Historique

SOM

   

H I S T O R I K

 

 

      Quelques repères        Trash musette         

Do it yourself        Rage against the Majors               

      No Future       Quels relais pour les alternatifs                     

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

"39 de fièvre"

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

NO FUTURE

 

 

 

 

 

 

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do it

DO IT YOURSELF

 

 

 

 

 

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TRASH MUSETTE

ET

RAGGAMUFFIN

 

 

 

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LA MORT DU DISQUE A 100 BALLES

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Quelques repères            

    A  l'aube des années 1980, alors que la crise économique et sociale s'installe un peu plus, une nouvelle tendance musicale et idéologique va naître, portée par ceux que l'on va désormais appeler les alternatifs (ou indépendants). Il convient, dans cette première étape, de définir quels sont les germes de ce mouvement, d'en définir les tenants pour enfin en arriver à la période actuelle. Et même s'il ne reste plus grand chose du mouvement alternatif à proprement parler (il serait mort en 1989 lors du "suicide" organisé du groupe phare Bérurier Noir lors d'un concert à l'Olympia), on peut toujours assister au combat de quelques irréductibles contre les fameuses major productions. Rage against the Majors devient et restera pour certains un véritable mot d'ordre.

        Il faut cependant remonter 20 ans en arrière, c'est à dire au début des années 1960, à une époque où Boris Vian, Henri Salvador, alias Henry Cording et Michel Legrand furent les pionniers dans l'enregistrement de disques aux résonances rock en France. C'est aussi une époque qui voit naître et se développer les premiers labels d'autoproduction. On se souvient alors du label Flèche de Claude François, du label Adèle de Pierre Perret ou encore du label Rigolo d'Henri Salvador, pour ne citer qu'eux. Il ne faut pas non plus oublier les travaux de Jacques Cannetti, grand promoteur de la chanson française et découvreur de talents (Jacques Brel, Serge Gainsbourg...) qui, après son entrée chez Polydor en 1929, fera de la production un instrument au service de la promotion musicale et non au service de la rentabilité financière.

        Mais ces éminents représentants de la chanson française sont-ils pour autant les catalyseurs du rock indépendant français des années 1980 ? Le combat mené pour l'autonomie face aux grandes maisons de production était-il le même ? Il est vrai que pour la plupart d'entre eux (Vian et Salvador en particulier), le rock n'était qu'une "mode passagère, un sous genre techniquement facile, une musique de danse après tout pas plus originale que le Jiteburg ou le Jump" (Max Well In Scènes de rock en France) Des paroles simplistes, beaucoup de parodies burlesques (les "Rocks rigolos" d'Henri Cording ou encore "Fever" d'Elvis Presley transformé en "39 de fièvre" par Boris Vian). Le rock français avait du soucis à se faire quant à son devenir (en dehors de la qualité intrinsèque de ces compositions) et ce premier départ n'augurait pas grand chose de bon.

        On assistera cependant à une bonne cohabitation entre cette dérision et la chanson à textes, plus engagée, plus sérieuse (Colette Magny et Anne Sylvestre par exemple). De part une certaine marginalité intellectuelle, ces artistes ont pu former un groupe à part entière dont les limites n'étaient fixées que par des impératifs éditoriaux ou d'enregistrement (ce qui est déjà beaucoup). De plus, un réseau de café-concert et d'éditeurs, souvent en dehors des grands circuits commerciaux, a permis à cette culture "Rive Gauche" de s'épanouir. La récupération sera pour plus tard.

        Puis il y eut l'épisode des twisters et des yé-yé. Les teenagers ne jurent plus que par Les Chaussettes Noires (où Claude Moine devient Eddie Mitchell), Les Chats Sauvages (qui dansent le twist à Saint Tropez), Jean-Philippe Smet alias Johnny Hallyday et les virées en D.S. au Golf Drouot, lieu mythique du rock'n'roll jusque dans les années 1980. Mais ce ne sera qu'une version française édulcorée d'un rock 100% anglo-saxon. C'est ce que l'on appelle l'"ère du singe". La création n'est pas vraiment présente puisque les groupes reprennent des standards américains ayant, ou non, faits leurs preuves. Loin de toute considération écologique, les rockeurs d'alors recyclent et proposent une musique calibrée pour un public calibré.

