Quelques echos parus dans la presse

 

Quelques echos parus dans la presse:

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Richard D. en son Conseil d'Administration: "Je n'ai aucun pouvoir !" (dixit 08/03/2001)

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SOMMAIRE

 

LE MONDE DIPLOMATIQUE ou comment ne pas l'être...

LES fameux articles sur Sciences-Po qui avaient influencé Descoings !!!

UN ÉTABLISSEMENT PEU ORDINAIRE - ET TRÈS PEU DÉRANGEANT
Sciences-Po laminoir des élites françaises

Les meilleures copies

Comment Sciences-Po et l'ENA deviennent des « business schools »

 

LE MONDE ne suffit pas...

LE MONDE semble s'interesser à Sciences-Po; en témoigne tous les articles publiés...

Réactions mitigées des étudiants à la nouvelle voie de recrutement de Sciences-Po

La nouvelle voie de recrutement de Sciences–Po soulève de vives oppositions

Sciences-Po, changer pour que rien ne change

Les "conventions ZEP" en débat à Sciences-Po

Chats de banlieues

Ceci n'est qu'une sélection, l'intégralité des articles publiés est accessible par une page "dossier" du Monde remarquablement construite: http://www.lemonde.fr/dossier/0,5987,3264-5345--,00.html

 

 



>  MARS 1999      >  Pages 24 et 25

 

UN ÉTABLISSEMENT PEU ORDINAIRE - ET TRÈS PEU DÉRANGEANT
Sciences-Po laminoir des élites françaises

Rares sont les pays où un seul établissement joue un si grand rôle dans la formation des dirigeants administratifs et politiques. Il fait école à l'étranger. L'ordre du monde n'a, il est vrai, rien à redouter d'une institution pareille, tant elle cultive avec une application distinguée la légitimation de la pensée dominante et des hiérarchies en place.

 

Par ALAIN GARRIGOU
Professeur de sciences politiques à l'université Paris- X-Nanterre.





POURQUOI s'intéresser à Sciences-Po ? Parce que Sciences-Po s'intéresse à nous. En se présentant comme une « école de formation des élites », cette institution, localisée rue Saint-Guillaume, dans le septième arrondissement de Paris, prétend en effet choisir ceux qui nous dirigent. Et elle y parvient.

Un annuaire des anciens élèves (39 691 noms dans l'édition de 1998) en offre un tableau éloquent. Il n'existe guère de pays où les principaux personnages de l'Etat soient d'anciens élèves de la même institution, où le président de la République, le premier ministre, le président de l'Assemblée nationale soient diplômés de la même école. Aurait-on consulté un annuaire plus ancien et contemporain du précédent gouvernement - et, précision pas tout à fait inutile, d'une autre majorité -, le constat eût été le même. Quant au prochain changement politique, quel qu'il soit, parions que le futur annuaire autorisera le même constat.

Constat trop facile ? L'examen peut être prolongé du côté des ministères. Dans chacun, les noms des diplômés de Sciences-Po abondent au sommet de la hiérarchie ou dans les cabinets ministériels. Le plus souvent, celui du ministre y figure aussi. Il vaudrait peut-être mieux chercher ceux qui n'en sont pas. Prenons encore les grands corps de l'Etat, Cour des comptes, Conseil d'Etat, Inspection des finances : tout commentaire est superflu. La liste des secteurs d'activité et des entreprises est longue et diverse : banque, industrie, commerce, transports, médias, édition, etc. Cette école semble ouvrir les perspectives professionnelles les plus variées.

Ce bref aperçu suggère-t-il davantage que la situation ordinaire des anciens des grandes écoles, un réseau parmi d'autres ? Les relations d'anciens élèves sont ici moins solidaires que pour les grandes écoles d'ingénieurs : les formations scolaires paraissent plus diverses, les relations entre élèves plus distendues dans une école dont les contraintes d'assiduité restent modérées. Mais Sciences-Po a conquis un monopole peu ordinaire de recrutement : celui de l'Ecole nationale d'administration (ENA), donc de la haute administration, donc des dirigeants de l'Etat.

Un autre principe spécifique de formation des élites est leur dispersion. Celle-ci concerne les différents secteurs du pouvoir, des hommes politiques, des hauts fonctionnaires, des patrons de grandes entreprises, des journalistes. Petit jeu des probabilités. En France, quelles sont les chances pour un chef d'Etat ou un ministre issu de Sciences-Po d'avoir un cabinet composé d'anciens de Sciences-Po, de diriger des chefs de service et sous-chefs de service qui sont des anciens de Sciences-Po, d'être interviewé par des journalistes anciens de Sciences-Po, de faire appel aux services de sondeurs et de conseillers en communication issus de Sciences-Po, de lire des commentaires de ses actes et de ses paroles par un éditorialiste passé par Sciences- Po ? Le degré d'intégration des élites est unique. Les 39 691 noms de l'annuaire n'appartiennent pas forcément à ces élites, mais les noms de l'élite figurent en général dans ce grand nombre. Comment Sciences-Po est-elle devenue une telle institution ?

Le nom sonne bien. Avec la clarté des choses qui en imposent, Sciences-Po est celui d'une (grande) école, un titre pour les élèves qui en sont diplômés et une promesse pour ceux qui y suivent encore leurs études. Ce nom a d'abord désigné l'Ecole libre des sciences politiques, fondée par Emile Boutmy en 1872, après la défaite militaire et la Commune. La nationalisation de 1945 n'a pas marqué de rupture : on a continué à parler de Sciences-Po. Mais sous son nouveau nom d'Institut d'études politiques de Paris. Sciences-Po est « l'ensemble composé de la Fondation nationale des sciences politiques et de l'Institut d'études politiques de Paris (1) ».

Une nationalisation

en trompe-l'oeil

 

 

PEUT-ON encore ignorer les liens divers avec l'ENA, primitivement installée dans les locaux de l'Institut avant de déménager dans un immeuble de la Fondation nationale des sciences politiques, rue des Saints- Pères ? Pour faire face à sa croissance, Sciences-Po a essaimé tout autour du 27 de la rue Saint-Guillaume. Des instituts de province ont vu le jour. Au milieu des changements, le nom de Sciences-Po a transmis l'héritage de prestige de l'ancienne école libre. Les présentations de l'institution revendiquent une continuité bien établie : « Sciences-Po est née en 1872, lorsque Emile Boutmy a créé l'Ecole libre des sciences politiques pour renouveler la formation des élites en France », commentait une plaquette de 1997. Le nom commun a été officialisé ; la dénomination légale d'Institut d'études politiques de Paris a disparu.

En réussissant à accaparer la formation et le recrutement des hauts fonctionnaires, l'Ecole libre des sciences politiques devait forcément susciter les menaces de nationalisation. L'entreprise fut tentée dès l'époque de Jules Ferry, puis du Front populaire. Mais, à la Libération, les vieilles accusations contre une école de la grande bourgeoisie, parisienne de surcroît, étaient renforcées par les critiques de l'attitude de l'école sous le régime de Vichy. Les charges étaient réelles sans être accablantes, et, à l'inverse, des dirigeants tels que le directeur, Roger Seydoux, avaient acquis des titres de résistance. Dans le « procès » de la haute administration de la IIIe République et de Vichy, on eût pu mettre en cause l'institution qui se vantait d'avoir formé la plupart des hauts fonctionnaires. On eût pu encore faire remarquer que les événements avaient signé l'échec de son ambition de renouveler la formation des élites à la suite d'une défaite plus ancienne.

Le salut vint des circonstances dramatiques et de la paix civile menacée. Le gouvernement provisoire et le général de Gaulle ménagèrent la haute administration française pour des raisons qui valurent aussi pour l'Ecole libre des sciences politiques. Le 20 février 1945, le communiste Georges Cogniot déposait la demande de nationalisation sur le bureau de l'Assemblée consultative. Le progressiste Pierre Cot reprenait son projet d'Ecole nationale d'administration lancé à l'époque du Front populaire. Personne n'en doutait : les élections législatives proches allaient amener une Assemblée largement dominée par la gauche. La nationalisation était inéluctable. Il fallait prendre les devants.

Les ordonnances du 9 octobre 1945 allaient très au-delà de la seule nationalisation d'une école privée. Se prévalant du juste « procès de nos administrations publiques », elles engageaient une grande réforme de l'administration. Elles créaient d'abord la Fondation nationale des sciences politiques avec un statut hybride : privée, mais « voulue et établie par l'Etat ». Non seulement cette nationalisation n'était pas une dépossession des anciens propriétaires, mais elle consacrait leur réussite. Un brevet de bonne conduite était décerné à « un foyer actif de résistance à l'envahisseur ». Cette fondation se voyait confier la garde du patrimoine, celle du financement de l'Institut d'études politiques de Paris et la mission de « favoriser le progrès et l'étude des sciences politiques, économiques et sociales ».

La fondation se voyait octroyer un contrôle officialisé et légalisé sur la formation de la haute fonction publique, dans un système opaque et complexe. Elle bénéficiait du financement de l'Etat en relevant d'une ligne de crédits spéciale sur le budget du chef du gouvernement. La composition de la fondation garantissait le contrôle des héritiers des fondateurs, délicieusement désignés comme « auteurs de libéralités ». Leur renouvellement avait lieu par cooptation tous les dix ans, et le président de la fondation devait être choisi parmi eux.

