|
o LES FEMMES
La
femme sénégalaise, malgré la religion musulmane
prédominante, a une indépendance et une autonomie que nombre de femmes dans les
pays industrialisés leur envieraient. Présentes dans tous les domaines économiques
(financier grâce à l'imposant système des «tontines»,
agricole avec un dur travail dans les champs, commercial car elles détiennent
le monopole du commerce de fruits et légumes, ...), nombres d'entres elles sont
arrivées aux plus hauts postes du pays (députés, ministres, PDG...). Séductrices,
extraverties, appréciées par tous les africains (contrairement aux hommes sénégalais
qui ont une mauvaise réputation dans la plupart des pays africains), à ce titre,
elles entendent bien représenter toutes les femmes africaines dans leurs luttes
pour l'amélioration de la vie du continent. Combat pour l'avortement, contre l'excision,
contre la polygamie etc...on ne voit qu'elles à la télévision nationale, la RTS.
Le journal du soir, présenté un jour sur deux par une femme, montre à quel point
elles se sont imposées ces dernières années comme citoyennes à part entière. Certains
vont jusqu'à dire que si une femme devenait présidente, cela ouvrirait vite les
portes du développement. Dans la société bassari, un
parlement de femme se réunit plusieurs fois par mois dans un lieu très secret
où elles exposent tous leurs griefs à la femme du chef qui interviendra auprès
de son mari. Dans le royaume diola des Floups,
la reine a également un pouvoir très important au niveau de la ville d'Oussouye.
Rappelons-nous que le chef de file de la résistance anti-coloniale en Casamance
était la Jeanne d'Arc diola : Alinesitow Diatta. Cependant, cette situation privilégiée
de la majorité des femmes ne doit pas cacher la situation difficile que connaissent
les autres. On estime à 25%, le nombre de femmes ou de jeunes filles excisées
au Sénégal. Si en ville la pratique a presque disparu du fait de l'information
prodiguée à la télévision ou dans les associations et des lois très sévères, dans
les campagnes elle reste courante notamment chez les Peulhs et les Toucouleurs
du Sénégal oriental et du Fouta. Il
n'est pas rare de voir, malgré les consignes de sévérité données aux gendarmes,
des excisions collectives réalisées dans des villages. Chez les Peulhs, c'est,
comme la circoncision, une occasion de fête. Les jeunes filles excisées (10-12
ans) se promèneront en boubou blanc avec un sceptre durant plusieurs jours. Les
artistes féminines du pays dénoncent ces pratiques depuis plusieurs années avec
des résultats encourageants. Les responsables musulmans s'y mettent également
en rappelant que l'excision n'est pas un précepte islamique. On s'aperçoit en
somme très vite que ces femmes veulent bien plus que les hommes devenir modernes.
La polygamie est rejetée en masse, et la mode
si africaine avec les fameux boubous multicolores est une des priorités tant des
jeunes filles que des femmes mariées. Cette liberté vestimentaire n'est d'ailleurs
possible que grâce à l'autonomie financière que leur donne leur petite activité
commerciale ou salariée (le plus souvent ménage). Photos, trois générations de
beauté et d'élégance : à droite, jeune fille dakaroise, à gauche, les deux générations
précédentes.
&
Séduire : cinq leçons sénégalaises de Sokhna Fall. A son arrivée au Sénégal,
une jeune étudiante tombe sous le charme de Samba, beau Sénégalais. Mais le jeune
homme doit s'absenter trois semaines ; lui sera-t-il fidèle ? Elle, l'étrangère,
ne sera-t-elle pas supplantée par une des femmes de ce pays, dont on dit qu'elles
sont les plus séduisantes d'Afrique ?. L'Etudiante est alors prise en main par
Coumba, volubile et très distinguée Dirianké (grande dame), à la gentillesse toute
maternelle, qui décide de lui apprendre les bases de la séduction à la sénégalaise
; comment porter les vêtements occidentaux, la taille-basse, le boubou, le pagne
et le petit-pagne, selon son âge, sa position sociale, mais, aussi, comment se
tenir, marcher, parler... et se faire désirer.Mais surtout, cet apprentissage
est l'occasion de découvrir les «dessous» d'une société très codifiée
: la sensualité, la provocation et l'élégance sont pour la Sénégalaise le moyen
de se distinguer de ses co-épouses, d'acquérir un certain pouvoir au sein d'une
société gouvernée par les hommes et de contourner les contraintes imposées par
l'Islam.
