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L'Afrique
est un continent où la plupart des religions du monde cohabitent parfois bien,
parfois moins bien. Si l'Islam est la religion dominante dans la partie Nord,
ce sont les religions chrétiennes et traditionnelles qui font le plus d'adeptes
au Sud d'une ligne partant du Cameroun à l'Ouganda. Le Sénégal ne déroge pas à
la règle. Officiellement, il y a 88% de Musulmans pour 12% de Catholiques. On
peut en fait affirmer que les Musulmans constituent plus de 90% de la population
mais qu'au moins 15% de la population pratiquent une religion traditionnelle.
C'est particulièrement le cas dans les parties au Sud du pays, de la Casamance
au Sénégal oriental. En outre, une
grosse partie du pays sérère (région
de Thiès, Fatick
et Kaolack) est constituée
de nombreux Catholiques. A part quelques agités intégristes et fanatiques, on
peut dire que l'entente entre les communautés religieuses est très cordiale. Les
mariages inter-religieux sont nombreux. Quelques incidents éclatent néanmoins
sporadiquement, notamment entre Musulmans de confréries différentes. Soulignons
tout de même que les Mourides sont particulièrement agités. Ils n'ont d'ailleurs
pas hésité à saccager puis à brûler une mosquée il y a peu de temps dans le quartier
dakarois de Niari Talli. Malgré tout, reconnaissons aux Sénégalais, de quelque
confession qu'ils soient, la palme de la tolérance tant en Afrique que dans le
monde. Mieux vaut néanmoins éviter les discussions autour de la religion... sous
peine d'y passer des heures dans un dialogue de sourds.
Photo en haut à droite : depuis le 11 septembre, Mister Bin est devenu une star
au pays. La plupart des transports en commun arborent un autocollant du terroriste
survolé par un Concorde. Les autocollants comme les T-shirt viennent du Pakistan
et du Nigeria, pays islamistes bien connus pour leur tolérance... Amateurs de
mauvais goût bonsoir. No comment !
Fêtes
religieuses et traditionnelles au Sénégal
& Le Troupeau
des Songes, Le sacrifice du fils et l'enfant prophète dans les traditions des
Peulhs de Souleymame Baldé et Diawne Diamanka 
& Contes et mythes wolofs, du tieddo au talibé
de Babacar Dieng. Les récits fabuleux recueillis ici contiennent l'héritage du
système de valeurs des Tieddo, guerriers nobles et pillards, auquel s'est adjointe
la religion musulmane aux principes humanistes. 
& L'islam au Sénégal, demain les mollahs ?
de Moriba Magassouba. État actuel de la question musulmane au
Sénégal, l'activisme islamique, évolution de la société civile musulmane. Indices
ou signes de l'expansion : une république islamique est-elle concevable au Sénégal
? 
& Dakar et les ordres soufis. processus socioculturels
et développement au Sénégal de Adriana Piga 
& Radicalisme islamique au sud du Sahara
de R. Otayek. Au sud du Sahara, le réveil de l'islam voit l'émergence d'intellectuels
radicaux qui entreprennent d'instruire le procès de l'Occident. Sont restitués
ici quelques itinéraires de cet islam politique : des foyers de formation des
élites musulmanes (Arabie Saoudite, Libye) à l'étude de situations contrastées
(Nigeria, Sénégal). 
& Le temps des marabouts : Itinéraires et
stratégies islamiques en Afrique Occidentale française 1880-1960 de Jean-Louis
Triaud et David Robinson.
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LES MUSULMANS
Comprendre
la religion au Sénégal, c'est avant tout comprendre comment fonctionnent les différentes
confréries maraboutiques du pays. Une confrérie, au sens sénégalais du terme,
est un ensemble de croyants se réclamant d'un guide spirituel commun, le marabout.
Unique au monde, cette organisation de la religion musulmane au Sénégal attirent
les foudres des plus orthodoxes qui y voient de la pure idolâtrie envers ces marabouts
richissimes qui n'hésitent pas à s'octroyer des pouvoirs quasiment divins. En
outre, de nombreux Musulmans orthodoxes (souvent parmi les Peulhs ou les Toucouleurs)
pour qui la représentation graphique de prophètes ou de guides religieux est sacrilège
ont du mal à comprendre ces murs sénégalais couverts de peintures, d'autocollants
et de photos de marabouts divers. Des marabouts Layènes qui font reculer la mer,
aux marabouts mourides qui marchent sur l'eau, voici une brève présentation des
confréries maraboutiques au Sénégal.
