Premier exposé du séminaire "Corps & Langage" 2002-2003
"Dans la dynamique familiale, c'est beaucoup plus
l'inconscient qui est l'agent de l'éducation, réussie
ou non, qu'un savoir pédagogique appris"
F.Dolto, L'image inconciente du corps, p 89
Alors j'ai décidé cette année de
vous parler du corps. C'est presque un paradoxe qu'un enseignement de
psychologie soit consacré au corps. Je me suis dit que
c'était une bonne idée parce qu'avec le corps on
pouvait aborder beaucoup de choses, la sociologie par exemple,
regardez le nombre de gens qui se font tatouer maintenant, tatouer ou
trouer, on rajoute des trous en plus, il y a même une revue qui
s'appelle "Piercing magazine" et quand on parle du corps en
sociologie, cela peut nous amener au rapport que nos ancêtres
menaient avec leur propre corps, leurs propre corps ou celui des
autres, et je pense là aux odeurs corporelles qui sont
maintenant tabous mais qui, autrefois, faisaient parties du
quotidien.
"A l'époque (...) il régnait dans les villes une
puanteur à peine imaginable pour les modernes que nous sommes.
Les rues puaient le fumier, les arrières-cours puaient
l'urine, les cages d'escalier puaient le bois moisi et la crotte de
rat, les cuisines le chou pourri et la graisse de mouton ; les
pièces d'habitation mal aérées puaient la
poussière renfermée, les chambres à coucher
puaient les draps graisseux, les courtepointes moites et le remugle
âcre des pots de chambre (...). P. Suskind, Le Parfun,
P9.
Mais au bout du compte, pourquoi j'ai choisit le corps, hé
bien c'est pour soutenir une seule chose, une chose que je peut vous
dire dès à présent : le corps humain est
dénaturé par le langage ! Et quand je dis le corps
humain, c'est vraiment des organes dont je parle, du bout des pieds
à la tête. Notre condition d'être parlant fait que
nous n'avons pas de rapport naturel avec notre corps. Le
psychanalyste Charles Melman écrit : "je crois que nulle part,
aucune population n'a de rapport naturel avec le corps; il s'agit
toujours d'un rapport culturel" ; et quand Melman parle de rapport
culturel, cela prend appui sur le langage.
Qu'est ce que l'éducation ? Vous connaissez peut être
l'éthymologie de ce mot : "educare, sortir de"... sortir de
l'animalité, on dit aussi "élever" n'est ce pas ? Le
principe de l'éducation c'est le refoulement, et nous savons
tous que nous refoulons notre propre corps, en tout cas ses
manifestations. Notre époque ou chacun fait soit disant ce
qu'il veut, une époque ou dominerait l'émancipation du
sujet, vaste connerie, emporte avec elle ses interdits autour du
corps, péter, roter, la décence... En fait,
l'idéal se situe ou ? Hé bien dans ce que le philosophe
de la médecine Lerriche appelait "le silence des organes",
avoir un corps silencieux, policé, c'est une des fonctions de
l'éducation. L'expérience nous le montre tous les jours
: c'est lorsque le corps ne fait pas parler de lui qu'on peut dire
qu'on se sent bien, je me sent bien parce que je ne sent rien !
A ce sujet le philosophe Kant écrivait que l'odorat est
anti-social, sans-gêne, irrespectueux, envahissant, l'odeur,
c'est ce qui me ramène à ma zoologie.
De soutenir que le corps est dénaturé par le langage,
cela va très loin, parce que ça nous permet de saisir
des choses qu'on ne peut pas comprendre autrement, la pudeur par
exemple, quels sont les "parties", les zones à ne pas montrer
? Les pieds, les genou, l'épaule, l'aréole des seins,
les tétons ? Quelquesoit les cultures humaines, il y a
toujours quelque chose qu'on ne doit pas voir. Et puis on peut se
poser des questions qui paraissent aussi bête que celle la :
pourquoi certaines parties du corps de l'autres sont excitantes
à voir ?
