Les interviews du Rhinolophe : Claire Wendling
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Le site de l'association de bd les Z'Aéro'Graff et de leur mascotte, le Rhinolophe.....

Rencontrée l'année dernière au festival de St Malo (dont elle a réalisée l'affiche de cette année), Claire Wendling se livre aux questions de notre envoyé spécial, David.

 

Comment percevez-vous votre passage à l'Ecole d'Angoulême ?
Au niveau de l'enseignement de la BD, c'était peut-être pas évident, mais j'ai toujours dit que c'était positif dans le sens où il y avait plein de gens qui avaient les mêmes envies et que ça provoquait une émulation. La situation d'Angoulême nous permettait en plus une fois par an de voir des éditeurs, etc. Certains étaient conscients du vivier que ça pouvait représenter. De toute façon quand on est à l'école on crache toujours dessus, ça c'est clair, mais on ne regrette finalement pas d'y être passé, pas forcément.

En êtes-vous partie parce que vous n'y trouviez pas votre compte ?
Non, je suis partie parce que j'avais commencé à faire le premier tome des Lumières de l'Amalou. C'était ça ou l'école, et on m'a bien fait comprendre que je ne pouvais peut-être pas faire les deux à la fois.

Cette série, Les lumières de l'Amalou, est votre première expérience professionnelle. Comment cela s'est-il passé ? Comment avez-vous rencontré Gibelin ?
On s'est rencontré à l'école, et comme Delcourt était intéressé par mon travail, on a voulu me proposer un scénariste. Mais je m'entendais très bien avec Christophe, alors j'ai dit qu'on allait faire ça nous-mêmes. On a commencé comme ça...

Le style "Wendling", était-ce quelque chose que vous aviez déjà en vous, ou est-ce quelque chose que vous avez développé à l'école ?
Il est vrai que lorsque tu rentres dans une école comme ça, tu te dis : "Quel style je vais prendre ? Quel style je vais avoir ?", tu es jeune, tu n'es pas mature. Et c'est au fur et à mesure que ta personnalité s'enrichit, au fil de tes lectures et de la pratique que ça vient, c'est tout à fait normal. Je pense que j'avais déjà la façon dont je dessine maintenant, sauf qu'elle n'était pas développée, il fallait la mettre en pratique... C'est un peu comme un sportif, il a des muscles avant de courir et son truc est de travailler dessus, c'est tout.

En 1997, à part une apparition dans le collectif Sale petits contes (collection humour libre), on perd la trace de claire Wendling.
Elle avait envie de faire autre chose... je suis partie aux états unis. La Warner Bros m'a appelé donc j'y suis allée.

Ils vous ont appelé suite à ce qu'ils avaient vu de votre travail ?
Et bien ils avaient les bouquins de l'Amalou... Je sais que les gens qui travaillent dans le dessin animé aiment beaucoup la bande dessinée européenne. Par potes ils se font ramener ou envoyer les bouquins, et ils aiment vraiment bien

Combien de temps a duré votre expérience chez Warner Bros ? 
1 an. J'ai travaillé sur "Excalibur l'épée magique" pendant 4/5 mois, à moitié en France, à moitié là-bas, puis sur d'autres projets là-bas. Quand je suis arrivée chez Warner, la pré-production d'Excalibur était terminée et quand on avait besoin de quelque chose en plus, on faisait appel à moi. Mais ça s'arrêtait là.Par contre, j'ai travaillé un peu sur "Le Géant de Fer". Je ne sais même pas si je suis créditée car je ne suis restée que trois mois sur le film. J'ai travaillé sur des persos, etc. mais je ne suis pas restée jusqu'à la fin. J'ai ensuite travaillé sur des projets internes, car dans ces studios, ils ont beaucoup de projets différents. Des équipes travaillent dessus, puis on voit avec la hiérarchie qui donne les sous, afin de savoir si on va les faire ou pas. Ils regardent le marché... Donc je travaillais sur des projets qui ne sortiront pas, qui n'arriveront pas a terme, mais ça m'est égal... J'y allais pour apprendre, pour voir des choses. Cà n'était pas pour laisser mon nom sur un film, je m'en fous éperdument.

Qu'avez-vous donc appris avec l'expérience Warner ?
...Que tu es obligé de réfléchir autrement, parce que tu vas travailler pour une équipe réduite. C'est-à-dire que tu dois comprendre une demande, puis l'expliquer aux gens. C'est un vrai travail d'équipe, ça n'a rien à voir avec la bande dessinée. Et puis j'ai acquis une façon de dessiner un peu différente pour ce genre de boulot.

En lisant la préface de "Desk" par Frank, et on a l'impression qu'il a été un peu dégoûté par le fait que votre travail à tous les deux avait été broyé, ce qui est vrai au final...
Moi j'y allais tout à fait en connaissance de cause. Quand tu vois les productions américaines, il ne faut pas imaginer qu'il y aura véritablement le style de quelqu'un dessus, sauf dans le cas où le réalisateur prend tout en main. Là-bas, ce sont quand même de gros studios qui roulent et qui fabriquent du film. Moi ça m'était égal, ça me faisait même rire parfois, mais j'y allais vraiment dans un but personnel, pour apprendre des choses. Donc non, ça m'est parfaitement égal, quand je retrouve des choses à moi dans les films, je suis contente, ça me fait marrer, mais c'est tout...