        Mais sous son aspect gominé-peigne dans la poche arrière du jean, kitch et franchement macho, ce rock'n'roll fait par des blancs et pour les blancs commence à exprimer un certain mal-être. Les mélodies sirupeuses n'y pourront rien. James Dean et Marlon Brando seront, entre autres, les apôtres d'une jeunesse qui étouffe sous le poids trop lourd de la société de consommation toute puissante et ce, malgré l'image omniprésente du rêve américain. La jeunesse d'alors rejette en bloc toute forme d'autorité et de soumission. Les "Teenagers" commencent à ressentir une certaine "fureur de vivre". La contestation est de mise (voir la guerre du Viêt-nam et mai 1968). Les premiers blousons noirs viennent hanter les réunions entre "copains ".

        La fin des années 1960 et le début des années 1970 voit naître les premiers véritables chanteurs de rock français avec, dès 1967-1968, Nino Ferrer et Jacques Dutronc.  Viendront ensuite les Jacques Higelin, Bashung, Paul Personne, Serge Gainsbourg...

no future

ET HOP

 

       Arrive l'année 1977 et son cortège de No Future. La crise économique fait rage et l'ultra contestation devient le vecteur privilégié des groupes de punk-rock. Toute forme d'Etat et d'autorité est défiée par l’affirmation d’une marginalité prononcée. Cette marginalité s'exprime à la fois dans la tenue vestimentaire, dans une musique sourde et saturée très loin des sons propres du rock des sixties et surtout par le biais de paroles revendicatrices à l'extrême. On parle alors pour la première fois de chômage, de précarité, d'injustices sociales, de racisme etc... La tendance rock se radicalise et se politise au son d'Anarchy for the U.K. des Sex Pistols.

        Le mouvement est lancé et l'empreinte est anglaise. Le punk rock va s'appuyer et s'inspirer assez largement du fameux "Pub rock" du Dr. Feelgood, activiste depuis 1971. On notera également  la présence sur cette scène naissante de Ian Dury (1942-2000), élément lui aussi inspirateur, même si le bon vieux docteur reste la référence. Influencé par celui-ci mais aussi par Eddie and the Hot Rods, Ian Dury sort un premier album aux résonances punk en 1977 avec son second groupe les Blockheads intitulé "New boots and panties" (où se mélangent pub rock, punk rock et disco). Mais l'inventeur du célèbre slogan (également titre d'un morceau du premier album) "Sex and drugs and Rock'n'roll" (dont il disait que le sens avait été mal interprété et qu'il fallait plutôt y voir une interrogation plus qu'une affirmation) n'en était pas à son coup d'essai. En 1970, il tourne avec une première formation : Kilburn and the High Roads. Certains y voient les prémices du punk. Kilburn partagera même certaines tournées des Who en 1972.

        En France, Robert Piazza (du Havre) alias Little Bob (deux cent cinquante concerts en Grande Bretagne entre 1976 et 1978 selon les sources officielles) ainsi que les Dogs (encore un nom aux résonances anglo-saxonnes !) militent pour un retour au rock dit basique, net, tranchant et véritablement urbain.

        La vague punk va susciter une première éclosion de groupes rock en France. Métal Urbain, Bijou, Starshooter et Téléphone deviennent vite des références (les trois derniers seront signés dès 1978 par deux gros labels : Phonogram et Pathé-Marconi-alors filiale française d’EMI). Mais de tous, c'est Jean Louis Aubert and CO qui gagnera les faveurs du public avec un rock teinté de Rolling Stones et ce, bien loin des considérations politiques et idéologiques du rock underground naissant. On bronze sous les sun lights.

        Cette première vague n'est qu'une esquisse du rock alternatif français. Les groupes, le public, les majors et les quelques labels indépendants d'alors (Skydog, Mélodie Massacre ... - New Rose n'apparaîtra qu'en 1980) adapteront des politiques commerciales antinomiques au rock et se feront aspirer par une espèce de star system lancinant. L'empreinte du punk rock revendicatif n'est pas encore vraiment marquée. Beaucoup restent attachés à ce que l'on appelle les dinosaures du rock à savoir Led Zepplin et les Rolling Stones. Les plateaux du Larzac et les voyages en "Deuche" à Katmandou font encore recette.

