SamWeb : L'outil informatique peut-il être un complément utile dans l'enseignement des mathématiques ?

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L'outil informatique peut-il être un complément utile dans l'enseignement des mathématiques ?


Sommaire

" L'enfant est un feu à allumer ,

pas un vase à remplir . "

Rabelais


Introduction

L'informatique prend une place de plus en plus grande dans notre vie quotidienne : utilisation d'une calculatrice, d'un Minitel, d'un ordinateur, nouveaux moyens de communication, etc. ..., les microprocesseurs s'octroient de plus en plus de place dans notre environnement direct. A l'heure d'Internet, l'éducation de nos enfants ne peut ignorer ces nouvelles formes de communication offertes par les ordinateurs, et sans doute doit-elle contribuer à aider ces adultes en devenir que sont nos élèves à bien les gérer.

D'ailleurs l'Education Nationale nous invite à y prêter attention ; elle écrit dans son Bulletin Officiel à propos des programmes de Mathématiques en classe de Seconde ( BO n°20 du 17 Mai 1990 ) : " ... l'emploi des matériels informatiques existant dans les établissements est à encourager ... " ; on peut même lire dans les Objectifs et Capacités valables pour l'ensemble du programme des classes de Terminale " ... habituer les élèves, sur des exemples simples, à rédiger des programmes ... " mais de rajouter " ... aucune capacité n'est exigible des élèves dans ce domaine. ".

Il est donc souhaitable en tant qu'enseignant de s'intéresser de près à ces évolutions technologiques. Plus particulièrement, je me suis demandé de quelle manière l'informatique peut aider un élève à comprendre de nouvelles notions mathématiques, mais aussi l'aider dans sa manière de travailler, d'aborder un problème, et pourquoi pas lui servir à remédier à ses erreurs. Peut-être même existe-t-il d'autres champs d'applications des mathématiques que l'informatique pourrait aider à appréhender.

Etant passionné d'informatique, je connaissais au préalable différents logiciels ayant trait aux mathématiques. Lors d'essais menés sur les logiciels SAMAO et SMAO des Editions Chrysis, j'ai immédiatement pensé que l'informatique pouvait constituer un moyen complémentaire pour aider l'enseignant dans sa tâche. Aussi, puisque l'occasion m'en a été donnée, j'ai décidé d'expérimenter un tel logiciel avec les élèves de Seconde que j'ai en charge en Mathématiques au Lycée Joseph Desfontaines à Melle.

Un tel projet ne se décrète pas, il se construit. Il faut d'abord examiner les problèmes de mise en œuvre, prévoir quelle utilisation il pourra en être faite par les élèves, par les collègues, mais aussi comment évaluer l'impact de cette expérience.

C'est ce que je me propose de faire dans ce mémoire.


I. Les problèmes de mise en œuvre :

Pour faire aboutir mon projet, il a fallu procéder par étapes.

  • A.Les problèmes matériels :

    Avant toute chose, il convenait de s'assurer de l'existence d'une salle informatique dans mon établissement d'exercice et de faire l'inventaire des capacités des ordinateurs disponibles. En effet, souvent les établissements ont été équipés lors de différents achats ou même lors de dotations par la région ou le département par exemple. Il en résulte des salles informatiques hétérogènes du point de vue du matériel disponible : puissance intrinsèque de la machine, affichage couleur ou monochrome, souris, etc. Dans un deuxième temps, j'ai dû vérifier que mon emploi du temps et les heures de disponibilité de cette salle informatique coïncidaient.

    Lors de cette recherche de salle, j'ai remarqué que le CDI de l'établissement était pourvu d'un réseau de cinq ordinateurs multimédia, en libre accès aux élèves, et susceptible d'être doté d'ordinateurs supplémentaires dans le courant de l'année.

    Par la suite, j'ai recherché les logiciels de mathématiques dont l'établissement était en possession, tout en vérifiant le nombre de licences disponibles pour chacun d'eux. Les quelques logiciels que j'ai trouvés n'étaient pas sans intérêt, mais présentaient une interface utilisateur austère, aux possibilités assez limitées ou demandant un apprentissage spécifique de la part de l'utilisateur, et n'était pas toujours très commode d'emploi.

  • B. L'utilisation avec les collègues :

    Lors d'une concertation avec l'ensemble des collègues de mathématiques, il fut envisagé l'achat d'un logiciel qui correspondrait davantage à mes attentes. Mais un tel achat doit être un investissement sur plusieurs années. Par conséquent, nous avons dû dresser un cahier des charges qui devrait répondre aux questions fondamentales suivantes :

    - Qui l'utiliserait cette année ?

