Situé
au coeur de l'Afrique de l'Ouest et fort de sa richesse culturelle,
le Burkina est une terre d'hospitalité et de fraternité
Capitale:
Ouagadougou Population:
11,3 millions (1998) Langue
officielle: français Groupe
«majoritaire»: mossi ou mooré (53 %) Groupes
minoritaires: une soixantaine de langues dont le peul
(7,8 %), le
dioula (8,8 %), le bissa (3 %), le lobi (2,7 %), le lyélé
(2,1 %) et le marka (1,9 %), etc. Langue
coloniale: français Système
politique: république unitaire Articles
constitutionnels (langue): art. 1 et 35 de la Constitution
de 1997 Lois
linguistiques: arrêté no 131 du 3 octobre 1991 portant
organisation de la Direction générale de l'Institut national
d'alphabétisation;décret no 95-306/PRES/PM/MCC portant cahier
des missions et charges des radiodiffusions sonores et télévisuelles
privées au Burkina Faso; loi no 013/96/ADP portant loi d'orientation
de l'éducation.
1- Situation géographique
Le
Burkina (d'une superficie de 274 200 km², soit la moitié
de la France) est un état d’Afrique occidentale enclavé
entre le Mali au nord et à l’ouest, le Niger à l’est, le
Bénin, le Togo, le Ghana et la Côte d’Ivoire au sud.
Le
pays s'est appelé Haute-Volta jusqu'en 1984 pour prendre
le nom de Burkina Faso, signifiant «le pays des hommes intègres»,
alors qu’était instauré un régime militaire socialisant.
A partir de 1991, ayant accédé à la démocratie, le pays
est appelé simplement Burkina. Sa capitale est Ouagadougou.
Le Burkina est divisé en 45 provinces .
L'ancien
nom de Haute-Volta était associé à celui désignant trois
cours d'eau importants: la Volta noire, la Volta blanche
et la Volta rouge, aujourd'hui appelés respectivement Mouhoun,
Nakambé et Nazinon. Le Burkina fait partie des pays francophones.
2
- Données démolinguistiques
Avec
plus de 11 millions d'habitants, le Burkina Faso est un
des ةtats les plus peuplés de l'Afrique de
l'Ouest. La population du Burkina est composée d'une soixantaine
d'ethnies. Les Mossis
constituent l'ethnie majoritaire (environ 53 %) et vivent
dans le centre du pays. Les autres groupes importants
sont à l'est les Gourmantchés
(7 % de la population), au nord les
Peuls (7,8 %), au sud les Bissas (3 %) et
les Gourounsis
(6 %), au sud-ouest les Dioulas
(8.8%),Samos
(2 %), Markas
(1,7 %), Bobos (1,6
%), Sénoufos
(2,2 %) et Lobis
(2,5 %).
Tous ces peuples parlent des langues qui leur sont propres,
mais elles appartiennent pratiquement toutes à la famille
negro-congolaise, répartie en trois groupes (ouest-atlantique,
mandingue et gur):
On
compte quelques langues appartenant à la famille
nilo-saharienne (sonrai, zarma) et à la famille chamito-sémitique
(haoussa, tamachek).
Le
français reste la langue officielle, mais il n'est
réellement compris que par environ 20 % de la population.
Malgré le poids démographique imposant des
langues nationales au Burkina, le statut de langue officielle
et celui de langue internationale font en sorte que la français
pèsent progressivement dans la vie sociale et économique
du pays. Cela dit, la langue véhiculaire à
Ouagadougou reste le mossi (ou mooré). La mosaïque
des langues dans le pays justifie le recours à une
langue de communication interethnique.
Parmi
la cinquantaine de langues parlées, trois langues
ont le statut de langues nationales: le mooré (ou
mossi), le dioula et le foulfoudé (ou fulbé
appelé aussi poular ou peul, selon les régions).
Le mooré est la langue la plus répandue. Parlée
par 53 % de la population du Burkina, c'est surtout la langue
des Mossis et des Gourounsis. Le mooré (ou mossi)
est aussi parlé dans les pays voisins tels que le
Ghana, la Côte d'Ivoire et le Mali; on peut estimer
le nombre de locuteurs du mooré à cinq millions.