        C'est au début des années 1980 que va se former le noyau dur de la scène alternative française galvanisée par le mouvement punk. On trouve enfin un rock français, chanté en français (le coup d'envoi ayant été donné quelques années plus tôt avec les groupes de rock progressif Ange et Triangle). Au fond des usines désaffectées, les punk-rockers vont crier sus à la variétoche insipide et cellophanée. L'appellation "alternatif" prend alors tout son sens puisqu'une époque de réelle autoproduction s'ouvre avec des groupes comme Oberkampf, Lucrate Milk, Les Cadavres, Bérurier Noir, MKB ou encore Asphalt Jungle quelques années plus tôt. Le "Do it yourself" est enfin lancé. Il va devenir un véritable mot d'ordre, une sorte de règle de vie. La politique choisie devient celle de l'autarcie face aux major productions, aux structures et courants culturels alors en place. C'est une véritable contre-culture qui naît de la rue, qui refuse toute étiquette et toute publicité (surtout celle du Top 50). La banane gominée est troquée contre une crête colorée et les marchands d'épingles à nourice font fortune. Cette fois ça y est : le rock existe bien en France. Peut-on pour autant dire que les alternatifs sont une synthèse de tous les éléments cités précédemment ? Il semblerait que oui. De Paris à Montpellier, de Bourges à Toulouse en passant par Lyon, cette nouvelle contre-culture met à profit les expériences de ses prédécesseurs, que ce soit en matière de gestion propre des groupes et des petites structures de production naissante ou bien tout simplement en matière de création musicale.

 

      C'est en effet un véritable art populaire français qui apparaît. Ces nouveaux groupes, qui répondent aux doux noms de La Souris Déglinguée (LSD), VRP, Les Endimanchés, BB Doc, La Mano Negra, Nuclear Device, Lucrate Milk, Les Sheriff, Los Carayos, Les Crabs, Bérurier Noir etc…, vont partir de la culture punk de la fin des années 1970 et y ajouter une conscience politique véritable et très souvent radicale envers les impérialismes de tout poil, les injustices sociales et surtout envers le racisme et la xénophobie. On prend, de plus, fait et cause pour les minorités opprimées au Tibet, en Afrique ou en Amérique du Sud. On l’aura compris, l’orientation politique se fait plutôt à gauche, voire à l’extrême gauche. Les Bérurier Noirs seront même accusés d’appartenir à une organisation terroriste d’extrême gauche appelée Black War.

        On notera au passage que l’optimisme fait également partie de la panoplie des alternatifs même si leur textes font apparaître un cynisme noir et dépressif. Désormais, c’est le Yes future qui l’emporte (expression apparue lors de l’interview du groupe Bérurier Noir- encore eux -avant un concert au Zénith de Paris en 1988).

        D’autre part, la langue d'expression devient dans la plupart des cas le français. C'est encore une manière de se démarquer du reste de la production musicale, majoritairement exprimée en anglais, mais aussi de rejeter sans ménagement la culture et l'hégémonie américaine. Ces nouveaux rockers recherchent une identité propre. Cette identité passera malgré tout par le mélange d'un rock incisif et contestataire avec la chanson réaliste des Bruant, Sylvestre et autres. On va assister à une cohabitation parfaite entre le rock et les traditions populaires françaises. Les Garçons Bouchers et Pigalle, aux noms évocateurs de la tradition populaire française, reprennent des chansons de Piaf, Fréhel, Aznavour ou Bassiak (Le Tourbillon) avec des arrangements aux résonances rock'n'roll. Cette seconde étape a démarré vers 1987. Beaucoup de ces groupes se sont arrêtés en chemin, souvent faute de moyens financiers. D'autres ont su se reconvertir ou trouver un style de rock propre leur permettant de traverser les tempêtes financières.

 

trash musette

         C'est ici qu'entre en ligne de compte une des caractéristiques majeures du rock indépendant français : le métissage. Outre l'enthousiasme, la fraîcheur, la révolte, la dérision, l'inédit, le punk-rock anglo-saxon et ce phénomène d'autoproduction qui lui est cher, le rock français du début des années 1980 à nos jours bénéficie de cette touche extérieure qui le rend unique. Du trash-musette du groupe Pigalle aux rythmes latino de la Mano Negra en passant par le Raggamuffin / Rub a dub des Babylon Fighters, presque tous les "indés" s'associent pour nous montrer que les frontières musicales sont très floues et, de plus, que toute influence extra rock est bonne a prendre. On citera, par exemple, le nom du groupe anglais The Clash. Il viendrait du titre d'un album de Culture (groupe de Reggae jamaïcain), daté de 1978, intitulé Two Sevens Clash. Et si, comme le dit François Truffaut : "Une œuvre d'art, ça n'est pas un règlement de compte", il n'en reste pas moins qu'elle représente un bon moyen d'affirmation.

