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  • Kulata, 40° à l'ombre.
  • Le cycliste des Rhodopes

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Kulata, 40° à l'ombre

Kulata est un poste frontière entre la Grèce et la Bulgarie, perdu en pleine campagne macédonienne, quelque part sur la route de Thessaloniki à Sofia...
Comme de bien entendu, il fait chaud, trop chaud à notre arrivée côté grec vers 14 heures. Un douanier grec bedonnant, en sueur dans sa chemisette, ouvre nos passeports et épelle nos noms à haute voix à un scripte de service qui, assis sur une chaise de camping, prend note au crayon à mine sur un registre.
Quelques minutes et quelques barrières plus tard s'offre à nous le poste de douane bulgare. Dans la grande tradition de l'Europe de l'Est, il convient de garer son véhicule, d'en descendre, puis de faire la queue aux guichets : contrôle de police, puis contrôle de douane.
Devant nous un homme s'énerve ; ce costaud peu amène brandit au cerbère de service deux passeports, d'anciens modèles soviétiques, à une fonctionnaire en parfait uniforme. Les palabres s'éternisent : deux, cinq, dix minutes ; l'impatience gagne dans les rangs, notre homme a déjà usé deux douaniers. Face au troisième, un robuste gradé, il s'éclipse finalement et regagne son véhicule stationné en zone franche, un van Toyota affublé d'une immatriculation en transit temporaire en Grèce...
Deux semaines plus tard, alors que nous repassions les barrières dans l'autre sens, l'homme et sa femme campaient toujours entre les cabanes des Grecs et les guérites des Bulgares dans le même van Toyota !
J'ignore si le camping était gratuit, mais pour le cadre, on a vu mieux...

Le cycliste des Rhodopes
Ou la grenouille et le boeuf...

Descente de col dans les Rhodopes... Les Rhodopes ne sont pas les Alpes, et Smolyan n'est pas Val d'Isère. Pourtant, les virages sont serrés, les épingles délicates à négocier, et, surtout peut-être, le revêtement un peu désagréable. Oh non pas que la route soit défoncée, non... Mais il est un peu usé, un peu poussiéreux. Faudrait pas qu'il pleuve ! Justement, là-bas, de l'autre côté du col, il fait subitement plus sombre...
En haut du col, au bord de la route, un gamin en vélo...
Courser une moto ! Pour le poulbot de Smolyan, l'occasion est trop rare, trop belle... Debout sur les pédales, le gamin se lance à l'attaque. Je roule très modérément, et donc il ne lui est pas très difficile, la pente aidant, de faire brillamment illusion. Cela semble décupler son audace, et je suis avec une certaine inquiétude dans les rétroviseurs les courbes négociées avec une audace croissante... Au bout de quelques minutes, plus rien ne semble pouvoir arrêter mon poursuivant, lequel s'est visiblement mis en tête de me dépasser...
Face à un tel dessein, j'aurais sans doute dû mettre un terme à l'escalade - si on peut dire !... - en m'arrêtant, mais la route est étroite, le ravin est proche, et je nourris quelques doutes quant à possibilité qu'aurait le gamin de s'arrêter, ou même de m'éviter...
L'adrénaline commence donc à monter, et ce n'est pas fini.
Il ne reste que quelques centaines de mètres avant la vallée, mais les évènements se précipitent : d'abord la pluie fait son apparition ; la pire des pluies, celle qui, quoique discrète, sait fort bien humecter la poussière et rendre le bitume dangereux... Inconscient, le jeune cycliste persiste dans des évolutions de plus en plus kamikazes. Et au détour d'un virage, c'est le scénario catastrophe : un camion benne se traîne devant nous, au pas face à une ultime épingle ; il occupe toute la chaussée.
Il n'y a plus beaucoup de choix : il faut s'arrêter. Pour la BMW, ce n'est pas un problème, et je range la moto au mieux sur le bas-côté, mais pour le vélo...
Le cycliste finira donc bien par me dépasser, mais sur les fesses, et à 50 à l'heure dans une gerbe d'étincelles. Rassuré néanmoins qu'il ait pu éviter finalement le camion, je m'approche et m'enquiert de sa santé : "- Dobré ?" (quelque chose comme "ça va" en Bulgare) "- Nédobré !"(quelque chose comme "non" en Bulgare) Mais heureusement ce qui ne va pas, c'est seulement qu'il a... déraillé... Ouf...
Sous nos yeux, il remet la chaîne en place, tout juste un peu vexé...