Concrètement, les dirigeants d'alors demeuraient en place : le directeur, Roger Seydoux, puis Jacques Chapsal, secrétaire général depuis 1939 et directeur à partir de 1947. Quant à la grande figure intellectuelle de l'école libre, André Siegfried, professeur au Collège de France et académicien, en même temps que membre d'une famille de la haute bourgeoisie protestante, il devenait président de la fondation. Comme l'indiquait cette nationalisation en trompe- l'oeil, dans la course de vitesse engagée entre élites concurrentes, les élites établies avaient su rétablir une position compromise. Pour elles, le contrôle de la formation des dirigeants de l'Etat était trop vital pour être abandonné à des prétendants (de gauche) qui contrôleraient une Assemblée parlementaire.

Voie royale

vers l'ENA

 

 

POUR l'Ecole libre des sciences politiques, la réussite ne s'était pas fait attendre. Dès 1879, Emile Boutmy dressait devant le conseil d'administration un bilan en forme de bulletin de victoire : « L'efficacité de l'école dans tous les concours a été établie par des expériences répétées, et elle jouit dès à présent d'un véritable monopole. » L'école publique ne pouvait se vanter d'une telle situation de monopole, contraire aux normes démocratiques. De 1947 à 1969, les résultats au concours d'entrée à l'ENA ne marquèrent néanmoins aucun changement, puisque 77,5 % des admis étaient des diplômés de l'IEP de Paris. Si l'on considère ceux qui ont préparé le concours au sein de l'IEP, la proportion se situait même au-dessus de 90 %. En 1996, l'institution revendiquait 46 admis sur 51 au concours externe de l'ENA.

Cette efficacité ne se limite pas à la seule ENA. La même année, Sciences-Po affichait les résultats suivants : 13 reçus sur 28 au commissariat aux armées, 2 sur 3 aux Assemblées, 24 sur 48 à l'Ecole nationale de la santé, 23 sur 41 à la direction des caisses de sécurité sociale, 12 sur 21 à la Banque de France, 37 sur 64 Français (sur un total de 300 admis) à l'Union européenne, et même 19 sur 121 à l'Ecole nationale de la magistrature.

En ce qui concerne le recrutement de l'ENA, le monopole ne s'est donc pas démenti. Dans les années 80, les instituts d'études politiques d'équilibre ont bénéficié de centres de préparation et de moyens financiers renforcés. Mais les chiffres n'en furent pas durablement affectés. L'avantage parisien s'explique par la proximité des administrations où sont recrutés les enseignants : « Enseignés pendant plusieurs années par ce type d'hommes, et corrigés lors des concours d'entrée par les mêmes et par d'autres qui leur sont interchangeables, les élèves de l'IEP de Paris sont certainement privilégiés par rapport aux candidats qui ne possèdent pas ce “bagage” intellectuel et culturel (2). »

L'existence de voies de formations privées renforce l'avantage. En 1969, le directeur de l'ENA tempêtait : « Ce qui est scandaleux, c'est la pratique des “écuries payantes”, dirigées par des collègues de nos illustres corps et membres des ministères. Autrefois, cela se faisait gratuitement, maintenant c'est payant. Je crois que le remède relève d'une action du gouvernement pour interdire absolument cette pratique qui démoralise les étudiants de province. » Mais on ne dispose pas d'éléments établissant cette disparition ! Et les étudiants de province ou déjà diplômés des universités parisiennes et de grandes écoles affluent à la préparation à l'ENA de l'IEP de Paris afin de se donner les meilleures chances de réussite au concours (dans leur esprit, les seules chances). Dans un ultime développement, Sciences-Po vient de réserver sa préparation à l'ENA à ses propres diplômés, sous la pression du ministère de l'éducation nationale...

La section « service public » a longtemps gardé la réputation de voie royale parce qu'elle préparait aux carrières de la fonction publique, et d'abord à l'ENA. Ces débouchés étant forcément limités, l'institution a développé d'autres voies de formation. La direction a d'abord insisté sur les emplois du secteur privé auxquels avaient accès les diplômés. La section « économique et financière » (Ecofi) a ainsi paru s'apparenter à une nouvelle école supérieure de commerce.

Interdire l'émergence

d'une concurrence

 

 

LA séparation croissante des sections et la diversification des enseignements ont semblé menacer suffisamment l'unité de la formation pour en justifier la réforme. Ce qui fut appelé « réforme Lancelot » s'est opéré en deux directions : un renforcement de la formation commune, au profit de l'histoire ; la multiplication des enseignements et des options. En outre, l'effort porté sur l'apprentissage des langues et de l'informatique ou l'organisation de séjours à l'étranger et en entreprise ne sont pas sans parenté avec une organisation de business school. L'insistance de la direction à signaler que 100 % des diplômés trouvent immédiatement un emploi suggère ce modèle.

Aucun monopole ne se reproduit sans effort pour interdire l'émergence d'une concurrence. A plusieurs reprises, l'institution a imposé une sorte de droit de veto sur la création d'un institut d'études politiques ou d'un établissement concurrent dans la région parisienne. Le parrainage des IEP de province rappelle la position subordonnée de ces instituts, financièrement et symboliquement dépendants de la Fondation nationale des sciences politiques. Le principal moyen de maintien reste cependant la vieille mais toujours efficace stratégie d'Emile Boutmy. Le recrutement de hauts fonctionnaires avait non seulement permis de réussir dans la préparation au concours, mais avait aussi doté l'Ecole libre des sciences politiques d'un puissant réseau de soutien.

Depuis la création d'une Ecole nationale d'administration essentiellement pourvue par Sciences-Po, le réseau de soutien s'est considérablement élargi dans la haute fonction publique. D'autant que, le recrutement du personnel politique s'effectuant désormais largement parmi les énarques, il s'est en outre étendu à de nombreux dirigeants politiques. On comprend mieux que l'institution soit riche, que le coût de formation d'un étudiant soit dix fois plus élevé que dans une université. Et, lorsque les différentes ressources accumulées - ligne budgétaire spéciale, crédits de l'éducation nationale, taxe d'apprentissage et formation professionnelle - n'évitent pas un déficit, il est difficile aux responsables politiques de refuser leur concours !

Excellence

et superficialité

 

 

EN vantant sa capacité d'innovation pédagogique, l'institution d'aujourd'hui rappelle volontiers les audaces d'hier. L'initiative privée était dirigée contre la sclérose d'une institution universitaire conservatrice. Les enseignements, essentiellement d'histoire, envisageaient d'abord les temps contemporains. D'autres innovations vinrent progressivement, comme la conférence de méthode (travail en groupe), devenue obligatoire pendant l'entre-deux-guerres. Les ordonnances de 1945 vantaient cette pédagogie, et les IEP recevaient la mission de poursuivre dans cette voie puisqu'il s'agissait « de former les élèves aux méthodes de travail et d'exposition et de les initier aux problèmes concrets de l'administration et de la vie sociale ».

La formation de Sciences-Po allie la réputation d'excellence à celle de superficialité. Elle est l'écho contradictoire de l'ambition originelle : associer la virtuosité d'expression à une vaste culture. S'il est un exercice quasi emblématique de l'institution, c'est le « grand oral », ou « grand O », cette épreuve soutenue en fin de scolarité devant un jury, longuement préparée au cours de la scolarité et préfigurant le « grand oral » de l'Ecole nationale d'administration. En principe, on n'y évalue pas des connaissances techniques, de droit ou d'économie, par exemple. Mais cela dépend des membres du jury, et cet aspect-là apparaît également, dans un exercice plus mondain que savant (3). Il doit d'abord être compris comme un rite d'initiation qui laisse à certains de ceux qui l'ont subi ce souvenir inoubliable, dont ils ont revécu et raconté chaque seconde et chaque question. En même temps, les ordonnances et décrets de 1945 insistaient fortement sur la vocation scientifique de l'institution. La formation des élites ne saurait s'effectuer sans cette légitimation intellectuelle.

En se réclamant d'un ensemble de savoirs comprenant le droit, l'histoire, la géographie, l'économie - les anciennes sciences politiques (et morales) -, l'Ecole libre des sciences politiques se désignait comme une école du pouvoir. La discipline moderne apparut comme une création d'outre-Atlantique, notamment sous sa forme de science de l'opinion publique. Elle concernait tous les savoirs nouveaux sur lesquels pouvait se fonder le gouvernement. Jeunes et conquérantes, ces sciences étaient placées sous la tutelle des élites établies et des pouvoirs politiques.

L'histoire demeure cependant la principale discipline d'enseignement. Il faut restituer le caractère novateur du programme d'Emile Boutmy lorsqu'il proposait de faire de l'histoire contemporaine son axe intellectuel. C'était rompre avec des siècles d'éducation des élites en remplaçant les anciennes humanités par la connaissance des faits contemporains. Il n'est cependant pas sûr qu'on ait en même temps rompu avec la vieille pédagogie des exemplæ dans laquelle la connaissance de l'histoire contemporaine est présentée comme une préparation aux tâches de dirigeants. Ce savoir légitimiste est plus porté à discuter des actions et personnages publics, à participer aux commémorations qu'à se situer à la pointe des recherches historiques.

Conformément aux missions fixées à l'institution, la formation rhétorique et une méthode de travail de dossiers se sont forcément imposées comme des conditions de la réussite. Ces impératifs ne sont effectivement pas ceux d'une connaissance scientifique, mais ceux de savoirs pratiques et de légitimation. Pourtant, l'institution n'a pu renoncer à la caution de la science, nécessaire à la légitimité de tout pouvoir et à l'évaluation de tout mérite.

