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Economie procédurale, Nouvelle Sociologie Economique et Réseaux

par Renaud Phelizon, (1997)

thésard, Faculté de Sciences Economique et de Gestion, Université LYON 2

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plan :

Introduction

Première Partie : Transactions entre économie et société

Deuxième partie : l'inévitable réseau

Conclusion

Bibliographie

Notes

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Introduction : information, institution et société

L'oeuvre de Douglass Cecil North est toute entière dédiée à l'explication et la compréhension de la richesse des nations. L'utilisation du Savoir dans la société est au coeur de l'analyse menée par North [1994]. Par Savoir, nous regroupons tout ce qui concerne la connaissance, qu'elle soit fondamentale ou appliquée, expérimentale ou théorique, partagée, commune ou individuelle. En fait, nous pouvons définir la connaissance comme un ensemble d'informations plus ou moins ordonnées de façon cohérente, tel qu'il possède une signification pour un individu et que cela influence son comportement.

Le programme de recherche lancé par Hayek [1937] avec Economics and Knowledge est largement similaire. Bien que North partage beaucoup des conceptions hayékiennes sur la connaissance, il n'est pas directement influencé par Hayek. L'idée commune majeure est la reconnaissance de la distribution du Savoir, le partage du savoir, qui est à la base de la spécialisation des individus. La spécialisation, associée à la division du travail, est une des hypothèses fondamentales que North reprend de Smith. Pour arriver à la conclusion que le développement économique repose sur la matérialisation de savoirs complémentaires et cumulatifs, North a réalisé un large détour de production, qui explique toute la valeur de son oeuvre. Il s'avère, pour l'économie procédurale , nécessaire de préciser et de comprendre les mécanismes individuels et sociaux de la création, la circulation, la sélection, la mémorisation, l'accumulation, la mobilisation, la coordination et le traitement du Savoir, et donc des informations.

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Cet exposé s'inscrit dans une réflexion plus large visant à expliciter le rôle des institutions dans la circulation des informations entre les individus. Nous considérons la circulation de l'information via des transactions. L'idée de départ est que les individus possèdent des informations et les échangent de diverses manières. Il est évident que l'utilisation du savoir dans une société n'est pas réductible à la simple circulation de l'information. Cependant, suivant l'hypot'effectue soit de manière aléatoire, soit sur un marché, au sein d'une organisation ou bien dans un réseau. Sans vouloir retracer le parcours intellectuel de North, il est nécessaire de préciser quelques points saillants qui expliquent la lecture que nous en faisons. Il existe deux types de lectures de l'oeuvre de North. Une première optique le considère comme proche de la théorie standard, qu'il essaierait de sauver pour l'essentiel. On se rappelle le North cliométricien, partisan de la thèse d'Alchian, on se focalise sur le modèle de North-Thomas [1973/1980]. North est alors présenté comme l'archétype de la Néo-Institutional Economics. C'est ce que nous appelons la lecture orthodoxe de North. A l'opposé, on comprend que North cherche à intégrer les dimensions historique, sociale et psychologique nécessaires à la compréhension de la richesse des nations. Il ferait sienne une remarque de Simon, qu'il a par ailleurs largement anticipé :
"If we object that [...] historicizing, psychologizing and sociologizing are not the business of economics, then we must conclude that the objector thinks that long-term growth theory is not the business of economics.", Simon (1984), cité in Hodgson [1989,p.79].

Il développe une oeuvre selon un double mouvement d'approfondissement -rendre endogènes le plus possibles de paramètres pertinents- et d'élargissement -intégrer dans l'analyse tous les paramètres pertinents. Certes ses origines sont néoclassiques, mais il s'en éloigne de plus en plus. Il appartient désormais à la New Institutional Economics. Il cherche à intégrer le changement, le nouveau dans l'analyse, marque de l'hétérodoxie. C'est la lecture hétérodoxe de North. C'est celle que nous retenons .