           Il est sans doute intéressant d'insister sur le fait que les termes anglo-saxons disparaissent en grande partie des textes des chansons ou des noms des groupes, à l'exception de mots comme "trash" (ordures), "fuck off" etc… – on se souvient du retentissant "Fuck off Le Pen" clamé par les Bérurier Noir et un public en délire lors de leur dernier concert à l'Olympia en 1989. L'emploi de ces expressions anglo-saxonnes relève de l'auto-dérision et peut-être d'une reconnaissance explicite des racines du rock. Certains, comme Little Bob, ne se cachent pas de leurs influences, les affirment et continuent à s’exprimer en anglais. C'est aussi le cas des Dogs, des Roadrunners, des Dirty Hands...Chacun brouille les cartes à sa manière afin de ne recevoir aucune étiquette. Pour ces groupes, les raisonnances anglo-saxonnes sont le signe d'une certaine nostalgie. " La vraie époque d'or, c'était les sixties [...] le punk-rock c'est né sur la nostalgie, le glitter [scintillement], toutes ces choses qui étaient une volonté de relancer, de réactiver toute une beauté perdue, des choses qui s'étaient délitées, enlisées..." (Patrick EUDELINE, rock-critique aux articles multiples (dans Best entre autres), également auteur d'ouvrages sur le rock et le punk-rock dont L'Aventure Punk. Il fut également à l'origine du groupe Asphalt Jungle à la fin des années 1980 se posant ainsi comme l'un des précurseur du punk français).

RATM

    Rage against the Majors

 

            Pour suivre leur logique d'empêcheurs de tourner en rond, les alternatifs vont vite se résoudre à produire et à distribuer eux-mêmes leurs créations. Leur volonté est de rapprocher le plus possible l'artiste du consommateur (même si ce terme ne convient pas tout à fait à leur politique) et de supprimer les intermédiaires que l'on trouve en grand nombre dans les major compagnies. Le prix du disque devient alors un véritable cheval de bataille. Ici encore, le modèle est anglo-saxon (britannique avec, par exemple, le label Rough Trade ou américain avec Alternative Tentacles). C'est le fameux "do it yourself" déjà évoqué qui devient la tendance dominante. On assiste alors à l'émergence d'un véritable réseau autonome, associatif et communautaire. Ce collectif s'organise afin de gérer au mieux toutes les étapes de la production d'un disque, de la fabrication à la distribution. Les prix de vente sont bas (disques et places de concert entre 50 et 80 francs), les différents protagonistes rognant le plus possible sur leurs marges. Puis, on évoluera peu à peu du "do it yourself" brouillon vers des structures de production plus organisées où ce ne seront plus seulement les groupes eux-même qui prendront en charge la production mais bien des "managers", issus le plus souvent de ces groupes. Néanmoins, la dynamique de production de l’underground reste présente.

        Aujourd'hui, les producteurs indépendants ne représente plus que 15 % de la production nationale. Leurs parts de marché sont en régression par rapport aux années 1980 et les major compagnies se taillent la part du lion. Pourtant, quelques irréductibles arrivent à survivre, parfois au prix de douloureux sacrifices (Boucherie Productions a du augmenter de 10 francs le prix des disques de son catalogue l'année dernière-dépassant ainsi la barre mythique du "disque à 100 balles"- pour ne pas disparaître.