    - Qui l'utiliserait les années suivantes ?

    - Combien de temps chacun de nous serait-il prêt à consacrer à l'apprentissage de l'utilisation d'un tel logiciel ?

    - Servirait-il pour un travail en commun ou de manière individuelle ?

    - Quel type de travail serait-il demandé aux élèves ?

    - Comment serait-il mis à leur disposition ?

    - Evaluerions-nous les élèves sur cet outil ?

    - Comment évaluerions-nous l'impact de ce nouvel outil dans notre enseignement ?

    - etc.

  • C. Les problèmes logiciels :

    II. L'utilisation par les élèves :

    L'emploi de ce logiciel avec les élèves a bien évidemment pour buts, essentiellement, de les aider à comprendre les notions mathématiques qu'ils vont aborder, à acquérir des méthodes de résolution, à approfondir leurs connaissances, à remédier à leurs erreurs, etc. Il a donc été nécessaire de concevoir des séquences sur ordinateur ciblées en fonction des objectifs que je me fixais.

  • A. Les séquences avec les élèves :

    De part le nombre d'ordinateurs disponibles dans la salle, l'emploi en classe entière avec les élèves m'apparut immédiatement impossible. En effet, il me semble déraisonnable d'envisager plus de deux élèves par machine. Le seul emploi envisageable de l'informatique devant mes 36 élèves étant la manipulation de l'ordinateur du professeur couplé à la tablette de rétroprojection. Par conséquent j'ai envisagé le 'passage sur machine' des élèves pendant des séances de groupe ou de module.

  • B. Les élèves avec le libre service :

  • C. Le " retour " de ces expériences : la mise en place de questionnaires

    En plus des comptes-rendus, il m'est apparu nécessaire de prévoir des questionnaires annexes pour essayer de mieux évaluer l'impact du logiciel sur les élèves.

    J'ai tout d'abord envisagé un premier questionnaire, appelé questionnaire à la séance, destiné à faire une analyse 'à chaud', par l'élève, de ce qu'il a observé. Ce questionnaire oblige ainsi l'élève à faire ressortir les points forts de son apprentissage. Il est obligé ainsi de dégager ce qu'il a retenu, ce qui l'a aidé à comprendre, ce qui lui a posé problème, mais il est aussi incité à réfléchir sur l'utilisation possible de ce qu'il a rencontré au cours de ses manipulations.

    Cette fiche à été mise en place dès la seconde séance, lors du chapitre sur les intervalles. Les renseignements que j'ai obtenus par ce moyen n'étaient pas tous très pertinents par rapport à mes objectifs. Les élèves n'ont pas tous bien perçu ce que j'attendais d'eux. Mauvais questionnaire , mauvaises explications sur mes attentes ? J'ai alors réajusté mes questions dans un nouveau questionnaire, ainsi que mes explications.

    Dans le chapitre sur les vecteurs, les élèves ont alors eu une nouvelle fiche à la séance et je leur ai distribué simultanément une fiche récapitulative du thème abordé. Ce nouveau questionnaire était destiné à synthétiser les observations qu'ils avaient pu faire sur l'intégralité du chapitre vecteur et de les lier avec le cours. Afin d'éviter une situation analogue au premier questionnaire, j'ai fait ,pour certaines questions, une liste de propositions qu'ils devaient numéroter suivant l'importance qu'ils leur accordaient (tout en laissant une partie Autres ). Ils disposaient ainsi d'un support conducteur pour guider leurs remarques.

    Ce couplage s'est révélé très intéressant. Je l'ai conservé pour l'ensemble des chapitres précédents, moyennant quelques adaptations en fonction des réponses que j'obtenais. Le second questionnaire a toujours évolué au fil de l'année, tandis que celui à la séance, me donnant satisfaction, est resté quasiment figé.


    III. Analyse/Bilan de cette expérience.

    Il apparaît nécessaire de dresser un bilan de cette expérience.

  • A. L'évaluation par les élèves de cette " aide " informatique :

    En plus des enquêtes de fin de chapitre, j'ai procédé à une enquête globale sur ces séances en informatique. Je désirais avoir le sentiment des élèves sur ces activités mathématiques par l'informatique.

    J'ai donc élaboré un questionnaire auquel ils devaient me répondre de manière anonyme ; cette condition m'assurant une objectivité plus grande des réponses. Ce questionnaire a été distribué à l'ensemble des élèves de ma classe, et mis à disposition des autres élèves de seconde.

