D. BOURGEON. ARTICLE PARU DANS LA REVUE MANA, REVUE DE SOCIOLOGIE ET D’ANTHROPOLOGIE, N°6, 1999.

A. Médecine
et Sciences humaines: quels enjeux?
L’arrêté du 21 avril 1994 a
substitué un module de sciences humaines et sociales au module de culture
générale dans l’enseignement de la première année des études de médecine
(PCEM1). Or, ce simple texte
réglementaire revêt une importance fondamentale puisqu’il suggère, en ultime
lecture, de réunir deux approches de l’homme radicalement opposées. Le
paradigme scientifique dominant la médecine moderne institue la maladie comme
objet et organise la médecine en spécialités. Les pathologies structurent la
discipline selon des critères d’organe, d’âge, de sexe ou, par voie de conséquence, par une forme
de thérapie. L’homme, n’étant plus
foyer d’objectivation, perd sa
centralité... A contrario, les sciences sociales favorisent une approche
globalisante, moins fractionnée de l’individu. Réunir médecine et sciences
humaines revient donc à confronter deux modèles: l’un analytique, l’autre
holiste.
Très
tôt, les professionnels de la santé s’interrogent sur le sens de cette réforme
comme en témoigne cet extrait d’article de la “ Revue du Praticien ”:
“ En premier lieu, le but (de
l’arrêté de 1994) est de contester
l’orientation du tout scientifique sur laquelle était principalement fondée la
sélection des étudiants depuis de nombreuses années. Il apparaît désormais à un
grand nombre de responsables universitaires que la dimension humaine de la
médecine doit être mieux valorisée[1] ”.
Rétablir
la dimension humaine revient à reconsidérer l’unité, la totalité de l’être et
cette démarche suggère de franchir une autre opposition traditionnelle, celle
des sciences fondamentales et sociales. Car, dans la citation ci-dessus, le
“ tout scientifique ” et la dimension humaine se distinguent... En sus des
différences d’approche entre médecine et sciences humaines se superpose
certainement l’opposition classique entre sciences dites “ dures et
molles ”. La médecine détient sa légitimité scientifique par les
apports fondamentaux de la physique, chimie et biologie et le savoir spécifique
de l’observation clinique. Admettre une épreuve de sciences humaines dans le
concours de fin de première année heurte certainement des acteurs attachés à l’ancrage “ fondamental ” de
leur discipline... Le module “ a
permis de remettre en cause le caractère
exclusivement scientifique des disciplines sur lesquelles sont sélectionnés
nos futurs médecins ”[2].
Voici,
en quelques lignes, les réflexions, les enjeux ultimes inhérents à ce texte
réglementaire où la sociologie, me semble-t-il, a un grand rôle à jouer... Seulement, dans quelle mesure correspondent-ils à la réalité? Cadrent-ils avec l’esprit de la réforme?
Les
textes ministériels évoluent ou involuent au cours du temps. Pour bien
appréhender le réel, il est nécessaire, en premier lieu, d’analyser le
cheminement du cadre réglementaire; lequel comporte cinq textes essentiels:
1. L’arrêté du 18 mars 1992 (gouvernement
Cresson).
2. L’arrêté du 19 octobre 1993 (gouvernement
Balladur).
3. L’arrêté du 21 avril 1994 (gouvernement
Balladur).
4. L’arrêté du 2 mai 1995 (gouvernement
Balladur).
5. L’arrêté du 30 septembre 1997 (gouvernement
Jospin).
B. Le cadre
réglementaire...
L’arrêté
de 1992 définit, en autre, le contenu de l’enseignement de première année comportant
obligatoirement trois modules sur les sciences fondamentales (physique,
biophysique, chimie, biochimie,
biologie moléculaire et cellulaire) et un module de culture générale
devant intégrer les techniques d’expression et de communication, la philosophie
et l’histoire des sciences. Le reste du
programme doit être élaboré par l’université selon des orientations
pré-définies par l’arrêté. Le texte de 1993 offre des orientations thématiques
pour l’ensemble de l’enseignement du premier cycle et sur la première année de
deuxième cycle sur lesquelles il conviendra de revenir ultérieurement. Quant à
l’arrêté de 1994, il substitue, comme nous l’avons dit, un module de sciences
humaines à celui de culture générale. Cet “ événement ” a, d’ailleurs,
suscité, peu de temps après la parution du texte, un séminaire de
“ Pédagogie des Humanités médicales ” à la Faculté de Necker. Les participants en ont conclu que “ c’est une diversification des
compétences et des systèmes de référence des futurs médecins - et notamment de ceux qui se destinent à la
pratique clinique - qui est recherchée[3] ”. L’apport des sciences humaines
ne concernerait, a priori et de toute évidence, que le savoir spécifique
médical élaboré par l’observation clinique...
Toutefois,
l’apport essentiel émane du texte de 1995 signé peu de temps avant les
élections de mai 1995: “ le module
de sciences humaines... doit privilégier, dans le cadre des orientations
thématiques de 1993,...les enseignements permettant aux étudiants:
·
D’acquérir
les outils de base de la sociologie, de la psychologie sociale, de la
démographie, du droit national, européen et international, de l’économie, de la
communication et de l’information.
·
D’aborder
les grandes questions d’éthique dans la société.
Les unités de formation et de recherche de
médecine peuvent de plus proposer aux autorités universitaires...des
thèmes...dans le domaine de l’anthropologie et de l’économie des systèmes de
santé...
Ces
enseignements ont pour but de développer chez les étudiants une approche pluridisciplinaire
des problèmes de la socièté et de susciter leur réflexion sur la place de leur
future pratique dans un contexte élargi. Du fait que ces enseignements relèvent
de diverses disciplines, ils sont assurés avec le concours d’universitaires des
disciplines concernées ”.