        Même si le prix reste inférieur aux prix pratiqués par les grandes structures-110 francs-il faut en passer par-là pour survivre). Les risques sont calculés mais personne n'est à l'abris de la dégringolade. La question est de savoir "comment produire étant donné la difficulté, face aux contingences économiques, à se positionner comme artisan, "éditeur" et amoureux du bel ouvrage ? Pour qui produire si les possibilités d'exposition se réduisent de jour en jour au profit de réalisations fortement médiatisées et de séries à bas prix ?" (Louis Bricard, vice président du syndicat national des producteurs-SNEP- et PDG d'Auvidis). Deux problèmes majeurs sont à résoudre. La baisse des coups de production et la maîtrise par les indépendants du réseau de distribution détenu aujourd'hui à 50 % par les hyper et supermarchés, 23 % par la FNAC, 5 % par les Virgin Megastore et 12 à 15 % par des disquaires indépendants ou appartenant à une chaîne (Nuggets, Starter…). Luc Natali, gérant de Boucherie Productions et responsable du syndicat des éditeurs phonographiques et audiovisuels indépendants (SEPI), résume parfaitement la situation : "Notre métier, c'est de produire des disques, pas de sortir des compilations […], nous sommes là pour repérer les artistes, les guider, leur dénicher un studio, travailler leur image, les aider à trouver un public. Pour les majors, il est bien plus facile d'acheter un fonds de catalogue à "relooker" et "repuber" télé […]. C'est toute la différence entre eux et nous. Le producteur indépendant est celui qui sème et qui prend le temps de récolter" (interview parue dans Chorus n°18 - hiver 96-97). Là encore, la ligne de conduite choisie est très honorable mais les concessions sont de mise pour éviter le rouleau compresseur conduit par les majors. C'est pourquoi, Boucherie Productions ont du sortir quatre compilations, extraites de leur catalogue. Pour François Hadji-Lazaro, directeur artistique de Boucherie, auteur-compositeur-chanteur et multi-instrumentiste c'est, hélas, le seul moyen d'assurer des rentrées financières. L'appui d'un fonds de catalogue assure des bénéfices faciles. Ces bénéfices sont ensuite réinvestis dans les créations nouvelles. Mais si ces moyens de survie devenaient démesurés, le garçon boucher assure qu’il préférerait saborder sa maison de production. On retrouve ici l’aspect collectif évoqué précédemment. En effet, la survie des petits labels (Boucherie, Crash Disques, Willing Productions, Bondage- première formule- Mantra, Etoile...) et des petits distributeurs (Scalen, PIAS...) passe par le soutient du public, des réseaux associatifs, des fanzines, des salles de concert... et l’implication des pouvoirs publics dans, par exemple, la baisse du prix du disque. En 1991, Jack Lang, alors Ministre de la culture, fit apporter 2,5 millions de francs au développement des labels indépendants. L’année précédente, dix huit d’entre eux avaient bénéficié de ce programme dont Boucherie Productions, Bondage, New Rose, Blue Line ou Big Blue Records (entrefilet paru dans Le Monde daté du 29 avril 1991).

     relais

Quels relais pour les alternatifs ?

       La mise en place de structures commerciales s’accompagne de tout un réseau parallèle comprenant les fanzines, les disquaires, les associations, les salles de concert et certaines radios. De nombreux bénévoles vont ainsi soutenir le mouvement alternatif grâce à leurs dessins, interviews de groupes sur des magnétophones qui n’en ont que le nom, organisation de concerts souvent gratuits... Un seul mot d’ordre : l’information doit circuler librement et chacun doit y avoir accès.

Les fanzines

        Nés de la littérature et de la BD underground américaine et anglaise des années 1950, ils arrivent en France dans les années 1960. Mais c’est le mouvement punk qui donnera à cette littérature ses lettres de noblesse. Tout l’hexagone sera concerné (Rock Hardi à Chamalières, Abus Dangereux à Toulouse, Combo et Le légume du jour à Paris, Wake up à Angers, Violence à Saint Etienne, Les Héros du Peuple Sont Immortels dans la région parisienne... La liste est encore très longue).

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       Les formes que peuvent revêtir ces fanzines sont aussi diverses que variées et ce, selon les moyens que l’on possède. "Un tirage qui va de quelques dizaines à quelques milliers d’exemplaires, où la photocopie est reine ; l’offset et la micro-informatique, du luxe. Un terrain où l’autoproduction est l’unique solution, où la subvention n’existe pas" (René Vander Poorte alias Max Well in "Scènes de rock en France"). Ces fanzines font partie intégrante du paysage musical en général et sont un pilier du rock indépendant français puisqu’ils ont largement contribué à soutenir ce mouvement, surtout à partir de 1985, date à laquelle il connu un véritable essor. On notera à ce propos le travail de fourmis effectué à la Fanzinothèque de Poitiers. Ouverte en 1989, elle possède aujourd’hui près de dix mille titres, catalogués, épluchés et en consultation. Chacun peut ainsi avoir accès à cette mine d’information underground, pas toujours facile à localiser.