Alors, pour commencer cette année, nous allons partir... du
point de départ, à savoir ce qui se joue pour le
nouveau né. Car après tout, c'est bien de ça que
nous partons, des entrailles de notre mère et cela n'est pas
sans effet bien sur. Alors il y a tout de même un point tout
à fait remarquable, qui déjà nous
différencie de la plupart des espèces vivantes, c'est
qu'à la naissance, le bébé est imature, on
pourra même dire qu'un enfant qui nait à terme est
prématuré ! Prenez par exemple les cochons d'indes,
j'en ai une troupe chez moi : à trois minutes ils gambadent,
à trois jours ils mangent de la salade et à trois
semaines les males tentent de copuler avec leur mère !
Le moins que l'on puisse dire pour l'être humain, c'est qu'il
est défavorisé à la naissance, il ne peut pas se
mobiliser pour aller chercher de la nourriture, il est incapable
d'exprimer correctement ses besoins, il est donc dans
l'impossibilité de mettre en branle ses instincts alors que
finalement ce n'est qu'à la naissance qu'on peut
repérer les instincts à l'état brut chez
l'humain.
Qu'est ce que c'est que l'instinct ? C'est l'inscription d'un savoir
sur le lieu du corps, un savoir mais pas une connaissance, un savoir
hors du langage : lorsque - dans les premièrs jours - le petit
homme oriente sa bouche du coté du sein de sa mère, il
ne sait pas qu'il sait, c'est cela l'instinct.
Cette question de l'instinct est tout à fait passionante parce
que si vous regardez ce qui se joue pour les animaux pas très
évolués, la poule par exemple, vous avez la
réponse au tissus de conneries que l'on peut entendre à
propos du déterminisme des gènes chez l'être
humain, l'intelligence, l'homosexualité, la psychose j'en
passe et des meilleures. Alors, la poule, ou plutôt le coq,
qu'est ce qu'il nous apprend ? Pour une fois, profitons en ! Le coq
nous apprend que si nous l'élevons isolé de ses
congénères jusqu'à l'âge adulte il sera
dans l'incapacité, une fois qu'on le met avec des poules,
incapable de copuler : il ne sait pas comment s'y prendre, il fait
n'importe quoi, n'importe comment et lorsque son stress devient trop
grand, il attaque la femelle. Il y a l'instinct me direz vous, oui
mais justement, pour s'exprimer, l'instinct a besoin d'un
environnement particulier qui permet aux séquences
innées de se dérouler correctement. Ce qui est valable
pour notre coq l'est aussi pour Mozart car si son papa ne lui avait
pas forcé la main 8 heures par jours dès l'âge de
3 ans, on se demande comment son "instinct musical" se serait
exprimé... J'ai trouvé dans le dernier numéro de
La Recherche un article à propos des prix Nobel, vous savez
que certaines femmes se sont fait inséminées par du
"sperme de Nobel" comme on dit... "Avec 109 Nobel obtenus entre 1975
et 2001, les Etats-Unis écrasent le marché. Qu'on
l'accepte ou non, cela illustre l'incroyable vitalité de la
science américaine. Car, même si le Nobel
récompense une personnalité d'exception, il est clair
qu'un environnement favorable favorise aussi l'épanouissement
de ces animaux rares". Nous reverrons cette question de l'instinct un
peu plus tard autour d'un concept inventé par Freud : celui de
pulsion.
La vie utérine ne suffit donc pas à préparer un
être humain à la vie et c'est son entourage qui va
palier à cette prématurité. Elle n'est pas une
erreur de la nature, cette prématurité, c'est - pour
reprendre l'hypothèse formulée par Bolk au début
du sciècle - la condition même de notre statut
d'être humain. A savoir que l'homme serait, du point de vue de
l'évolution, un primate né avant terme. C'est à
dire que nous présentons à la naissance, toutes les
caractéristiques que présente un primate dans
l'utérus de sa mère plusieurs semaines avant sa
naissance : abscence de pilosité sur le corps par exemple,
face avant non prohéminente... Ne croyez par que
l'hypothèse de Bolk soit farfelue : j'ai trouvé dans un
article de "La Recherche" les mêmes commentaires à
propos du chien qui présente à sa naissance beaucoup de
similitudes avec un foetus de loup qui n'est pas encore parvenu
à maturité. Le numéro du mois de septembre
dernier de La Recherche évoquait encore cette théorie
qui s'appelle l'hétérochronie. Pour ceux que cela
interesse, il y a un bouquin de l'évolutioniste Stephen J.
Gould, qui ne traite que de cela : Ontogénèse &
Philogénèse.