Apport
essentiel de ce texte qui fonde les
bases d’une véritable pluridisciplinarité dés le début de l’enseignement de la
médecine. Malheureusement, l’arrêté de septembre 1997 abroge les dispositions
de 1995, très peu de temps en fait, après l’investiture du gouvernement
socialiste. Le nouveau texte stipule que les universités doivent arrêter, elles
mêmes, le contenu du module et ne parle plus de pluridisciplinarité des
enseignants. Compte tenu, cependant, de
la date de l’arrêté, du temps d’élaboration d’un module d’enseignement, il est
fort probable que les programmes de l’année 1997/1998 restent fortement
imprégnés du texte de 1995.
Seulement, un texte ministériel ne traduit pas la
réalité, une réalité résultant, certes, du cadre réglementaire mais également
de l’intérêt des acteurs. Quel contenu est véritablement enseigné, à
quels objectifs répond-il? Le champ des sciences humaines est vaste. Quels sont
les choix des enseignants, quelle place accordent-ils à la sociologie?
Le
savoir médical, élaboré sur les recherches cliniques du XIXe siècle, a connu un
véritable bouleversement dans les dernières décennies grâce aux progrès de la
biologie et de la technologie. Certes, l’apparition du SIDA a mis à mal une
médecine triomphante qui avait, dans les années soixante-dix éradiqué toute
épidémie du moins mortelle. Actuellement, les bienfaits de la tri-thérapie
semblent redorer ce blason un temps terni. Compte tenu de ce contexte, quelles
raisons importantes peuvent motiver le corps médical à intégrer les sciences
humaines dans l’enseignement du 1er cycle (PCEM1) consacré traditionnellement
aux sciences fondamentales? (Ont-elles un lien avec les enjeux essentiels
que nous avons évoqués?)
Au
préalable, il convient de distinguer deux dimensions au sein de la médecine, la discipline scientifique et la
profession. Le corps médical est composé d’une pluralité d’acteurs: les
généralistes, les spécialistes, les universitaires et les fondamentalistes aux
stratégies parfois très différentes. Quels sont les véritables promoteurs
politiques de cette réforme, qui a intérêt à favoriser l'intégration des
sciences sociales et pourquoi?
Il
conviendra, toutefois, de ne pas oublier, dans cet approche, tous les aspects
inhérents au corps de métier. Weber nous montre que les trois fondements de
l’action sociale se retrouvent dans la profession ; à savoir, la
tradition, la rationalité mais aussi le charisme. Répondre uniquement à la
question “ à qui servent les
sciences sociales et pourquoi? ” serait réducteur. La profession est matrice de valeurs... “ En tant que vocation...elle est
expressive des valeurs et des passions qui animent l’individu[4] ”.
L’intégration des sciences humaines dans le cursus médical peut témoigner
d’intentions “ humanistes ” comme, par exemple, la volonté de
redynamiser la relation soignant-soigné...
D’autre
part, cette réforme interroge le savoir médical: quel avantage, du point de vue
épistémologique, les sciences humaines et sociales présentent-elles pour la
recherche, l’élaboration des savoirs et l’exercice de la médecine?
L’extrême spécialisation crée une mosaïque de savoirs très spécifiques pouvant
freiner, parfois, l’émergence du sens...
Pour
tenter de répondre à l’ensemble ou , du moins, à certaines des questions
pré-citées, une enquête s’impose comprenant un champ d’investigation assez
vaste pour dégager quelques tendances, quelques éléments d’analyse que nous
essaierons, dés que possible, de croiser avec les écrits des acteurs, des
médecins et de la réalité réglementaire. Seront donc étudiés successivement le
contenu des programmes et la qualité professionnelle des intervenants.
C. La réalité parisienne:
Nous
avons donc choisi, dans un premier temps, de réaliser un bilan de l’existant
sur l’ensemble des facultés parisiennes... Lesquelles sont au nombre de onze
rattachées au grands centres universitaires parisiens:
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Universités |
Université Pierre et Marie Curie (Jussieu) Paris VI |
Université René Descartes,
Paris V |
Université Denis Diderot,
Paris VII |
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facultés de médecine |
Broussais -Hotel Dieu |
Pitié-Salpétrière |
St-Antoine |
Cochin |
Necker |
Paris-ouest |
Bichat |
Lariboisière |
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Universités |
Orsay, Paris XI |
Paris XII |
Paris XIII |
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facultés de médecine |
Orsay (CHU Bicêtre) |
Créteil (CHU Henri Mondor) |
Bobigny |
|||||||
Les onze facultés sont
indépendantes et si les étudiants de Cochin, Necker et Paris-ouest suivent leur
première année de médecine à l’UFR Biomédicale du centre universitaire des
Saints Pères (Université René Descartes), les programmes et les enseignants des
modules sont différents. Nous sommes donc confrontés à onze modules de Sciences
humaines singuliers[5] et à plus d’une centaine
d’intervenants. Cette dimension
excluait une démarche par entretiens. Nous avons donc privilégié l’étude sur
documents (livrets de PCEM1 délivrés aux étudiants) et complété les
informations par contacts téléphoniques dés que cela était possible. Bien
entendu, une recherche plus approfondie et plus limitée serait nécessaire, par
la suite, pour affiner les premières constatations...
Selon les
textes réglementaires, les modules enseignés doivent comprendre entre 60 et 90
heures de cours et les questions de sciences humaines doivent participer à
hauteur de 20% (niveau minimal) du concours de fin de première année. Ce qui
est, globalement, le cas sur les onze sites. L’amplitude horaire varie de 60 à
92 heures représentant en moyenne 13% des heures enseignées. Le coefficient du
module de sciences humaines varie de 20 à 21% (de la somme des coefficients)
selon les centres correspondant ainsi au
seuil minimal défini par la réglementation.