    Même si certains précisent qu'ils ont apprécié l'ensemble des TP, celui concernant les systèmes semble être leur préféré. Au contraire, mais de manière moins nette, les statistiques ou les fonctions suscitent moins leur enthousiasme. Certains l'expliquent : " les systèmes ont été pour moi plus faciles à comprendre car on l'avait déjà étudié en 3ième ". Il est exact que ce côté de " déjà vu " était rassurant pour les élèves. Ceci expliquant peut-être cela, c'est aussi à cette occasion que leurs comptes-rendus avaient été les meilleurs.

    Ils semblent partagés à propos de ce que leur apporte l'ordinateur. Tandis que certains l'apprécient comme une aide pour découvrir une nouvelle notion, approfondir leur connaissance ou encore s'intéresser davantage au chapitre, d'autres reconnaissent s'en être servis pour s'entraîner ou rectifier leurs erreurs. Ils estiment que les exercices proposés par l'ordinateur facilitent principalement la compréhension car l'ordinateur donne des explications en les illustrant, et qu'ils peuvent se concentrer sur le raisonnement sans avoir à rédiger la solution. Par contre, ils sont peu à indiquer en premier lieu qu'ils ont pu se servir des bilans d'évaluation pour repérer leurs difficultés. Peut-être est-ce dû au manque d'habitude de vouloir travailler des savoir-faire spécifiques. Ils sont pourtant 95% à affirmer que l'ordinateur les aide à mieux cerner leurs difficultés, tandis que 55% avouent ne pas s'être servis du bilan des tests. Je pense donc qu'ils sont convaincus de l'apport bénéfique de l'ordinateur, mais ils disent avoir des difficultés à exploiter le bilan des évaluations sur ordinateur.

    Il ressort aussi que ce qui leur plaît avec l'ordinateur, c'est de pouvoir faire des exercices pour s'entraîner et de pouvoir avancer à leur rythme. J'ai remarqué que quelques-uns plaçaient au premier chef le fait que ce ne soit pas le professeur qui les corrige. Le premier des désagrément est, pour eux, l'absence du professeur pour donner des explications en libre service. Bon nombre m'ont répondu : " rien ne me déplaît avec l'ordinateur ".

    Enfin, une écrasante majorité s'accorde à dire qu'ils sont plutôt d'accord ou tout à fait d'accord sur le fait que l'ordinateur les a aidés à comprendre, qu'ils seraient prêts à poursuivre et à renouveler l'expérience. Pour une majorité, l'ordinateur s'avère être un complément utile dans l'enseignement des mathématiques. Ils sont nombreux à penser que si l'ordinateur n'avait pas été utilisé pendant les cours, ils ne seraient pas allés l'utiliser seuls (ce qui se vérifie d'ailleurs avec la faiblesse relative de la participation des autres classes). L'unanimité est réalisée quand on leur demande s'ils pensent que l'ordinateur peut remplacer le professeur : ils ne sont pas du tout d'accord (ce qui est rassurant !).

    Aux vues de ces résultats, j'en conclu qu'ils sont plutôt satisfait de cette expérience.

  • B. L'évaluation par le professeur de cette " aide " informatique :
  • C. Comment améliorer ?

    D'autres logiciels permettent de faire des mathématiques avec un ordinateur. Il m'apparaît donc comme nécessaire d'envisager d'autres utilisations de l'informatique au moyen d'autres programmes n'offrant pas le même type d'approche.


    Conclusion

    Il serait naïf de croire que l'informatique, à elle seule, permet aux élèves de comprendre instantanément les mathématiques. Par contre, il m'apparaît clairement que l'ordinateur peut s'avérer sous certaines conditions, un allié pour le professeur dans son enseignement.

    En effet, les activités que j'ai menées pendant l'année à l'aide de l'ordinateur m'ont permis de travailler les mathématiques et de les faire travailler par les élèves sur un nouveau support. Ce dernier favorise le questionnement, la conjecture, en invitant au raisonnement par une approche sollicitant les capacités d'observation, d'interprétation, mais aussi d'imagination.

    Une constante majeure qui ressort de l'ensemble de ces expériences concerne l'élève : il est acteur dans la construction de son savoir, et l'ordinateur respecte son rythme d'apprentissage.