& L'entrepreneuriat féminin au Sénégal. La transformation
des rapports de pouvoirs de Fatou Sarr 
& Femmes africaines en milieu rural. Les sénégalaises
du Siné-Saloum de Marie Denise Piss. Aborde les différents aspects de la vie
de la femme dans la brousse sénégalaise, sans pour autant se montrer indiscret
ou partisan. Les anecdotes et les récits de femmes peuplent chaque page et l'attirent
dans leur univers quotidien.
o LES ENFANTS
Malgré
la pauvreté du pays, l'enfant sénégalais a, dans l'ensemble, une place enviable
dans la société. Il est vrai que, dans les zones rurales, la scolarisation est
minimale et même souvent nulle. Les enfants commencent à la campagne à aider très
tôt leurs parents sans que celà soit une corvée. Ici, les jeunes ne sont pas exploités
comme celà se voit souvent en Amérique du Sud. Le seul phénomène de ce type se
voit hélas chez les marabouts, pseudo
chef-religieux envoyant des myriades de gosses en bas âge mendier
dans la rue.
Comme ailleurs en Afrique, la classe d'âge à la campagne et dans les petites villes
a beaucoup d'importance. Les enfants qui naissent et grandissent ensemble sont
des frères jusqu'à la fin de leur vie. Ainsi ne soyez pas étonné qu'un sénégalais
vous parle de ses cinquante frères : en plus de ses frères de sang et de ses cousins
il y aura tous ses amis d'enfance issu de la même classe d'âge. Joueurs et libres,
sportifs fous de foot, les rues du pays grouillent de vie, de cris, de rires et
de pleurs. Généreux et partageurs, ils sont choyés par toute la famille. Dans
un pays où les châtiments corporels sont très rares, ils restent en milieux rural
très respectueux des adultes et des étrangers. Photos : à droite, jeunes circoncis
près de Sédhiou.
& L'envers du jour
: les enfants errants de Dakar de Jean-Michel Bruyère. Depuis janvier 1997,
Man-Keneen-Ki, groupe d'artistes vivant et travaillant à Dakar, prend en charge
des enfants errants auxquels il fournit logement, nourriture, éducation, soins
constants et, aussi, les moyens de l'expression artistique. Au bout de deux ans
de contacts quotidiens, la confiance, à laquelle rien ne préparait ces enfants,
s'est installée. C'est dans ce cadre que certains ont découvert la photographie
et qu'ils ont élaboré dans leur langue, le wolof, d'une intense précision - des
poèmes, des contes, des récits, où l'imaginaire et la réalité se mêlent étroitement
sans qu'on puisse jamais les distinguer. Cette production artistique étonne. Partout,
les regards doivent remiser leur condescendance et, devant des oeuvres fortes
et élégantes, profondément intelligentes, s'essayer au respect et à l'admiration
d'enfants d'abord laissés, comme des centaines de milliers d'autres dans le monde,
à mourir dans les rues. De leurs travaux, ce livre propose une sélection de photographies,
textes et peintures. Les poèmes et les textes (entre autres, d'Amadou Bâ, Ibrahima
Konaté, Khalifa) - qui constituent de loin la plus grande partie de cet ouvrage
- sont extraits d'une immense matière littéraire (poèmes, chroniques, journaux,
contes et nouvelles) produite par les enfants depuis juin 1996. 
& Pauvreté ambiguë : enfants et jeunes au
Sénégal - Collectif - ENDA/UNICEF
o LA POLYGAMIE
Les sociologues estiment qu'aujourd'hui seuls 12% des ménages
sont polygames et que cette pratique tends à disparaître un peu plus chaque année.