Voir
la carte IRD au format PDF sur les hauts-lieux de l'islam au Sénégal
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Les Mourides
Cette
confrérie comporte moins de membres que les Tidjanes ou les Orthodoxes mais étant
la plus bruyante et la plus vociférante, on la voit partout. L'importance commerciale
des baol-baol, commerçants mourides illettrés, investissant en masse dans le secteur
informel et émigrant dans le monde entier grâce à l'argent des marabouts, finissent
de faire connaître cette dérivation de l'islam à l'observateur étranger. Le fondateur,
Mamadou Bamba, est né à Mbacké-Baol en 1853. Il fut un adepte d'abord d'un Musulman
orthodoxe, puis d'un Tidjane avant de créer lui-même sa petite confrérie en 1895.
Dès 1884, il avait réussi à regrouper autour de lui un nombre grandissant d'adeptes.
L'augmentation rapide de ceux-ci suscita les soupçons des autorités coloniales
qui craignirent que le marabout ne fût tenté de recourir au Jihad à l'instar d'El-Hadj
Omar. Ces soupçons se trouvèrent d'autant plus justifiés que des éléments appartenant
aux familles royales déchues avaient rejoint le camp de M. Bamba. C'est pourquoi
celui-ci fut arrêté et déporté au Gabon de 1895 à 1902, puis en Mauritanie de
1903 à 1907, puis placé en résidence surveillée d'abord au village de Thièene
dans le Djiolof de 1907 à 1912, puis à Diourbel jusqu'à sa mort. Mais le mouridisme
se développa de façon exponentielle plus particulièrement dans les provinces du
Cayor et du Baol, aujourd'hui régions à cheval des provinces de Kaolack, Djourbel,
Thiès et Fatick.
Un très bon site pour en savoir plus
sur cette confrérie : 
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Les Baye-Fall : qui sont ces troubadours que vous voyez demander l'aumône
partout dans le pays ? Souvent habillés d'un grand boubou en patchwork multicolore
et affublés de grigris en tous genres, ils se laissent pousser les cheveux à la
façon dreadlocks des rastafaris. Ce sont avant tout des Mourides, disciples ou
plutôt Talibans (talibés) des marabouts mourides. Il se disent descendant de Cheikh
Ibra Fall, appelé aussi Lamp Fall ou Baye Fall (Baye signifiant «père»)
qui lui-même était le compagnon du grand Cheikh Amadou Bamba, le premier des Serigne
Touba. C'est à ce titre qu'ils ne font que rarement le jeûne du Ramadan. Cheikh
Amadou Bamba, pour remercier son disciple, exempta Lamp Fall du jeûne pour le
récompenser de ses services. Ses descendants de fait en sont exempts. Ils ont
leur propre conception de l'islam. Un islam plutôt libéral puisqu'il n'est pas
rare de les voir fumer la Yamba (le chanvre indien sénégalais). Comme Cheikh Ibra
Fall, ils ne vivent que par et pour leur marabout qui les loge et les nourrit.
Tout le produit de leur mendicité va d'ailleurs à ces marabouts. En plus de cette
tâche quotidienne, ils se rendent chaque année dans les champs d'arachide des
marabouts et cultivent gratuitement durant toute la saison des pluies. D'un naturel
souriant et bon enfant, ils sont malgré tout bornés et n'allez surtout pas discuter
religion avec eux sous peine d'en avoir pour plusieurs heures de monologue montrant
la véracité de leur foi. Ils sont pour la plupart issus d'une classe moyenne sénégalaise
dont les jeunes privés de travail voient dans cette dévotion au marabout un moyen
de donner un sens à leur vie. Certains restent dans la capitale et principalement
sur l'avenue Pompidou très fréquentée des Européens. Mais la plupart sillonne
le pays à pieds recevant la charité, le gîte et le couvert de la population. Parfois
vous verrez de véritables manifestations composées d'un groupe d'une vingtaine
(ou plus) de Baye Fall chantant et jouant de diverses percussions.