Est-ce le témoignage d’une
volonté ou la conséquence de contraintes liées aux exigences du programme? Ce
pourcentage reste, néanmoins, loin d’être négligeable pour un concours
hautement sélectif...
Les évaluations doivent être
réalisées à partir de questions rédactionnelles rompant ainsi avec l’habitude
courante des QCM (questions à choix multiples) en faculté de médecine et peu
adaptées aux Sciences humaines.
Nous avons interrogé cinq
responsables du module sur leurs objectifs pédagogiques. Il en ressort deux
dimensions importantes que l’on peut résumer ainsi:
·
Développer
une culture sur un certain nombre de langages fondamentaux nécessaires à la
pratique médicale.
·
Favoriser
la réorientation en cas d’échec au concours.
Ce dernier point ne peut
être négligé sachant qu’environ 11% des étudiants réussissent le concours.
Quant au premier, il rejoint plus ou moins la conclusion du séminaire de Necker
et le texte de 1995.
· Le contenu enseigné:
Il parait important de
confronter, dans un premier temps, les programmes des onze sites étudiés aux
orientations thématiques de 1993 et du contenu exprimé par l’arrêté de 1995.
Chaque faculté étant libre, maintenant, de déterminer son programme, cette démarche permettra de mettre en
évidence les choix et les non choix des enseignants voire le tri opéré par
rapport aux recommandations de 1995. Car ne considérer que les onze
programmes des sites parisiens et les catégoriser engendrerait une perte de
sens. Les thèmes ignorés sont également révélateurs d’une volonté...
Bien entendu, nous
croisons un cadre thématique et des programmes ne révélant qu’une ossature, des
titres de chapitre. Cette démarche ne vise pas à l’exhaustivité. Des
sous-chapitres faisant l’objet d’un enseignement sur un site donné
n’apparaîtront pas dans le tableau ci-dessous. Il faudrait analyser le contenu
des 735 heures de cours des onze facultés. Cependant, les titres de chapitres
illustrent parfaitement les choix (ou les non choix) des enseignants traduisant
obligatoirement leur intérêt pour telle ou telle discipline... Et le but essentiel est de mettre en
évidence des tendances. En terme de méthodologie, on ne peut espérer plus d’une
telle démarche...
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facultés |
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total |
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Intoduction aus Sciences humaines et sociales: |
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·.Définition, classification
et domaines d’application. |
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·.Les principaux courants et
concepts. |
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·.Limites de l’homme comme
objet d’étude. |
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·.Les modèles: biologique et
médical, comportementaliste et gestaliste. |
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·.Le structuralisme et la
sémiotique en sciences humaines et sociales. |
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·. Les outils spécifiques |
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Application des sciences humaines aux soins et à la santé: |
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·. La vie, la mort, le normal, le pathologique. |
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4 |
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·. La santé, la maladie, le handicap. |
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4 |
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·. L’approche globale de l’homme: les modèles holistique et
analytique. |
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·. Histoire des pratiques
soignantes. |
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X |
X |
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8 |
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·. La notion de progrès en médecine:
de la médecine contemplative aux révolutions thérapeutiques et génétiques; le
droit à la santé. |
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X |
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8 |
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Anthropologie, ethnologie: |
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·. Evolution de la vie et de l’homme dans ses dimensions
biologique, psychologique, sociologique et environnementale. |
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x |
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X |
4 |
|
·.Culture et phénomènes
culturels, l’inné et l’acquis; mythes et croyances. |
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1 |
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·. Représentation et attitudes culturelles face à la santé, à la maladie, à la mort. |
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Connaissance de soi-même: |
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·.Développement affectif,
sexuel, intellectuel et psychosocial de l’individu. |
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4 |
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·.Le corps: schéma corporel
et image du corps. |
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4 |
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·.L’inconscient: places et
limites de la psychanalyse. |
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1 |
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·. La personnalité: aspect dynamique de la personnalité,
mécanismes de défense et d’adaptation, état affectif. |
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3 |
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·. Influence et relation du psychisme sur le corps: pertinence de l’approche psychosomatique; conduite et comportement. |
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1 |
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Psychologie, appréhension de l’autre |
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|
·. Principaux élèments constitutifs du langage |
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1 |
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·. Les différents modes de relation: sociale, éducative,
coopérative, d’autorité, de dépendance, d’acceptation, de maternage. |
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·. Relation soignant-soigné: relation fonctionnelle, attitude
personnelle dans la relation, transfert, contre-transfert. |
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X |
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1 |
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·. Les techniques d’observation: les méthodes, l’entretien (les
différents types). |
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·. Application à la relation médecin-patient: serment
d’Hippocrate, relation médecin-malade, notion de “ vérité ”,
information du malade et de sa famille, responsabilité médicale... |
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X |
X |
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5 |
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. droit et éthique médicale,
secret médical... |
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9 |
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·. essais thérapeutiques,
protection de l’individu, l’accompagnement, les soins palliatifs |
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x |
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8 |
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Sociologie, psychologie sociale, appréhension des
autres |
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·. Notion de groupe: différents groupes sociaux, famille, groupe
de travail, institution. |
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2 |
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·. Dynamique des groupes restreints, des conflits. |
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·. Communication et réseaux de communication |
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3 |
|
·. Fonction de rôle, de compétence, responsabilité, autorité. |
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1 |
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·. Techniques d’animation de groupe: le médecin dans l’équipe de
prise en charge du malade. |
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·. Animation des groupes à visée professionnelle, éducative,
socio-culturelle. |
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0 |
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facultés |
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total |
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Systèmes de santé |
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·. Le médecin dans l’équipe de soins. |
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·. Modalité d’accès aux soins. |
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·. Organisations syndicales et ordinales: rôle, représentativité,
objectifs, organisation. |
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1 |
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·. Système de protection
sociale: dans le monde, dans l’UE, en France et organisations des systèmes de
santé (sécurité sociale et mutuelles). |
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X |
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X |
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6 |
|
·. Système conventionnel, mode d’exercice et rémunérations. |
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1 |
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·. Démographie médicale et régulations des flux. |
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Economie de santé |
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·. Evolution des dépenses de santé et part du PIB, comparaison
des pays occidentaux et du Tiers-monde. |
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·. Financement de l’hospitalisation publique et privée, budget
global. |
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·. Indicateur du système PMSI, macro et micro-économie. |
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·. Organisation des soins et prise en charge des personnes âgées.