Tel professeur présentait ainsi l'accès au troisième cycle dans les termes de la rupture et de la conversion : « Il ne s'agira plus (ou plus seulement) de comprendre, d'apprendre et d'être à même de recomposer avec habileté et élégance des savoirs acquis. Il s'agira de plus en plus fréquemment de produire des recherches originales qui seront évaluées selon des critères habituellement utilisés dans les sciences sociales. Osons la formule : il faudra maintenant faire oeuvre de science. » Savoir scolaire dans le contenu et mondain dans la forme pour la majorité des étudiants qui entreraient dans la vie professionnelle, passeraient les concours ou entreraient dans des écoles spécialisées ; savoir scientifique pour la minorité, ceux qui prolongeraient leurs études dans l'institution : l'opposition est abrupte.

Le libéralisme politique a été souvent vanté comme une qualité que l'Institut aurait reçue en héritage. Une étude des copies d'épreuves de l'entre-deux-guerres a infirmé ce point de vue en montrant les contraintes d'orthodoxie imposées par l'institution. Celles-ci se voient d'autant moins qu'on s'est mieux adapté à des exigences tacites et que, ensuite, en célébrant l'ouverture d'esprit de l'institution, on célèbre sa propre indépendance intellectuelle. Dans les exercices scolaires d'exposé et de dissertation, on ne peut, par exemple, ignorer l'affinité des critères de l'excellence avec les conceptions mesurées d'une démocratie modérée.

L'institution n'est pas en dehors de toute préférence idéologique. Peut-être la vocation même de formation des élites contient-elle implicitement ce programme politique de démocratie modérée dans laquelle, pour reprendre une formule de Montesquieu, « il faut que le petit peuple soit éclairé par les principaux, et contenu par la gravité de certains personnages ». La défense de la démocratie pluraliste se précise dans la dénonciation des extrémismes dont les formes de gauche et de droite sont renvoyées dos à dos. A la critique antitotalitaire de régimes qui ont disparu a succédé la stigmatisation du populisme, qui permet de réaffirmer la conception d'une démocratie dangereusement vouée à l'ignorance du peuple si elle n'était tempérée par la médiation des élites (lire l'encadré page précédente)..

La dévolution du pouvoir dans l'institution obéit à ce qu'on appelle « l'usage de la maison ». Cet usage fut défini dès l'Ecole libre des sciences politiques , puisque Emile Boutmy resta le directeur depuis la création jusqu'en 1906, date de sa mort, que son successeur, le baron d'Eichtal, le demeura jusqu'en 1936, alors qu'il était nonagénaire. Après la période de toutes les tourmentes (du Front populaire jusqu'à la Libération), Jacques Chapsal fut le directeur en titre de 1947 à 1979. Les directeurs sont nommés par leur prédécesseur après consultation des principaux dirigeants.

Ainsi, pour la nomination de M. Alain Lancelot en 1986, le directeur démissionnaire annonçait son départ et lançait le nom du successeur. Le président du conseil de direction, François Goguel, indiquait alors les limites d'une concertation. « Pour la succession, il s'en est entretenu avec M. René Rémond, président du conseil d'administration de la Fondation nationale des sciences politiques, et, en plein accord avec M. Michel Gentot, il pense que la personne qui paraît s'imposer comme futur directeur est M. Alain Lancelot, docteur ès lettres, professeur des universités, et qui a fait toute sa carrière rue Saint-Guillaume. »

Un membre extérieur du conseil de direction, faussement naïf, s'étonna qu'on proposât une candidature unique et que le choix d'un nouveau directeur fût traité sans considérer les objectifs de l'école. Les remarques parurent outrageantes, comme dans ces réunions de bonne compagnie où le fait de soulever une objection et de rompre l'accord indicible relève d'une faute de goût. Le rappel à la décence s'impose alors : un autre membre du conseil « regrette le tour que prend le débat et déplore que certaines observations puissent laisser supposer une manipulation du conseil ». Sur 26 votants, le candidat était élu avec 22 suffrages et 4 bulletins blancs. Pour la première fois, le nouveau directeur était universitaire. Pour la seule fois, de surcroît : celui-ci ayant été nommé en 1996 au Conseil constitutionnel par le président du Sénat, dont il avait été le conseiller, la succession revint, selon la procédure habituelle, à un membre du Conseil d'Etat.

Sur plus de 1 200 enseignants employés en 1996- 1997, l'Institut ne compte que très peu d'enseignants permanents : 25 professeurs des universités, quelques maîtres de conférences, soit au total une quarantaine d'universitaires. La particularité est étonnante même si elle se réclame de la tradition de l'ancienne Ecole libre. Le partage en trois tiers - universitaires, fonctionnaires, professionnels - ne saurait masquer la faiblesse du nombre d'enseignants titulaires. A la différence des universitaires nommés selon les règles universitaires électives, les enseignants vacataires, soit la quasi-totalité du corps enseignant, sont choisis par la direction. Un tel système confère à celle-ci un pouvoir sur l'enseignement. Sans doute cette direction ne se préoccupe-t-elle pas de chaque nomination, mais, à l'inverse, elle peut émettre des voeux sur l'élection des universitaires dotés d'une légitimité extérieure qui leur confère une certaine indépendance.

Cette politique de reproduction du pouvoir directorial explique la situation étonnante d'un établissement qui n'exprime pas de demandes d'effectifs à un ministère qui doit s'en féliciter. Le système a des qualités souvent soulignées, l'institution disposant d'un réservoir important de compétences. Les avantages d'un enseignement pour les enseignants vacataires sont évidemment moins d'ordre matériel que d'ordre symbolique : le titre de professeur ou maître de conférences à Sciences-Po, qu'on peut arborer sans que cela ait de rapport avec le grade universitaire. L'institution a donc cette capacité exceptionnelle de battre monnaie par une concession d'Etat. On conçoit que les vacataires demeurent extérieurs à la politique de l'institution puisqu'ils ne sont pas suffisamment engagés dans sa vie et qu'ils doivent leur nomination à la direction.

Ce système clientélaire explique partiellement le pouvoir de l'institution au sein de l'Etat : une bonne partie de la haute fonction publique recrutée par l'ENA est issue de Sciences-Po... et enseigne ensuite à Sciences-Po. Depuis la nationalisation, l'institution a montré un pouvoir accru de négociation à mesure qu'elle formait le haut personnel d'Etat. Les dispositions légales et les relations contractuelles avec les pouvoirs publics se règlent comme pouvait s'en vanter un ancien directeur : « Nous sommes l'établissement le plus autonome de France, puisque nous pouvons nous vanter d'avoir écrit nous-mêmes le décret qui va nous régir » (Michel Gentot, 1985). L'institution conçoit, décide, rédige ; les pouvoirs publics ratifient.

Une fonction

de reproduction sociale

 

 

LA nationalisation avait prétendu corriger la sélection sociale de l'Ecole libre des sciences politiques dont on avait répété qu'elle était l'institution créée par et pour la bourgeoisie parisienne (4). En fait, le statut public a donné une légitimité supplémentaire aux critiques d'un recrutement guère plus ouvert, d'un enseignement coûteux réservé aux mieux nantis et de son monopole sur la formation de la haute fonction publique. L'institution s'est sans cesse appliquée à fournir des démentis. Déjà, l'Ecole libre avait mis en avant l'existence de quelques bourses offertes à des étudiants modestes ou encore fait une enquête censée montrer un recrutement social plus ouvert. A partir des années 60, des membres de l'institution ont publié des études destinées à corriger l'image de sélection sociale. Les interprétations statistiques ne sauraient toutefois cacher combien l'institution a préservé sa sélectivité scolaire et sociale relativement aux universités, dont les effectifs s'accroissaient considérablement.

En janvier 1995, la grève étudiante contre la réforme Lancelot se noua sur la suppression des bourses sociales de l'établissement ainsi que sur l'augmentation des droits d'inscription, qui passaient de 800 francs à 5 600 francs. La direction prétendait inciter les étudiants à recourir au prêt en faisant valoir que la totalité des étudiants trouvaient un emploi à la fin de leurs études et pouvaient ainsi aisément rembourser. Sans crainte de la contradiction, le directeur justifia ces mesures financières par les origines sociales privilégiées des étudiants et les bonnes conditions d'études. Cet emprunt aux pratiques des business schools pouvait cependant difficilement être présenté comme une mesure de démocratisation.

L'institution affiche un objectif officiel - s'ouvrir - qu'interdisent largement les représentations - des effectifs ou de l'espace - d'une école du pouvoir. Ainsi, Sciences-Po a gardé ses locaux du 7e arrondissement alors que les grandes écoles ont été délocalisées vers la banlieue parisienne ou vers la province. L'image projetée d'une institution de reproduction de l'élite est associée à son inscription géographique dans un lieu central proche des institutions politiques (ministères et assemblées).

La continuité de l'institution et l'efficacité de sa fonction de reproduction sociale sont aussi conditionnées par une tension entre les impératifs de pérennisation du pouvoir et la valeur scientifique de l'institution. La politique malthusienne de la direction en matière de recrutement contribue à la protection d'un pouvoir interne garant de la reproduction d'élites sociales, mais au prix d'un affaiblissement de l'institution et donc, à terme, de sa capacité de légitimation. Le recours à des enseignants extérieurs peut-il compenser les faibles effectifs de professionnels permanents ? La déqualification scientifique relative est un risque au regard des établissements universitaires français et étrangers qui n'ont point à gérer des impératifs politiques de reproduction du pouvoir.