Un site intéressant sur les Baye
Fall 
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Touba : c'est la ville sainte des Mourides où réside le chef de la confrérie,
le Serigne Touba (qui est un titre et non un nom). Sa mosquée (photo à droite)
est l'une des plus grandes du continent. Cette cité, qui n'était qu'un village
il y a vingt ans, a connu depuis une explosion démographique sans précédent au
Sénégal. Ce serait, d'après les Mourides, la deuxième ville du pays. En fait,
elle l'est si on compte les nombreux pèlerins de passage pendant quelques jours.
Mais les véritables résidents sont très peu nombreux compte tenu du prix du terrain
et de la construction qui est l'un des plus élevé du pays. Tous ces résidants
sont donc de riches propriétaires souvent marabouts. Le rêve du Mouride étant
de se faire enterrer à Touba, on comprend que de nombreux retraités dépensent
leur retraite pour habiter dans la cité où est enterré Cheikh Amadou Bamba. La
ville est moyennement propre et d'une monotonie unique ! Les maisons individuelles
modernes s'alignent sans aucune originalité et on dirait une cité surgit au beau
milieu du Sahara. Les plantes et arbres sont très rares. Lors des Magals commémorant
les différentes étapes de la vie de Cheikh Amadou Bamba le nombre de pèlerins
est époustouflant à tel point qu'on a l'impression que le Sénégal entier est à
Touba.
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Les Talibés (talibans) : Ce phénomène, même s'il n'est pas l'apanage des
Mourides, est hélas très pratiqué par les petits marabouts de cette confrérie.
Le talibé est normalement un simple élève d'une école coranique qui apprend l'arabe
et le coran auprès d'un instructeur. Aujourd'hui, au Sénégal, il s'agit de milliers
de gosses entre trois et douze ans qui sont envoyés dans tout le Sénégal pour
mendier. Mal nourris, non soignés, non habillés, c'est un véritable scandale dont
s'émeuvent tous les visiteurs du pays. Les maigres recettes de ces enfants reviennent
évidemment au marabout sous peine d'être punis avec de bons coups de baguette.
Les parents qui confient leurs enfants à ces marabouts vivent souvent eux-mêmes
dans le dénuement et pensent donner une chance à leur enfant en lui apprenant
le Coran. Le phénomène des marabouts et par là des talibés engendre tous les futurs
criminels du Sénégal. Les trois-quarts des apprentis dans les transports en commun
et des coxers qui sont des bandits notoires s'affichent avec des médailles de
Sérigne Touba. Soulignons une fois de plus que les Sérignes Touba déconsidèrent
cette pratique honteuse et qu'il s'agit le plus souvent des petits marabouts oeuvrant
dans les grandes villes (Tidjanes et Mourides principalement).
Voir
aussi la page au sujet de la mendicité au Sénégal
Un bon site résumant parfaitement la
situation catastrophique des talibés et l'origine maraboutique du phénomène. 
& La confrérie sénégalaise
des Mourides de Cheikh Tidjane Sy 
& Les marabouts de l'arachide : la Confrérie
mouride et les paysans du Sénégal de Jean Copans. Approche anthropologique
de la confrérie mouride qui remet en cause les stéréotypes et les mythes des descriptions
disponibles depuis 50 ans.
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Les Tidjanes
C'est
la deuxième confrérie dans le temps et la première en nombre. Son premier propagateur
au Sénégal fut El-Hadj Omar Tall (1794-1864) qui s'y convertit au cours de son
pèlerinage à La Mecque en 1827 et se considéra comme le Khalife ou représentant
de son fondateur au Soudan occidental et œuvra dès son retour à sa propagation
avec
fougue. Il eut recours aux armes (1852-1864) pour établir un Etat musulman tidjane
et se heurta aux forces traditionnelles et coloniales. Incapable de mobiliser
les Musulmans et de les amener à le doter d'une force armée pouvant résister aux
troupes françaises et leurs alliés africains et s'étant impliqué dans un conflit
contre les musulmans du Macina et leurs alliés, le conquérant tooroodo, en dépit
de son courage et sa détermination, périt sans réaliser son entreprise en 1864.
