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Samedi 17 juillet 1999
Encore une heure... une toute petite heure, et enfin je reconnaîtrai
le frisson qui parcourt mon corps lorsque son regard se pose
sur moi...
Ces dix mois ont été si longs ! Malgré
les quelques lettres envoyées, si peu, ne pouvoir la revoir
qu'en été ne me suffit pas. Elle est plus qu'une
amie de vacances, ou plutôt... j'aimerai qu'elle soit plus
qu'une amie...
Chaque nuit, peu avant que je m'endorme, ma tête est souvent
lourde, trop alourdie par les soucis, comme si toutes ces pensées
noires allaient jaillir de mes oreilles. Et je pense à
elle, m'imaginant blotti dans ses bras, goûtant la chaleur
émanant de sa peau.
Son parfum, celui que je volais lorsque je la frôlais
lors de nos activités, il est toujours présent,
même si mon imagination en a élagué les contours.
Et puis mon imagination s'envole, les gestes les plus tendres
deviennent plus charnels, je suis dans mon petit monde, et nos
corps nus s'enroulent et se serrent passionnément. Et
pourtant je me force à la voir comme une amie ! Tout ceci
est si paradoxal, je me comporte comme un ami avec elle, je lui
dis que je suis un ami, et pourtant, avec elle, ou loin d'elle,
je rêve d'amour et de liens physiques...
Mais elle n'est pas attirée par moi. Enfin, quoi qu'il
en soit, j'en saurai plus tout à l'heure...
Lundi 19 juillet 1999
Sophie est amoureuse. C'est assez triste, et oui !, c'est
un euphémisme. Je déteste cette angoisse qui montait
en moi samedi dernier, alors que je l'attendais, accoudé
à un bar isolé, un peu éloigné du
centre-ville.
Elle n'était pas en retard, et m'a même surpris
par ce petit jeu enfantin qui consiste à parvenir derrière
l'autre, à poser ses mains sur ses yeux, et à l'interroger
: "Alors, c'est qui ?...".
Ce n'était pas très difficile ! La douceur de
ses doigts effleurant à peine mes paupières, sa
voix rythmée et chaleureuse, le parfum de sa peau étouffant
mes narines, autant de signes caractérisant Sophie !
Mon coeur se serrait lorsqu'il a fallu que je me retourne.
Et je n'ai pu que sourire aux anges lorsqu'enfin je l'ai aperçue.
Elle avait 20 ans, et semblait plus mûre, les traits de
son visage étaient un peu plus rigides, et de la fermeté
se lisait dans ses gestes et son regard. Et toujours aussi jolie...
avec ses cheveux bruns dont les boucles adoucissent ses épaules
et ses yeux bleu-vert lumineux.
J'ai dû prendre sur moi lorsque j'ai entendu qu'elle
n'était plus libre. On parlait de choses et d'autres et
je n'avais qu'une hâte, c'était de savoir, enfin.
C'est si agaçant d'avoir une question qui brûle
mes lèvres, et de ne pas pouvoir la poser, car il faut
attendre. Si je lui demande de suite si elle est libre ou non,
autant lui faire une déclaration d'amour !
Enfin, je n'ai pas perdu tout espoir, je sens qu'elle est très
attachée à moi, et après tout, je n'ai aucun
scrupule, si je vaux mieux que lui, pourquoi ne pas tenter ma
chance ? Je sais que je peux la rendre heureux, alors je vais
tout faire pour la conquérir, sans états d'âme
pour son amoureux... qui est d'ailleurs resté à
Paris...
Mardi 20 juillet 1999
Difficile de ne pas haïr cette fille. Je la déteste
en tout ce qu'elle est, et tout ce qu'elle représente.
C'est l'amie de Sophie, je suis donc obligé de la tolérer,
au moins pour ces 2 mois de vacances.
Et dire que je rêve aux moments où Sophie et
moi pourrions être seuls, instants propices au jeu de la
séduction, car je n'ai pas renoncé à conquérir
son coeur. Mais cette imbécile de Myrtille nous suit partout.