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·. Evolution des pathologies et coût pour la santé, l’exemple du
SIDA. |
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·. Contraintes économiques et préoccupations éthiques. |
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·. Ethique médicale et média. |
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Globalement,
20 % des orientations thématiques figurent dans les programmes des onze
facultés avec une importante variation d’un site à l’autre: environ 44% pour le
site n° 8 et 2% pour la faculté n°9.
Nous
pouvons, toutefois, dégager trois points principaux que l’on peut décliner
ainsi, au regard des programmes concernés:
·
Histoire
de la médecine
·
Ethique
/ Génétique
·
Systèmes
de santé.
Ce qui
reprend une partie des orientations du texte de 1995 car la sociologie n’est
abordée que dans trois sites (sur
lesquels il faudra revenir ultérieurement); situation à peu près analogue
pour l’anthropologie et l’ethnologie bien qu’elles soient plus présentes mais
sous une forme parcellaire et non véritablement définies en tant que telles
dans les têtes de chapitre. Deux thèmes traduisent parfaitement les difficultés
de la médecine actuelle confrontée à une volonté de maîtrise des dépenses de
santé et aux problèmes éthiques liés à l’évolution de la génétique. Quant à
l’histoire de la médecine recommandée par le texte de 1992[6],
l’ouvrage[7]
de Philippe Meyer (enseignant d’une partie du module de sciences humaines à la
faculté de Necker) et de Patrick Triadou offre un élèment de réponse. “ L’histoire de la pensée médicale est
largement ouverte sur la sociologie, l’anthropologie, l’histoire générale et
également sur la biologie la plus fondamentale, facteur moteur et limitant du
progrès [8]”. Les
auteurs développent une réflexion épistémologique sur l’évolution de la
médecine, les différents paradigmes qui l’ont traversée et analysent les
mécanismes du progrès, ses conséquences sur la vie humaine... Ainsi, l’histoire de la pensée médicale
serait, pour ces acteurs, le vecteur le plus approprié à l’émergence d’une
pluridisciplinarité...
Ce
tableau permet de distinguer également les thèmes ignorés (rappelons encore,
par honnêteté méthodologique, que ces chapitres ne sont peut être pas absents
des enseignements, ils n’apparaissent simplement pas dans la déclinaison des
programmes). Nous pouvons cependant remarquer que la confrontation des
modèles analytique et holiste, pierre angulaire des rapports entre médecine et
sciences humaines, ne semble pas être une priorité affichée. Cette dimension
est certainement abordée en Histoire de la médecine lors de l’étude des
systèmes médicaux mais elle ne paraît pas constituer le fil directeur de la
démarche.
Ce qui autorise l’hypothèse de travail suivante:
l’introduction du module de sciences humaines traduit (où se traduit par) une approche utilitariste des sciences
humaines. Il ne s’agit pas de remettre en cause le modèle
“ scientifique ”, analytique mais de compléter le savoir médical. Les
connaissances réelles ou supposées des sciences sociales seraient utilisées
comme une "prescription supplémentaire" visant à maintenir le
prestige social des médecins. Sous couvert d'ouverture, ils
"absorberaient" en fait les disciplines menaçant l'exercice médical
ou son autocontrôle par la profession.
Si
cette hypothèse se vérifie, on ne peut parler de véritable pluridisciplinarité
car une conception instrumentaliste des sciences humaines comporte un risque: “ L’approche
pluridisciplinaire n’a en effet d’avantage heuristique que dans le cas où
l’information apportée est de nature différente et où les limites rencontrées
ne sont pas les mêmes [9]”.
De même, les outils spécifiques aux sciences sociales, les techniques
d’investigation notamment en psychologie (l’entretien) ne font pas l’objet de
titre de chapitre...
Toutefois,
les tableaux précédents ne correspondent pas à la réalité puisque les
orientations thématiques ne représentent qu’une partie des onze programmes.
Lesquels offrent un éclectisme
conséquent générant une difficulté majeure à catégoriser. Néanmoins, se
dégagent neuf points principaux regroupés dans le tableau suivant où nous
retrouvons, d’ailleurs, les orientations proposées par le texte de 1995:
|
ENSEIGNEMENTS |
nombre de facultés concernées |
Importance de l’enseignement par rapport aux 735 heures des 11
modules de Sciences humaines (estimation, valeur indicative) |
|
Histoire des sciences &
épistémologie |
6 sites |
15 à 16% |
|
Economie |
6 sites |
environ 13% |
|
Ethique |
8 sites |
11 à 12% |
|
Santé publique |
5 sites |
9 à 10% |
|
Apports théoriques fondamentaux |
4 sites |
environ 12% |
|
Psychologie |
5 sites |
10 à 11% |
|
Médecine |
3 sites |
environ 7% |
|
Sociologie, anthropologie, médecine & socièté |
4 sites |
environ 5 % |
|
Droit |
4 sites |
environ 5% |
Le
nombre de sites ne correspond pas forcément au premier tableau puisque la
catégorisation n’est plus la même. Par exemple, droit et éthique médicale
étaient confondus dans les orientations thématiques et correspondaient à 9
facultés différentes. On s’aperçoit qu’en réalité le droit ne concerne que 4
programmes et que l’éthique est quasi-omniprésente.