Le dioula (8,8 %), dérivé du bambara, est
la langue du commerce. C'est la langue véhiculaire
de l'Afrique de l'Ouest, connue et utilisée historiquement
du Sénégal au Nigeria par tous les commerçants;
on estime que de trois à quatre millions de personnes
peuvent s'exprimer dans cette langue (langue maternelle
et langue seconde). Le foulfoudé (6,6 %), appelé
aussi poular ou peul, est la langue des Peuls; le nombre
de ses locuteurs de tous les pays se situe autour de trois
millions.
Suivent
des langues comme le bissa (3 %), le lobi (2,7 %), le lyélé
(2,1 %) et le marka (1,9 %). Parmi ces dernières
langues, le peul est parlé par au moins quatre millions
de locuteurs dans le reste de l'Afrique. Selon les services
de statistique de l'Institut national d’alphabétisation
(INA), les langues dans lesquelles les Burkinabés
sont alphabétisés sont les suivantes: le sissala,
le kasena, le gulmacema, le dioula, le dagara, le lobi,
le san, le sonraï, le tamachek, le bwamu, le cara,
le zarma, le haoussa, le cerma, le samo, le bobo, le bissa,
le nankana, le liyélé, le sikité et
le winen.
3
- Données historiques
Dès
le premier millénaire avant notre ère, les
premiers agriculteurs ont imprimé leur marque dans
les paysages en défrichant la forêt. Ils
précédaient les ancêtres des Mossi
actuels, qui peuplent tout le centre du pays. On situe
l’arrivée des Mossi entre le XIe et le XIVe siècle.
Issus d’un brassage entre les conquérants et les
populations autochtones, mais formant un même ensemble
culturel, les quatre royaumes mossi qui furent progressivement
constitués ne parvinrent jamais à l’unité
politique. Au nord, le royaume du Yatenga fut en contact
direct avec les empires soudanais contre lesquels il mena
des expéditions (p. ex., la prise de Tombouctou
en 1329). Il dut également se défendre des
tentatives d’islamisation de l’empire Songhaï.
Les autres
populations du Burkina eurent leur propre histoire, faite
du brassage avec d’autres peuples (Gourmantchés,
Bwas, Sénoufo, Gans). Dans le Nord, les Touaregs,
les Peuls, les Songhaï et les Djerma se sont établis
plus récemment. Le XVe siècle marqua l’arrivée,
par l’ouest, de populations de langue mandingue, en particulier
des marchands dioula qui seront à l’origine de
Bobo-Dioulasso.
3.1
La pénétration française
Au XIXe siècle,
le pays dut de nouveau faire face aux tentatives des talibés
ou disciples d’El-Hadj Omar, des Bambaras de Ségou
et des Peuls du Macina. Ces derniers islamisèrent,
vers 1810, l’Est voltaïque. En 1895, le Mandingue
Samory Touré (vers 1830-1900), un homme de guerre
redoutable, tenta de se constituer un ?tat dans la savane.
Les Français, qui craignaient d’être pris
de vitesse par les Britanniques et les Allemands dans
la région, profitèrent des craintes soulevées
par cette tentative de conquête chez les souverains
locaux pour établir un protectorat sur le royaume
mossi de Ouagadougou, en 1896, tandis que les autres royaumes
mossi, affaiblis par des querelles dynastiques, étaient
également placés sous leur domination. En
1897, les Français s’emparèrent par la force
de Ouagadougou, devançant ainsi les Anglais dans
la course vers la conquête. Par la suite, les Français
ne s’occuperont que fort peu du développement du
pays, qui servira surtout de «réservoir de
main-d’oeuvre» pour les plantations et le recrutement
militaire lors des deux guerres mondiales.
C'est à
cette époque qu'apparurent les premières
écoles (entre entre 1898 et 1903), notamment à
Ouagadougou, Gaoua et Tenkodogo. L’implantation de ces
«embryons d’écoles» avait été
créée à l'intention des militaires
qui en assuraient la direction avec l’aide d’interprètes.
On enseignait uniquement la langue française. Par
la suite, d’autres écoles furent fondées
par les missionnaires.