Je ne sais pas ce que je déteste le plus en elle, sa froideur,
sa suffisance ou son arrogance. Oh, certes, elle est physiquement
pulpeuse, et ses formes subjuguent beaucoup d'hommes, mais ses
gestes et ses regards hautains et méprisants enlaidissent
cette beauté naïve, attachée à se poudrer
et s'encrémer chaque matin de peur que sa peau ait l'allure
d'un crocodile à 30 ans.
Je ne comprends toujours pas comment Sophie peut être son
amie, je penserai à le lui demander.
Mais aujourd'hui je suis parvenu à garder Sophie à
moi, et nous devrions nous balader dans quelques calanques peu
éloignées de Sainte-Maxime cet après-midi...
Mercredi 21 juillet 1999
Quelques gouttes de pluie ne m'empêchent pas de me balader
sur le bord de la Méditerranée. Les calanques sont
toujours aussi belles, et désertes lorsqu'il pleut.
Seuls les rochers sont glissants, et si j'évite de justesse
la chute qui romprait mon cou, je ne parviens pas à glisser
entre les pierres, et mes jambes sont toujours zébrées
par quelques écorchures !
Je comprends à peine toutes ces personnes qui fuient
la pluie. J'aime sentir toutes ces gouttes frappant mon visage
et les parties découvertes de mon corps. Et si je n'étais
pas si pudique, j'aurais le courage d'enlever tous mes vêtements
et de la laisser ruisseler sur mon corps, à l'abandon.
Je ne supporte pas ces vêtements qui se collent sur ma
peau...
Peut-être ai-je des tendances masochistes, car je ressens
comme une punition de sentir ces bras et ce corps fouettés
par les gouttes de pluie, le visage tendu vers le ciel, comme
si je m'offrais en sacrifice...
Mais l'eau me rafraîchit, et je ferme les yeux, juste attentif
au clapotis et à l'odeur des arbres ou du sable mouillés...
je ne pense plus à rien, mon esprit est vide...
Parfois je lève les yeux et aperçois quelques
personnes dont les regards en coin laissent deviner mon insanité,
à ce qu'ils prétendent. Tout est dans leur esprit,
la pluie caractérise ce qu'ils ne veulent pas voir, le
côté sombre de la vie ou de leurs pensées.
Ils préfèrent toujours le soleil et sa chaleur
abrutissante... peut-être est-ce ce qu'ils recherchent,
un soleil à l'extérieur d'eux, faute de rayonner
en eux ou de pouvoir laisser échapper de soi des regards
ou des sourires chaleureux et sincères, et non fabriqués
de toute pièce.
Et je reste seul, saint d'esprit, allongé, les yeux
fermés, rêvant de l'inaccessible Sophie, à
côté de moi, nos doigts mouillés entrelacés...
Vendredi 23 juillet 1999
La discussion fût très tendue hier soir. Myrtille
s'est mise à pleurer, de joie selon elle...
J'ai tourné cette idée dans ma tête, pleurer
de joie... oui j'ai déjà pleuré, mais jamais
pour marquer ma joie. Je ne crois pas avoir honte de pleurer,
et pourtant aucune larme ne naît en moi lorsque je suis
confronté à des situations pénibles en public.
Peut-être suis-je un ours, ou alors je possède
un ego très fort, mais si une remarque qui se veut blessante
parvient à l'une de mes oreilles, elle se dirige directement
vers mon coeur, qui bat plus fort, puis l'information, lorsqu'elle
parvient à mon cerveau, n'est plus qu'un tout petit truc,
vide de puissance. Et elle est là, dans ma tête,
et je sens mon esprit se raidir, prêt à trouver
la meilleure parade, en une fraction de seconde. Je n'ai pour
ainsi dire pas le temps d'être blessé, je ne pense
qu'à réagir, et attaquer, non à encaisser.
Si la remarque venait d'une personne qui m'est chère,
ou qui "m'était" chère plutôt...