    Ce type d'activité informatique, que ce soit en petit groupe ou de manière individuelle, associée à des questionnaires, permet de solliciter les élèves sur le plan de la réflexion, de l'expression écrite, de l'expression orale, de la discussion, de l'argumentation, d'un retour en arrière sur ce que l'élève a lui-même fait, mais aussi de développer l'esprit critique par l'objection, la contradiction, la comparaison de méthodes, l'argumentation, l'explication, etc.

    Comme les élèves me l'ont fait remarquer au travers des différents questionnaires, le professeur reste l'élément indispensable à un enseignement de qualité. Par sa sensibilité, sa capacité d'adaptation à son auditoire, lui seul est en mesure de prodiguer les explications, les conseil mais aussi les questions formatrices, les plus adaptés à chaque élève. Certes, l'ordinateur peut permettre à l'enseignant de se décharger de certaines tâches (gestion de l'ensemble d'un groupe, représentations graphiques réalistes, etc.), pour lui laisser la possibilité de concentrer son enseignement sur certains objectifs (écoute plus attentive d'un groupe plus restreint, explications individualisées, etc.), mais il n'en reste pas moins que lui seul est apte à organiser un enseignement formateur.

    L'ordinateur, employé de manière posée et réfléchie, peut s'avérer un outil efficace pour aider les élèves dans un processus d'apprentissage. Inversement, une utilisation "sauvage" de l'informatique (sans repères, sans fil conducteur, non encadré par un enseignement cohérent) peut, à mon avis, avoir des conséquences désastreuses : une démotivation totale, voire un désintéressement pour la matière enseignée ; car même au travers de telles activités, les élèves ont besoin de se sentir encadrés.

    Les élèves ne s'y trompent pas, le contact singulier de la machine ne peut pas remplacer la relation humaine de complicité et de confiance réciproque avec le professeur. Ils sont d'accord pour se servir de l'ordinateur comme un moyen (parmi d'autres) dans leur processus d'apprentissage, mais en aucun cas ils ne voudraient n'avoir à faire qu'à lui.

    Pour ma part, il est clair qu'en aucun cas je ne laisserais mes élèves se débattre avec une machine qui leur "déverserait" un savoir, mais par contre j'envisage d'autres exploitations de l'ordinateur pour améliorer le contenu de mon enseignement.

    Mon expérience au Lycée Joseph Desfontaines de Melle, m'a conduit à réfléchir sur une utilisation en interdisciplinarité de l'informatique à l'aide du pôle multimédias dont nous disposons au CDI de notre établissement. En effet, de par le jeu des options d'enseignement en classe de Seconde et la politique de l'établissement en matière d'informatique, une grande majorité d'élèves est conduite à utiliser cet outil. On pourrait donc envisager, à mon avis, l'apprentissage de l'utilisation de certains logiciels (tel un tableur-grapheur) dans l'option informatique en classe de seconde. En effet, ce type de logiciel peut trouver son utilisation non seulement en mathématiques, mais aussi en géographie, en sciences physiques, en sciences économiques (c'est d'ailleurs un outil communément utilisé dans les milieux professionnels concernés) ; un logiciel de calcul formel y trouverait même sa place pour une utilisation commune dans toutes les matières scientifiques.

    Cela passe bien sûr par une utilisation avec l'ensemble des collègues enseignants. Une réflexion commune de l'équipe pédagogique pourrait alors s'organiser pour prendre en compte les besoins spécifiques de chacun, afin d'organiser un enseignement cohérent utilisant cet outil.

    Que l'informatique soit un complément dans l'enseignement des mathématiques ne fait pour moi aucun doute, sous réserve de respecter certaines conditions. Son utilisation est probablement positive dans d'autres disciplines également. Il est clair qu'aujourd'hui le développement extraordinaire de l'informatique dans notre société constitue une révolution technologique et un défi pour notre temps. Il convient donc, en tant qu'enseignant, de prendre en compte ce facteur et de préparer nos élèves à son utilisation rationnelle. D'ailleurs l'institution exprimait encore récemment son désir de s'orienter progressivement vers l'utilisation dans les établissements scolaires de ces nouvelles technologies.








    La relation Maître-Elève est l'une des plus belles qui soient. Aucun ordinateur ne pourra s'y substituer. Le professeur est le témoin de la meilleure partie de nous-mêmes. Il nous transmet le goût de la connaissance et celui de la critique ".

    Palmarini, Le goût des études ou comment l'acquérir. (Ed. Odile Jacob 1993 )





    Dans les annexes et la bibliographie de ce document, vous trouverez les énoncés de TP, les différents questionnaires utilisés, etc...


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    Dernière mise à jour le 04/08/1997
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