Des marabouts enseignants qui surent privilégier la voie pacifique tels que El-Hadj
Malick Sy, El-Hadj Abdoulaye Niasse, El-Hadj Abdoulaye Cissé, etc. réussirent
à propager le tidianisme dans le pays aux XIXème et XXème siècles. La ville sainte
du tidjanisme est Tivaouane
(photo de droite) mais Kaolack,
grâce au rayonnement du grand marabout Baye Niass, est également un grand lieu
de cette confrérie. Son fils Ibrahima décédé en mai 2001 (photo à gauche) a réussi
à donner une unité aux Niassènes trop souvent éclipsés par les grandes gesticulations
mourides.
Voir aussi l'article du bulletin 14 sur l'influence de la confrérie Tidjane
dans l'enseignement
Voir aussi l'article du bulletin 34 sur le Gamou de Serigne Samba Fall à Kaolack
& La Tijaniyya,
une confrérie musulmane à la conquête de l'Afrique de Jean-Louis Triaud
et David Robinson. Confrérie souvent controversée, la Tijâniyya a été fondée en
l'année 1195 de l'Hégire (1781-1782 de notre ère), à la suite d'une vision du
Prophète, dans l'oasis algérienne d'Abû Samghun, par le savant et mystique Ahmad
al-Tijânî (1737 - 1815). Depuis cette date, la Tijâniyya s'est imposée comme la
grande confrérie africaine des XIXème et XXème siècles. Au sud du Sahara, son
nom est associé au jihâd d'al-Hajj Umar al-Fûtî (m. 1864). Pendant la période
coloniale, c'est la confrérie qui a connu, en Afrique de l'Ouest, les plus grands
développements. C'est aussi celle qui suscite les passions les plus vives, de
la part de tendances soufies rivales ou de mouvements anti-confrériques. 
& La Guerre Sainte d'Al-Hajj Umar
de David Robinson. Al-Hajj Umar Tal, connu dans la littérature sous le nom
d'El Hadj Omar, est une des figures dominantes de l'histoire ouest-africaine au
XIXème siècle
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Les Layènes
La quatrième confrérie fut créée par Libasse Thiaw plus connu sous le surnom de
Limamoulaye (1843-1909). Pêcheur illettré, Libasse ne s'en lança pas moins dans
la prédication religieuse en 1884 en prétendant réincarner sous la peau noire
le Prophète Muhammad mort à Médine en 632. C'est pourquoi ses partisans le considèrent
comme un prophète. Sa confrérie se répandit dans la presqu'île du Cap-Vert notamment
parmi les Lébous, de Kayar
à Rufisque.
Baye Laye Amoul Mass ,Yallah ko djangueul ( Baye Laye n'a pas d'égal, c'est Allah
qui l'a dit !). Les Layènes constituent la quatrième confrérie musulmane après
les Tidjanes, les Othodoxes et les Mourides. Chaque année une grande manifestation
se déroule à Yoff, ville sainte des Layènes où
est enterré Baye Laye, le marabout à l'origine de la confrérie. Ce tombeau se
trouve sur la plage de Yoff et de nombreuses croyances en font un lieu magique.
L'eau avant la mort de Baye Laye recouvrait parait-il une zone beaucoup plus importante
de la plage. Le tombeau du marabout aurait au fil des heures repoussé la mer de
200 mètres. Les Layènes ont eux aussi une conception particulière de l'islam.
Les chants des croyants sont gais et en langue lébou. De nombreux rassemblements
tout au long de l'année vous permettront d'entendre ces chants où femmes et hommes
chantent en coeur en battant des mains. Voici quelques éclaircissements d'un lecteur
layène qui a eu la gentillesse de nous écrire. Merci à Libasse Ka. qui nous propose
les détails suivants :
«L'enseignement du fondateur de la confrérie Seydina Limamou Laye (Libasse
Thiaw) repose sur le suivi scrupuleux de tous les préceptes de l¹Islam et
notamment les cinq piliers dont le Ramadan. En plus il apporte des compléments
à la pratique quotidienne. Pour étayer mes propos, ces quelques exemples suffiront
:
1- Les ablutions : Seydina Limamou Laye demande à ses
disciples en lavant leurs pieds de ne pas s¹arrêter à la cheville comme tout
le monde mais de continuer jusqu¹au genou. Il recommande aussi de faire ses
ablutions avant toute prière reléguant au second plan le « tîme «(*).
