Marcelle Delpastre est retournée
à la terre dans le cimetière de Chamberet en ce mois de février
1998. Son œuvre est semée. Elle germe déjà. Puissante,
pleine. Une œuvre littéraire. Encore méconnue, mais déjà
en route pour la postérité.
Marcelle Delpastre est un grand écrivain du XX° siècle
à qui nous voulons rendre hommage. Un double écrivain, occitan
et français.
Vous trouverez entre autres : en occitan, de nombreux et flamboyants
poèmes au Chamin de Sent-Jaume dont l’édition se poursuit
grâce à Jean Dau Melhau. En français, six tomes importants
récemment publiés chez Payot.
Sa vie comme son œuvre a été double. Elle a été
à la fois la paysanne la plus cultivée et le poète
le plus cultivateur qu’il m’a été donné de rencontrer.
Je l’ai connue si peu. Mais avec elle, si peu c’est déjà
tellement. Ceux qui l’ont croisée à Aurillac lors de la publication
par l’Ostal Del Libre de Las vias priondas de la memòria s’en
souviennent. Et de son petit rire toujours prêt à prendre
l’air et de sa parole si juste.
C’est comme son œuvre poétique, prenez une phrase, n’importe
laquelle, si petite soit-elle, et vous aurez de quoi vous éclairer
la vue, la vie, la voie pendant des mois. Tenez faisons un essai :
Ces deux extraits sont tirés de L’òrt jos la luna. Très long poème bilingue aux éditions Lo chamin de Sent - Jaume.

Elle était née à Germont, commune de Chamberet en Corrèze, il y a 72 ans. Elle y est morte dans son lit. Entre temps, elle a beaucoup voyagé. Sur place. Ces voyages là ne sont donnés pas à tout le monde. C’est aussi pour ça, sans doute que ses écrits sont déchirants, profonds et beaux. Ils contiennent peut-être quelques secrets sur la grouillance de la terre et quelqu’autre à propos de la béance céleste. Lisez-les, vous les sentirez affleurer ces secrets, lisez-les à haute voix et vous frissonnerez. C’est ainsi que parlent les grands poètes : ils vous font voir le vent invisible et toucher l’impalpable. C’est ainsi qu’ils sont, comme Marcelle Delpastre, comme les arbres, avec des racines qui sucent la terre nourricière et des branches où fleurissent couleurs et senteurs, où mûrissent les graines qui essaiment au moindre souffle.
Paru dans Vai-i qu'as paur ! - IEO Cantal
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Onte se’ n van, quilhs que se’ n van ? Lo paubre auseu,
lo chen, la femna - e tu qui parlas tant, onte aniràs ?
E lo temps que s’en vai - lo temps qu’a pas besonh de ilhs
- lo temps qu’espera pas - lo temps se’n vai d’aicí a deman
E tu segur lai entraràs, dins lo silenci priond de l’eternela eternitat. Marcela Delpastre (1925 -1998) La Marcela passet lo 6 feurier de 1998. S’enterra lo diluns 9 de feurier, a 2 oras 30 de l’après-miegjorn a l’egleisa de Chambaret en Lemosin (F - 19370). |