De 1904 à
1919, ces nouveaux territoires de l’Empire colonial français
furent rattachés à la colonie du Haut-Sénégal-et-Niger,
intégrée à l’Afrique occidentale
française et englobant l’actuel Soudan et l’actuel
Burkina. En 1916, d’importants mouvements de résistance
à la conscription se développèrent.
Les Mossi constituèrent l’essentiel des bataillons
de «tirailleurs sénégalais»
qui combattirent aux côtés des troupes alliées
durant la Première Guerre mondiale; ils furent
appelés ainsi parce qu’ils embarquaient pour le
continent européen à Dakar.
En 1919, fut
créée la colonie de Haute-Volta, avec Ouagadougou
pour chef-lieu. En 1932, un an après qu’une grande
famine eût ravagé le pays, la Haute-Volta
fut démembrée sous la pression des colons
européens de la Côte d’Ivoire, du Soudan
français (l'actuel Mali) et du Niger. Elle constituait
un important réservoir de main-d’œuvre pour les
plantations et la construction du chemin de fer Ouagadougou-Abidjan.
Le centre et le sud de la Haute-Volta furent annexés
à la colonie de la Côte d’Ivoire, le nord
intégré au Soudan français et l’est
au Niger. Le travail forcé et les impôts,
sans oublier la répression à cause des soulèvements,
avaient déjà profondément marqué
les consciences; beaucoup de citoyens quittèrent
la pays pour le Ghana. Pour des raisons d'économies
budgétaires, la colonie fut dissoute en 1932. La
Haute-Volta, dont beaucoup d’habitants avaient combattu
pour la France libre sur les champs de bataille européens
de la Seconde Guerre mondiale, retrouva son unité
en 1947 lorsque l'administration coloniale reconstitua
le pays «dans ses limites de 1932».
De
1904 à 1919, ces nouveaux territoires de l’Empire
colonial français furent rattachés à
la colonie du Haut-Sénégal-et-Niger, intégrée
à l’Afrique occidentale française et englobant
l’actuel Soudan et l’actuel Burkina. En 1916, d’importants
mouvements de résistance à la conscription
se développèrent. Les Mossi constituèrent
l’essentiel des bataillons de «tirailleurs sénégalais»
qui combattirent aux côtés des troupes alliées
durant la Première Guerre mondiale; ils furent
appelés ainsi parce qu’ils embarquaient pour le
continent européen à Dakar.
En
1919, fut créée la colonie de Haute-Volta,
avec Ouagadougou pour chef-lieu. En 1932, un an après
qu’une grande famine eût ravagé le pays,
la Haute-Volta fut démembrée sous la pression
des colons européens de la Côte d’Ivoire,
du Soudan français (l'actuel Mali) et du Niger.
Elle constituait un important réservoir de main-d’œuvre
pour les plantations et la construction du chemin de fer
Ouagadougou-Abidjan. Le centre et le sud de la Haute-Volta
furent annexés à la colonie de la Côte
d’Ivoire, le nord intégré au Soudan français
et l’est au Niger. Le travail forcé et les impôts,
sans oublier la répression à cause des soulèvements,
avaient déjà profondément marqué
les consciences; beaucoup de citoyens quittèrent
la pays pour le Ghana. Pour des raisons d'économies
budgétaires, la colonie fut dissoute en 1932. La
Haute-Volta, dont beaucoup d’habitants avaient combattu
pour la France libre sur les champs de bataille européens
de la Seconde Guerre mondiale, retrouva son unité
en 1947 lorsque l'administration coloniale reconstitua
le pays «dans ses limites de 1932».
3.2
L'indépendance et la Haute-Volta
En
1958, la Haute-Volta devint une république autonome
au sein de la Communauté franco-africaine, sous
la direction de Maurice Yaméogo, chef de l’Union
démocratique voltaïque (UDV). En 1959, le
pays adhéra au Conseil de l’entente, une organisation
qui regroupait les pays francophones de la région:
Côte d’Ivoire, Niger, Dahomey (actuel Bénin)
et Togo. Le pays accéda à l’indépendance
le 5 août 1960 sous le nom de Haute-Volta. Yaméogo,
demeuré président de la République,
instaura un régime de parti unique, appuyé
sur l’Union démocratique voltaïque. Sa gestion
du pouvoir fut très controversée et suscita
des mouvements de protestation. L’histoire politique de
ce pays sera marquée ensuite par de nombreux coups
d’?tat.