, il faudra bien que j'encaisse, quelques minutes ou heures plus
tard, mais au moment même, la colère envahit mes
yeux, et je tente d'y laisser deviner de la glace, mon visage
restant imperturbablement vissé à mon ennemi. Une
haine sourde bout dans ma tête, mais les traits de mon
visage restent impassible, tel un robot, mes yeux ne laissant
jaillir qu'une trace de méchanceté froide et lucide,
comme lorsque le loup guette sa proie... quel côté
de son cou vais-je agripper ?...
Et tout est affaire d'espèce, je peux ne rien faire,
ou rétorquer de façon blessante, assassine. Plus
les paroles sont lentes et froides, plus elles semblent pénétrer
le coeur de l'ennemi, et le briser.
Pleurer pour ça ? Non, jamais... de toute ma vie, je
n'ai jamais pleuré pour le mal qu'ont pu me causer des
personnes ou des événements. Pourtant j'ai pleuré,
quelques fois, mais uniquement dans les moments où l'ultime
goutte d'eau tombée dans le vase obligeait le vase à
se vider un peu... et quelques larmes amères coulaient
sur mon visage, des larmes de dépit, trop étant
trop. Et je regrette de ne pas pleurer souvent, car ces larmes
me vident, comme si j'évacuais justement l'eau du vase.
Et puis il se remplit à nouveau, puis je le vide partiellement...
certains pleurent toutes les larmes de leur corps, le vase est
alors vide ? Mais il se remplit toujours plus vite, plus on le
vide, plus il se remplit. Mon vase est toujours plein, prêt
à déborder, mais je le gère soigneusement,
flirtant avec les limites... j'ai besoin de ce vase, il est là
pour me rappeler ce que j'ai vécu, pour ne pas oublier,
et ne jamais me rassurer en pensant qu'il est vide. Je suis aux
aguets, prêt à jaillir, ne laissant quiconque toucher
à lui...
Dimanche 25 juillet 1999
Hier soir, vers 22 heures, le mistral soufflait sur la plage.
Il ne laissait s'échapper que quelques notes des hauts-parleurs
qui pourtant hurlaient.
J'ai longuement hésité à accepter cette
invitation, car Sophie était absente. Je me retrouvais
seul au milieu de ces quasi-inconnu(e)s, tous plus occupés
les uns que les autres à afficher sur leurs visages des
sourires factices, que je n'aurais pas manqué d'effriter
en laissant un de mes doigts effleurer leurs lèvres...
Etouffant de cette atmosphère, je me suis éclipsé
de cette maison afin de rejoindre un feu de camp illuminant la
plage. L'air était frais et en quelques secondes il glaçait
la peau de nos corps. Seuls les plus courageux, ou les plus amoureux
de la lumière lunaire glissant sur les vaguelettes d'eau,
se risquaient à braver la nature.
Un envahisseur crût bon apporter une mini-chaîne
afin d'y écouter du reggae. Mais profitant de son absence
momentanée, j'ai glissé à l'intérieur
de l'appareil un compact-disc du compositeur tchèque Smetana,
dont la Moldau me fait frémir. Le vent ne devait pas être
assez frais à mon goût...
Et je me laissais bercer par les notes mélancoliques de
cette mélodie, contemplant de mes yeux vides le rivage,
subjugué par le faible murmure des vagues mourant sur
le sable. Le visage de Sophie s'incrustait dans mon esprit, puis
mourait lui aussi, et parfois emporté par les vagues rejetées
au large...
Les paupières lourdes, je m'abandonnais au sommeil,
et les rayons du jour réveillèrent mon corps engourdi...
le soleil éclairait le spectacle s'offrant à mes
yeux, tous mes camarades étalés les uns à
côté des autres, ou les uns sur les autres, tous
saouls, cuvant leur vin pour mieux y noyer leur misère.
Mon corps est meurtri de courbatures, et si j'avais un royaume,
je l'échangerais contre un bain dont la chaleur amenuiserait
mes douleurs.
Lundi 26 juillet 1999
Encore le goût de l'amertume qui envahit ma bouche.