Mais il faut bien-sûr relativiser. L'Afrique noire n'a jamais été une société
à majorité de mariages polygames. Ce mode d'union n'a toujours bénéficié qu'aux
plus riches. Traditionnellement ce n'est même qu'aux chefs de villages que revient
ce privilège. La plupart des femmes refuseraient d'ailleurs de se marier avec
un homme déjà «muni» d'une épouse. Dans tous les cas, les maris ayant
plus de quatre épouses sont inexistants puisque ce chiffre est la limite qu'imposent
l'islam et la loi. Il n'y a guère que dans les zones
rurales que ce problème se pose du fait du système de «pré-mariages»
pratiqués par les parents qui décident à l'avance du mari qu'aura leur fille.
La polygamie est autorisée par la loi sénégalaise mais des textes très polémiques
pourraient être votés dans les prochains mois.
Voir
la page sur la polygamie et la monogamie dans la loi Sénégalaise
& La femme de mon
mari de S. Fainzang O. Journet. Présente le fonctionnement de l'institution
polygamique, le système idéologique qui la fonde et la vie quotidienne des femmes
dans le contexte de ce mariage par une approche de l'intérieur. Les auteurs proposent
en outre une étude comparative des réalités observées en Afrique et dans le cadre
de l'immigration en France.
o LA FAMILLE
Comme
sur le reste du continent, la famille reste le noyau de la société sénégalaise.
C'est grâce à cette famille que la population «tient le coup» malgré
la crise chronique que connaît le pays. Mais c'est aussi parfois à cause de ce
lien pesant que le pays éprouve certaines difficultés. C'est en conciliant cette
solidarité à une conception plus autonome de l'individu que des progrès réels
pourront être réalisés. Le problème, car c'en est un en partie, saute tout de
suite aux yeux de l'étranger. Les sénégalais en ont conscience et tentent petit
à petit de le résoudre : le travail, denrée rare et presqu'introuvable en milieu
urbain, est systématiquement donné aux parents plus ou moins proches de la personne
chargée de recruter. Le problème engendré par ce comportement est multiple : d'un
part, le parent employé n'aura pas forcément les qualités requises pour cet emploi.
S'ensuit donc une multitude d'erreurs commises par ces personnes non qualifiées.
D'autre part, les études pourtant très prisées par les sénégalais, ne serait-ce
que par enrichissement culturel, ne peuvent qu'être dévalorisées par ce genre
de recrutement familial : «pourquoi étudier puisque mes relations familiales
ne me permettront pas d'avoir un emploi correspondant à ma qualification?»
Et inversement : «pourquoi étudier puisque de toute façon mon oncle bien
placé dans l'entreprise X me fournira un emploi ?». Un certain découragement
s'empare donc des jeunes qui deviennent souvent fatalistes ne voyant comme unique
solution que l'émigration. Les petites annonces d'emplois proposées par les organisations
internationales ne sont même plus lues par les diplômés puisqu'ils savent que
c'est un sénégalais qui s'occupe du recrutement et que l'annonce n'est qu'une
formalité imposée par les coopérants étrangers ! Le résultat de cette préférence
familiale, fait humainement compréhensif mais économiquement déplorable, fait
que les familles riches ont tendance à s'enrichir grâce à la multiplicité des
emplois et que les plus pauvres stagnent dans leur misère. On se souviendra de
cette annonce nécrologique sur une radio nationale concernant un cadre d'Air Afrique
: «Mme Fatou X, sa tante, gestionnaire à Air Afrique, Mr Hassan X, son frère,
contrôleur aérien à Air Afrique, Mr Mamadou X, son frère, agent d'entretien à
Air Afrique, etc...ont la douleur de vous annoncer etc....». On comprends
désormais mieux la faillite de cette compagnie aérienne bananière où le recrutement
familial était la règle et où la moitié des passagers voyageaient à l'oeil bénéficiant
des billets gratuits réservés au personnel et à leurs familles. Néanmoins, en
milieu rural, ce phénomène s'atténue du fait de la quasi-absence de travail salarié.