En
janvier 1966, les mesures d’austérité prises
par le gouvernement provoquèrent un soulèvement
populaire encadré par les syndicats et les partis
progressistes. Le président Yaméogo fut
contraint de laisser le pouvoir au chef d’état-major,
le colonel Sangoulé Lamizana, qui bénéficiait
de la confiance de la population. Celui-ci prit la tête
du Conseil supérieur des forces armées et
élabora un nouveau plan de remise en ordre de l’économie,
mais il instaura aussi une politique économique
draconienne. En 1970, il promulgua une Constitution instaurant
l’élection du président au suffrage universel
pour quatre ans et garantissant le multipartisme. Une
dizaine de partis politiques participèrent aux
élections législatives de 1971. Mais las
de gérer les rivalités personnelles, les
militaires reprirent le pouvoir en 1974, annonçant
le retour au régime de parti unique.
Une
première grève générale, en
décembre 1975, marqua le début des contestations
populaires entretenues par les syndicats, jusqu’à
la chute du gouvernement militaire en 1977. Une nouvelle
Constitution, approuvée par référendum,
restaura le multipartisme, limité à trois
partis. En 1976, le gouvernement jeta les bases d’une
première réforme de l'enseignement dont
l'idéologie apparaissait dans un document intitulé
Réforme de l’éducation, dossier initial.
Cette réforme proposait un enseignement préscolaire
pour assurer «l’éveil des enfants»,
un cycle d’enseignement de base d’une durée de
huit ans et un cycle de spécialisation et de recherche.
Basée sur l’emploi des langues nationales comme
support d’enseignement, la réforme se révéla
un échec: elle sera même abrogée par
le Conseil national de la révolution, en septembre
1984, pour «non-conformité avec les réalités
et les aspirations des populations qui dénonçaient
la ruralisation de l’école».
En
1978, le général Sangoulé Lamizana
fut élu président de la République
à l’issue d’une élection pluraliste, mais
marquée par une très forte abstention. En
1980, le blocage des salaires et l’augmentation du prix
des denrées de base (riz, sucre, sorgho et mil)
suscitèrent une nouvelle vague de mécontentement,
entraînant un autre coup d’?tat militaire, qui porta
au pouvoir le colonel Saye Zerbo. Bénéficiant
d’abord du soutien de la population, il suspendit les
institutions et instaura un «Comité militaire
de redressement pour le progrès national».
Deux ans plus tard, alors que la situation économique
s’était dégradée davantage, de jeunes
officiers renversèrent Zerbo, à la faveur
d’un mouvement de grève. Le nouveau gouvernement
militaire était dirigé par le capitaine
Thomas Sankara, tandis que le médecin-commandant
Jean-Baptiste Ouedraogo s’emparait de la présidence
du pays. Difficile la vie d'un Burkinabé!
3.3
De la révolution à la démocratisation
En
août 1983, l’arrestation du premier ministre Sankara
déclencha l’intervention des parachutistes et ouvrit
une période d’exaltation révolutionnaire
qui allait marquer le pays. Nommé président
du Conseil national de la révolution (CNR), après
l’éviction de Ouedraogo, Thomas Sankara, que les
pays occidentaux accusaient d’être un allié
du colonel libyen Kadhafi, mit en place des comités
de défense de la révolution, puis s’engagea
dans une politique économique nationaliste et progressiste.
Des campagnes furent lancées contre la mendicité
et la prostitution, pour le sport de masse et le port
du «Faso Dan Fani», le costume national
Le 3
août 1984, jour du premier anniversaire du coup d’?tat,
le pays fut officiellement rebaptisé République
populaire et démocratique du Burkina Faso, ce qui
signifiait «le pays des hommes intègres».
Une réorganisation sociale fut entreprise pour lutter
contre la corruption et confier le pouvoir aux classes populaires.
Toutefois, la révolution de Sankara modifia ne peu
la vie des populations rurales (majoritaires), mais Sankara
demeura en grande partie dans l’esprit des Burkinabés
une figure héroïque, représentant un
idéal d’émancipation nationale et de progrès.