2- La prière : En plus de la pratique quotidienne des
cinq prières, le Saint Maître recommande de chanter les louanges de Dieu avant
chaque prière pour qu¹on puisse se détacher de ce bas monde et communier
avec le Seigneur. Seydina Limamou Laye demande à tout Layène de vivre avec le
« Zikr « «(**) car elle constitue la nourriture de l¹âme.
3- Le Ramadan : Le jeûne en milieu layéne revêt un caractère
particulier vu l¹intensité dans laquelle il est vécu. Le Ramadan constitue
un moment de communion et de recueillement. Durant cette période, les Layènes
célèbrent chaque soir la nuit du destin (qui n¹est fêté que lors du 26ième
jour par les autres musulmans) dans une grande ferveur religieuse traduisant une
volonté de vivre pleinement les bienfaits de ce mois béni.
Je vous recommanderais vivement de bien lire un ouvrage du Professeur Assane Sylla
intitulé Le Mahdi ce qui vous permettra de mieux vous imprégner de la doctrine
layène qui mérite d¹être mieux connu.
Libasse Ka.»
(*) tîme : faire ses ablutions de manière mimique.
(**) zikr : chants religieux ( en wolof ou en arabe)
Voir aussi l'article du bulletin 30 sur le 120ème anniversaire de l'Appel de
Baye Laye
& La confrérie
layenne et les Lébous du Sénégal de Claude Laborde.
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La Quadiriyya
C'est la représentation la plus orthodoxe des Musulmans au Sénégal. Loin de l'influence
des marabouts talibanisant les enfants du pays, c'est également la plus tolérante.
La branche animée par la Zawia des Kounta exerça très tôt une influence durable
sur les familles religieuses de l'AOF. La branche mauritanienne (le mouvement
est né au Maroc) dirigée par la famille du Cheikh Mohammed Fadel a été à l'origine
de l'implantation du mouvement au Sénégal.
o LES CATHOLIQUES
S'ils
sont très largement minoritaires, leur ferveur est incontestable. La plupart des
Diolas, des Balantes, des Manjaks, des Mankagnes, des
Bassaris, des Tendas-Bediks, des Coniaguis, et de nombreux Sérères et Baïnouks
sont catholiques. Certains le sont traditionnellement depuis le début de la colonisation
(Sérères), d'autres ont été évangélisés au milieu du siècle (Diolas), tandis que
les Bassaris et les Bediks viennent à peine de recevoir les premiers missionnaires.
Cette chronologie est d'ailleurs flagrante lorsqu'on écoute les prénoms chrétiens
des différentes ethnies. Les prénoms sérères sont souvent démodés depuis longtemps
en Europe (comme ceux des Antilles) : Rose, Rosalie, Justin, Bernardin, Saturnin,
Thérèse, Augustin, Yvette, Léopold, Honorin, Marcel, Felicie, Firmin, Anatole,
Aimé...... A l'inverse, dans les ethnies plus récemment converties, les prénoms
sont ceux que l'on entend aujourd'hui en France : Phillipe, Eric, Jean-Marc, Sébastien,
Nadège, Sophie..... Des manifestations spectaculaires sont organisées par le clergé
local et toute l'opération marketing (T-shirt, télévision, casquette, radio ....)
font de ces rassemblements des succès : pèlerinage à Popenguine (photo à gauche),
Fête Nationale de la Jeunesse, etc....
Après de très nombreuses années de dominance européenne dans la hiérarchie religieuse
sénégalaise, les croyants sénégalais sont désormais présents à tous les échelons
jusqu'au plus haut : évêques, archevêques (Théodore Sarr est archevêque de Dakar
depuis 2001) et un cardinal (sérères et diolas) représentent le pays à Rome !
Les missionnaires restent néanmoins européens (en bas à gauche la mission de Kédougou).
A
l'inverse des Musulmans, il n'y a pas au Sénégal de temples monumentaux. La cathédrale
de Dakar datant du début du siècle (construite par le fondateur des orphelins
apprentis d'Auteuil, Daniel Brottier) est très sobre et finalement très peu africaine.
Différentes autres églises et chapelles ont été construites sans pour autant en
faire des chefs-d'œuvre d'architecture (en haut à droite la cathédrale de
Saint-Louis du Sénégal). L'effort humain des organisations catholiques donnent
aux chrétiens sénégalais une très bonne image qui n'est démentie nulle part même
pas dans les régions les plus musulmanes du pays. (Caritas, Enda Tiers-Monde,
et les centaines de dispensaires qui soignent sans distinction Chrétiens et Musulmans).