Ce qu'il faut retenir, c'est bien cette notion de
prématurité, d'insuffisance qui va faire du petit
d'homme à sa naissance quelqu'un pour qui l'autre, à
savoir sa mère à priori, occupe une place VITALE
à tous les niveaux. Cela n'est pas sans conséquences,
cette dépendance, dont on sait qu'elle est d'ailleurs de plus
en plus tardive. L'année dernière, je vous ai
parlé de la fabrication d'une entité sociale,
l'adolescence, qui correspond à la mise sous tutelle de jeunes
adultes qui autrefois vivaient leur vie d'homme et de femme à
15 ans. Maintenant ils restent à la maison des parents de plus
en plus tard et il y a eut même des films récents pour
parler de ses adultes d'une trentaine d'années qui sont
très bien chez papa et maman.
Cette place de l'autre, on peut vraiment la repérer
facilement chez les petits enfants et puisqu'on est à la
rentrée, regardez un peu ce qui peut se jouer pour les enfants
à la maternelle, les premiers jours : il suffit qu'un se mette
à pleurer pour déclencher les pleurs chez les autres,
regarder aussi cette capacité d'imitation corporelle,
imitation non volontaire, des grimaces chez les tous petits, enfin,
je vais terminer sur quelque chose qui - peut être - vous
amenera à réfléchir sur cette notion de
traumatisme : j'ai reçu il y a quelque temps une jeune
personne qui venait de perdre un membre de sa famille, sa question
était "mes enfants peuvent-ils nous accompagner à
l'enterrement, cela ne va t-il pas les traumatiser ? Voilà une
bonne question ! Une question moderne. Qui touche à la fois
celle de la victime (qui n'est pas victime de quelque chose ?) et
celle de la mort. Je lui ai répondu que ses enfants seraient
d'autant plus troublés qu'ils sentiront du trouble autour
d'eux. C'est troublant de voir, de sentir que ceux qui sont tout pour
nous se sentent en danger. Dolto allait plus loin, à propos de
certaines pratiques ambigues d'un éducateur sur un enfant,
elle disait que parfois le foin qu'on en faisait causait plus de
problème que le geste lui même. Ca peut vous choquer
mais allez voir ce qui se passe dans un parc, lorsqu'un petit enfant
tombe et que ça mère se précipite sur lui avec
un visage d'anxiété vous pouvez être sur que le
petit va pleurer, comment voulez vous qu'il soit autrement : si celle
qui est la garantie de son existence a peur c'est que c'est grave
!
Dans le parc ou ailleurs. Songez qu'au Moyen-âge, chez les
vilains, les paysans, un des moyens de supporter le froid consistait
à ce que toute la famille dorme dans le même lit avec
les conséquences pour les enfants d'assister au coït
parental. Vous imaginez maintenant ce qu'on en dirait ?
Ne croyez pas que je cherche à vous provoquer, je tente
surtout à vous montrer avec tous ces exemples que l'essentiel
c'est ce que perçoit l'enfant de la place dans laquelle
l'adulte le met - ou ne le met pas - une place d'objet ou de sujet.
Regardez par exemple l'allaitement au sein ; certaines femmes le
pratique jusqu'à ce que leur enfant ai 3 ans, pour se
justifier elles donnent comme exemple certaines tribus d'Afrique ou
c'est courrant, mais la question ne se situe pas là,
plutôt sur le fait que dans ces tribus il s'agit d'une pratique
ou le choix n'est pas donné à la mère, c'est
comme ça ! Alors qu'en France, lorsqu'une femme fait ce choix,
on ne peut pas mettre de coté sa psychologie à elle.
C'est essentiel.
Bon, cette mère qui allais à un enterrement,
qu'à t-elle fait au bout du compte ? Hé bien lorsque je
l'ai revu elle m'a dit que ses enfants avaient changé d'avis,
qu'ils ne voulaient plus y aller à l'enterrement, elle
n'était pas dupe : "ils ont peut être senti que
ça m'embettait". Oui madame, ils ont senti. Reportez vous
à la citation préliminaire de mon exposé.