Cela dit, le régime fut très sévère
et la population commença à manifester son
mécontentement.
Les Burkinabés
furent de plus en plus exaspérés par par les
exécutions sommaires, les «dégagements»
des fonctionnaires, les exactions diverses de certains membres
des Comités de défense de la Révolution
(CDR). Des frictions apparaissent à nouveau au sein
du seul parti politique et divisèrent les titulaires
du pouvoir. Le 15 octobre 1987, Thomas Sankara fut exécuté
— on ignore encore comment il est mort, ni qui l'a tué,
ni même où il a été enterré
— lors d’un putsch qui porta à la direction du pays
le numéro 2 du régime, le capitaine Blaise
Compaoré.
Ce dernier lança
sans tarder sa «campagne de rectification»,
qui visait, entre autres, à «réajuster»
la politique économique du pays et à rétablir
la coopération avec la France. En 1988, fut institué
le ministère de l’Enseignement de base et de l’Alphabétisation
(MEBAM), dont la mission était de mettre en place
une éducation de base qui aurait comme objectif de
«dispenser à tout Burkinabé un minimum
éducatif correspondant aux besoins et aux potentialités
du pays et censé former des individus susceptibles
de participer, de manière consciente et efficace,
à leur propre développement et à celui
de la communauté».
La poursuite de la crise
économique, la pression de la rue et des syndicats
comme des organisations financières internationales
contribuèrent à imposer la démocratisation
dès 1991. Cette année-là, fut signé
un premier plan d’ajustement structurel avec la Banque mondiale
et le Fonds monétaire international; par référendum,
une constitution démocratique fut adoptée.
La transition démocratique fut marquée dans
sa première année par le boycott de l’élection
présidentielle par l’opposition, dont certains membres
furent la cible d’attentats. Après l’échec
d’un Forum de réconciliation nationale, en février
1992, la vie politique demeura dominée par le parti
du président Compaoré. Il fut élu en
novembre 1998 avec 87,5 % des suffrages exprimés.
En décembre 1998, le décès dans un
accident de la route suspect du journaliste de L'Indépendant
Norbert Zongo a fait renaître envers le régime
une certaine hostilité qui remonte à la mort
de Sankara et l'arrivée au pouvoir de Compaoré.
Depuis, l'affaire Zongo a dépassé le cadre
du Burkina et a considérablement terni la réélection
du chef de l'?tat.
Après sa réélection,
le président Campaoré a par ailleurs fait
modifier la Constitution en 1997 afin de profiter du droit
de se représenter à la présidence autant
de fois qu'il le souhaite. Il a été accusé
de s'impliquer en Sierra Leona et au Liberia pour des affaires
de diamants, et de s'ingérer dans la guerre d'Angola
et de Côte d'Ivoire. On dit aussi que la destruction
de l'avion transportant les présidents hutus du Rwanda
et du Burundi, qui déclencha le génocide de
1994, fut planifiée lors d'une réunion au
Burkina.
4
- Une politique linguistique
En principe,
tous les Burkinabés jouissent de droits linguistiques
égaux. Comme il est précisé à
l'article 1 de la Constitution de 1997
-1)Tous les Burkinabés naissent libres et égaux en droits. -2) Tous ont une égale vocation à jouir de tous les droits et de
toutes les libertés garantis par la présente Constitution. -3) Les discriminations de toutes sortes, notamment celles fondées
sur la race, l'ethnie, la région, la couleur, le sexe, la
langue, la religion, la caste, les opinions politiques,
la fortune et la naissance, sont prohibées
En
vertu de l'article 35 de la Constitution du 27 janvier
1997, le français est la langue officielle:
-1) La langue officielle est le français. -2) La loi fixe les modalités de promotion d'officialisation
des langues nationales.
De
plus, la loi fixe les modalités de promotion et d'officialisation
des langues nationales. Mais il s'agit là d'une «position
attentiste» qui n’a guère évolué. Jamais le gouvernement
burkinabé n'a fait adopté une quelconque loi destinée à
fixer ces «modalités de promotion d'officialisation des
langues nationales». Cette disposition constitutionnelle
semble seulement un moyen subtil utilisé pour calmer les
ardeurs des partisans de l’introduction des langues burkinabées
dans le domaine scolaire. Ce paragraphe ne reconnaît pas
dans les faits un statut particulier aux langues nationales.