Ces
neuf pôles essentiels représentent 87 à 91% des heures enseignées. Le reste
échappe à toute catégorisation. En fait, apparaissent sur l’ensemble des
programmes (à l’exception d’un comportant essentiellement des apports
fondamentaux) des formes
“ stratifiées ” inhérentes à la succession des textes législatifs.
Cet
éclectisme offre le danger de l’arbitraire. Par exemple, l’étude des systèmes
de santé relève de l’économie de la santé mais se trouve parfois incluse dans
le thème santé publique. Thème que nous avons néanmoins choisi comme catégorie
par sa récurrence et le rôle que ses
enseignants semblent jouer en terme de pluridisciplinarité comme nous le
verrons ultérieurement. Face à ces difficultés de catégorisation, l’estimation
des heures n’a que valeur indicative et ne doit pas être interprétée stricto
sensu. En regard de cette quantification horaire, le nombre de sites concernés
semble important puisque le volume horaire peut simplement témoigner de
l’influence locale d’un responsable de module...
La
réflexion épistémologique est présente dans des thèmes tels que l’histoire des
sciences biologiques ou plus particulièrement l’histoire de la médecine, de la
pensée médicale de l’antiquité à nos
jours. Le “ pôle ” Santé publique regroupe un enseignement épidémiologique,
des notions de démographie médicale, l’étude de la protection sociale, des
problèmes de santé à l’échelle de la société, la prévention, les professions de
santé etc...
La
tendance essentielle croise la génétique et les problèmes éthiques, déontologiques
développant une interdisciplinarité entre médecine et philosophie. Dans
d’autres sites, le module de sciences humaines permet d’aborder des contenus
véritablement médicaux (Corps humain et anthropogénèse, physiologie, imagerie
du corps humain) ou fondamentaux (Génétique “ pure ”, évolution de la
physique, de la chimie, biologie).
Seuls
quatre centres affichent nommément un programme de sociologie, anthropologie ou
ethnologie se déclinant selon les thèmes suivants:
Site n°1, intitulé: Sociologie, ethnologie (6 heures).
·
Domaine de la sociologie
·
Notions de groupes sociaux: famille, classe sociale
·
Fonctions, rôle et statut
·
Opinions et attitudes, communication dans les groupes
·
Dynamiques des groupes restreints
·
Changement: innovation, diffusion, conflits
·
Culture et phénomène culturels: inné et acquis, mythes et
croyances
A ceci,
s’ajoutent 6 heures de “ démographie ”.
Site n°2, intitulé: Histoire et aspects sociologiques des maladies (8 heures).
·
Invalidité, handicap et maladies chroniques
·
De l’insuffisance rénale à la greffe d’organe
·
Evolution des concepts en matière de maladies
respiratoires
·
L’enfant et la socièté
Malheureusement,
toutes les tentatives pour pouvoir contacter ces enseignants sont restées
lettre morte...
Site n°3, intitulé: Evolution et anthropologie.
·
Théories de l’évolution
·
Ethologie des primates
·
Evolution de l’homme
·
Introduction à l’anthropologie
·
Images du corps dans différentes cultures
·
Notion de santé et représentation de la mort dans
différentes cultures
·
Langues: mode d’expression et échanges
·
Anthropologie
littéraire de la maladie
·
Médecines
traditionnelles
·
Anthropologie
physique et maladies
·
La
médecine chinoise, médecines traditionnelles
Site n°4, intitulé: Sciences humaines et sociales (18 heures).
Le fonctionnement de la vie
sociale
·
Le
cycle de vie et les rapports entre les générations
·
La
famille
·
La
dépendance
·
La
sexualité. La maladie, la mort.
Quelques grands problèmes
sociaux
·
Inégalités,
précarité
·
Migrations
·
Délinquance
·
Travail
·
Equité
·
Deux
conférences d’anthropologie médicale (hors programme concours).
D’autres
programmes évoquent des thèmes en relation avec ces disciplines mais
l’importance, le volume horaire restent
moindres.
Mais
avant d’approfondir la réflexion sur ces quatre sites, il convient d’étudier,
suite aux programmes, les intervenants des modules. Qui sont-ils,
qu’enseignent-ils? Avons-nous une véritable pluridisciplinarité comme le
suggérait le texte abrogé de 1995?
· Quels
enseignants pour quel contenu?
Dix
des onze fascicules de PCEM1 indiquaient les noms et prénoms des intervenants.
Dans un premier temps, la spécialité pour les enseignants médecins a été
déterminée par une recherche dans le guide des hôpitaux de l’Assistance
Publique/Hôpitaux de Paris (majorité des cas) et l’annuaire Rosenwald du corps
médical. Le risque d’homonymes existe mais il est minimisé par une
confrontation entre les lieux
d’exercice et d’enseignement, les liens spécialité/contenu enseigné puis
par des appels téléphoniques voire par un questionnaire (un cas). Par une projection à partir d’une moyenne
(calculée sur les sites à information exhaustive) le nombre total d’enseignants
pour les onze facultés est estimé entre 110 et 120 personnes; 99 sont identifiés représentant 82 à 90% de
l’ensemble.
Sur
ces 99 intervenants:
médecins: 79 soit 79,8%
non médecins:
20 soit 20,2% dont: 1 physicien, 2 sociologues, 1
anthropologue (conférence), 3 économistes, 2 professeurs de philosophie, 1 docteur
en histoire de l’art., 3 professeurs de Droit (Faculté d’Assas), 2 directeurs
d’hôpitaux (conférences), 1 directeur de l’INSERM (conférence), 1 directeur de
la Santé (conférence), 3 non déterminés
Le
module de sciences humaines est affaire de médecins. Leur pourcentage
conforterait l’hypothèse d’un aspect utilitariste des sciences sociales au
détriment d’une véritable pluridisciplinarité...