Tout le monde est agriculteur et personne ne chôme vraiment. Cette solidarité
familiale loin de s'exercer uniquement dans les situations favorables se manifeste
également en cas de problème. Jamais un sénégalais ne sera démuni face à une perte
d'emploi ou au décès d'un proche. Il y aura toujours un lit, toujours une assiette
pour un frère, un neveu, un grand-père ou une arrière-petit-cousin dans l'embarras.
C'est même un devoir d'aider cette personne, au risque, si on ne le fait pas,
de passer dans le village pour une famille indigne. La majorité des sénégalais
étant dans «l'embarras» on comprends mieux pourquoi une personne qui
travaille en peut en avoir vingt autres à sa charge ! Ce besoin de «bien
paraître» aide également à comprendre pourquoi lorsqu'un membre de la famille
fait un acte répréhensible par la loi ou condamnable par les traditions, c'est
sur tous les parents que rejaillissent la honte et l'opprobre, sur plusieurs générations.
L'héritage des vieilles traditions familiales se voie dans la vie de tous les
jours. Dans la plupart des familles par exemple les hommes mangent de leur côté,
alors que femmes et enfants mangent à part.
& La famille wolof d'Abdoulaye
Diop (anthropologie-sociologie)
& Structures familiales et fécondité en milieu
urbain : cas du Sénégal de Nafissatou Diop
o L'ALPHABÉTISATION
Comme
dans beaucoup de pays en voie de développement, l'illettrisme et l'analphabétisme
sont importants au Sénégal et sont un frein à la croissance. L'enseignement public
est pourtant d'assez bonne qualité si on le compare à d'autres pays d'Afrique.
Le problème vient en fait des zones rurales qui sont vraiment défavorisées. La
création au milieu des années 90, des «volontaires de l'éducation»,
ces jeunes bacheliers envoyés en brousse pour une indemnité de 50.000CFA/mois
seulement (76 euros) a largement contribuer à aider ces populations rurales qui
ont de grandes difficultés à envoyer leurs enfants à l'école. Les conditions d'enseignement
dans les campagnes sont néanmoins très difficiles. Faire acheter un stylo à 100CFA
(0,15 euros) à un enfant tient du miracle. Ne parlons donc même pas des livres.
Dans les endroits les plus excentrés, il n'y a qu'un seul niveau de classe pour
tous les élèves qui étudient avec une simple ardoise sous une paillotte. Les meilleurs
élèves comme les moins bons sont donc vraiment pénalisés. La région de Tambacounda,
la plus grande du Sénégal, compte deux collèges public et un lycée public !!!
Beaucoup n'ont pas les moyens d'envoyer leurs enfants en pension ou dans des familles.
Ici, les catholiques Bassaris et Tendas-Bediks sont favorisés puisque souvent
les missions catholiques envoient à leur frais les meilleurs élèves dans les meilleures
écoles du pays. A
Dakar, il est assez rare de voir un enfant ne pas parler français. A part dans
les quartiers les plus pauvres comme Ngor, Pikine, Yoff-pêcheur, la situation
est plutôt bonne quand à l'enseignement primaire. Visiter un village comme Fongolembi
ou une petite préfecture comme Kédougou et vous vous apercevrez que la plupart
des enfants ne parlent pas un traître mot de français ! Les chiffres sont parlants
: 35% de la population Sénégalaise seulement est alphabétisée. On peut donc considérer
que l'illestrisme touchent plus de 70% de la population. Ce sont évidemment les
femmes qui rendent ces chiffres si bas puisque 45% de hommes sont alphabétisés
(presque un sur deux) alors que chez les femmes ce chiffre et de 20% (une sur
cinq). En effet, les jeunes filles ont souvent moins de chances de se voir envoyées
à l'école. Encore une fois, ces différences s'estompent fortement en région urbaine.
A Dakar, on voit même la situation s'inverser petit à petit et des experts pensent
que d'ici cinq ans, la population féminine au niveau lycée dans la région de Dakar
sera supérieure à la population masculine. Photo à droite : une école maternelle
privée à Dakar. A gauche : une école primaire sous une paillote, en brousse.