Pour la société, le danger est plus important et déjà présent. Si les élites sont formées aux mêmes façons de comprendre et d'agir, comment peuvent-elles seulement imaginer des solutions alternatives aux problèmes publics ? Les propriétés communes qui aident si bien à se comprendre - et souvent à s'entendre - enferment dans les routines et isolent du monde.

ALAIN GARRIGOU.



 

Sommaire

  NOVEMBRE 2000        Page 25

 


Les meilleures copies (à L'ENA)

Par ALAIN GARRIGOU





Dans une formation « généraliste », les copies de culture générale sont particulière- ment à même de renseigner sur les attentes à l'égard des candidats, sur les critères d'excellence que Sciences-Po est chargé d'inculquer et que les jurys d'entrée à l'ENA reconnaissent. A partir de l'examen des meilleures copies des trente dernières années, on peut relever quelques traits. Il ne s'agit pas de juger les candidats qui se plient à des normes d'excellence (aux attentes des correcteurs), mais de repérer ces normes.

Recette du plan vite fait et d'une clarté élémentaire, la composition en deux parties enregistre une argumentation binaire dans laquelle la deuxième partie nuance la thèse de la première, lui ajoute une autre dimension ou en prend le contre-pied. Les faits sont mobilisés à titre illustratif, les idées sont attachées à l'autorité d'auteurs (connus par une fiche de lecture), l'ensemble est ponctué de citations tirées d'un vade-mecum et s'apparente à un bricolage dans lequel sont alignées des références légitimes. De manière significative, les rapports des jurys lancent des appels incantatoires aux qualités d'originalité.

Selon d'autres critères, universitaires ou scientifiques si l'on veut, puisque les sujets réclament souvent des compétences de sciences sociales, ces copies notées 16 ou 17 sur 20 sont plutôt médiocres. En fait, cela n'a guère de sens d'évaluer selon des critères scientifiques un travail appartenant au genre mondain. La ressemblance des copies atteste la réussite du travail de conformation dont on a pu observer qu'il est parfois incorporé définitivement, au point que, même écrits plusieurs décennies après, des articles d'anciens élèves de l'Ena restent des copies de Sciences-Po.

Les façons de penser trouvent une autre expression dans les jugements des élèves et anciens élèves sur l'école. Si la critique et l'ironie marquent volontiers la distanciation qui sied à des gens intelligents, les critères de sélection et le classement sont acceptés comme des nécessités. Cette soumission à l'ordre des choses (1) constitue une disposition particulière, le légitimisme, en affinité avec l'effort d'équilibre des propositions émises dans les copies.

 


(1) Jean-Michel Eymeri, Les Gardiens de l'Etat. Une sociologie des énarques de ministère, thèse de science politique, université Paris-I, 1999, vol. 1.


sommaire

  NOVEMBRE 2000        Pages 24 et 25

 

DES RÉFORMES SOUS LE SIGNE DU LIBÉRALISME
Comment Sciences-Po et l'ENA deviennent des « business schools »

La démission récente de Mme Frédérique Bredin de son mandat de députée - socialiste - pour travailler au service du groupe Hachette-Lagardère n'est que l'illustration la plus récente de la privatisation des élites politiques françaises. Cette évolution est encouragée par l'acharnement de Sciences-Po, école de formation de la haute fonction publique, à « séduire les entreprises » et à privilégier une organisation des études qui contribue à préparer les étudiants à des carrières dans le privé. Avec des fonds publics à faire rêver bien des universités.

 

Par ALAIN GARRIGOU
Professeur de science politique à l'université Paris-X - Nanterre.



La nouvelle « grande transformation » du monde changerait-elle tout... sauf ceux qui la commandent et en profitent ? Dans un pays où le système de reproduction des élites se concentre particulièrement sur les grandes écoles, les mêmes personnes, présentées comme de « purs produits de la méritocratie à la française », ont défrayé la chronique des OPA, OPE et fusions récentes.

Leur puissance semble même s'être renforcée. Dans le cabinet de M. Edouard Balladur, ministre de l'économie et des finances de 1986 à 1988, MM. Michel Pébereau, Philippe Jaffré et Jean-Marie Messier, inspecteurs des finances, se virent ainsi chargés des privatisations et conçurent le verrouillage de l'actionnariat par les noyaux durs. En prenant la tête des entreprises qu'ils venaient de privatiser (respectivement la Banque nationale de Paris, Elf, et Vivendi, ex-Générale des eaux), ces hauts fonctionnaires ont tiré parti du recul de l'Etat en l'organisant à leur avantage privé.

Est-ce un bel exemple de l'adaptation à la mondialisation et à l'économie de marché ? Des pronostics annonçaient la fin de ces élites issues des grandes écoles, au croisement de la haute administration, de la politique et de l'économie qui génère toutes les connivences. Ils semblent démentis. Le ticket d'entrée demeure le même : le passage par une grande école, de préférence l'Ecole nationale d'administration (ENA), précédé par Sciences-Po (l'Institut d'études politiques - IEP - de Paris), même si d'autres écoles réalisent de grandes espérances.

Néanmoins, le système de formation des dirigeants se transforme : le « pantouflage » s'accroît en même temps que les grandes écoles se voient concurrencées par d'autres, françaises ou étrangères, et menacées par un autre modèle de formation, celui des écoles de gestion et particulièrement des Masters of Business Administration (MBA) américains (1). Ainsi, des écoles, en principe consacrées exclusivement (ENA) ou largement (Sciences-Po) à la formation des agents de l'Etat, tendent à se transformer en business schools (2). Dans des sociétés contemporaines où la sélection des élites s'opère par l'école, la conversion à l'économie privée ne concerne pas seulement des individus plus nombreux, mais aussi les écoles qui les forment.

La création simultanée de l'Institut d'études politiques de Paris et de l'ENA, en 1945, visait à corriger l'hétérogénéité de la formation de fonctionnaires recrutés par concours spécifiques à chaque ministère ou corps et à démocratiser leur recrutement (3). On ne saurait dissocier les deux, la première ayant été conçue comme une école de préparation - ou de « formation initiale » -, la seconde comme une école d'application. S'il ne suffit plus de « traverser le jardin » pour passer de la première à la seconde depuis le déménagement de l'ENA rue de l'Université (4), le recrutement de celle-ci n'a jamais démenti ce lien privilégié.

La proximité paraît surtout intellectuelle. Les anciens élèves et les directeurs de l'ENA s'accordent sur ce point, les premiers confessant : « Je n'ai pas appris grand-chose à l'ENA... C'est à Sciences-Po que j'ai acquis des connaissances (5) », les seconds rappelant aux nouveaux élèves qu'ils sont censés disposer d'un savoir acquis, ce qui signifie qu'il l'a souvent été à Sciences-Po. Tout comme les manières de penser.

La question de la démocratisation du recrutement de l'ENA a été posée de façon régulière. A la suite de l'ouverture de l'après-guerre, le niveau social des élèves s'éleva brusquement en 1958. En 1974, et surtout en 1981, une correction relative intervint. Symbole : la création d'une troisième voie, bientôt supprimée, puis restaurée (6). En 1996, la fin de la parité entre les recrutements par concours externe (ouvert aux diplômés de l'enseignement, notamment de Sciences-Po, appartenant souvent aux classes supérieures) et interne (ouvert aux seuls fonctionnaires) constitua une fermeture sociale : dorénavant, l'ENA recrute moins de fonctionnaires que d'étudiants.

Les dernières promotions reflètent cette fermeture : jamais aussi peu d'élèves issus du concours interne (un seul par promotion) n'ont intégré les grands corps (Conseil d'Etat, Cour des comptes et inspection des finances). Sachant que 90 % au moins des reçus du concours externe proviennent de l'IEP-Paris et que la quasi-totalité des postes dans les grands corps reviennent aux élèves du concours externe, ce sont donc des étudiants passés par Sciences-Po qui les monopolisent. Même si toute la scolarité n'a pas été effectuée à Sciences-Po, la prep'ENA (formation spéciale de préparation à l'ENA) a attiré les élèves déjà issus de grandes écoles ou encore arrivant d'IEP de province. Sous la pression de ceux-ci et du ministère de l'éducation nationale, la direction a récemment réservé sa préparation à ses propres étudiants.

Paris et ses privilèges

 

Le changement paraît décevant au regard des intentions officielles. Malgré les efforts financiers et quelques dévouements, les réussites des IEP de province au concours d'entrée de l'ENA restent limitées. Nul ne peut se leurrer sur les différences qui les séparent de l'IEP de Paris même si, vers 1990, ils s'emparent de l'appellation Sciences-Po en y accolant le nom du lieu. Derrière cette proximité de façade, les statuts et des moyens manifestent l'écart.

L'institut parisien constitue un établissement autonome (et non rattaché à une université), dont les moyens financiers sont incomparablement plus grands. Son budget s'élève à plus de 230 millions de francs, alors que les autres IEP disposent de 12 à 13 millions de francs pour les plus importants et de 6 à 7 millions de francs pour les autres. Sciences-Po a vingt fois plus de ressources que les deux plus grands IEP de province, quarante fois plus que les autres et trois fois et demie plus que l'ensemble des IEP...

Au-delà des conditions financières, les performances dépendent des caractéristiques de l'enseignement et de la composition du corps enseignant. Les anciens élèves de l'ENA enseignent massivement dans la section « service public » de Sciences-Po, qui préfigure les concours de la fonction publique. Ils composent ensuite la totalité des enseignants de la prep'ENA. Les candidats ont ainsi été formés aux valeurs, manières et préjugés de la haute administration.