Ces 79
médecins relèvent de spécialités différentes obligeant, encore une fois, à une
catégorisation favorisant l’émergence du sens. Il convient d’abord de
distinguer la médecine opératoire (la chirurgie) de la médecine clinique puis
de différencier les vocations généralistes des spécialisations. Enfin, un
certain nombre d’enseignants sont regroupés au sein d’une catégorie
“ sciences fondamentales ”
correspondant aux spécialités suivantes: histologie, embryologie,
cytogénétique, immunologie biologique, bactériologie, virologie...etc...
Compte
tenu de cette catégorisation, se dessine la répartition suivante :
·
Médecine généraliste
(médecine interne, gérontologie) : 9 soit 11,4%
·
Sciences
fondamentales : 21 soit 26,6%
·
Spécialités médicales :
24 soit 30,4% dont :
1.
Spécialité par organe ou par système (système nerveux,
immunologie clinique etc...) : 9 soit 11,4% des médecins.
2.
Pédiatrie : 3 soit 3,8% des médecins.
3.
Psychiatrie : 8 soit 10,1% des médecins.
4.
Autres (radiologie, anesthésie, urgences...) :
4 soit 5,1%
N.B: le
nombre de psychiatres est certainement sous-évalué, les programmes de
psychologie n’indiquant pas toujours le détail des intervenants.
·
Médecine opératoire
(chirurgie générale et spécialisée) : 7 soit 8,9%
·
Médecine sociale (Santé
publique) : 12 soit 15,2% (dont 3 exercent également dans le domaine de la
parasitologie, des maladies infectieuses et tropicales).
·
Non identifiés : 6 soit
7,5%
Catégorisation
que l’on peut résumer ainsi :
·
Médecine clinique et
Santé publique: 45 soit 57%
·
Sciences fondamentales: 21
soit 26,6%
·
Médecine opératoire: 7 soit
8,9%
Les
57% de la première catégorie s’expliquent parfaitement puisque les sciences
humaines ne devraient concerner, a priori, que le savoir clinique de la
médecine et moins l’apport en sciences fondamentales. Quant à la Santé
publique, elle représente le secteur, la spécialité où la médecine rencontre la
société, où cette discipline rejoint le fait collectif. L’intérêt de ces
acteurs pour le module s’explique presque par définition comme le non-intérêt,
d’ailleurs, de la médecine opératoire. Par contre, l’importance de la catégorie
“ sciences fondamentales ” est tout à fait surprenante mais trouve
son explication dés lors que l’on
étudie les sujets enseignés par ce groupe d’acteurs; contenu se résumant à deux
sujets essentiels :
·
Histoire
de la médecine (3 sites), histoire et
méthode des sciences biologiques (1 site).
·
Génétique
et éthique (3 sites).
Pôle de recherche, ces acteurs sont à la fois
intéressés par une réflexion épistémologique sur les paradigmes dominants ou
ayant dominés la médecine et par une démarche éthique liée au développement de
la génétique en particulier et de la biologie en général.
Quant
aux autres catégories, nous retrouvons l’éclectisme général des onze programmes
sauf, peut être en ce qui concerne les enseignants de Santé publique dont
l’activité traduit une volonté d’ouverture:
·
Economie (3 sites)
·
Démographie (2sites)
·
Droit (2 sites)
·
Protection sociale (2 sites)
·
Epidémiologie (2 sites)
Bien
sûr, cette liste n’est pas exhaustive, elle ne traduit que les tendances
principales...
En
résumé, malgré la dispersion des programmes se dessinent quelques pôles
pluridisciplinaires axés sur les médecins de Santé publique et sur un centre
“ historique ”, la Faculté de Bobigny. Les premiers détiennent
souvent plusieurs diplômes. En exemple, les enseignants de la Faculté du CHU Lariboisière comptent,
parmi eux, 3 “ Sciences politiques ”, 2 Doctorat de Sciences
économiques, 1 D.E.A de Sociologie. Quant à la Faculté de Bobigny, elle a
constitué la première UFR pluridisciplinaire (incluant 3 sociologues) sous
l’égide d’un psychanalyste. Particularité intéressante puisque la psychanalyse
constitue la première confrontation “ historique ” entre la médecine
et une approche holiste de l’homme.
L’objectif de ses enseignants est d’inscrire
l’homme dans son environnement familial et social.
En recoupant
les noms des intervenants et les écrits sur la profession médicale apparait peu
à peu un réseau pluridisciplinaire composé de sociologues de la santé, de
médecins de Santé publique et d’une unité de l’INSERM intitulée “ savoirs
et pratiques dans le champ médical: histoire, sociologie, psychanalyse ”.
Deux autres sites offrent une volonté d’ouverture, l’un sous la responsabilité
d’un professeur de Médecine interne, l’autre ne permettant malheureusement
aucune analyse. Le livret de PCEM1 délivré à ses étudiants ne mentionnait pas
le nom et la qualité des intervenants et tous nos courriers sont restés lettre
morte...
1-d. Au delà de l’exemple parisien.
Pour
compléter l’étude, le réseau Internet offrait des avantages en termes de
facilité et de gain de temps. Bien sûr, pour échapper au localisme de cette
enquête, il aurait fallu choisir au hasard quelques facultés de Province afin
d’établir une analyse comparative. Le choix économique d’Internet pose un
problème méthodologique. Les facultés présentes sur le réseau sont peut être
les plus innovantes, s’adaptant, de fait, rapidement aux changements
réglementaires.
L’intérêt
de la démarche repose plus sur la nécessité de conforter quelque hypothèse.