Les disquaires

        Spécialisés, ils sont le relais indispensable dans la distribution et la promotion du disque et des fanzines. Mais leur présence sur le territoire se réduit comme peau de chagrin au fur et à mesure des années. De deux mille en 1978, ils ne sont plus aujourd’hui que deux cents. Là encore, le marché de la grande distribution fait un ravage. Quelques irréductibles survivent malgré tout (Armadillo et Vincent-Atomium à Toulouse, Parallèles, Jussieu Musique et Crocodisc à Paris...).

        A noter également l’existence de boutiques mises en place par les labels eux-mêmes. On y trouve leur propre production ainsi que des productions extérieures, des fanzines, des T-shirts... (voir Spliff à Clermont-Ferrand ou Black et Noir à Angers. Certains comme Vicious Circle et Panx Records à Toulouse ou encore Boucherie Productions à Paris ont mis en place un réseau de vente par correspondance). Mais la mort des petits labels et des distributeurs indépendants entraîne inévitablement la fermeture de ces boutiques (New Rose entre autre).

Salles, associations et radios

      Là encore, il est difficile d’établir une liste exhaustive tant ces structures sont mouvantes et nombreuses surtout en ce qui concerne les salles de concert et les bars.

        Le Transbordeur et le Globe à Lyon ; le Gibus, le Théâtre du Quai de la Gare, l’Olympia, la Salle de la Roquette, le Sentier des Halles, le Bataclan, le New Morning, l’Usine Pali-Kao... à Paris ; Le Bijou, le Bikini, le Barafut, les Trois petits cochons, l’Erich Coffie... à Toulouse ; le Confort Moderne à Poitiers ; le Printemps de Bourges et tous les autres festivals de rock en France ; les bars dans presque tout l’hexagone ; les amphis de facs ; les MJC (Maison des Jeunes et de la Culture) ; les tournées à l’étranger (Canada, Grande-Bretagne, Belgique, Allemagne, Sénégal, Maroc, Côte d’Ivoire, Amérique du Sud...) ; les Fêtes de la musique plus tous les concerts improvisés, les lieux d’expression du rock indépendant français fourmillent. Tous ces lieux (plus ceux qui n’ont pas été cités mais qui sont tout aussi importants) ont porté et portent encore le rock français.

        En ce qui concerne les associations, on citera par exemple Emmetrop à Bourges. Créée en 1984, cette structure, composée d'un noyau dur d'une dizaine de personnes plus de nombreux bénévoles, organise des expositions, des concerts et des festivals. Depuis 1988, le festival Ouff, alternative off au Printemps de Bourges, qui mêle concerts dans les bars (Bar’ouffs !), performances graphiques, vidéos et rencontre entre indépendants, assure une véritable ambiance de fête autour du rock. Il y a aussi le festival "ZIVA" organisé chaque année au mois d'aout par cette même association dans les quartiers nord de la ville (plus d'informations sur le site : perso.wanadoo.fr/emmetrop).

        L’association Bigoudi Impérial, dirigée par Pierre Marty, tente chaque année depuis 1987 un Etat du Rock (la première formule était connue sous le nom d’Etats Généraux du Rock). Tous les ans à Montpellier, c’est une grande réunion entre labels, fanzines, et acteurs de la scène rock. Les colloques qui sont organisés tournent autour de thèmes comme : les collectivités locales, le rock et les autres aventures musicales… Ces retrouvailles se font autour de la scène française, des Bérurier Noir (avant leur séparation) à IAM en passant par Noir Désir et les Thugs. Au total, prés de 160 groupes s’y sont produits.

        A Tours, Radio Béton organise tous les ans un festival rock nommé Aucard de Tours. Situé sur une île au milieu de la Loire (l’île Aucard), ce festival regroupe depuis 1987 des dizaines de groupes en assurant ainsi la survie du rock en France (non, le rock n’est pas mort !).