Les IEP de province ne bénéficient pas d'un tel réservoir de formateurs. Dans un concours dont la quasi-totalité des membres de jury sont des anciens élèves de l'ENA, la cooptation assure la reproduction sociale. Les critères d'évaluation s'expriment d'ailleurs sans détours : « J'essaie de m'imaginer si j'aimerais travailler avec le candidat que j'écoute et si je pourrais lui faire entièrement confiance (7) », déclarait simplement un membre du jury parmi d'autres.

Contrairement à l'IEP de Paris, qui comporte un corps très restreint d'enseignants permanents (une quarantaine, mais aucune femme) et qui emploie surtout des enseignants vacataires issus de l'administration et de l'économie - un millier environ (8) -, les IEP de province emploient surtout des universitaires. La qualité proprement intellectuelle de leurs enseignements ne prépare pas totalement à la réussite aux concours. « Trop universitaire », expliquait par exemple un énarque à propos des résultats modestes des prep'ENA de province. Trop universitaire, comme on dirait trop savant ou trop intellectuel.

La forme de l'enseignement s'adapte aux exigences du concours de l'ENA. Longtemps, la section service public a donné le ton et largement modelé les principes de la formation. Le mélange de culture dite générale et de culture spécialisée constituait la marque distinctive de cette formation (lire l'encadré sur la pensée Sciences-Po). Dans nulle autre institution d'enseignement supérieur, les enseignants ne soumettent les sujets d'examen au directeur, qui les choisit. En dehors de toute compétence, une telle autorité n'appartient qu'à une institution qui, ayant vocation à former la noblesse d'Etat, garde des habitudes de contrôle idéologique et ne partage pas les principes académiques d'autonomie intellectuelle.

Assez stable pour qu'il paraisse toujours dominant, le système centré sur la sélection des élites d'Etat semble pourtant menacé. Parmi les anciens élèves de l'ENA, le pantouflage s'est accru dans des proportions inédites : « Le pourcentage des énarques en activité dans le secteur privé passe de 1 % en 1950 à 12 % dans les années 70 pour atteindre plus de 17 % en 1990 (9). » Dans les dernières promotions, la proportion approche la moitié. L'attrait du secteur privé et de ses salaires contribue à l'expliquer.

Les célébrations de l'excellence polyvalente de l'ENA par ses « patrons » ont encore encouragé le phénomène. « L'ENA forme des professionnels du service public, mais par des méthodes qui ne peuvent que séduire les entreprises », assurait M. René Lenoir, directeur de 1988 à 1992 (10). Depuis peu, l'attraction de l'ENA décline néanmoins, à en juger par la diminution d'un tiers du nombre des candidatures au concours d'entrée depuis 1995. En fait, ces évolutions ne représentent que la partie la plus visible d'un glissement général qui, en amont, affecte aussi Sciences-Po.

Jusqu'aux années 80, Sciences-Po a diversifié ses formations tout en restant organisé autour de la section de service public, en donnant une grande place à la préparation des concours administratifs et en se référant toujours au concours phare de l'ENA. Mais les stratégies d'orientation des étudiants contredisent cette orientation. La section de service public, plus particulièrement chargée de préparer les carrières administratives, a perdu les trois quarts de ses effectifs en une quinzaine d'années, au bénéfice - pour l'essentiel - de la section économique et financière (écofi). Cette appellation indique clairement des débouchés tournés vers les entreprises et le secteur privé. Ainsi, 83 % des diplômés travaillaient dans les entreprises en 1997 contre 65 % en 1989.

Les conditions générales du marché de l'emploi expliquent le recul de la formation à la fonction publique, favorisé par l'orthodoxie montante du néolibéralisme. Les enseignements de Sciences-Po ont donc fait de plus en plus la critique de l'étatisme, l'éloge des mécanismes autorégulateurs du marché, certains se risquant même à prophétiser la mort de l'Etat. La tradition keynésienne y demeure cependant présente, en se réclamant des grands commis de l'Etat qui, après la seconde guerre mondiale, participèrent à l'enseignement de la nouvelle institution nationalisée. L'économie enseignée prend ainsi l'aspect d'une science schizophrène dans laquelle les étudiants, selon qu'ils penchent à droite ou à gauche, assistent plutôt au cours d'économie de Michel Pébereau, un plaidoyer pour la flexibilité, la libéralisation des marchés, etc., ou à celui de Jean-Paul Fitoussi, devenu le représentant du néo-keynésianisme en France.

L'arrivée de M. Alain Lancelot à la direction de Sciences-Po, en 1987, a accentué la transformation d'une école largement consacrée à la préparation au service public en business school. Puisque l'avenir n'était plus celui de l'excellence administrative et de la formation de la haute fonction publique, Sciences-Po devait adopter de nouveaux critères : ceux de l'entreprise et de l'internationalisation. Pourtant, la réforme s'est d'abord présentée comme une restauration. Evoquant une « dérive », M. Lancelot déclarait craindre pour l'unité de l'école à cause des tentations d'autonomie comme celle d'une section d'« écofi », qui se constituerait en « quatrième grande école commerciale de Paris ».

La réforme Lancelot (ainsi qu'elle fut rapidement désignée) ne se réduisait pas à l'entreprise personnelle d'un nouveau directeur. Subrepticement, en tout cas sans débat public, des membres très actifs de l'élite se sont attachés à réformer la formation de ses futurs membres. M. Roger Fauroux, ancien inspecteur des finances, quittait la direction de Saint-Gobain pour devenir le directeur de l'ENA. De 1986 à 1988, avant de devenir ministre de l'industrie, il se consacra notamment à promouvoir le rapprochement entre la fonction publique et le secteur privé (par exemple, en généralisant les stages dans les entreprises).

L'inflexion était donnée. A Sciences-Po, M. Pébereau, alors président du Crédit commercial de France avant de devenir celui de la Banque nationale de Paris, devint président du comité de direction de Sciences-Po en 1989. Aux réserves exprimées à cette proposition du directeur Alain Lancelot, les partisans de la nomination d'une personnalité de l'économie firent remarquer que « dans les écoles de commerce, on faisait beaucoup plus ». Il s'agissait aussi d'une affaire d'affinités politiques comme la bienséance ne permet guère de le dire.

Car M. Alain Lancelot avait été conseiller de M. René Monory, ministre de l'éducation nationale de 1986 à 1988, dont le directeur de cabinet, lorsqu'il détenait le portefeuille de l'économie et des finances de 1978 à 1981, s'appelait... Michel Pébereau. Ainsi, des réseaux d'interconnaissance soutenaient l'entreprise réformatrice. De même, la Fondation Saint-Simon, présidée par M. Roger Fauroux, jouait un rôle fédérateur de think tank très occupé à penser la « modernisation de l'Etat » - elle a accessoirement servi de vivier pour recruter des membres de jurys du concours d'entrée à l'ENA (11).

La réforme Lancelot a affiché des ambitions générales. Son contenu n'était guère lisible ni original. Où se nichait l'innovation, dans la priorité de la formation générale ou dans le choix de renforcer l'économie ? Où se trouvait la nouveauté ? Dans la création d'un grand cours sur « les grandes lignes de partage du monde contemporain », la revalorisation de la culture générale, le couronnement des sciences sociales par une vague philosophie politique ?

Placements en bourse

 

Par ailleurs, les droits d'inscription grimpèrent progressivement de 800 francs en 1987 à 5 600 francs en 1994. L'augmentation des bourses propres à l'établissement fut alors présentée comme une compensation. Le directeur soutenait que l'aisance sociale de nombreux étudiants permettait d'instaurer des droits élevés, et que les bourses suffiraient à ne pas pénaliser les étudiants modestes. L'augmentation des ressources se justifiait aussi par l'amélioration de l'enseignement, et par le besoin de compenser le désengagement de l'Etat (si la part de financement par l'Etat diminuait relativement, elle demeurait pourtant largement la plus importante et surtout augmentait en valeur absolue).

Il ne fut question ni des pertes occasionnées par les placements en Bourse des années 80, ni des frais de locations dans l'arrondissement le plus cher de Paris. De toute façon, les déficits récurrents ont toujours été comblés par les gouvernements successifs. Les nouveaux droits d'inscription avaient rapproché Sciences-Po d'une business school dans laquelle les études sont payées par les étudiants. Mais il restait une étape à franchir.

Il devint difficile de prétendre que la réforme opérait une redistribution sociale quand on annonça qu'aux bourses, au montant d'ailleurs abaissé avant leur suppression, se substitueraient des prêts remboursables avec l'entrée dans la vie professionnelle. Après une mobilisation de plusieurs mois, la grève éclata en janvier 1995. A Sciences-Po, une grève représente quelque chose d'exceptionnel. La fièvre s'empara immédiatement de la direction comme si, au coeur même d'un temple d'Etat, un tel acte relevait forcément de la subversion. Et la direction recula. Trois jours d'occupation du grand amphithéâtre Boutmy, rebaptisé pour l'occasion du nom du célèbre castrat Farinelli (« On nous a coupé les bourses »), avaient pris des allures d'affaire d'Etat.

Faute d'idées originales, la réforme de Sciences-Po prit le chemin qu'elle était censée éviter. Sans exclure une dose de duplicité, la contradiction apparaissait bien flagrante entre le souci de rompre avec la « dérive » vers une « grande école de commerce » et celui de s'adapter à l'air du temps, que M. Alain Lancelot trahissait en vantant la création de « stages vraiment significatifs, à l'exem ple de ceux pratiqués dans les écoles de gestion (12) » ou le rendement d'une taxe d'apprentissage qui « nous met à la hauteur de certaines grandes écoles privées (13) ».