Il n'y a pas si longtemps de cela, les enfants accompagnaient encore
les parents durant les enterrements, ils pouvaient voir le cadavre
mais d'un autre coté, c'est le sexe qui était
caché. A l'heure actuelle c'est l'inverse, ce qui est devenu
obscène c'est la mort, la mort réelle bien sur, parce
que la mort en image, on ne cesse de la voir tous les jours,
jusqu'à la nausée. Je ne sais pas si vous avez suivi
les débats pour ou contre la pornographie et la violence
gratuite à la télévision, à propos de la
future TNT, mais ce qui me surprend beaucoup c'est de voir comment
les journalistes n'interrogent le CSA qu'à propos de la
pornographie, et pas de la violence gratuite, il faudra un jour qu'on
m'explique en quoi le fait de voir une cinquantaine de
méchants et de policiers se trucider, s'étriper pendant
deux heures de film, est moins troublant pour les têtes blondes
que de voir un tueur en série, un psychopathe...
Revenons à notre question du jour : ce qui est tout à
fait interessant, c'est de voir que ce qu'on pourrait appeler
"l'inconsistance du nouveau né" favorise le fait qu'il devient
dépositaire de l'imaginaire des parents, cela n'arrive pas
qu'au moment de la naissance, prenez ces mère qui
écoutent des cassettes d'Anglais ou de la musique classique
pour éduquer leur foetus, mais dès la naissance, les
parents vont faire tenir une place particulière à cette
enfant. J'ai reçu il y a quelque temps une personne qui venait
pour son enfant, après avoir été alertée
par l'institutrice : votre enfant est infernal ! Au fil de
l'entretien qu'est ce qui se révèle ? Quelque chose de
tout à fait étrange : cet enfant infernal, cet enfant
qui se roule par terre, qui hurle, qui désobéï,
avant même de l'avoir c'est ce qu'elle imaginait des enfants :
"ce n'est pas que je n'aime pas les enfants, disait cette personne,
mais je ne voulais pas garder ceux des autres, je voulais pas les
entendre pleurer, réclamer des choses...".
Le bébé humain est donc un être faible,
démuni, qui reste très longtemps tributaire de l'Autre
pour satisfaire ses besoins vitaux, cela l'amène à
être à l'affut de tout ce qui se passe autour de lui, il
ne perd rien des allées et venues de l'entourage, il entend
tout, les cris, les disputes, les sous entendus, les mots
échangés, les expressions du visage, les paroles que
les adultes lui adresse. S'il il n'y avait pas tout ça, il
resterai idiot. L'Autre devient le lieu primordial où se
greffe la vie. Les lieux de son corps : bouche, anus, yeux, oreilles
se mettent à fonctionner par rapport à l'Autre. Le
corps est d'emblée pris dans le réseau relationnel
à l'Autre, il est à l'affût de tous les indices
qui, en se répétant, lui font signe : la voix tendre ou
rude, sa mimique, son sourire, les gestes plus ou moins
adaptés à son confort.
Le nourisson a faim, il crie. Ce cri fait apparaitre la mère
et la nourriture. Ce cri prend donc vite pour l'enfant, valeur
d'appel, il devient signifiant. Mais ce signifiant, c'est du
coté de l'autre qu'il prend sens : "tu as froid ? Tu as faim ?
Tu veux venir dans mes bras?... tu est méchante, arrête
donc de crier !". Ce qui fait dire à Lacan en 66 : "C'est de
l'imaginaire de la mère que va dépendre la structure
subjective de l'enfant", il rajoutera plus tard : "Le sujet,
initialement, commence au lieu de l'Autre, en tant que là
surgit le premier signifiant".
Chaque mère va donner à son maternage un style
particulier lié à sa propre dynamique psychique. Une
mère qui met au premier plan le nourrissage, sera anxieuse si
elle a un bébé qui mange peu, devant les biberons
à moitié bus elle se sentira mauvaise, elle va peut
être alors multiplier les repas, ce qui va engendrer des
régurgitations qu'elle entend comme lui étant
adressées, "il m'a vomi tout son biberon", cela va renforcer
son angoisse et peut être la conduire au gavage "une
bouchée pour papa, pour maman..". Une autre pourra investir la
zone anale, se préocuper de la quantité et de la
consistance des selles, Anny Cordié dans "un enfant
psychotique" relate cet exemple entre une mère et sa fille :
"ça suffit, si tu manges trop de chocolat, tu auras mal au
ventre et tu ne pourras plus faire caca", sur quoi la petite fille se
précipite sur le pot et revient aussi vite l'apporter à
sa mère, avec à l'intérieur un bel
excrément". Elle rajoute cette phrase qui va résumer
mon propos : "Quand la mère porte un intérêt
particulier à une partie du corps de l'enfant avec la
jouissance qui s'y attache, elle marque à jamais de son sceau
cette zone corporelle". C'est de ça dont parle Dolto
lorsqu'elle évoque l'image inconsciente du corps, l'image
inconsciente du corps - qui n'est pas le schéma corporel -
(qui, lui, appartient à l'espèce), l'image inconsciente
du corps c'est : "la synthèse vivante de nos expérience
émotionnelles : interhumaines, répétitivement
vécues à travers les sensations érogènes
électives, archaïques ou actuelles" plus loin "l'image du
corps est à chaque moment mémoire inconsciente de tout
le vécu relationnel (...) actualisable par toute expression
langagière, dessin, modelage, invention musicale, plastique
comme aussi mimique et gestes (P22 & 23).