Programme du festival et informations concernant la radio sur : www.radiobeton.com

        A Toulouse, c’est l’association Avant-Mardi, qui depuis quelques années assure la promotion du rock dans le département de la Haute-Garonne. Avant-Mardi abrite d’autres associations locales et les aide à organiser concerts et festivals dans la région. De plus, l’association toulousaine est un des correspondants du Centre d’Information et de Ressource pour les Musiques Actuelles (IRMA) stationné à Paris. Enfin, Avant-Mardi collabore au Réseau Printemps, chargé tous les ans de découvrir de nouveaux talents à propulser sur les scènes Découvertes du Printemps de Bourges.

        Enfin, il ne faut pas oublier l’association SCALP (Section Carrément Anti Le Pen) créée, toujours à Toulouse, en 1984. Aujourd’hui disparue, l’association eut de nombreuses antennes à travers l’hexagone. L’idée était d’informer et de combattre la montée des idées nationalistes et xénophobes. De nombreux groupes se sont inscrits dans cette démarche par des concerts de soutien.

        Un peu en dehors du réseau associatif, des personnes ont su mettre à profit leurs capacités humaines et intellectuelles pour la création de structures underground mais efficaces. C’est le cas de Rascal et Ronan. Ils furent les instigateurs de Paribarrocks. Alors qu’un soir de défection du Gibus (salle parisienne) il fallut trouver une salle en catastrophe, Jimmy prêta son bar situé dans le XXe. C’était en 1984. Ce soir là naissait, officieusement, un nouveau concept : celui d’un réseau organisé de bars, tous au service des alternatifs. Il créa de nombreuses vocations et se fit l’apôtre de nouveaux talents (Los Carayos, BB Doc, Parabellum,…). La quasi-disparition des alternatifs et le déménagement de Rascal à Bourges en 1989, feront que ces scènes rock auront du mal à survivre et ce malgré un bilan positif jusqu’en 1992.

        En ce qui concerne les radios, on trouve quelques rares émissions dispersées sur la bande FM parisienne (Radio Libertaire, Radio Nova …) plus de petites survivances en province telles Radio Béton à Tours, FMR à Toulouse, Grenouille à Marseille, Mutine à Brest ou encore Primitive à Reims. Ces quelques radios appartiennent à l’association toulousaine FERA ROCK (Fédération des Radios Associatives Rock). Leur politique consiste à diffuser au maximum des artistes sortant des sentiers battus (Paris Combo, Sergent Garcia, Arno, Y Front, Noir Désir et bien d’autres). Malheureusement, les nombreux échecs de ces petites structures montrent que la bande FM se complaît dans les programmations stéréotypées et édulcorées.

        Si l’on voulait faire une petite synthèse de tous les éléments évoqués dans ces premières pages, on pourrait dire que des trois périodes qui caractérisent le rock indépendant français (1980-1987 ; 1987-1989 ; 1989- ?) c’est certainement la seconde qui restera la plus fertile en créations, que ce soit au niveau associatif - naissance et plein développement de structures créées deux ou trois ans auparavant - ou au niveau des groupes et des labels (sorte de Golden Age).

        Certains fixent la fin du "mouvement" en 1989 avec la disparition des Bérurier Noir et la refonte de certains labels indépendants en promoteurs de musiques en tube. Seulement, les activités de la constellation alternative continuèrent, amoindries certes, mais toujours en ébullition. Et puis, la relève est bien présente, portée par des influences très diverses. Des sonorités Est-Européennes ou tziganes (Les Hurlements d'Léo, les Ogres de Barbak, Debout sur le zinc ou les Têtes Raides par exemple) au reggae, dub, raggamuffin, salsa (K2R Riddim, Improvisator Dub, Sergent Garcia, Elephant system etc.) plus tout le reste, les échanges sont plus que nombreux marquant ainsi l'une des spécificités majeure du rock français : le métissage. Et même si des balèzes du business system (J.-M. Messier alias Vivendi-Universal) s'offrent des salles de concerts mythiques (l'Olympia), le rock français a de beaux jours devant lui, différents certes de ceux qu'il a pu connaître pendant la période dite alternative surtout en ce qui concerne les méthodes de production et de diffusion (peu de petits labels indépendants arrivent à survivre) mais tout aussi fertiles.

 

SOMMAIRE          LES LABELS            DISCOGRAPHIE SELECTIVE          BIBLIOGRAPHIE SELECTIVE            ET PIS...LOGUE           LIENS OUAIBE