
n'était pas une nécessité de s'adapter
au format du comics. Je ne voulais pas faire un album graphique,
je voulais faire un album narratif avec une vraie histoire.
J'ai eu beaucoup d'échos depuis qui ont confirmé
ma motivation, de gens qui me disent "on a l'impression de lire
un 46 pages quand on lit l'Ecrin, on n'a pas l'impression
de lire un comix" et ça me fait très plaisir parce
que c'était mon intention de départ.
A
ce moment là vous travailliez tout seul, maintenant vous
bossez avec quelqu'un d'autre, ça change beaucoup votre
façon de travailler ?
Ça change beaucoup ma manière de travailler,
puisqu'il y a toute une part du travail qui est apportée
par un autre. On se sent peut-être moins libre de faire
tourner sa caméra quand on n'est pas à la source
de l'écriture et du scénario. Ça n'est
pas évident pour moi qui me sent plus narrateur que dessinateur.
Comment
se passe la collaboration avec Jean-Charles Kraehn ?
Elle se passe très bien. J'ai eu des projets
dans les mains qui étaient plus ou moins adaptés
à moi parce qu'il y a des erreurs de compréhension,
de dialogue avec certains éditeurs. Il y a eu des petites
erreurs certainement de ma part aussi, de ne pas avoir exprimé
suffisamment ce que je souhaitais, donc je me suis retrouvé
avec certaines personnes ou avec des projets qui ne m'intéressaient
pas particulièrement. Il fallait trouver un osmose. Commencer
une collaboration comme ça, surtout quand on a envie
au départ de travailler tout seul, ce n'est pas évident,
il faut trouver la bonne personne en termes de création,
en termes professionnels et en termes humains. Il y a une amitié
qui s'est créée entre Jean-Charles et moi qui
génère aussi une envie à continuer à
travailler ensemble. Ce n'est pas que boulot-boulot heureusement
pour nous ! Il y a le côté humain et il y a aussi
un contact enrichissant, j'apprends des choses de lui et j'espère
qu'il en apprend de moi .
Et
techniquement, comment ça se passe ?
Au départ, il fournit un découpage écrit,
comme une pièce de théâtre, c'est-à-dire
qu'il ne fait pas le story-board dessiné. Ça je
l'ai fait quasiment dès le départ, dès
le début du tome 3 et même dès les 10 planches
du tome 2. Il me fournit un découpage avec les dialogues
et une description rapide du contenu de chaque case. Et heureusement
parce que je me sentirais vraiment coincé si Jean-Charles
me faisait un découpage dessiné, parce que justement,
j'ai plus d'envies narratives que de dessin et m'enlever la
part de découpage, de cadrage, de mise en scène
visuelle, ça serait très dur pour moi.
C'est
une mise en scène que vous tirez un peu du cinéma
?
Oui, que je tire de mes lectures, du cinéma,
de la bande dessinée, de tout ça bien sûr.
On va piocher à droite à gauche et dans la vie
de tous les jours, autour de soi. J'observe, il faut regarder,
on est là pour ça, on a des yeux, on s'en sert.
Nous auteurs de BD on est là pour piocher des visages,
des cadrages, des lieux, des paysages, des espaces.
Faites-vous
beaucoup de croquis en dehors de la bande dessinée ?
J'en fais même si la BD réaliste prend
beaucoup de temps et que j'aimerais bien en faire. Il faut savoir
que les Gil Saint André c'est un album par an,
c'est du réalisme contemporain qui demande une période
de documentation, de recherche et beaucoup de références,
on ne part pas de rien. Tout ne vient pas de l'imagination,
on est obligé de prendre des références.
Quand on dessine une voiture il faut qu'elle soit nickel sinon,
le lecteur qui vient te voir en festival et qui a la même
bagnole va te dire "attention ma voiture elle n'est pas comme
ça, elle ne ressemble pas à ça". Ca m'est
arrivé ce genre de truc. Ça arrive sur d'autres
choses, donc il faut une référence permanente
et ça prend beaucoup de temps. Je t'avoue que maintenant
je consacre plus mon temps à accumuler la documentation,
prendre des références qu'à travailler
mon dessin ou à faire du croquis de nus. J'adorerais
pouvoir reprendre des cours de nus et en refaire parce que c'est
un enseignement pour le trait, pour l'il, c'est excellent,
mais je suis dans une autre phase, une phase d'exécution.
Je reviendrais certainement à ce travail de recherches
personnelles et de remise en question quand le cycle sera terminé.
Et
le fait de passer à du réalisme contemporain,
vous a obligé à changer de format de dessin ?
Je travaille plus grand qu'avant, c'est vrai que je
me suis calqué sur le format de Jean-Charles. Il y a
des codes graphiques, si tu les réduit ils ne vont pas
avoir le même effet. il fallait que je retrouve la même
technicité que celle de Jean-Charles au niveau des codes
graphiques, des coups de pinceaux, de l'épaisseur du
trait. Je ne voulais pas qu'il y ait une trop grande variation
au niveau de l'épaisseur du trait en tous cas sur le
tome 3. Maintenant ça a évolué, je pense
que j'ai affirmé mon trait, assoupli et affiné
sur le tome 4. Il fallait retrouver un peu les mêmes références
graphiques donc pas trop faire évoluer le format par
rapport à l'original.
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