Voir
aussi l'article sur la scolarisation dans un village du Saloum dans le bulletin
n°14
& L'alphabétisation au Sénégal de
Manfred Prinz 
& Le Français et les langues africaines du Sénégal
de Pierre Dumont 
& L'université de Dakar : institutions et fonctionnement
d'André Bailleul 
o LES CAUSERIES
Ce
terme typiquement sénégalais désigne les réunions publiques destinées à débattre
d'un thème donné ou d'informer la population d'un problème de société. Ce genre
de manifestation qui est particulièrement à la mode depuis le début des années
80 est encouragé par les ONG qui y voient un moyen simple et efficace de sensibiliser
la population aux différents problèmes de société. Les sujets, très variés, tournent
néanmoins le plus souvent autour des problèmes de santé
: SIDA, choléra, paludisme.... mais aussi autour des thèmes
de socio-économique : épargne, planification familiale, éducation... C'est pour
l'étranger (souvent convié à ces causeries) un excellent moyen de connaître les
problèmes rencontrés au Sénégal et les opinions que la population s'en fait. C'est
dans les zones rurales que le phénomène est très visible car ces réunions se déroulent
le plus souvent en extérieur au centre même du village et rassemblent l'ensemble
des habitants du secteur. Photo à droite : causerie dans un village près du pays
sérère.
Voir aussi
l'article sur l'ataya
Voir
aussi l'article sur les "coins"
o LES TONTINES
Le mot tontine vient de Tonti, banquier italien du XVII siècle.
Ce système d'épargne, aujourd'hui typiquement africain, est répandu sur l'ensemble
du continent et brasse souvent plus d'argent que les banques. Cet argent qui échappe
aux institutions du pays rend cependant d'immenses services à la population et
est géré de façon exemplaire. La tontine est avant tout un système de répartition
des ressources à l'échelon local. En effet, la tontine dépasse rarement le cadre
du quartier ou du village. Au Sénégal la tontine est presque exclusivement gérée
et utilisée par les femmes. C'est sûrement la cause de la confiance qu'inspire
ce mode d'épargne auprès de la population. Le principe de la tontine sénégalaise
est simple : chaque semaine la mère de famille donne une somme fixe (généralement
entre 500 et 1000CFA) et mensuellement une ou plusieurs familles se voient attribuer
à tour de rôle et en toute transparence (souvent en présence d'un conseil de femmes)
une somme importante. Le crédit restant peut être attribué à une famille particulièrement
ou momentanément dans le besoin. Cette somme attribuée à l'avance permettra à
la famille nécessiteuse d'avoir une importante somme avant que son tour n'arrive.
Voir aussi l'article sur les tontines et les mutuelles dans le bulletin 13
& Le système des tontines en Afrique
de C. Mayoukou
o LA PAUVRETÉ
De
nombreux visiteurs étrangers sont surpris de voir un certain niveau de vie à Dakar.
Ces personnes, qui ne sont pas à blâmer vue l'image qu'on ne cesse de donner de
l'Afrique dans les médias, s'attendent à leur arrivée à l'aéroport de Yoff à voir
des cases africaines en plein centre de Dakar
! Il faut bien faire la nuance entre pauvreté d'un pays, et pauvreté de ses habitants.
Le Sénégal est bel est bien un pays pauvre bien qu'il soit plus riche que quatre
de ses cinq frontaliers. C'est donc la puissance économique et militaire régionale.
Cela permet au moins aux Dakarois d'avoir un
niveau de vie que beaucoup d'africains envient. La télévision couleur
est ainsi entrée dans la majeure partie des foyers dakarois. Et la solidarité
sénégalaise fait que adultes et enfants n'ayant pas de télévision y ont néanmoins
accès grâce à un parent ou voisin. Ainsi personne ne rate le combat de lutte
dominicale ou le match France-Espagne ! Cette solidarité se manifeste également
par le partage des décodeurs Canal Horizons et des antennes permettant de capter
TV5 , RFI , MCM , MTV, etc... L'électricité est également généralisée puisque
98 % des foyers Dakarois ont du courant chez eux. Là encore les «arrangements»
y sont pour quelquechose puisqu'un même compteur, et donc un même abonnement,
profite souvent à plusieurs familles. Paradoxalement l'eau est présente dans beaucoup
moins de foyers que l'électricité. Mais c'est aussi un problème de traditions.
