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Dans quel contexte les fontaines Wallace voient-elles le jour ?

   
  • Au lendemain de la guerre de 1870 ...

         La guerre déclarée à la Prusse par Napoléon III en juillet 1870 avait abouti contre toute attente à une suite de revers militaires. Le 4 septembre, la République était proclamée, restaurant l'idéal révolutionnaire après une parenthèse de plusieurs décennies. Néanmoins, les débuts de cette dernière s'avèrent malheureux puisque dès le 19 septembre, l'ennemi fit le siège de la capitale. L'armistice était signée le 29 janvier 1871 en dépit du mécontentement des Parisiens et des clauses très sévères imposées par les Prussiens : la France devait en effet payer un tribut de 5 milliards de francs et abandonner l'Alsace-Lorraine. Les violences de la Commune ne firent qu'accroître l'épuisement d'une ville qui, après avoir lutté contre un adversaire commun se déchirait dans une guerre civile. Les bombardements avaient fait des ravages et il fallait reconstruire. Vite ...

         Rapidement, la nouvelle administration se consacra au relèvement des monuments incendiés, à la construction de nouveaux édifices ainsi qu'à la réfection des différents aqueducs et regards. En moins de dix ans, Paris se transforma : On vit apparaître l'Opéra Garnier, le Palais de Chaillot et de grands boulevards comme Raspail ou Saint-Germain bordés d'arbres. Dans cette ère de renouveau, précisons aussi le rôle d'une certaine "mode" philanthropique qui poussa de riches personnages à manifester leur charité par des dons destinés à financer des bonnes oeuvres. Il y avait certes dans cet idéal d'une part restreinte de la grande bourgeoisie le désir d'entretenir une bonne image de marque, mais il se manifesta également à l'époque une préoccupation hygiéniste, une certaine prise de conscience européenne de la nécessité d'assister les plus démunis. On vit notamment se créer le Comité Internationale de la Croix-Rouge en 1863, l'Armée du Salut en 1865 et apparaître de nombreuses initiatives privées comme la Fondation Hochon-Lefuel pour les jeunes filles tuberculeuses ou bien la Société Philanthropique, qui bien qu'existant depuis 1780, connut un essor exceptionnel grâce à la multiplication de ses dispensaires.

         Parmi ces hommes qui ont fait beaucoup pour les autres, l'un s'est toutefois particulièrement fait remarquer, non seulement par la multiplicité des oeuvres de bienfaisance qu'il a faites en France, mais aussi par la discrétion dont il a fait preuve. Le sort, en ne lui accordant que tardivement la fortune, avait peut-être voulu lui signifier la force du hasard dans le destin des individus et la nécessité pour les plus aisés d'aider les plus démunis.

       
  • L'action d'un homme hors du commun

         S'il est des hommes qui ont marqué leur temps par les services qu'ils ont rendus à la communauté dans laquelle ils vivaient, Richard Wallace est bien de ceux-là. Certes, son action n'est ni scientifique ni artistique, mais elle est tout à fait remarquable et va bien au-delà des quelques lignes superficielles que lui consacrent les encyclopédies. Ni savant d renom, ni écrivain ou musicien de talent, Sir Wallace était simplement un grand Homme par ses qualités.

    Né à Londres le 26 juillet 1818, Richard Wallace est le fils naturel de Lord Seymour Hertford, quatrième marquis du même nom, et d'Agnès Jackson, née Wallace et d'origine française. Il vint très jeune vivre en France rejoindre son père qui se partageait entre son immeuble du n° 2 de la rue Laffitte et le domaine de Bagatelle à Neuilly, qui ne possédait pas encore sa célèbre roseraie. Vivant en union libre avec Julie Castelnau, il eut un fils en 1840, Edmond-Richard (saint-cyrien et actif défenseur de Paris pendant le siège de 1870), et ne se maria qu'en 1871. Fréquentant beaucoup le milieu littéraire et artistique, il connaissait en outre Baudelaire, Flaubert et Théophile Gautier et, fin amateur d'art, gérait la collection de tableaux, d'armes, meubles et autres objets de valeur qu'il enrichit d'ailleurs considérablement au fil des décennies. Celle-ci, baptisée Wallace Collection , appartient depuis 1897 au gouvernement de Sa Très Gracieuse Majesté et peut rivaliser sans conteste avec les plus beaux musées du monde. Elle est abritée à Manchester Square (Londres) et comporte des merveilles artistiques telles que des sculptures, des porcelaines, du mobilier ainsi que de multiples toiles de grands maîtres européens comme Fragonard, Le Titien, Van Dyck, Vélasquez, Watteau ou Rembrandt.