Les autorités politiques ont donc laissé les langues nationales
à une réalité inférieure et marginale, car le seul cadre
où elles ont droit de cité est le milieu familial.
4.1
La langue de l'Etat
Bien qu'officiellement la langue de l'ةtat soit le
français, voyons ce qu'il en est dans les faits. En ce qui
a trait à la législature,
seul le français est admis au Parlement (lorsqu'il n'est
pas aboli), et ce, tant dans les débats que dans la rédaction
et la promulgation des lois. Bref, c'est la même politique
depuis la colonisation française. Pour communiquer
avec la population, la plupart des hommes politiques ont
encore recours au français et laissent le soin aux «interprètes»
de traduire le message dans les langues nationales.
Dans les tribunaux,
toutes les langues nationales sont permises à l'oral, surtout
le mossi (mooré), le dioula, le bissa, le lobi, le peul,
le lyélé et le marka. Cependant, dans les documents écrits,
seul le français est utilisé. Le juge rend officiellement
ses sentences en français, mais le tribunal traduit la sentence
à partir du français vers toute autre langue lorsque cela
est jugé nécessaire. Il ne s'agit pas d'une politique linguistique
orientée vers les langues nationales, c'est simplement une
question de force majeure.
Dans l'Administration
gouvernementale, les fonctionnaires répondent généralement
dans la langue locale du citoyen, mais les documents écrits
ne sont disponibles qu'en français. Cette pratique est incontournable
étant donné que la majorité de la population est analphabète
et ignore souvent le français. Le mossi, le dioula et le
peul sont beaucoup plus utilisés que les autres langues
nationales. Pour contenter à la fois les partisans des langues
maternelles et ceux du français, certains avaient proposé
de les inclure dans l'administration et d'en tenir compte
dans la rédaction des actes administratifs, mais rien n'a
été fait.
4.2
Le domaine de l'éducation
En
vertu de la loi no 013/96/ADP portant loi d'orientation
de l'éducation, le français et les langues nationales sont
les langues d'enseignement:
-1) Les langues d’enseignement sont le français et
les langues nationales. -2) D’autres langues sont utilisées comme
disciplines d’enseignement.
Dans
les faits, ce n'est pas si simple que cela peut en avoir
l'air. La plupart des expériences tentées pour introduire
les langues dans l'enseignement ont échoué. On parle d'alphabétisation
pour les langues nationales, mais de scolarisation pour
le français. C'est pourquoi seul le français est enseigné,
tant au primaire qu'au secondaire. Aucune langue étrangère
autre que le français n'est vraiment enseignée au primaire
dans les écoles publiques. Au secondaire, deux langues sont
ajoutées: l'anglais et l'allemand (ou l'arabe pour les musulmans
dans les écoles franco-arabes).
Seuls
17 % des enfants réussissent à terminer leur secondaire
et à peine 1 % des Burkinabés atteignent le niveau universitaire.
Le Burkina connaît un taux d’analphabétisme tellement élevé
(80 %) qu’il constitue un véritable goulot d’étranglement
au point de vue du développement économique. Parmi les pays
d’Afrique subsaharienne, le Burkina reste l’un des pays
ayant les taux les plus faibles de scolarisation et les
plus forts d’analphabétisme. De plus, on note aussi
de très grandes disparités géographiques; par exemple, le
taux d'alphabétisation est de 11,2 % dans la
province de la Gnagna mais
53,2% dans celle du
Kadiogole; le taux brut
de la scolarisation en 1999-2000 varie de 19,5 % au Sahel
à 77,1% au Centre. Par ailleurs, les fille sont nettement
sous-représentées avec seulement 40,8 % des élèves des secteurs
public et privé en 1999-2000.