Quelques mots prononcés par Sophie hier soir ont bousculé
mon esprit, lui qui aimait tant être bercé par les
remous des nuages, tout là haut. Et ces quelques mots
se sont accrochés impitoyablement à mes jambes,
et ils étaient si lourds qu'ils m'ont emporté avec
eux, tout en bas, sur Terre, afin que je la regarde, elle, Sophie,
de mes yeux tout neuf, sans la brume qui voilait mes iris.
Et elle était là, en face de moi, nue. Et Dieu
qu'elle était laide. Depuis 3 jours elle était
silencieuse, comme si elle évitait de me croiser. Et je
n'ai rien dit, ni rien fait pour la contacter, et apparemment
elle n'en est pas contente. J'ai cru découvrir que la
seule chose qui l'intéressait est que je sois attiré
par elle, elle voulait me voir aimant, à ses pieds, attendant
fébrilement un signe de sa part qui m'inciterait à
poser mes lèvres au creux de son cou... mais il n'en a
jamais été ainsi. Jamais je n'ai été
aux pieds de qui que ce soit, jamais je n'ai supplié,
jamais je n'ai souffert de ces femmes-là, celles dont
les sentiments sont passés centimètre après
centimètre au rouleau compresseur de leur raison, décortiquant
le moindre homme, afin d'y déceler le parfait serviteur,
le parfait esclave, le bel abruti à saigner. J'ai toujours
traité ces femmes à leur façon, les croisant
sans un regard, et jouissant intérieurement de leurs regards
désabusés, car moi, je refusais d'être à
elles.
Et un jour, comme ça, elle resurgit, et te reproche
plein de choses, superficielles, sachant que ce qu'elle te reproche
est de ne pas être suffisamment accroché à
elle. Infidélité !
J'ai réglé tout ceci avec Sophie, je lui ai
dit que je l'aimais, mais juste comme ça, comme une femme
avec laquelle j'aime discuter, sans avoir envie de glisser une
main sous sa jupe, ni de passer un anneau autour de son annulaire...
Elle n'a pas compris. La porte a claqué. Je ne l'ai
pas retenue, ni elle, ni la porte.
Mercredi 28 juillet 1999
Elle cachait son visage entre ses mains. Je la regardais du
coin de l'oeil, comme tout le monde.
Assise sur son banc, affrontant le soleil de midi à l'ombre
d'un olivier, elle pleurait. Elle tentait de retenir les hoquets
qui la faisaient tressauter, et elle me tordait le coeur.
Je ne savais que faire, comme "tout le monde". Certains
la regardaient à peine, en passant près d'elle,
d'autres la fixaient plus longuement, sans pudeur.
Une nouvelle fois je me retrouve confronté à cette
angoisse, une inconnue pleure, et j'ai mal pour elle, et je me
hais d'être aussi peu dégourdi, de ne pas l'approcher,
de ne rien faire pour la consoler. Je commence à mordre
légèrement mes lèvres, incapable du moindre
mouvement, prisonnier de ce que je pense. Pourquoi irais-je la
consoler ? Peut-être qu'elle souhaite être seule,
et si même elle voulait être consolé, est-ce
moi qu'elle voudrait ? Un intrus, un homme qui pense pouvoir
soulager ses peines, quelle prétention ! Et les secondes
s'écoulent, je trouve tous les arguments pour ne pas agir,
tout ce manque de confiance en moi, ce manque de détermination.
Il le faudrait, il faudrait que j'agisse, au risque qu'elle me
rejette... et me voilà, comme un gros bêta, craignant
d'être rejeté par une inconnue tentant de freiner
la course de ses larmes sur ses joues, de cacher sa peine entre
ses mains. Et le temps passe, et j'attends, mes muscles raidis,
comme si j'allais enfin agir, enfin aller vers elle, ou espérant
qu'elle cesse instantanément de pleurer, et je serai sauvé...
Personne n'agit, et elle pleure toujours... trois minutes
que je réfléchis à toute cette situation,
et je craque. Je ne sais comment, j'avance mes pieds, l'un après
l'autre, assez lentement, mais de façon assurée,
comme si j'essayais de montrer que je suis sûr de moi.
