Projècte de revista culturala occitanista Projet de revue culturelle occitaniste


Claude Sicre

Lors de la réunion d’Uzeste (août 96), j’ai développé le projet d’une revue culturelle occitaniste qui a intéressé les participants et a été retenu comme sujet de réflexion pour l’Assemblée Générale. Je vous livre ici quelques-unes de mes idées à ce propos, afin de susciter des questions précises à Bordeaux. Par ailleurs je souhaiterais que ce texte soit publié dans le prochain numéro d’Occitans!*

Une revue pour qui, pour quoi ?

 Comment m’est venu l’idée de cette revue dans ses déterminations précises ? La réponse vous éclairera, et fera la différence (qui est celle de sa faisabilité) avec les grandes idées abstraites de revue générale que tous nous avons eu à un moment ou à un autre.

 Mon expérience avec les Fabulous Trobadors, l’IEO Musica et le Carrefour Culturel Arnaud-Bernard, ainsi que celles de différents groupes de musique (Massilia, Nux Vomica, Femmouzes T, Cie Lubat...) d’organisateurs, de journalistes, d’écrivains, de peintres, dont j’ai pu mesurer la portée à travers le mouvement de la Linha Imagi-nòt, m’a amené à une constatation : nous touchons un large public que nous faisons sympathiser avec certaines valeurs de la culture occitane (parfois rien qu’avec une image, ce qui est très important) mais il nous est très difficile, à partir de là, de conduire le public, plus ou moins demandeur, vers une connaissance plus complète, plus diversifiée, plus militante de cette culture.

 Par manque de temps mais surtout d’occasions (ce n’est pas toujours notre rôle)  (même si nous vendons des livres à la sortie des concerts ou des festivals quand nous pouvons) ; c’est surtout par manque d’outils intermédiaires (entre le disque et les œuvres savantes). Nous avons des disques (pas assez de bons), des livres de littérature, de linguistique, de politique culturelle, etc (plein de très bons), des films (très peu), des revues savantes ou grand public en langue d’oc (Occitans !), des cours d’occitan, des écoles occitanes, etc, etc, mais nous n’avons pas grand chose pour faire le lien entre un spectacle et tout ça. Sur les 1.000 à 2.000 personnes présentes dans un concert de Massilia, par exemple, combien, après avoir acheté le disque ou pensant “l’occitan c’est cool !” (progrès immense : il y a pas si longtemps pour la majorité, c’était “l’occitan c’est ringard!“), vont se ruer sur le dico de toponymie du Tarn  ou les romans de Boudou ? Rares (encore faut-il qu’il y ait une table, et donc que des militants soient là avec, car Massilia a autre chose à faire). La plupart des jeunes qui viennent se foutent de la toponymie et ne lisent pas l’occitan (parfois ils se foutent aussi de la lecture en général) : notre rôle (de militants occitanistes) est de les amener à s’y intéresser.

 Prenons un autre exemple : des spectateurs du Festival d’Uzeste. Couple, 35 ans, enseignants à Paris, originaires de Normandie. aiment le jazz. Découvrent Lubat, les Landes, entendent parler d’occitan (Manciet sur scène, les Fabulous ou les Femmouzes T, Calandreta sur le stand, un débat avec Castan). Ne comprennent pas trop : ils sont P.S. ou P.C. et y voient une fermeture (ils vous sortent le cliché : “Nous on est citoyen du monde !“) mais sont quand même un peu séduits/attirés. Ils achèteront un livre pour touristes, des disques et peut-être (si Sicre leur a consacré 1/2 heure au café) (ou Buge ou Gaudas ou Blot ou Vilotte) un traité (Castan, Laffont, Nelli) qu’ils comprendront mal, en dehors de la connaissance du contexte. Nous n'avons rien à leur donner/vendre qui puisse les initier en les captivant par tous les bouts de leur début d’intérêt, c’est-à-dire par tous les thèmes (musique, littérature, histoire, politique culturelle, linguistique, tourisme, écologie, etc, etc), dans une continuité, c’est-à-dire de façon à alimenter régulièrement leur curiosité, à les aider à être persévérants (quand ils sont rentrés chez eux).

 J’ai pris deux exemples de situations que je connaissais, je suppose que ce que je dis peut facilement être vérifié ailleurs (spectateurs occasionnels de felibrées, de débats sur la langue, de “Viure al pais” à la télé, de Carlotti, de reconstitutions historiques, etc, etc).