Après la nomination de M. Lancelot au Conseil constitutionnel, en 1997, le nouveau directeur, M. Richard Descoings, ancien élève et maître de requête au Conseil d'Etat, modifia partiellement la politique dont il avait été acteur comme directeur adjoint. Les conditions d'inscription ne furent plus évoquées et les bourses ont été augmentées. En revanche, M. Descoings poursuivit la politique de promotion de Sciences-Po au statut de grande école, délicate à la fois du fait du lien de l'IEP-Paris avec l'ENA et d'un cursus relativement bref (trois ans), parfois entrepris immédiatement après le baccalauréat.

Comment faire pour qu'un diplôme obtenu en trois ans soit considéré au-dessus d'un diplôme bac + 3 ? L'augmentation de la durée du cursus va corriger ce problème d'équivalence par une augmentation du nombre d'années d'études (quatre ans) et du niveau du diplôme (bac + 5, soit le niveau des nouveaux mastères) en n'acceptant les étudiants qu'un an après le baccalauréat, à la suite d'une année universitaire ou d'un séjour à l'étranger.

On comprend qu'il s'agirait plutôt des Etats-Unis et plutôt d'une université américaine... Mais l'accroissement de la longueur des études et leur internationalisation par les séjours à l'étranger ne peuvent que renforcer la ségrégation sociale. L'ambition des projets d'allongement du cursus accroît par ailleurs l'écart avec les IEP de province. Quelle que soit la formule adoptée, ces derniers ne sauraient suivre l'évolution entamée. Pis, elle les menace directement.

Au sein même de l'ENA, les demandes des récentes promotions de créer un enseignement de management renforcèrent l'inflexion vers une business school. Malgré un rapport favorable et le soutien du ministre de la fonction publique, le directeur de l'ENA fit néanmoins la sourde oreille. Cette résistance s'explique par le souci de l'énarchie, et en particulier des grands corps, de conserver le contrôle du classement et de la formation : un enseignement de management imposerait le recours à des compétences extérieures.

Dans un autre domaine de compétence, l'enseignement des langues étrangères, l'administration de l'école n'a consenti que récemment à autoriser les professeurs à interroger les candidats sur des questions de société et à ne plus se limiter à évaluer les seules qualités de vocabulaire, de grammaire et d'accent. Cette résistance marque la défense d'une définition ancienne de l'ENA, dont les responsables ne peuvent guère accepter qu'elle prépare à de futurs pantouflages favorisés par la formation au mana gement.

Dans une école qui demeure plus axée sur la discipline initiatique que sur un apprentissage intellectuel, l'introduction d'un savoir spécialisé remet en question la conception charismatique de l'autorité, largement partagée dans la haute administration. Selon un conseiller d'Etat, ce que l'on est certain de ne pas trouver à l'ENA, c'est « l'art de penser juste, car cette exigence ne s'apprend dans aucune école, elle s'acquiert surtout par l'exemple des grands patrons (14) ». Le conservatisme de la noblesse d'Etat s'oppose ainsi aux changements que les responsables politiques soutiennent au nom de leur croyance commune dans les réformes et dans l'inexorable mondialisation.

Malgré la tendance à suivre le modèle des business schools, les institutions de reproduction des élites françaises restent attachées à leur modèle ancien d'une formation généraliste des élites. Alors que les business schools proposent un modèle d'excellence professionnelle - qui, cela va sans dire, est censé mener au statut de VIP -, Sciences-Po et l'ENA demeurent conçues comme des institutions de sélection d'élites polyvalentes. Dans les plaquettes et les discours de rentrée, les dirigeants, partagés entre la volonté de s'adapter au nouveau monde et la réticence à abandonner des principes qui ont fait leurs preuves, ne s'intéressent pas au futur métier des heureux élus, mais leur rappellent qu'ils appartiennent à une école de formation des élites du pays.

La réussite de ces élites, leur faculté d'adaptation et le succès généralisé des business schools ne sont pas assurés. S'ils l'étaient, cela contribuerait au renforcement de la reproduction sociale et menacerait un peu plus la légitimité d'élites qui n'ont jamais été aussi peu légitimes depuis le XIXe siècle.

ALAIN GARRIGOU.


(1) Lire Ibrahim Warde, « Irrésistibles “business schools” », in « L'Amérique dans les têtes », Manière de voir, n° 53 (en vente dans les kiosques).

(2) Sur cette évolution, on pourra lire Gilles Larzuch, L'Exception française. Le modèle des grandes écoles à l'épreuve de la mondialisation, Presses universitaires de Rennes, 1999. Pour des éléments comparatifs, cf. Ezra Suleiman, Henri Mendras (dir.), Le Recrutement des élites en Europe, La Découverte, Paris, 1995, et sur les grandes écoles françaises, à Pierre Bourdieu, La Noblesse d'Etat, Minuit, Paris, 1989.

(3) Lire l'enquête « Sciences-Po, laminoir des élites françaises », Le Monde diplomatique, mars 1999.

(4) Pendant plusieurs décennies, seul un jardin séparait Sciences-Po, situé rue Saint-Guillaume, et l'ENA, localisée rue des Saints-Pères (7e arrondissement).

(5) Cité par Michel Schifres, La Désertion des énarques, Stock, Paris, 1999, p. 95.

(6) Créée en 1981 pour marquer la volonté de la gauche de démocratiser les voies d'accès à la fonction publique, cette troisième voie devait permettre à des membres d'association et à des syndicalistes de passer un concours d'entrée spécial, qui leur serait réservé. Elle produisit peu d'élèves de l'ENA, et ils furent souvent dédaignés par leurs camarades des deux autres voies. Elle a été supprimée.

(7) ENA, Epreuves et statistiques des concours de 1971, Réflexions des jurys sur les travaux des candidats, 1971, p. 10.

(8) Parfois qualifiés de « faux profs », ils contribuent au sentiment d'omniprésence que donne l'Institut d'études politiques, la plupart d'entre eux arborant le titre de « professeur à l'Institut d'études politiques » (ou de « maître de conférences ») alors qu'ils n'y sont que chargés d'enseignement.

(9). Michel Bauer, Bénédicte Bertin-Mourot, « L'ENA est-elle une “business school” » ? Etudes sociologiques sur les énarques devenus cadres d'entreprise de 1960 à 1990, L'Harmattan, Paris, p. 69.

(10) Le Monde, 8 juin 1990.

(11) Sur la Fondation Saint-Simon (autodissoute en 1999), lire Vincent Laurent, « Les architectes du social-libéralisme », Le Monde diplomatique, septembre 1998.

(12) Le Débat, Paris, mars-avril 1991.

(13) Ibid.

(14) Christian Vigouroux, « Ce que l'on apprend, ce que l'on n'apprend pas à l'ENA », Pouvoirs, Paris, n° 80.

 

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Réactions mitigées des étudiants à la nouvelle voie de recrutement de Sciences-Po

 

 LE MONDE | 01.03.01 | 14h21

 

" OUI, MAIS... " : fidèles aux nuances de la dissertation en deux parties, les étudiants de Sciences-Po Paris n'ont pas débordé d'enthousiasme devant l'annonce du recrutement sans concours, dès la rentrée 2001, de bacheliers issus de lycées populaires. La nouveauté avait été dévoilée, lundi 26 février, par Richard Descoings, directeur de l'Institut d'études politiques (Le Monde du 27 février). Des conventions ont été passées avec sept lycées de la banlieue parisienne et de la région nancéienne : ils sélectionneront leurs meilleurs éléments, présenteront une liste d'admissibles à l'école, qui les intégrera à l'issue d'un entretien. Un fort accompagnement au lycée dès la classe de seconde, puis dans l'école, est prévu, aux plans pédagogique et financier.

L'IEP entend, par cette voie, recruter une vingtaine d'étudiants dès 2001, et, à terme, 15 % des entrants en première année. Les bacheliers ayant obtenu la mention très bien (une centaine d'admis) et les étudiants étrangers (un millier d'admis aux différents niveaux du cursus) sont déjà eux aussi dispensés de concours.

Vincent Carles, responsable du RPR Sciences-Po, juge tout cela " démagogique ". La dispense du concours " remet en cause ce qui faisait l'idéal républicain ". Pierre Chassat, responsable de l'UNI (20 % des voix aux élections pour le conseil de direction), voit dans la suppression du concours pour quelques-uns " la porte ouverte à la suppression de la sélection à l'entrée de l'école "et craint " une baisse de niveau " : la voie dérogatoire pour les bacheliers mention très bien n'est-elle pas basée sur l'excellence, alors que celle offerte aux lycéens de ZEP est fondée sur leur origine sociale et géographique ? L'UNI était partante pour qu'un tutorat renforcé permette à davantage de jeunes défavorisés d'accéder à l'école. Mais " ceux qui font un an de prépa ne vont pas trouver juste cette voie dérogatoire ". Et " pourquoi fixer comme objectif d'accueillir ainsi 15 % des effectifs de première année, plutôt que 10 ou 30 % ? " Au Mouvement des jeunes socialistes, Patrick Mons-Trannoy est " reconnaissant à la direction d'avoir posé le problème de la discrimination sociale, mais gêné en regard de l'universalité du concours : ce dernier n'a de sens que s'il vaut pour tous ".