Précisons enfin que les manuels d'enseignement sont conçus
et réalisés sur le modèle d'enseignement en France, avec
parfois quelques touches d'«africanismes» pour mériter l'appellation
de «manuels adaptés». Le ministère de l'ةducation
ne tient que peu compte des difficultés des petits Burkinabés
qui, en arrivant à l'école, doivent apprendre à parler une
langue, à l'écrire et à la lire en même temps qu'elle leur
sert d'instrument pour apprendre d'autres disciplines comme
le calcul, les sciences, etc.
-
L'alphabétisation
En ce qui a trait aux langues nationales, il s'agit d'alphabétisation,
non de scolarisation. Selon l'Institut national de l'alphabétisation
(INA), 24 % des Burkinabés étaient capables en 1994 d'écrire
et de s'exprimer dans l'une des 24 langues maternelles faisant
l'objet d'un enseignement, mais surtout en mossi (mooré),
en dioula et en fulfuldé. Le taux d'alphabétisation est
passé à 26 % en 1997, et un plan décennal d'enseignement
de ces langues mis sur pied devrait permettre d'augmenter
le nombre d'alphabétisés en langue maternelle d'ici 2010.
Pourtant, l'introduction des langues africaines dans le
dispositif éducatif constitue l’un des facteurs clés de
la rénovation du système éducatif. Dans le domaine de l'alphabétisation-formation,
les manuels sont disponibles en 22 langues et mis à la disposition
des Centres permanents d'alphabétisation et de formation
(CPAF) par les «opérateurs en alphabétisation». Rappelons
que les langues dans lesquelles les Burkinabés sont alphabétisés
sont les suivantes: le sissala, le kasena, le gulmacema,
le dioula, le dagara, le lobiri, le san, le sonraï, le tamachek,
le bwamu, le cara, le zarma, le haoussa, le cerma, le samogo,
le bobo, le bissa, le nankana, le liyélé, le sikité et le
winen.
Beaucoup se demandent à quoi peut bien servir d’apprendre
à lire dans sa langue, s'il est à peu près impossible par
la suite de trouver des documents écrits dans cette même
langue. Le plus souvent, c’est qu’aucun effort n’est fait
pour que des documents adaptés soient disponibles dans les
villages.
-
Les écoles bilingues
Il
existe aussi des écoles bilingues (français-langues nationales).
L'éducation bilingue a été mise au point par le ministère
de l’Enseignement de base et de l’Alphabétisation (MEBAM)
en 1994 avec l'appui technique et financier de l'Oeuvre
suisse d'entraide ouvrière (OSEO). L'école bilingue est
une école de cinq ans de cycle scolaire, au lieu de six
ans pour l'école classique, et concilie «le savoir, le savoir-faire
et le savoir-être» de l'enfant. Dans une école bilingue,
la langue maternelle de l'élève est utilisée dès la première
année dans une proportion de 90 %, contre 10 % pour le français.
Par la suite, le français est graduellement introduit au
fil des années en faveur du français pour constituer 90
% des activités pédagogiques à la cinquième année, contre
10 % pour la langue nationale. De deux classes mooré-français
en 1994, l'éducation bilingue, aujourd'hui, compte 41 écoles
bilingues expérimentées dans sept langues nationales et
le français dans 10 des 13 régions du Burkina.
Finalement, les lois linguistiques sont quasi inexistantes
dans ce pays, à l'exception de l'arrêté no 131 du 3 octobre
1991 portant organisation de la Direction générale de l'Institut
national d'alphabétisation. Le plus curieux, c'est que l'Arrêté
ne mentionne aucune langue en particulier, si ce n'est de
la «langue française» et des «langues nationales» en général.
4.3
Médias et vie économique
Dans
la vie
économique, le français occupe une place presque
exclusive, notamment à l'écrit. L'anglais suit de très loin.
Cependant, les communications informelles orales se déroulent
souvent en mossi ou en dioula, parfois en peul.
Dans
les médias, le décret
no 95-306/PRES/PM/MCC portant cahier des missions et charges
des radiodiffusions sonores et télévisuelles privées au
Burkina Faso prévoit que toute station de radiodiffusion
sonore ou télévisuelle devra, à travers ses programmes,
contribuer à la promotion de la culture et des langues nationales:
Article 7
Toute
station de radiodiffusion sonore ou télévisuelle devra à
travers ses programmes contribuer :
-
au développement économique; -
à l'épanouissement culturel et social de la population, -
à la promotion de la culture et des langues nationales.