Ainsi, le centre universitaire de Lyon sud a créé un département d’épistémologie et d’humanités médicales suite aux
réflexions engendrées par les textes de 1992 et 1994.
Les
pages d’Internet nous en offrent un historique ainsi que les commentaires de
quelques enseignants. La première remarque extrêmement riche d’intérêt est la
suivante: “ il est intéressant de noter que, dans cette UFR, les collègues
cliniciens, pourtant informés, n’ont guère manifesté de velléités de
participation et que le groupe s’est constitué autour de collègues séniors des
disciplines dites biologiques (Biophysique, bactériologie, histologie) ou
mixtes (physiologie, biostatistiques, génétique) tous impliqués dans des
travaux de recherche fondamentale et/ou clinique ”. Ces commentaires confortent pleinement la
constatation établie sur l’étude des enseignants d’autant que l’auteur du texte
poursuit: “ quant aux quelques
téméraires (inconscients?) des disciplines plus fondamentales (les initiateurs
du groupe), nous pouvons nous hasarder à formuler l’hypothèse que leurs
pratiques de chercheur et d’enseignant les ont faits progressivement prendre
conscience des limites de certaines pseudo-vérités isolées de leurs contextes
et de la nécessité actuelle de participer aux tentatives de refonte de l’esprit
médical enseigné ”.
Dés le
début de l’expérience, le module comporte un contenu axé sur la “ philosophie,
épistémologie, histoire des sciences ” (44 heures) complété par
l’étude d’ouvrages (22 heures), par des conférences (16 heures) et des travaux
dirigés (3 x 2 heures).
Rapidement
s’impose la nécessité d’une interdisciplinarité et 3 professeurs de philosophie
intègrent le groupe initial. Lesquels livrent leurs réflexions sur Internet: “ si toutes les disciplines et toutes
les sciences intéressent la philosophie, la médecine cependant offre à la
réflexion un objet particulièrement divers et polymorphe. Les médecins semblent aujourd’hui fort préoccupés d’éthique; le
philosophe n’y aura son mot à dire que lorsqu’il aura appris des médecins ce
qu’il peut apporter ”. En ce qui concerne les médecins et sur
l’intérêt de l’interdisciplinarité, “on peut tout d’abord faire mention d’enjeux
d’actualité. L’effervescence
médiatique qui les entoure ne doit pas conduire à négliger leur intérêt
philosophique, difficile à dégager cependant en l’absence d’échanges et de
discussions avec des praticiens et des spécialistes ”.
Il est
important d’inclure un maximum de citations, ne serait-ce que par leur richesse
de sens: “ il devenait possible,
dans ce contexte, de donner un tour concret à des questions bien philosophiques,
comme celle, bien ancienne et pourtant peu banale, des rapports entre l’âme et le corps. Bref, si le souci du
philosophe est peut être depuis toujours la psyché, son interlocuteur
privilégié doit sans aucun doute être le praticien du symptôme et de la lecture
du corps: le médecin. L’Antiquité ne nous a pas plus démenti que la
psychanalyse ne le fera ”.
Dans cette démarche, il convient de rétablir
l’homme dans sa globalité, exigence, de fait, de l’éthique. Laquelle devient,
suite à la psychanalyse, le deuxième point de rencontre, au sein de la
médecine, entre les modèles holiste et analytique. Le troisième émerge ou
émergera vraisemblablement de la Santé publique...
Les
textes retenus, pour le programme de 1993-1994 sont les suivants:
·
“ La quête inachevée ” de Karl Popper.
·
“ Le normal et le pathologique ” de G.Canguilhem.
·
“ Galilée ” de Brecht.
Pour
ces enseignants, “ l’épistémologie
est pour nous un moyen d’éviter de prendre les mots pour des choses, elle peut
être pour les étudiants en médecine un remède au positivisme ”.
Par
ailleurs, la faculté de médecine de Marseille offre à ses étudiants un module
de sciences humaines comportant, pour une amplitude de 60 heures, les thèmes
suivants dont certains deviennent, maintenant, fortement récurrents:
·
Santé
publique
·
Introduction
à l’éthique et à la déontologie médicale
·
Epistémologie
médicale
·
Anthropologie médicale
·
Démographie, Sociologie.
D. Conclusion.
L’absence d’intitulé concernant les
modèles holiste et analytique et les techniques d’observation en psychologie,
les 80% d’enseignants-médecins plaident en faveur d’une utilisation des
sciences humaines venant comme réponse à des difficultés pratiques de
l’exercice médical: droit, déontologie, communication, économie voire anthropologie
“ culturelle ” pour certains secteurs urbains. D’autant que la
“ dimension professionnelle ” de la médecine a tendance à phagocyter
ce qui constitue, pour elle, un danger. Face aux contraintes économiques, il
devient nécessaire, stratégiquement, d’acquérir un savoir adapté.
Enseigner soi même la sociologie ou l’anthropologie permet de “ refermer
l’abcès ”... Toutefois, le “ pôle fondamental ” qui suscite
actuellement une recherche épistémologique, une interdisciplinarité médecine-philosophie
risquerait, à terme, de déboucher sur une remise en cause de plus en plus forte
du déterminisme “ absolu ”, des paradigmes en vigueur et de générer
une véritable pluridisciplinarité.
Il
convient, cependant, de relativiser la portée d’une telle démarche. P. Hassenteufel,
dans son analyse socio-historique, relève un pôle intéressant directement cette
conclusion de l’enquête. La conquête du monopole d’exercice (donc la lutte
contre le “ charlatanisme ”),
de l’autocontrôle s’établit sous
couvert d’une nécessité de moralisation ayant pour but ultime le bien être du
patient: “ Cette dimension éthique, basée sur la moralisation de la pratique
professionnelle, est un instrument de légitimation décisif du pouvoir
médical... Il s’agit là d’un élément déterminant dans l’affirmation de
l’identité professionnelle ”.