Vous n'y alliez donc pas dans le but d'apposer la patte "Wendling " au film...
Je trouve ça parfaitement ridicule, il n'y a que les gens de l'extérieur qui peuvent dire ça. Ce n'est pas une décision que je me sens de prendre moi-même, je trouve ça prétentieux. Apposer ma patte, oui, mais dans quel but ? Pourquoi ? Je ne crois pas avoir ce problème-là. Si les gens voient les films et disent que j'y ai mis quelque chose, c'est très bien, mais ça n'est pas ce que je recherche avant tout... Je crois que le sens des choses devrait être celui-là. On ne provoque pas ce genre de truc... Je trouve que ça n'a aucun sens, car tu ne commences pas par te dire : "J'ai envie d'apposer ma patte et après je vais faire des dessins pour ça." Moi je fais des dessins et s'il y a ma patte, tant mieux, ce n'est qu'une conséquence.

Ca ne vous a donc pas gêné que "Excalibur" soit très disneyen dans l'esprit et pas noir comme ce qu'on retrouve dans "Desk" ?
Non, parce que j'avais lu le scénario avant, je savais ce que ça allait être...

On regrette quand même que "Excalibur" ne soit pas plus sombre...
Ah mais moi je serais ravie si je lisais un scénario qui me corresponde totalement, par rapport à ce que je fais... Si le sujet me marque, j'aurais vraiment envie d'y aller pour voir ce que je peux apporter. Là c'était sympathique, mais c'était le travail qui était intéressant en lui-même, pas forcément le sujet.

Qu'est-ce qui est à vous et qui s'est retrouvé au final dans les films ?
Dans "Excalibur", il y a surtout le méchant, et dans le "Géant de fer", une grosse partie du beau-père aussi.

Parlons de vos carnets de croquis, "Iguana bay" (Ed. le cycliste) et "Desk" (Ed. Delcourt)
Il y a eu un moment où je n'étais plus identifiée que par rapport à "l'Amalou ", et il me semblait que je faisais d'autres choses. Alors j'ai voulu les montrer, histoire de dire : "Regardez, je fais pleins de dessins à cÙté, arrêtez de me demander de faire Orane en dédicace". J'avais envie de ça. En plus, je trouve que ce genre d'objet est joli. Ce sont les à-côtés, c'est "je n'ai pas envie de faire de la bande dessinée mais je continue à dessiner parce que j'aime ça..."

Quand vous dites : je n'ai pas envie de faire de la bande dessinée...
Et bien j'ai envie d'avoir des choses à raconter, des choses qui m'intéressent vraiment.

Aujourd'hui vous n'en avez pas spécialement l'envie ? L'opportunité ?
Si, si bien sûr, ce n'est pas une question d'opportunité, parce que l'opportunité de faire des séries, des scénarios qu'on m'a proposés, j'en ai eu beaucoup. Ce sont des projets qui étaient très bien, mais je n'arrivais pas à m'impliquer véritablement dedans. Je me disais que ce serait malhonnête de ma part de me lancer dans quelque chose auquel je ne crois pas tout à fait, par rapport à moi, par rapport à mon travail. Je ne l'ai donc pas fait, et je ne le regrette pas finalement. Sinon je me serais enfermée dans des codes, des systèmes. Ce qui m'intéresse, c'est de chercher à gauche, à droite, comment enrichir mon univers, ma réflexion sur n'importe quel travail que je fais. On a toujours envie de progresser... Si j'étais partie sur une autre série après "l'Amalou", et bien j'aurais refait du "l'Amalou". J'aurais continué à travailler là-dessus, sur les problématiques que j'ai déjà abordées, mais je n'aurais pas été chercher de solutions dans d'autres médiums, dans d'autres façons de faire, etc.... Au final, ça m'aurait peut-être pris plus de temps, ça aurait été plus pénible. Il ne faut pas oublier que le dessin a quand même un gros cÙté ludique, et si on commence à avoir peur de s'ennuyer, il ne faut pas le faire, surtout pas, on risque de tromper le public. Même si, ce sont de grands mots, quand on a une démarche de création, ce n'est pas au public qu'on pense en premier, c'est à ce qu'on peut faire, à ce qu'on veut dire, à ce qu'on veut montrer. Si ça trouve un écho dans le public, c'est très bien, c'est qu'on a réussi à être pertinent quelque part.

Vous faites quelque chose de très personnel dans vos carnets de croquis, qui sont pourtant tournés vers l'héroic-fantaisy, les mythes, avec des chimères, des centaures, des satyres...
C'est un coup de main que j'avais donné à un pote sur un boulot. Dans ce carnet, ce sont des dessins que j'avais pris plaisir à faire. C'est de la recherche, quand je travaille sur des bestioles, etc... Je voulais juste montrer que ça m'a fait plaisir de faire ces trucs.

 

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