Je m'assois à côté d'elle... les bruits
de ses larmes me trouble, et cette fois j'essaye de trouver le
courage, de la toucher, ou de lui parler... mais l'inquiétude
me gagne à nouveau, comment la consoler ? De quel droit
puis-je poser ma main sur son épaule ? Et quels mots employer
?
Elle ne fait pas attention à moi, elle ne doit même
pas savoir que je suis là, à côté
d'elle... et je vide mon cerveau, pour agir enfin, et je lance
une phrase alambiquée, du moi typique. "Pardon...
je... je... peux peut-être faire quelque chose pour vous,
enfin, je veux dire que je peux, enfin... que vous pouvez
me parler si vous le souhaitez, mais bon, ce n'est pas obligé,
je demande comme ça... juste comme ça....".
Ses mains découvrent son visage, elle lève ses
yeux humides et rougis vers moi, et toute sa tristesse jaillit
en moi. Sa douleur, sa peine semblent marquées par la
résignation. Ses yeux n'implorent rien, ni pitié,
ni miséricorde, ils sont d'un bleu limpide, comme si elle
savait, enfin. Aucune incompréhension dans sa manière
de me regarder, ses yeux semblent me dire "Enfin je sais...".
Et je lui souris, un tout petit sourire, à peine esquissé,
un sourire tendre, que je veux chaleureux et compréhensif.
Je ne peux me retenir de poser ma main droite sur son épaule,
et de la caresser à peine.
Elle m'a souri en retour, puis s'est levée, tremblotante...
je n'ai rien pu dire, je n'ai rien pu faire, elle est partie.
Et je me suis senti très seul sur ce banc, et très
triste. Je rêvais à cette tristesse, imaginant follement
que si j'étais triste, c'était parce que j'avais
vidé une partie de son âme de toute la tristesse
qui l'envahissait, comme si on pouvait prendre ainsi une douleur,
une souffrance, vider celle qui ressent cette douleur... et n'y
laisser que de la sérénité, ou du vide,
qui doit être à nouveau rempli, mais pas de tristesse...
Vendredi 30 juillet 1999
Ce matin, le petit garçon qui est en moi a pris le
dessus sur le grand garçon que je suis, l'incitant à
céder au désir qui montait en lui...
Je me baladais près d'une oliveraie, seul, comme d'habitude,
et à un moment, un olivier majestueux attire mon regard,
très surpris. Mes yeux l'ont scruté quelques secondes,
et j'ai eu envie, subitement, d'y grimper. Tout comme lorsque
j'étais petit, rêvant de cabanes logées au
coeur d'arbres gigantesques, là où je pourrais
regarder le monde sans que lui puisse m'apercevoir. Cet arbre
rien qu'à moi, qui aurait été mon refuge,
le lieu où fuir lorsque ces adultes m'auront trop blessé,
le lieu où je serai en harmonie avec ce qui est réellement
grand et important, cet arbre centenaire... lui qui me protégerait
de tous ces êtres humains trop couards pour lever les yeux
au ciel, si habitués à jeter les yeux vers le sol.
Mais je ne rêvais pas de grandeur, mon seul souhait
étant d'être seul, ou plutôt, de ne plus voir
le moindre homme. Car je n'aurais pas été seul...
avec les êtres vivants de la forêt... le murmure
du vent bruissant les feuilles des hêtres ou des érables,
les hululements des chouettes au clair de la pleine lune... autant
d'images qui m'emportaient avec elles et qui me rassuraient,
loin de la grisaille rongeant l'homme et ses lieux d'habitation...
Cet olivier était si majestueux, j'aurais voulu m'approcher
de lui, et le caresser du bout des doigts. Lui si vivant, si
fertile, laissant échapper la saveur de l'olive noire
qui mûrit... le toucher du bout des doigts, le respecter...
et puis j'ai renoncé. Seul un fou caresse un arbre, seul
un fou le voit vivant, et prisonnier de la culture qu'ils m'ont
imposée, je n'ai pas osé... mais je me suis promis
que la prochaine fois j'oserai...
Août 1999
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