 On voit donc qui il me semble important de toucher en profondeur : un certain grand public, occasionnellement sympathisant, mais ignorant de l’occitanisme (ne sachant ni lire ni écrire l’occitan, ne sachant pas qu’il existe une littérature etc...) et issu de tous horizons (politiques, géographiques, culturels, professionnels, ...) de tous âges et de toutes conditions. Il me semble que c’est là le plus grand réservoir d’occitanistes potentiels: évidence qu’il fallait construire, parce qu’elle n’en semble pas une pour certains. Si on veut grossir les rangs de l’occitanisme, c’est bien en allant chercher ceux qui ne le sont pas encore (ils sont les plus nombreux, ce me semble) et pas en n’œuvrant que pour convaincre (ou entretenir la conviction) des déjà convaincus. Et pour aller les pêcher il faut tendre des lignes dans toutes les rivières qu’ils fréquentent. Et s’adresser à eux en se faisant comprendre. Dans le but de les amener peu à peu à une curiosité plus large et plus aiguë. (J’insiste, je prends un peu le ton de l’instituteur qui rabâche, mais croyez-bien que c’est sans condescendance, je veux être bien compris).

 On a vu qui il me semblait important d’essayer de toucher (un public plus large que les “occitans” : des gens de toutes origines, des Parisiens, des Bretons, des Corses, des Normands, des Antillais, des Italiens, - problème de langue j’y reviens, etc...), on a vu de quoi : les amener à découvrir la culture occitane et à s’attacher à la mieux connaître.Voyons maintenant comment y réussir.

 J’ai constaté que nous avions nombre d’excellents outils :

1) certains qui attirent le regard, l’écoute, d’un grand public et qui le conduisent vers une sympathie pour la culture occitane (et parfois vers une compréhension instinctive de ses valeurs, extrêmement forte) mais n’ont pas vocation à entretenir chez lui une connaissance approfondie : tout ce qui est spectacle, émissions radios ou T.V., disques, films (ce serait important qu’il y en ait beaucoup plus), etc. Ces outils fixent momentanément, ponctuellement, parfois superficiellement, l’attention d’un très grand nombre de gens.

2) d’autres, les plus nombreux, qui, dans une pluralité de thèmes, d’approches, sont au service soit des militants, soit de sympathisants avancés, soit de curieux, d'étudiants ou de chercheurs travaillant en profondeur sur un thème.

 Il nous manque l'outil central.

 Il doit y avoir toutes sortes d'outils pour mener à bien notre projet. La revue devrait être celui a) qui fédère tous les autres outils b) qui devienne le lieu privilégié des grandes synthèses : populaire et savant, commercial et militant, français et occitan, local et mondial, etc.

Quelle revue ?

• Bilingue à la base, avec une plus grande part au français et une méthode d'initiation progressive à la lecture de l'occitan ;
• Ouverte à d'autres langues, avec outils d'initiation à ces langues (et aux cultures qui s'y rattachent) ;
• Trimestrielle ;
• Réalisée par des professionnels salariés**, avec un comité de rédaction large et autorisé incluant des grands noms de l'occitanisme et des représentants des grandes associations (tous les IEO secteurs et départements, Calandretas, Institut culturel occitan de Pau, IDECO, radios occitanes, autres revues et journaux occitans, etc) ;
• Formant une société indépendante des diverses associations (société, SCOP,...), lesquelles seraient présentes dans le capital de ladite société, à leurs différents niveaux...

Comment le financer ?

Je pense qu’une telle revue, réussie, peut rencontrer un très  large public : occitanistes militants et sympathisants, méridionaux curieux, intellectuels et artistes français en général. Voici qui elle doit viser. A terme sa vente (abonnements et kiosques) devrait la hisser au rang de grande revue culturelle généraliste, et donc l’auto-financer pour une grande part. Mais nous devons compter, pour le démarrage, ainsi que pour la continuité, sur deux autres sources de financement.

a) L’argent public.

Etat, Régions, Départements, Mairies.

 Du côté de l’Etat et des Régions, je pense que nous obtiendrons assez aisément - avec un cahier des charges bien pensé - une subvention régulière. Notre travail ressortira de plusieurs de leurs préoccupations qu’ils n’ont guère l’occasion de transformer en actes : patrimoine, développement des arts, éducation, langues et cultures régionales, tout cela présenté dans un projet global, synthétique. C’est la mission du service public à qui nous offrons un outil.

Les Mairies.

Le travail des militants des sections peut là être très utile, et trouver un vecteur régulier : à eux de trouver des financements aussi réguliers. Il y a beaucoup de communes en Occitanie. Des militants de base peuvent se lier à elles et leur faire entrevoir l'intérêt de participer régulièrement au financement. Contre pub rédactionnelle, etc.

Public toujours : abonnements partout : bibliothèques, M.J.C., Foyers Ruraux, etc.

b) Le privé.

• Campagne d'abonnements : commerçants de proximité, Comités d'entreprise, grosses boîtes...
• Publicité : j'ai beaucoup d'idées là aussi, mais vous aussi.

 En résumé général : Je ne voudrais pas tout décortiquer. J'ai parlé de l'axe général. Je pourrai sortir d'autres idées quand le jour viendra. A d'autres de plancher, et débat. A bientôt !
 
 

 Claude Sicre (Décembre 1997)
 
 

* Je n'ai donné ce texte à Occitans !  qu'un an après.
** Je n'ai pas peur de lancer quelques noms : A. Surre-Garcia, J-M Buge, A. Rouch, Marti fils, J. Gaudas...