En effet, l'eau est souvent achetée aux fontaines publiques qui sont un lieu de
palabre excellent pour les ménagères (c'est notamment le cas dans les villages
lébous de Ngor, Yoff,
ou Ouakam). Dans la banlieue dakaroise de Thiaroye ou Pikine, de nombreuses concessions
familiales tirent encore leur eau d'un puit.
Le téléphone est également un service rarement présent dans les foyers. Mais les
télécentres, véritable phénomène sénégalais fourmillant dans tous les quartiers
remplacent avantageusement les abonnements coûteux de la Sonatel.De plus,
le téléphone portable s'étant généralisé, le nombres d'habitants équipés d'un
GSM est supérieur à celui des possesseurs d'une ligne fixe.
Ainsi les Dakarois bénéficient d'un niveau de vie enviable en Afrique de l'Ouest.
Les infrastructures sont régulièrement entretenues et l'éclairage nocturne est
omniprésent. De nombreux nouveaux quartiers ont été bâtis en toute intelligence
et leur convivialité n'est pas à critiquer. Tel est le cas de quartiers de classe
moyenne comme les S.I.C.A.P. Liberté, Amitié ou Baobab, de quartiers populaires
tels que les Parcelles Assainies, les H.L.M., les Sacré-Coeur ou Bop et des quartiers
réservés aux nantis comme Point E, Fann, Hann-plage, les Almadies, ou Mermoz.
Voir
la page sur les quartier de Dakar
Cependant, même si les bidonvilles du type «favelas»
brésiliennes n'existent pas, de nombreux quartiers populaires ont connu une expansion
anarchique et la construction sauvage fait qu'il est difficile d'y vivre ou plus
simplement d'agrandir son logement. C'est dans ces quartiers démunis qu'il n'est
pas rare de voir dix personnes ou plus dormir dans la même pièce. C'est le cas
du groupe Pikine-Guédiawaye-Thiaroye, sans contexte le plus difficile à vivre
du pays. Si la misère existe au Sénégal, ce n'est pas dans les zones rurales mais
bel et bien dans cet ensemble de quartiers à la
démographie galopante dont la population a dépassé celle de Dakar il
y plus de dix ans. Cependant un double espoir se profile pour les habitants de
ces quartiers.Le gouvernement doit fermer l'aéroport de Yoff (ou du moins le réduire
de 70% afin de préserver une base aérienne militaire) et vendre à petit prix les
terrains. Un nouvel aéroport devrait être construit à Bargny pour éviter les nuisances
d'un trafic aérien grandissant et rapprocher les touristes des chaînes d'hôtels
de la Petite Côte. Le deuxième espoir
est la «parcellisation» des terres à l'Est de Dakar.
Ceci permettra une nouvelle fois de dégorger les quartiers pikinois bordant ce
secteur Est en créant des nouveaux espaces viabilisés à Malika, Yeumbeul ou Keur
Massar.
Quoi qu'il en soit, qu'ils habitent dans de nouveaux quartiers
ou dans les pires, le mot d'ordre des jeunes sénégalais est «débrouillardise».
Moins d'un Dakarois sur cinquante est employé à plein temps et touche un salaire.
Tous font donc de petits boulots occasionnels leurs permettant d'aider la famille,
de se vêtir et de sortir. En outre, tous les Lébous sont pêcheurs quand ils n'ont
rien d'autre à faire. Des villages entiers ont la pêche pour principale activité.
Ngor, Yoff, Yerar et Bargny sont donc les villages de pêcheurs par excellence.
Une partie de tous ces pêcheurs ont cette activité pour profession exclusive.