LE VERROU DU CONCOURS

Pour l'UNEF-ID (52 % des voix), ce n'est pas le verrou du concours qui coince : le syndicat étudiant milite pour que Sciences-Po intègre l'Université et que le concours soit ainsi purement et simplement supprimé. Pour l'UNEF-ID, les conventions ZEP présentent des incohérences – pourquoi tel lycée et pas tel autre ? – et seraient plutôt " un alibi pour ne pas aborder les questions de fond ". Selon Raphaël Chambon, responsable du syndicat, " le diagnostic qui a présidé aux conventions ZEP est bon : enfin la direction ne nie plus le caractère discriminant de l'école. Mais si la solution envisagée est une bonne chose pour les élèves concernés, elle ne résout pas les problèmes liés à la trop faible démocratisation de Sciences-Po ". Raphaël Chambon souligne le caractère sélectif de la réforme pédagogique instaurée à la rentrée 2000 : un cursus de cinq ans sans sortie diplômante intermédiaire (notamment à bac +3) et nécessitant une sixième année d'études pour décrocher un DESS ou un DEA ; une année obligatoire à l'étranger, occasionnant de grosses dépenses pour les étudiants ; des frais d'inscription en constante augmentation, 400 francs de plus pour 2001.

Alice Desprez, militante à SUD (18 % des voix), est presque la plus convaincue, même si l'initiative lui paraît très limitée. " Notre cheval de bataille, dit-elle, c'est la démocratisation et il faudrait que l'école soit cohérente en acceptant la possibilité d'une sortie à bac + 3. " Convaincue, mais pas dupe : " Il ne faudrait pas que tout cela ne soit qu'un coup marketing de M. Descoings. "

Nathalie Guibert

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La nouvelle voie de recrutement de Sciences–Po soulève de vives oppositions

LE MONDE | 07.03.01 | 14h22

 

RETOUR À L'ÉLITISME républicain ou gadget démagogique ? Le débat secoue l'Institut d'études politiques de Paris (IEP, Sciences-Po) depuis l'annonce faite par son directeur, Richard Descoings, d'ouvrir, par convention avec sept lycées situés en zone d'éducation prioritaire (ZEP), une nouvelle voie d'accès aux bacheliers de condition sociale modeste (Le Monde du 27 février). La réforme repose sur une sélection très en amont des élèves par leurs professeurs du second degré. Soumis seulement à un entretien, ces lycéens seront dispensés de concours, ce qui suscite de vives oppositions.

L'UNEF-ID a choisi de s'associer à plusieurs organisations pour signer, lundi 5 mars, un " appel de la gauche étudiante pour une véritable démocratisation de Sciences-Po ". En compagnie de l'UNEF, de la Jeune gauche républicaine (pépinière du Mouvement des citoyens) et du Mouvement des jeunes socialistes, le principal syndicat de l'IEP considère que " la diversification du recrutement social de l'un des établissements universitaires les plus sélectifs de France est une urgence absolue ". Mais le projet de la direction semble à ces étudiants " en l'état extrêmement périlleux " et partiel.

Si c'est le lycée d'origine et non plus le diplôme qui détermine les modalités d'admission, explique l'appel, le cadre national du baccalauréat est menacé et l'" on risque d'assister à une dérive inquiétante dans l'ensemble de l'enseignement supérieur ". Plutôt qu'une voie dérogatoire, la gauche étudiante de Sciences-Po plaide pour un travail d'information auprès des lycées dits " défavorisés ", ainsi qu'une diversification des modalités de préparation et des épreuves du concours d'entrée. Elle souhaite aussi que soient brisés " les obstacles symboliques à l'entrée de certains groupes sociaux : absence de sortie diplômante en premier cycle, droits d'inscription très élevés, aide sociale insuffisante ".

Une pétition de " protestation ", lancée à l'initiative d'Anne-Sophie Jacouty et de Jean-François Quemin, étudiants de quatrième année se présentant comme " indépendants ", circule également dans l'IEP. Ces étudiants affirment, dans une lettre adressée le 2 mars à Richard Descoings, avoir découvert " avec une relative stupéfaction ", dans Le Monde, " l'inacceptable nouvelle d'une admission sans concours ", une décision " prise sans le moindre souci de l'opinion -des étudiants- et au mépris de l'opposition d'une partie de leurs représentants ". Ces étudiants contestent l'inégalité de traitement assise sur la localisation des ZEP. " Le concours doit être le même pour tous, nous refusons une multiplication des statuts au sein de l'IEP ", disent-ils.

" LE TRAFIC DE LA DÉMAGOGIE "

L'UNI (droite universitaire) avait été la plus prompte à réagir officiellement, le 28 février, dans un communiqué titré : " Démantelons le trafic de la démagogie ". Comme les organisations précitées, mais au nom de la sauvegarde de la valeur du diplôme, l'UNI réclame le maintien du concours et dénonce une réforme qui " va à l'encontre du principe d'égalité des candidats ". Le syndicat a créé un " comité étudiant pour le maintien du concours unique ".

Jeudi 8 mars, la direction de Sciences-Po risque donc de ne pas avoir la partie facile. Ce jour-là, Richard Descoings réunira les étudiants dans le grand amphi de l'école ; à ses côtés, des enseignants et les proviseurs de quatre des sept lycées qui ont signé des conventions seront présents pour répondre aux questions des étudiants. C'est lundi 26 mars que le conseil de direction de l'IEP se prononcera par un vote sur la réforme.

Nathalie Guibert

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L'article le plus incisif...

Sciences-Po, changer pour que rien ne change, par Renaud Dogimont

LE MONDE | 07.03.01 | 14h22 | analyse

 

DANS Le Guépard, l'aristocratie sicilienne analysée par Lampedusa, sclérosée et arc-boutée sur ses privilèges, nostalgique de sa gloire passée et de la commisération dont elle gratifiait le peuple, tente par une ruse ultime d'empêcher l'avènement du garibaldisme en 1860. Cette description convient on ne peut mieux pour cerner la tentative de l'Institut d'études politiques (IEP) de Paris d'élargir son recrutement aux élèves des banlieues.

Démocratisation, ouverture, méritocratie sont autant de concepts malmenés par la verve outrancière de la communication manipulatrice qui accompagne une telle réforme. Cette déclaration d'intentions se pare de la vertu des justes. L'IEP de Paris n'avait en effet pas accordé la même publicité à la fermeture de sa préparation aux concours administratifs aux étudiants des autres IEP. Ces derniers avaient le tort d'avoir étudié en province, couvrant ainsi leur diplôme d'un voile d'ignorance indélébile.

S'il est de bon ton, pour toute institution, en ces temps de Canossa intellectuel, de passer sous les fourches caudines de l'anti-élitisme, il semble que cette tentative de populariser – dans la double acception du terme – cet établissement ne soit qu'une dérobade florentine face aux dénonciations redondantes d'atavisme intellectuel dont de telles écoles sont la cible. On aura ici saisi l'allusion au lion et au renard qui ornent toujours le hall d'entrée de cet établissement fondé par Emile Boutmy en 1872, et qui furent inspirés de Machiavel dans ses Conseils au prince. Ce dernier devait en effet allier la force du premier à la ruse du second afin de perpétuer sa domination sur la plèbe.

Comment croire qu'une quelconque discrimination positive bénéficiant aux élèves des zones d'éducation prioritaire soit à même d'assurer l'ouverture réelle de Sciences-Po aux classes populaires ? Une telle ineptie reviendrait à ignorer deux constantes inhérentes à la nature même des conventions passées entre cet IEP et les sept établissements de la banlieue parisienne et nancéienne.

D'une part, ne seront admis à pénétrer dans ce sanctuaire de la pensée unique que les meilleurs éléments de ces lycées. Ils auraient donc pu de facto concourir à armes égales avec les autres candidats à l'entrée en première année.

D'autre part, c'est méconnaître les règles élémentaires de la vie des communautés humaines, tant scolaires, professionnelles, que déviantes ou carcérales, que d'entendre par l'agrégation d'éléments extérieurs minoritaires modifier la composante culturelle d'un groupe. Tout ensemble humain doté de ses propres caractéristiques sociales, économiques et normatives tend à développer des valeurs distinctes du reste de la société au sein de laquelle il évolue.

Cet ostracisme voulu repose sur l'adhésion de ses membres à une idéologie commune, ainsi que sur une vision du monde et de sa marche globale propre aux éléments de cet ensemble. En ce sens, tout candidat à l'inclusion dans un groupe doit accepter les normes qui régissent ce dernier. L'IEP de Paris, comme toute institution de transmission du savoir, ne saurait faire exception à cette règle sociologique reconnue en son temps par Durkheim. Les théories holistes de l'acculturation valent pour toute structure humaine, aussi prestigieuse et soucieuse soit-elle de cultiver son particularisme.

Dès lors, ces élèves, dont Sciences-Po attend qu'ils incarnent le rôle des boursiers méritants en blouse grise de la IIIe République, auront tôt fait d'être exclus de l'univers estudiantin de la rue Saint-Guillaume, ou de renier massivement leurs anciennes valeurs au profit de références en opposition flagrante avec leurs précédents repères.

Cependant une troisième hypothèse, qui pour être mortelle à l'IEP n'en serait pas moins en complète adéquation avec les préceptes de Nicolas Machiavel, serait l'adoption feinte des valeurs de l'Institut d'études politiques par les impétrants pour mieux les pourfendre par la suite. Cela annihilerait les espoirs placés en eux par une organisation soucieuse de redorer un blason terni en affichant dans une vitrine paternaliste que l'on pourrait croire révolue, les plus belles réussites de la classe ouvrière.