Les ministres catholiques du gouvernement de l'ancien président Abdou Diouf (comme
Robert Sagna à l'agriculture ou Jacques Baudin à la justice) donnent en outre
une reconnaissance nationale aux Chrétiens du pays. Le nouveau «président-talibé»
semble hélas beaucoup moins t
Voir aussi la pages sur les "coins du Sénégal"
L'Abbaye de Keur Moussa connu pour ses chants et ses produits du terroir.
Le site des joyeux pères piaristes espagnols d'Oussouye qui avec leurs actions
dans les domaines de la formation et de l'éducation sont une bénédiction pour
le Kassa.
& Le bienheureux
Daniel Brottier d'Alphonse Gilbert. Le père Daniel Brottier, béatifié
en 1984 par le pape Jean Paul II, est un héros fabuleux de notre temps: missionnaire
spiritain au Sénégal, il se révèle un éducateur hors pair ; aumônier volontaire
au front durant la guerre de 1914, il brave le danger pour demeurer constamment
en première ligne avec ses soldats. Avec l'appui de Clemenceau, il fonde l'Union
nationale des Combattants. Au retour de la guerre, son prestige suscite la générosité
de milliers de Français à travers tout le pays pour édifier à Dakar le fameux
Souvenir africain. 
& Église locale et crise africaine
: Le diocèse de Dakar de Léon Diouf. Si cet ouvrage traite
d'abord de Dakar et de sa région, il y a assez de similitudes entre pays d'Afrique
noire pour qu'une bonne part de ce qui se passe dans un pays en matière de crise
se retrouve, mutatis mutandis, dans les autres pays. Le témoignage recueilli à
partir d'un seul pays peut servir à ancrer la réflexion dans la réalité africaine
la plus profonde. 
o L'ANIMISME
Que
dire de l'animisme si ce n'est que c'est la religion officieuse de 75% des Sénégalais
! Certes seuls quelques Casamançais, Bassaris, Coniaguis ou Tendas sont ouvertement
et uniquement fétichistes. Leurs noms, leurs fêtes, leurs rites sont ancestraux
et rendent hommage aux esprits et aux ancêtres. Les amulettes, masques, gri-gris
et potions magiques préparés par quelque sorcière ermite sont utilisés quotidiennement
par la famille. Mais à côté de ces animistes «de souche» se trouvent
la majorité des Sénégalais certes catalogués comme catholiques ou musulmans mais
qui craignent ou vénèrent les esprits autant voir plus que les premiers ! Si rares
sont les Sénégalais qui ne portent pas de gri-gris préparés à l'écart par un marabout.
Le nombre d'amulettes ou d'ingrédients magiques vendus au marché
Tilène à Dakar montre ce besoin de «paranormal». Les guérisseurs
font également partie de cet univers très africain qui respecte tant les pouvoirs
réels ou supposés des forces de la nature. Souvenons-nous (et que ceux qui nous
contrediront se cachent car les témoignages et les articles de journaux sénégalais
sont nombreux) que pratiquement chaque année dans tout le pays et même à l'Université
de Dakar on lynche ou même on tue des soit-disant «réducteurs de sexe»....
Photo à droite : fête traditionnelle diola en Casamance.
& Rituels divinatoires
et thérapeutiques chez les Manjaks de Guinée-Bissau et de Casamance de
Maria Teixeira. Dans le royaume de Babok en Guinée-Bissau et dans les communautés
originaires de ce territoire, émigrées au Sénégal, les prises en charge des infortunes
personnelles et communautaires sont faites de manière privilégiée par les femmes.
Par des rituels divinatoires et thérapeutiques au cours desquels elles connaissent
parfois des états de conscience modifiée, elles réajustent la société manjak à
un environnement mouvant, donnent une intelligibilité aux événements et permettent
à la communauté d'affronter les perturbations du monde. 
& Médecine traditionnelle, religions et divination
chez les Sérères Siné : la connaissance de la nuit de S. Kalis

& Les Bassari du Sénégal : fils du caméléon
de J. Girard  |