Mais les jeunes la pratiquent occasionnellement et surtout en période vacances
scolaires. L'apprentissage est aussi pour cette immense classe d'âge un moyen
de gagner quelques C.F.A. Mais soulignons que cet apprentissage ressemble plus
à une exploitation tyrannique. Il s'exerce dans de nombreux domaines mais principalement
dans la couture, les transports et la mécanique. L'apprenti n'a aucun statut et
sa rémunération est laissée à l'entière appréciation du maître d'apprentissage.
Elle dépasse rarement 5000CFA (7,6€) par mois. La durée de ces formations
est en général de 3 ou 4 ans, mais elle peut être plus longue et aller jusqu'à
8 ans.
Voir la page sur le mode de vie des Sénégalais : équipement, dépenses étudiés
statistiquement
Voir l'article
de Corinne DERIOT sur la pauvreté à Dakar
Voir aussi
la page sur la mendicité au Sénégal
& L'envers du jour : les enfants
errants de Dakar de Jean-Michel Bruyère. 
& Des casseurs de cailloux à Dakar : une classe
ou une caste ? de Michaël Singleton 
& Pauvreté ambiguë : enfants et jeunes au
Sénégal - Collectif ENDA/UNICEF
o LA DÉLINQUANCE
Le Sénégal est un des pays d'Afrique qui a le plus faible
taux de délinquance violente. Même à Dakar, elle est assez faible pour passer
inaperçue au touriste de passage. Elle est néanmoins en constante hausse et les
vols ou cambriolages augmentent de manière exponentielle. Les aggressions sont
cependant très rares. Même les quartiers réputés «dangereux» tels
que Pikine, Thiaroye, Grand Yoff ou Grand Dakar n'abritent que de très rares «bandits
agresseurs». A vrai dire, le pire des quartiers sénégalais ne vaut pas ,
question insécurité, le plus tranquille des quartiers parisiens. Mais la plupart
des Dakarois sont originaires de villages ruraux où rien ne se passe. La vie urbaine
leur fait donc assez peur pour essayer de vous communiquer cette phobie de l'agression.
La superstition en empêche aussi certains de sortir seuls à certaines heures.
Donc, sans tenter le diable, vous pourrez vous balader à n'importe quelle heure
dans tous les quartiers de la capitale. C'est d'autant plus vrai si vous êtes
en groupe. Bien-sûr, il existe quand-même des grands délinquants mais ils
sont rares et très rarement sénégalais. En effet, il s'agit pour la plupart de
réfugiés anglophones sans foi ni loi. Les prisons sénégalaises sont ainsi pleines
de Gambiens, de Sierra-Léonnais, de Libériens, de Ghanéens et de Nigérians. Si
les aggresseurs sont rares, les pickpockets et les petits arnaqueurs pullulent
par contre à Dakar et à Mbour
et dans une moindre mesure dans les autres grandes villes sénégalaises. Il est
impossible de les éviter et la seule parade est d'être plus malin qu'eux (ce qui
n'est pas difficile) en les prenant à leur propre jeu.
Voir aussi l'article du Soleil dans la bulletin 12 sur les "gangs" de
Pikine
& La criminalité au Sénégal
de Meïssa Niang
& Les trottoirs de Dakar de B-M Seye. Des photos
d'aujourd'hui sur les décalés, les marginaux, les fous dans la ville, au milieu
de la ville, Dakar, Sénégal 
o LA PROSTITUTION
C'est un véritable problème de société au Sénégal comme dans
l'ensemble de l'Afrique noire. La prostitution «professionnelle» touche
assez peu de femmes (leur nombre est évalué par différents organismes à moins
de 8000 sur l'ensemble du territoire). Seule «consolation» pour ces
jeunes filles, elles exercent en boîte de nuit et ne font pas le trottoir. Le
phénomène de proxénétisme est également absent. Le gouvernement aidé des ONG essaye
d'aider ces filles depuis plusieurs années en les obligeant à avoir une carte
sanitaire régulièrement mise à jour après examen médical et test HIV. Le problème
tient en fait aux femmes qui se prostituent pour arrondir les fins de mois ou
accéder à un mode de vie supérieur. A Dakar en particulier et dans l'ensemble
du pays, une catégorie de jeunes filles échangent leurs charmes contre de petites
sommes d'argent pour acheter des pacotilles, perruques et vêtements coûteux
«à l'européenne». A l'échelle nationale, les sommes impliquées sont
néanmoins énormes. La multiplication des partenaires favorise évidemment les MST
et en particulier le SIDA. C'est le cas notamment
en zone rurale ou l'usage du préservatif reste marginal. Le deuxième catégorie
de non-professionnelles est constituée de femmes d'âge supérieur mariées ou célibataires
avec enfants et que la misère pousse pour nourrir ces derniers à se prostituer
occasionnellement.