Voilà pourquoi pour Freud le corps est une
réalité, c'est à dire quelque chose qui est le
résultat d'une construction. On ne naît pas avec un
corps, notre corps c'est la conséquence du rapport entre un
organisme et le langage.
Pour vous faire vraiment saisir que le corps de l'enfant est
subjectivé par l'Autre et que cette subjectivation, en retour,
va faire effet sur l'enfant on peut évoquer la sexualisation
de l'enfant par ses parents, c'est à dire comment les parents
vont induire un mode relationnel différent selon que leur
enfant est un garçon ou une fille, en fait, dès le jour
de sa naissance, l'entourage du bébé transmet à
ce dernier un "mandats" qui concerne la masculinité ou la
féminité, "qu'est ce que c'est qu'être une fille"
ou "qu'est ce que c'est qu'être un garçon". Les petites
filles sont jolies (dit-on aussi souvent à un garçonnet
qu'à une fillette qu'il est joli?), délicates,
sociables, passives, douces et facile à élever ; les
petits garçon sont actifs, vigoureux, robustes, indociles et
agressifs. La façon dont cet entourage va se comporter sera
donc différente selon que l'enfant est désigné
comme étant un garçon ou une fille.
Lorsqu'on se penche sur les parents et les interactions qu'ils ont
avec leur bébé, on constate que les mères
sourient plus que les pères mais que les deux touchent plus un
bébé fille qu'un bébé garçon, les
pères seraient par ailleurs plus attentifs à leur
premier garçon. Il semble aussi que les mères prennent
autant leur fille qui pleure à 3 semaines qu'à 3 mois,
alors que la prise au bras du garçon qui pleure diminue entre
3 semaines et 3 mois. Une enquête menée par Jeffrey
Rubin et Zella Luria sur le comportement verbal des parents à
la naissance constate qu'à taille égale les
garçon sont plus grand que les filles mais que ces
dernière sont plus belles, gentilles, douces aussi plus
distraites, tandis que les garçons sont plus solides, ont les
traits plus marqués que les filles.
Dans "Le Deuxième sexe", Simone de Beauvoir faisait remarquer
que les jupes des femmes leur laissent moins de liberté qu'un
pantalon, pour faire ce qu'elle veulent de leur corps. Mais si on
reste sur la petite enfance, on peut se demander si les petites
filles ont autant de marge de manoeuvre pour prendre des risques dans
les jardins publics que les petits garçons, non seulement en
raison de leur tenue mais aussi de l'imaginaire parental qui
détermine le rapport qu'elles vont entretenir avec leur corps
: a niveau égal par exemple, l'agressivité physique
d'une petite fille est moins bien tolérée que celle
d'un garçon.
Le langage, c'est donc ce qui fait... ce qui fait corps. Prenez
l'accent par exemple, c'est vraiment étonnant l'accent, la
façon de poser les sons, de la moduler, d'utiliser les
sonorités nasales, les aspirations etc... c'est à dire
la façon d'utiliser ses organes de phonations par
identification aux voix familiales. Vous connaissez peut être
des personnes qui "ont prit l'accent" de la région dans
laquelle elles vivent, c'est à dire qui ont changés les
modulations de leur voix, c'est très affectif tout ça,
très archaïque. Prenez les étrangers qui vivent en
France, qui parlent parfaitement Français mais le
Français n'est pas leur langue maternelle, he bien lorsqu'ils
se mettent en colère, quand ce sont les tripes qui parlent,
c'est leur langue maternelle qui vient en premier. Soit dit en
passant, cela pose une autre question : peut on faire une
psychanalyse dans une autre langue que sa langue maternelle ?
