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Un peu d'histoire...
C'est après deux ans de… silence que Silences reprend la parole.
Silences ancienne formule, c'était un journal papier, un « zine » plutôt, amateur et photocopié, mais qui en deux numéros a beaucoup fait parler de lui dans le petit monde du conte.
Pourquoi ? C'était le premier journal spécialisé à être critique, à encourager les polémiques sur la nature de l'Art de Conter, l'évolution de la pratique des conteurs, le fonctionnement du petit monde du conte… A traiter du conte sans bienveillance excessive envers la petite corporation des conteurs connus, des structures quasi institutionnelles et des organisateurs professionnels.
Et puis Silences a disparu, sans crier gare, après deux numéros et la promesse d'une Nouvelle Formule qui n'a jamais vu le jour... Jusqu'à aujourd'hui…
Pourquoi cette disparition et ce long silence ? Les raisons sont multiples, j'en citerai quelques unes :
Tout d'abord un problème pratique : le temps que me réclamaient la gestion des envois et abonnements, et aussi la collecte d'informations pour essayer de réaliser un calendrier le plus exhaustif possible... Ensuite, plus important, le problème de la ligne éditoriale : Silences se voulait un journal critique mais à partir d'une grille de lecture et d'analyse précise, d'une définition de l'art de conter, d'un idéal du conteur... Or, dès que j'ai voulu ouvrir ses colonnes je me suis rendu compte qu'il risquait de perdre cette cohérence : son coté provocateur commençait à attirer tous les frustrés du monde du conte, uniquement d'accord pour descendre en flammes tout professionnel un tant soit peu connu, souvent à partir de critères auxquels nous n'adhérions pas. Dès lors je me retrouvais devant deux mauvais choix : soit refuser ou retoucher une large partie des contributions critiques et continuer à écrire seul 80% du journal, soit les accepter et faire de Silences un fourre tout incohérent d'articles négatifs et agressifs (plus quelques contributions s'écartant également de la ligne, mais tendant vers un ton neutre/gentillet/consensuel plus dans la ligne des autres publications spécialisées). Et puis, continuer Silences version papier me posait un problème dans mon activité de conteur… Courir les festivals pour les couvrir tout en y distribuant le journal, c'était aussi me présenter par ce biais, donc ne pas être dans un rapport normal d'artiste à programmateur potentiel, risquer d'être jugé sur mes écrits (ou pire sur tout ce que je publiais) plus qu'en tant que conteur. J'avais au départ naïvement cru qu'il suffirait d'un pseudonyme pour séparer les deux faces de mon activité d'alors, mais j'ai vite constaté que partout où on connaissait Silences l'appréciation de mes talents de conteur s'en retrouvait faussée, que ce soit par des préjugés positifs ou négatifs. Enfin, à l'origine, Silences se voulait le bulletin d'une association en gestation, Axes pour le Conte Indépendant, qui aurait été destinée à développer en marge des manifestations institutionnelles des Offs et une scène parallèle. Mais après deux tentatives de réunion (qui n'attirèrent jamais plus de quatre personnes alors que nous avions décidé d'élire notre premier bureau uniquement quand nous serions une trentaine), le projet fut définitivement abandonné, notre objectif n'étant pas d'en faire un petit cercle de conteurs amis allant se produire « sauvagement » ici ou là… Ce qui me fit me dire que Silences était parti sur de mauvaises bases : représenter une mouvance indépendante du conte… qui n'existe pas (ou du moins n'a guère envie de se rassembler dans une structure comme celle que nous proposions)…
Bien entendu, relancer le journal en version webzine ne fait pas disparaître par enchantement tous ces problèmes… Tout juste ce média me dispensera-t-il de perdre du temps avec la gestion des abonnements et la distribution…
Pour le reste, eh bien la principale différence tient au sous-titre : tant qu'à être, moi conteur, assimilé à ce qui sera écrit ici, je préfère clairement et d'avance l'assumer… Silences ne sera plus le bulletin d'une association plus ou moins fantôme, ni non plus un regard systématiquement critique sur le conte, mais avant tout le journal d'un conteur, le mien (bien que bien entendu mes colonnes seront ouvertes à d'autres)…
Car j'en reviens à la raison profonde qui m'a fait fonder ce journal : personnellement (et comme certains, et à la différence d'autres) j'ai une certaine vision de l'art de conter et de ce que pourrait être son évolution, vision que je revendique, et que j'ai envie d'expliquer et de défendre, que ce soit en tant que conteur professionnel ou que journaliste amateur...
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