         Amateur d'art éclairé et francophile convaincu, il hérita en août 1870, lorsque son père mourut, d'une immense fortune estimée à quelques 60 millions de francs accompagnés de divers biens immobiliers en France et en Angleterre. Le duc de Morny, demi- frère de Napoléon III, autre acquéreur avec qui il était souvent en compétition lors de ventes aux enchères disait à son sujet sur un ton d'humour : "Il avait une vaste fortune pour ne jamais s'en servir, de magnifiques maisons en Angleterre pour ne jamais y mettre les pieds et de très beaux tableaux pour ne jamais les voir. Il se contentait d'une bagatelle", référence à la propriété de Bagatelle que l'on peut voir ci-contre et qui lui appartenait. Cependant, à partir de 1870, cet homme charitable va profiter de sa fortune pour servir les Parisiens et s'attirer une grande popularité. En effet, bien loin de s'éloigner de la capitale pour aller couler des jours paisibles dans l'une de ses somptueuses demeures alors que la ville est assiégée, il y reste, convaincu qu'il pourra ainsi mieux distribuer son aide. Son égard sera, à tous les égards, exemplaire : Fondation d'un hôpital à Neuilly, création d'ambulances militaires pour les blessés, accueil des victimes de bombardements et distribution de vivres à la population pour ne citer que ses principales actions.

         Cette conduite lui valut d'être admis à l'unanimité au sein des deux grands cercles mondains que sont l'Union (fondée en 1828 par Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord pour réunir à Paris une élite française et étrangère) et le Jockey Club (fondé en 1834 pour l'amélioration des races de chevaux en France). Respecté et admiré de tous, Adolphe Thiers lui conféra en juin 1871 la croix de Commandeur de la Légion d'Honneur tandis qu'à la même époque la reine Victoria l'anoblissait en lui conférant le titre de baronnet.

         Le 17 février 1873, il fut élu membre du Parlement britannique, mais se désintéressa totalement de la politique. Commissaire anglais à l'Exposition Universelle de 1878 (qui eu lieu à Paris), administrateur du Bristish Museum, il resta toujours un homme discret, fuyant la publicité et la presse. Il consacra ses dernières années, endeuillées par la mort soudaine de son fils, à restaurer et aménager Bagatelle ainsi qu'a enrichir sa superbe collection d'objets d'art.

         Fidèle à la nation où il avait passé sa vie, il resta en France jusqu'à sa mort survenue dans sa propriété de Neuilly le 20 juillet 1890, laissant l'image d'un noble ami, d'un généreux donateur, d'un collectionneur avisé et d'un esthète soucieux du sort du peuple. Le cortège funèbre de ce gentleman bienveillant fut salé par une foule de Parisiens et la tombe, située au cimetière du Père-Lachaise, fut fleurie pendant bien longtemps.

         Cependant, parmi toutes ses actions, il en est une que nous pouvons encore admirer (si nous habitons Paris ou sa région bien sûr). Ce sont les fontaines Wallace. En effet, si soulager ses contemporains était primordial pour Sir Richard Wallace, la volonté de continuer à faire le bien après sa mort fut également un moteur de son activité. De ses années en Angleterre, il n'avait pas oublié ses longues promenades à Hyde Park. Aussi, voyant la crise d'approvisionnement en eau qui affectait Paris au lendemain du siège de 1870, il eut l'idée de doter la capitale de "50 fontaines à boire", et demanda à la mairie de bien vouloir accepter ce don.


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