"Qu'est ce que la langue maternelle pour vous ?" Demande Charles
Melman dans son séminaire sur la névrose
obsessionnelle. "Quelle représentation, je veux dire quelle
spécification en donnez vous ? C'est important pourtant !
rajoute t-il, On pleure en écoutant sa langue maternelle quand
on ne la pas entendue depuis longtemps. On souffre !" (p286).
Ce que je vous avance aujourd'hui, sur la place de l'Autre dans le
lieu du corps, ce n'est pas que du coté des enfants que nous
pouvons le voir, prenons cet exemple trivial, plutôt du
coté masculin, cette facilité à laisser
gérer par une femme ce qui concerne leur corps : les
vêtements. Comment de nombreux hommes ne sont pas eux, capable
de donner leurs mensurations alors que leur tendre épouse le
sait ! Etonnant non ? De toute façon c'est peut être
elle qui choisit les slip et les pantalons, alors... Ne croyez pas
qu'on peut s'en sortir en parlant de machisme, c'est une affaire de
structure.
Pensez aussi aux vieillards, aux vieillards en institutions. Des
vieillards dont on dit qu'ils "régressent vers la petite
enfance", on pourrait se demander jusqu'à quel point le champ
social (ou les institutions), ne favorisent pas cette
régression. Vous savez, l'être humain n'a pas 36
possibilités, en tout cas il n'a pas la possibilité de
faire du sur-place, je parle d'un point de vue psychique : soit il
avance, soit il recule.
Alors qu'est ce qui se passe et qui concerne le corps, qu'est ce qui
se passe dans les institutions pour personnes agées ?
Hé bien les équipes soignantes ont le soucis - qui
n'est, à priori, pas du tout suspect - d'empêcher les
personnes incontinentes de "faire sur elles" comme on dit. Pour cela,
les services mettent les personnes agées sur les toilettes
à des heures précises. Il y a pourtant une incidence
psychique à de telles pratiques : c'est que pour ces
vieillards qui sont placés sur le trone en fonction d'un
protocole, c'est l'autre qui prend le pas sur leurs perceptions
internes. Hé bien lorsque l'autre occupe ce terrain là,
le terrain de mieux savoir que le sujet lui même ce qu'il en
est de ces besoins, je peux vous assurer que ça participe
à la régression psychique. Je me souviens de cette
vieille dame qui ne cessait de parler de sa merde, "j'ai bien fait
caca aujourd'hui ?", "J'ai envie d'aller sur la chaise pot", "je
crois que je suis constipée". Il y a deux moment dans la vie
d'une personne ou l'autre s'interesse à ses excréments
: lorsqu'il est bébé et lorsqu'il est mlalade en
institution. Bon, les équipes n'en pouvaient plus ; je suis
allé voir cette vieille femme qui - immédiatement - m'a
proposé... des bonbons !
Ouf !
Vous imaginez bien qu'en tant que psychologue, ma neutralité
bienveillante ne pouvait que me conduire à... les accepter.
Mais ils sont vraiment bon vos bonbons. Hé bien vous
êtes bien le premier à me dire ça, ici personne
n'en veut ! J'ai imposé aux équipes de soins d'accepter
les bonbons que cette vieille femme pouvait leur proposer. C'est
à dire de sortir de cette connerie de neutralité "il ne
faut rien accepter des malades", ce qui la conduisait -elle- à
ne leur donner qu'une seule chose, de la merde. Qu'est ce que les
vieillards en long séjour peuvent donner d'autre? Voilà
une question essentielle ! Qu'est ce que les institutions donnent
comme moyen aux vieillards grabataires de fabriquer, de fabriquer
quoi ? De fabriquer du lien ! Du lien qui va faire que quelque chose
va circuler entre le vieillard et le soignant, quelque chose du
coté de la parole et pas du déchet. Parce que si les
équipe ne rentrent voir une personne que pour ramasser ses
déchets : changer sa couche, la nettoyer, balayer le sol,
laver les vêtements, hé bien la pente vers
l'identification au déchêt est vraiment glissante : je
suis un déchêt.
Copyright Olivier Coron