Les
émissions radiophoniques sont produites en français et dans
une dizaine de langues nationales. Les différentes stations
de radios, tant publiques que privées, ont aménagé des plages
horaires consacrées aux informations en langues nationales
dans leur programme; les journalistes ont droit à une quinzaine
de minutes pour présenter leur «journal parlé» aux locuteurs
de la langue locale qu’ils utilisent (dioula, mooré, foulfouldé,
etc.). ةtant donné que la population ne sait pas lire,
les politiciens jettent leur dévolu sur la radio qui couvre
tout le territoire national, contrairement à la télévision
qui n'atteint que quelques villes du pays. Par exemple,
lors des campagnes électorales, les militants de différents
partis livrent leurs messages en français aux auditeurs
tout en laissant aux journalistes et aux «crieurs publics»
(individus sans formation désignés pour jouer les interprètes)
le soin de traduire et de commenter à la population les
propos en langues nationales. Malheureusement, la plupart
des informations données dans les langues nationales sont
très souvent tronquées, car les journalistes ne reçoivent
aucune formation particulière. Leur recrutement se fait
«sur le tas», alors que la véritable qualification c'est
de parler une langue nationale. Les journalistes qui communiquent
en français sont considérés comme des professionnels, tandis
que les journalistes en langues nationales sont perçus comme
étant de «seconde zone».
La Télévision nationale du Burkina diffuse massivement en
français et dans six langues nationales (mooré, dioula,
fulfuldé, bissa, dagora, gulmacema) des bulletins d'information.
La presse écrite, dont six quotidiens et plusieurs hebdomadaires,
ne paraît qu'en français.
En
somme, on pourrait citer Louis-Jean Calvet à propos du français
en Afrique dans Linguistique et colonialisme:
La
colonisation n'a pas introduit le français en Afrique (au
sens où les peuples africains colonisés par la France parleraient
français), elle a simplement mis en place une minorité francophone
qui gouverne et impose sa loi à une majorité non francophone.
Le Burkina pratique une politique de non-intervention en
ce qui a trait au français et une politique très sectorielle
pour les langues nationales. Il faut dire que l'Etat a toujours
été plus préoccupé à consolider le pouvoir en place que
de gérer des langues qui, dans les faits, ne causent apparemment
pas de problème de société. En ce sens, le Burkina a simplement
poursuivi la politique coloniale. En Afrique, ce genre de
politique est de plus en plus appelé à changer pour laisser
davantage de place aux langues nationales. Beaucoup de Burkinabés
pensent que l'ةtat
devrait accorder plus d'importance à ces langues, mais la
connaissance du français est devenue une obligation d'ordre
économique. Le pays n'a pas encore réussi à harmoniser ses
politiques linguistiques.
Source:
Site officiel du Premier Ministère du Faso -------
Dernière mise à jour: 08 nov. 2003
-CALVET,
Louis-Jean, Linguistique et colonialisme, petit traité
de glottophagie, Paris, Payot, édition de 1979.
-GOUVERNEMENT
DU BURKINA FASO. Arrêté no 131 du 3 octobre 1991 portant
organisation de la Direction générale de l'Institut national
d'alphabétisation, Ouagadougou, MEBAM/SG.
-LECLERC,
Jacques. Les droits linguistiques dans 129 ةtats
du monde, tome I: «Description schématique par pays»,
Montréal, rapport déposé à l'Office de la langue française,
1992, 392 p.
-LECLERC,
Jacques. Les droits linguistiques dans 129 ةtats
du monde, tome II: «Description thématique», Montréal,
rapport déposé à l'Office de la langue française, 1992,
402 p.
-MINISTERE
DE L'ENSEIGNEMENT DE BASE ET DE L'ALPHABةTISATION.
Plan décennal de développement de l'éducation de base
2000/2009, Ouagadougou, 97 p.
-NAPON,
Abou. «Le pouvoir des mots en démocratie: l’exemple des
journalistes en langues nationales des radios au Burkina
Faso» dans Iapétus, bulletin de liaison scientifique
afro-québécois, Association internationales des études québécoise,
automne 2000.