Remarque majeure éclairant d’un jour nouveau nos constatations. Au
premier degré, l’actuel besoin d’éthique dans l’enseignement de la médecine
s’expliquait par le progrès de la biologie en général et de la génétique en
particulier. Cette dimension est certainement essentielle mais on ne doit
occulter l’analyse de P. Hassenteufel qui renforcerait l’hypothèse d’un usage
purement instrumental des sciences humaines. Les dangers de la génétique
risquaient, à terme, d'augmenter le contrôle de l' Etat ou d'autres acteurs
(philosophes) sur l'exercice médical. En étudiant l'éthique, en l'intégrant dés
la première année d'enseignement, le
corps médical tenterait de phagocyter le champ de la réflexion afin de
préserver son autocontrôle. A l'appui de cet hypothèse, les luttes
entourant le Comité d’éthique semblent signifiantes: “ si l’élection de F.Mitterrand... n’a pas entraîné la suppression
de l’Ordre, ce dernier a cependant été marginalisé comme l’a montré la
création, en 1983, du Comité consultatif national d’éthique, au sein duquel
aucun représentant de l’Ordre n’a été nommé [10]”.
Toutefois, en 1987, cet organisme
réaffirmait sa présence par l’entrée de
son président au comité et par l’organisation, sous son égide, du troisième
congrès international d’éthique en mars 1991...
Arrivé à ce stade de l’analyse, il devenait nécessaire de la confronter aux
acteurs du module de Sciences humaines afin d’éviter toute dérive
interprétative. Trois entretiens ont été réalisés auprès de responsables
parisiens du module dont un téléphonique[11].
Il en résulte que les objectifs des « réformateurs » ne témoignent
pas, selon eux, d’une volonté pluridisciplinaire voire d’une remise en cause
des paradigmes existants. Leur ambition est conforme aux écrits médicaux cités
en début d’analyse et peut se résumer en trois points :
·
Ouvrir
les études médicales à des « baccalauréats littéraires » afin de
cultiver un regard critique, un esprit de synthèse. Il s’agit de relativiser le
« tout scientifique »...
·
Développer
une culture générale jugée totalement insuffisante au sortir des lycées.
·
Offrir
une première année d’enseignement moins « médicale » afin de
faciliter la réorientation en cas d’échec : environ 80% des étudiants ne
deviendront jamais médecins...
Telle était, en fait, la volonté initiale lors de la
création du module de Culture générale en 1992. Dés lors, cet enseignement a
largement été confié aux médecins de Santé publique et ces derniers semblent
avoir influé sur l’évolution et le contenu du module. Ils sont, selon certains
de leurs collègues, à l’origine du nouvel intitulé de 1994 et de l’ouverture
pluridisciplinaire de 1995. A ce stade, d’importants enjeux se sont
cristallisés autour de cet enseignement car la Santé publique est la seule
discipline permettant à des non-médecins d’être nommés dans les Facultés de
Médecine. La dérive « Culture
générale- Sciences humaines » devenait alors un cheval de Troie pour des disciplines diverses, ce que
nombre de médecins ont refusé totalement. Cette thèse a le mérite d’expliciter
les revirements ministériels et d’apprécier les différentes stratégies.
En conclusion, nous pouvons donc retenir deux
dimensions dans les enjeux de cette réforme :
·
L’une
en terme de savoirs. Introduire du « littéraire » dans l’enseignement
médical répond certainement à des questions
essentielles autres que le seul développement d’un esprit de synthèse où
d’un zeste d’humanité chez les futurs médecins. Je pense que la volonté de
répondre à des difficultés pratiques de l’exercice médical reste valable et,
pour la cerner, il faudrait analyser les études médicales dans leur ensemble.
·
L’autre
en terme de postes universitaires dans le domaine Santé publique. Cette
discipline semble être le vecteur approprié à une future émergence
pluridisciplinaire...
Nous percevons, en fait, toute la problématique
médicale : face à une réalité de plus en plus complexe et exigeante,
comment réformer l’enseignement tout en se préservant des velléités
extérieures ? Ou, en d’autres termes, comment concilier des nécessités
épistémologiques et des obligations professionnelles ?
Toute profession doit préserver le monopole de son
enseignement... Le module de Sciences humaines traduit ainsi parfaitement la
spécificité médicale et sa double exigence: celle d’une discipline
scientifique et d’une profession aboutie...
[1] Jean Michel Chabot “ Quels étudiants aujourd’hui pour quels médecins demain ” La revue du Praticien. n°16, tome 44. Octobre 1994.
[2] Jean Michel Chabot “Le soleil se lève à l’ouest” La revue du Praticien. n°18, tome 45. 15 novembre 1995.
[3] Jean Michel Chabot “ Quels étudiants aujourd’hui pour quels médecins demain ” La revue du Praticien. n°16, tome 44. Octobre 1994.
[4] J.Saliba in “ Les métiers de la santé ” P.Aïch, D.Fassin, Anthropos, 1994. p.56.
[5] Autre exemple de la relative complexité de l’organisation des PCEM1, les étudiants de Paris sud (CHU Bicêtre) suivent leurs enseignements à Orsay
[6] “ un module de culture générale devant intégrer les techniques d’expression et de communication, la philosophie et l’histoire des sciences... ”
[7] Leçons d’histoire de la pensée médicale. Sciences humaines et sociales en médecine. Editions Odile Jacob, 1996.
[8] Idem page 12.
[9] B.Pellegrini, revue Sciences humaines ” n°79, janvier 1998, p.17.
[10] page 152
[11] Il est particulièrement difficile d’obtenir des rendez-vous compte tenu de l’activité importante de ces responsables.