Mais à renard, renard et demi, et le sage Florentin avait bien noté " qu'en matière de politique, il n'est pas nécessaire d'être paré de toutes les vertus, mais de paraître les avoir toutes ".


Renaud Dogimont est enseignant en culture générale à l'Institut de préparation à l'administration de gestion de l'université Lille-II.

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Un débat où les CAMERAS avaient été INTERDITES !!!

Les "conventions ZEP" en débat à Sciences-Po

LE MONDE | 09.03.01 | 14h54

 

" RICHIE mégalo Descoings ", comme " radio-couloir " l'a surnommé depuis une semaine, ouvre la séance un peu tendu. Dans le grand amphi Boutmy de l'Institut d'études politiques (IEP, Sciences-Po) de Paris, le directeur fait face à quelque 500 étudiants. Objet du débat, ce jeudi 8 mars : les controversées " conventions ZEP " destinées à recruter des lycéens de milieu modeste en les dispensant de concours (Le Monde du 27 mars). Venus en renfort, un peu guindés eux aussi, les proviseurs et des enseignants de quatre lycées impliqués dans l'expérience – Auguste-Blanqui de Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis), Maupassant de Colombes (Hauts-de-Seine), Saint-Exupéry de Fameck (Moselle) et Poncelet de Saint-Avold (Moselle) – ont vite l'occasion d'expliquer à l'élite réunie devant eux pourquoi ils veulent précisément participer au renouvellement des élites.

" Je ne ferai jamais machine arrière ", se lance, dans un silence électrique, Jean-Pierre Weigert, proviseur du lycée Maupassant. Si ses élèves ne sont pas à la tribune, c'est que " leurs oreilles ne sont pas prêtes à entendre certaines choses ". On les a en effet, depuis l'annonce du projet de l'IEP, traités de tout : de " boat people ", pour la distinguée présidente de la Société des agrégés, Geneviève Zerhinger, de " sauvageons " pour d'autres. " Ces gens-là ", va-t-on entendre dans l'amphi. " Le progrès est en marche, dit doucement M. Weigert et je porte un regard un peu triste sur ceux qui restent sur le quai. "

Des étudiants ont entendu que les conventions ZEP " permettraient à ces proviseurs d'attirer des bons élèves ; mais si le projet conduit à faire entrer encore un peu plus de bourgeois ou de blancs fils de profs, ça ne sert à rien ", souligne une brunette plutôt favorable à l'initiative. Que ces inquiets se rassurent, indique Gérard Stassinet, proviseur du lycée Auguste-Blanqui : " Les bourgeois de Saint-Ouen à Sciences-Po, ce n'est pas pour demain ! Nos établissements vivent une absence totale de mixité sociale. Ce projet va d'abord me permettre de lutter avec des armes solides contre la fuite des cerveaux. C'est aussi un coup de pied dans la fourmilière, qui interpelle toutes les grandes écoles, et le système éducatif. " Sur ses 200 élèves de terminale, M. Stassinet a 11 candidats : 3 intégreront Sciences-Po, pense-t-il, " mais les 8 autres se mettent aussi en mouvement ", et c'est ce qui compte.

CONTRE LE " REPLI IDENTITAIRE "

Charles, mèche intello rebelle, estime que M. Descoings " sera le premier à remplacer la méritocratie par le critère social ". Un autre, au fond de l'amphi, s'interroge : " Pourquoi faire porter à Sciences-Po l'échec de l'éducation nationale ? ". Une fille, qui a gardé son manteau malgré la chaleur, brandit la Républiqueet cite la Constitution pour critiquer une " dévalorisation de la personne : moi, je n'aurais pas aimé être admise parce que je suis une fille ou sur l'origine de mon nom ". Elle sera sifflée. La perche ainsi tendue, un professeur de philosophie de Fameck pourra glisser avec succès : " L'idée du déshonneur fait à nos élèves ressemble aux arguments spécieux des anti-parité ".

" Honte à Sciences-Po ! ", lance une étudiante, très applaudie, qui dénonce " le repli identitaire " de l'école. " Ce projet a des limites, eh bien, proposons des choses, mais soutenons-le ! ", ajoute-t-elle, résumant ce qui formera, dans cette réunion, le sentiment dominant. Malek Boutih, président de SOS-Racisme, s'est invité, en renfort. " On parle beaucoup d'élitisme et d'échec, mais peu de gens franchissent le pas de faire quelque chose. Cette démarche ouvre une autre façon d'agir. "Plusieurs étudiants étrangers enfoncent le clou. " L'enjeu, c'est de diversifier la fonction publique ", explique Medhi, en " prép ENA ", " choqué de voir invoqué le principe républicain, ce qui revient à ne rien changer ". " Si vous ne voulez pas comprendre ce qu'est le capital culturel, vous ne sortirez pas du débat ", ajoute un autre, venu d'Inde.

Les enseignants des lycées ZEP ont manqué de sortir de leurs gonds à plusieurs reprises. " Arrêtez avec votre "égalité" devant le concours, ou alors supprimez toutes les prépas d'été à Sciences-Po ", a lancé l'un d'eux. " J'entends ici les débats qui ont agité l'enseignement secondaire il y a une vingtaine d'années, quand certains syndicats de gauche refusaient les ZEP. C'est le supérieur qui est désormais confronté à la question de la démocratisation ", a insisté un prof d'histoire-géographie de Colombes. Au final, " même si le projet n'aboutit pas, vous aurez découvert quelque chose ", a indiqué aux étudiants Gilbert Lang, proviseur du lycée Saint-Exupéry. A la tribune, on a insisté pour ne pas attendre les hypothétiques et paralysantes " grandes réformes de l'école, du collège et du lycée " avant d'agir. Des appels ont été lancés pour que d'autres grandes écoles adoptent la même démarche. L'extension des conventions Sciences-Po à tous les lycées de ZEP a été présentée comme possible. Et Richard Descoings, répondant à l'UNEF-ID, s'est engagé à réfléchir sur les examens d'entrée. Avant de conclure : " Il n'y a pas de légitimité pour des élites qui se recrutent toujours dans les mêmes populations, elles sont condamnées à disparaître. "

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Chats de banlieue

LE MONDE | 09.03.01 | 14h57 | chronique

 

AH, SCIENCES-PO ! Bien sûr, Sciences-Po, noble citadelle assiégée par les hordes positivement discriminées des élites banlieusardes et oubliées du système.

Sciences-Po débat. Sciences-Po s'alarme. Sciences-Po tangue depuis que son directeur, Richard Descoings, a eu l'idée étonnante, intéressante, nécessaire, révolutionnaire, démagogique, farfelue, suicidaire, déstabilisante, mégalomaniaque – barrez les mentions inutiles ! – de ces fameuses conventions ZEP destinées à ouvrir les portes de l'école, sans concours, à des lycéens de milieux modestes. Autrement dit de forcer un peu le cours des choses pour tenter de briser ce qu'il faut bien appeler par son nom : la consanguinité sociale des élites. Un phénomène dont, d'ailleurs, l'Institut de la rue Saint-Guillaume est loin d'avoir le monopole, tant cette reproductibilité des mêmes élites par les mêmes élites est un fait, lui, au moins statistiquement incontestable.

Donc, cette initiative fait du bruit. Eh bien, tant mieux ! Enfin ! N'étant ni un ancien ni un frustré de ce haut-lieu de l'élitisme présumé républicain et assumé élitaire, c'est avec une vraie curiosité et une solide gourmandise que nous suivons ce furieux et concret débat de génétique universitaire.

On ignore ici si le directeur de Sciences-Po apporte une bonne réponse à son propre questionnement. Seule la suite, si suite il doit y avoir, le dira. Mais ce que l'on n'ignore pas et qui nous réjouit vraiment, c'est qu'en proposant sa solution, aussi discutable soit-elle, Richard Descoings a véritablement donné un coup de pied dans une belle, sereine et trop sûre d'elle fourmilière.

C'est fou et passionnant aussi de voir comment un tel débat aussitôt que posé, ou provoqué, se fait le révélateur des réactions d'autant mieux argumentées ou brillantes que fondamentalement réactionnaires ! C'est fou et passionnant aussi de voir les résistances à tout changement, à toute velléité de changement, à toute atteinte à la sécurité des élites, s'habiller des argumentaires les plus divers. Et la valeur de notre diplôme alors ? Et la vraie méritocratie alors ? Et pourquoi faire porter à Sciences-Po l'échec de l'éducation nationale ? Et le concours, n'est-ce pas cela la vraie égalité des chances plutôt qu'une fumeuse et démagogique discrimination positive  ?

Le débat fait rage. Au point de faire commettre, ici et là, des papiers d'humeur, d'humour, hier dans Le Monde par exemple , ce normalien Claude Porcell, proposant l'entrée directe de Palamède, son chat, rue d'Ulm. On lit ce papier. On en lit d'autres. Et on se dit simplement : Palamède ce n'est pas un nom de chat de banlieue !

Pour les chats de banlieue, ceux qui nous préoccupent vraiment, ces gamins qui n'ont pas la moindre chance, ou si peu, de prendre ces routes des grandes écoles, grandes ouvertes, grandes fermées, la proposition-provocation-innovation de Richard Descoings a au moins le mérite d'exister. De poser le problème. Un problème ne se limitant pas au prestigieux Institut. Car, là on sait de quoi on parle pour avoir été membre d' un jury pendant quinze ans : l'effet clônage des concours n'est pas une vue de l'esprit !

par Pierre Georges

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Site crée le jeudi 8 Mars 2001 et réactualisé le jeudi 29 Mars 2001