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Il existe deux notions majeures chez North depuis sa prise en compte des institutions : les coûts de transaction et les droits de propriétés. Les implications de ces deux notions pour l'analyse sont immenses, même si toutes les conséquences n'en ont pas été tiré. En premier lieu, la notion de droit de propriété a souvent été réduite à un libéralisme naïf et forcené, voir Tartarin [1982]. Or, il s'agit en fait d'intégrer la dimension sociale de l'action économique. L'histoire de cette notion en sciences sociales serait longue et délicate à établir. Mais, à coup sûr elle nuancerait les interprétations "marchandes" ou "tout privé" que beaucoup ont faites et dont de nombreux auteurs, en premier lieu Demsetz [1967], Barzel [1989] et LeroyMiller et North [1971] lui même, n'ont pas toujours voulu lever les ambiguïtés. En économie, si on retrouve chez Smith les premières idées de l'importance des droits de propriétés, c'est à Marx que l'on doit attribuer la première théorie économique des droits de propriétés, comme le suggère Pejovitch [1986]. Mais c'est avec Coase [1960] que (re)naît une économie des droits de propriétés. Coase fait directement le lien avec la notion de coût de transaction qu'il avait introduite dès 1937. Droit de propriété et coût de transaction sont les notions clés du renouveau d'une analyse économique des institutions Tous les deux, ils concourent à former la structure institutionnelle qui encadre le processus transactionnel. Droit de propriété et coût de transaction doivent être associés. Leur dissociation est même fictive. En effet, l'existence des coûts de transaction est logiquement nécessaire dès qu'il y a interaction et transaction. Un monde sans coût de transaction est dans la réalité aussi impensable qu'un monde sans friction dans la physique. L'anthropologie économique nous enseigne que le communisme primitif, c'est à dire un monde sans droit de propriété est pareillement invraisemblable. En suivant North, il est impossible d'utiliser une des notions sans l'autre. Il est faux ainsi de le classer soit dans l'économie des coût de transaction soit dans l'économie des droits de propriété. North n'est dans aucune de ces deux "écoles" dans le sens que l'on donne habituellement à ces courants, voir par exemple les analyses de Coriat et Weinstein [1995] sur les théories de la firme. Si l'influence des travaux et des idées de Coase sur North est indéniable, North propose une approche bien à lui de ces différentes notions, avec une rupture fondamentale sur l'efficience du système économique et une volonté de dynamique historique. Si nous insistons sur ces éléments, c'est parce que la transaction occupe une place majeure dans l'activité économique. Certes, la richesse des nations dépend directement de la création et de la transformation de ressources. La transaction n'est pas en soi un acte créateur de richesses. Mais, sans transaction, il est impossible d'utiliser et de profiter des avantages de la division du travail et de la spécialisation des individus dans le Savoir. Finalement, la transaction est ce qui pose problème et intéresse donc en premier lieu l'économiste. Nous retrouvons ici les conceptions de Commons, voir Bazzoli et Dutraive [1995].
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L'association entre droit de propriété et transaction se retrouve chez un auteur que tout semble opposer aux idées de Coase et de North : Karl Polanyi [1975]. Si Karl Polanyi est considéré comme un anthropologue économique, il intéresse de nombreux économistes qui vont soit en faire une des pièces maîtresses pour le renouveau de l'économie soit le négliger. North [1977] reconnaît les vrais enjeux des travaux de Karl Polanyi et du courant substantiviste, voir Arensberg, Pearson, et Polanyi [1975],en premier lieu l'universalisme de l'économie. Historien économique "de coeur", North ne peut écarter cette question. Il choisit de relever le défi lancé par Karl Polanyi. Depuis lors, s'ancre chez North la volonté de ne pas réduire l'économie à l'échange marchand. Or, les notions de coût de transaction et de droit de propriété permettent justement d'analyser les situations non marchandes. Le second défi que lance Karl Polanyi, c'est l'intégration de l'action économique dans l'ensemble des actions sociales, c'est le problème de l'immersion ("problem of embeddedness"). Dans une étude précédente, j'avais assimilé le coût de transaction à la présence d'autrui. Et un droit de propriété ne vaut que ce que les autres lui reconnaissent comme effectivité et valeur, voir Alchian [1987]. Ainsi, l'association de deux notions implique la présence de l'autre. Cela rompt radicalement avec l'atomisme individualiste de la théorie standard, puisque l'individu s'avère "incomplet". Les individus sont insérés dans des relations avec autrui (que nous appellerons désormais sociales) et cela conditionne leur comportement. La présence d'autrui génère avant tout de l'incertitude. Dans la mesure où chacun reconnaît l'existence et l'action d'autrui, il appartient à un monde stratégique, sinon il est dans un univers paramétrique. Cette distinction est cruciale. Compte tenu du fonctionnement cognitif des individus, il existe des limites pour la capacité de chacun à résoudre des problèmes des situations d'ignorance partielle, d'incertitude radicale, de complexité et d'autoréférence stratégique. Parce qu'il existe de l'incertitude irréductible en raison (par des procédés logiques), les individus vont créer, faire-émerger par leurs actions (énacter) des structures d'interactions qui figent (momentanément) certains éléments, transformant du stratégique en du paramétrique. Ces structures sont les institutions. Finalement, les institutions permettent aux individus d'avoir un raisonnement poussé dans une situation simplifiée. Les institutions agissent en quelque sorte comme des hypothèses non discutées. Mais c'est parce qu'ils font et utilisent ces hypothèses, ces heuristiques, que les individus peuvent exercer pleinement leurs capacités cognitives. Cela nous renvoie à la conception des individus qui se comportent comme des scientifiques, voir Loasby [1993]. Les institutions peuvent être analysées à la manière d'un paradigme kuhnien ou comme le noyau dur et la ceinture protectrice d'un programme de recherche lakatosien. Les institutions jouent un rôle premier et fondamental dans l'utilisation des informations et donc du Savoir. Vues ainsi, les institutions sont des conditions permissives à la rationalité. Il ne faut donc pas opposer comportement institutionnalisé et rationalité, mais les associer.
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Dans ce papier, nous cherchons à montrer que le phénomène de transaction est en relation étroite avec le cadre institutionnel. Nous chercherons plus particulièrement à comprendre la logique des transactions qui s'effectuent dans un cadre d'interactions particulier : le réseau. Nous défendons une définition du réseau comme ayant une logique propre, qui n'est pas assimilable à celle du marché, de l'organisation ni surtout comme une forme hybride de ces deux archétypes. Le réseau possède une influence économique majeure qui réside dans le traitement de l'information qu'il permet, associant circulation et transformation. Dans une première partie, nous montrons l'association des relations sociales et des structures institutionnelles des transactions. Il s'agit d'intégrer dans l'économie procédurale des considérations de la Nouvelle Sociologie Economique (NSE) de Granovetter et Swedberg, influencées par une lecture hétérodoxe de Karl Polanyi et de Marcel Mauss. Dans une seconde partie, nous nous intéresserons à une forme particulière de structure institutionnelle et de relation sociale : le réseau. Nous essaierons de montrer l'importance du réseau et son fonctionnement. Nous verrons quelles pistes sont possibles pour le formaliser.

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Haut de page Dernière modification : 06/01/99 Haut de page