A côté de cette véritable prostitution, le pays est touché par le problème du
mbaraan. Le terme wolof désigne les flirts auxquels s'adonner les jeunes filles
(souvent étudiantes) aux Sénégal. Il n'est pas rare dans ce contexte particulier
de voir ces filles s'engager dans des relations intéressées avec des hommes qu'elles
n'aiment pas pour en obtenir des cadeaux, des vêtements voir des sommes d'argent
substancielles.
Voir
aussi la page sur le "mbaraan"
& Marges, sexe et
drogues à Dakar : ethnographie urbaine de Jean-François Werner. A Pikine,
banlieue populaire de Dakar, l'explosion démographique urbaine et la profonde
crise économique ont aggravé les problèmes sociaux : désintégration des familles,
délinquance, prostitution, drogue. C'est dans ce cadre que l'auteur, ethnologue,
explore l'espace de la marginalité urbaine, en étudiant les consommateurs de drogues
illicites. 
o L'EXODE
RURAL
C'est
une réalité bien relative au Sénégal. En effet, comparé aux pays d'Amérique du
Sud ou même d'Afrique équatoriale, le taux d'urbanisation assez faible (34% contre
plus de 70% dans les pays développés et en Amérique latine) montre que le Sénégalais
reste attaché à la campagne d'où il tire des revenus suffisants. Le relatif investissement
du gouvernement depuis quelques années dans les infrastructures sanitaires et
les services (eau, électricité, téléphone, poste ....) inverserait même plutôt
la tendance. Mais ceux qui partent à la ville sont les forces vives du pays :
jeunes étudiants et lycéens doivent aller dans les grandes villes pour étudier.
Il y restent souvent après. Si les collèges sont courants (une
cinquantaine de villes en sont dotées, qu'ils soient publics ou privés, pour un
total de 300 établissements), les lycées sont plus rares (une vingtaine
de villes dotées pour une quarantaine d'établissements) et les classes post-bac
encore plus rares (deux universités : Saint-Louis
et Dakar, et quelques classes post-bac de plus ou moins
bonne qualité dans une dizaine de ville). Il est néanmoins très rare de voir des
villages abandonnés ou vidés de leur population. L'explosion démographique des
villes sénégalaises (1000hab/km2 à Dakar) est donc due pour la plus grande partie
à une augmentation interne et non à une immigration de ruraux (moins de 10hab/km2
au Sénégal oriental, photo : une habitation
rurale en pays sérère). La densité et le faible coût des
transports en commun favorise également ce faible exode rural car l'habitant
du petit village reculé peut très bien se rendre en ville pour quelques achats
sans pour autant devoir y résider plusieurs jours. Malgré tout, un certain nombre
de «campagnards» ont dû s'installer en ville ces dernières années.
Beaucoup ont commencé fuir au cours des grandes sécheresses des années 80. Mais
durant les premiers jours de l'hivernage, ils retournent dans leur grande majorité
aider la famille dans les champs.
Aujourd'hui, la région la plus touchée par l'exode rural est
très sûrement la Casamance dont
les villageois ont quitté la campagne pour fuir les exactions
des militaires sénégalais et des indépendantistes. L'acharnement d'un
gouvernement incapable de régler la crise fait voir aux jeunes un avenir bien
incertain en «Kassa di Mansha».
Voir les cartes
IRD sur les taux de croissance en zone rurale par département à deux périodes
différentes : 1960-1988
et 1976-1988
(format PDF)
|