Billancourt, c'est désespérant

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Billancourt, c'est désespérant

ou Jean-Pierre et ses amis jouent aux légos

Oyez, oyez, braves gens, ça se passe en ce moment, y a l'expo sur le devenir des usines Renault au musée de la Manufacture de Sèvres !

Dimanche, fait beau on est en juin 98, profitons-en pour sortir notre bout de nez. Traversons la RN 10 (encore pardon, la Voie Royale) et rendons-nous gaiement au Musée. Faudrait pas qu'Airparif nous installe une station de mesures de la pollution atmosphérique en bas du Pont de Sèvres. Ca risquerait de faire du niveau trois en permanence, chic alors, la circulation alternée tous les jours de l'année ! Même qu'à la fin, les automobilistes, ils en auraient marre et qu'ils ne passeraient plus par-là, qu'ils prendraient les transports en commun et qu'on transformerait la Voie Royale en voie piétonne avec un tram au milieu, comme avant. Excusez-moi, je rêvais, comme si c'était possible...

Alors, l'expo, je vous la raconte, si vous n'aviez pas le temps d'y aller (c'est ouvert de 10 heures à 17 heures, alors, forcément, si vous bossez..). C'est une grande salle pleine de grands panneaux pleins de mots. Rassurez-vous, les mots importants on les a mis en fluo pour pas que ça vous fatigue. Le problème, c'est que c'est un peu tout serré et qu'on peut pas vraiment prendre du recul pour lire les grands panneaux pleins de mots. Faut dire qu'en plus, dimanche, c'était plein de gens. Des gens très intéressés qui s'arrêtaient longtemps devant les grands panneaux pleins de mots qui expliquent les enjeux de l'aménagement du trapèze et de l'Ile Seguin.

Et puis, il y a trois maquettes qui représentent trois projets d'architectes qui ont cogité, eux. Bon, ça c'est facile à regarder. C'est des maquettes, un peu comme des légos de quand on était mômes. Sauf que les légos, c'était rigolo. Là, j'ai pas envie de rire. Un million de mètres carrés à aménager, le pied pour un architecte. Pour résumé ce qui différencie les projets c'est où on va mettre les espaces verts (obligatoires !!!!) et deux trois bricoles. Voilà, on va construire des bureaux, des équipements et des logements. Et ça durera au moins quinze ans le chantier. Ouais, chic, chic, chic !

Mercredi, on réunionne à la Manufacture. Jean-Pierre, Ministre (depuis quand ? T'étais pas né(e), tais-toi !!), Sénateur-Maire, Président, préside. A ses côtés, ses amis maires de Sèvres et Meudon et les trois têtes chercheuses architectes et aussi des gens de chez Renault. La salle est manifestement trop petite, il y fait une chaleur d'enfer. Nos bons maires sont en bras de chemise. Jean-Pierre remercie Charlie de son accueil dans ce beau musée. Ca doit être la première fois qu'il y vient. (Ils sont venus en voiture qu'ils ont garées devant le musée, des fois qu'on les volerait y'a deux policiers pour les garder.)

Après une introduction introductive de Jean-Pierre (Ministre, Sénateur-Maire, Président), les trois archi nous présentent leurs projets. Y'en a un qui se moque de l'architecture du Pont de Sèvres, du Pont de Sèvres lui-même et de tout ce que ses collègues ont pu réaliser de moche dans le coin. C'est pas bien, Monsieur, de se moquer de ses petits camarades, un jour ça sera votre tour ! Y'en a un autre qui dit que les gens aiment bien se "frotter", que donc il propose des immeubles (même des grands, pourquoi pas, le grand n'est pas forcément pas beau, hein ?). Je vais te frotter moi, tu vas voir, avec mes grandes mains pleines de doigts.

De toute façon, on ne choisira pas un des trois projets, on fera une synthèse. Ah, et qui, m'sieur l'ministre ? C'est là que c'est bien : " c'est nous" (les zélus du peuple, l'Etat - Renault - les Responsables). Et le peuple ? Il a le droit de dire quelque chose ? Oui, sur le cahier de l'expo, pendant l'enquête publique (si on la faisait en août, c'est bien août, c'est tranquille). Et voilà ! Simple, non ? C'est facile la concertation : une expo pleine de panneaux, un "débat" et hop là ! Emballez, c'est pesé, v'là vos bureaux et vos immeubles. Ne vous inquiétez de rien, les arbres on les a aussi plantés, m'sieur l'maire.

C'est pas drôle, mais j'ai imaginé un truc de fou. A la proue de l'île, on construirait un phare-derrick qui éclairerait le chantier pendant quinze ans, alimenté en direct par les hydrocarbures qu'on ne va pas manquer de trouver dans le sous-sol des usines. Et puis, on planterait des cactus ou des plantes super résistantes à tous les produits toxiques qu'on va aussi trouver. Et les gens qui viendront habiter là, faudra leur dire qu'ils ont vachement de la chance d'habiter là, en pleine verdure. Qu'avant, il y a longtemps, y'avait d'autres gens qui se tuaient sur la chaîne à fabriquer des autos pour reconstruire la France. Qu'un jour, un mec a dit "faut pas désespérer Billancourt" ou quelque chose d'approchant...Qu'un jour, un tas de maires se sont dit : "c'est à nous, pas touche à nos légos". Circulez, y a rien à dire, et pourtant...j'arrêterais pas d'écrire.

H.O.