sur le vent jaune, s'épanouissent les sons de cloche.
Dans la tour jaune, s'arrête la cloche.
Le vent dans la poussière sculpte des proues d'argent.
F. Garcia LORCA (Bourdon)
Voix grondante qui parle, [à coté du tonnerre,
Faite pour la cité [comme lui pour la mer !
Vase plein de rumeur [qui se vide dans l'air.
Victor Hugo
HISTORIQUE DU CARILLON
C'est dans le nord de la France, la Belgique , la Hollande, bref les Flandres, que le carillon connut ses plus belles heures, son âge d'or. En tous temps, dans toutes les religions, les cloches signifièrent l'alliance du Divin et du Terrestre. Mais plus que tout, dans les Flandres, le carillon de la chrétienté fut lié aux choses quotidiennes, marquant heures et travaux, accompagnant les fêtes et les danses, tel une véritable enluminure sonore, digne des Très Riches Heures du Duc de Berry. C'est au XIIème siècle qu'apparait l'horloge sonnante (le quadrillo) avec l'obsession de suivre la marche du temps avec son cortège de joies et de peines. C'était un ensemble de quatre petites cloches "appiaux", clochettes d'appel qui tintaient avant que ne sonne la grande cloche des heures. Mais en ces temps de grande foi, qui dit heures dit matines, vêpres et complies, c'est à dire les prières. Et à Lyon, on joue déjà sur le quadrillo les hymnes et les psaumes. Ainsi naissent le carillon et le futur carillonneur. Mais à cette époque c'est le batteleur qui est chargé de "batteler les appiaux" à l'aide de maillets de bois, le batteleur qui dans l'esprit des chrétiens doit porter hors du Temple un écho des prières du sanctuaire. Au XIVè siècle, les riches cités des Flandres entretiennent un batteleur, tel Jehan des Bacques à Douai en 1391, surnommé assez mystérieusement l'inventeur du carillon. Au XVIème siècle, les Flamands inventent le clavier, car les cloches, à l'image de la civilisation de guerre, de négoce et d'art dont elles sont l'âme et le symbole, se font énormes mais délicates. Elles se multiplient dans toute l'Europe. Dès 1531, on vante la grandeur et la belle sonorité des cloches des Flandres sur lesquelles les flamands jouent des ritournelles variées. En 1583, pour "toquer" les énormes bourdons, les Malinois doublent le clavier manuel d'un pédalier. C'est le véritable commencement de l'art campanaire (de Campana, nom d'une province italienne où l'on fondait déjà les cloches en 400 après JC). Un Hollandais à la fin du XVIème siècle écrit : "Dans notre pays, presque tous les jours, on entend un grand concert de cloches. Il y a tant d'art , tant d'harmonie que l'on croit entendre, non un carillon mais un orgue". Les carillonneurs se devaient d'être des athlètes en plus d'être des organistes, des clavecinistes et même des compositeurs. Dans le clocher ou le beffroi, isolé par une cabine du vacarme qu'ils allaient déclencher, le carillonneur se lançait souvent torse nu dans une lutte triomphale, vêtu des gantelets de cuir épais aux mains, chaussés de brodequins, le front entouré d'un bourrelet, les genoux et les coudes bardés de cuir. Il tapait à coups de poings le clavier, martelait du pied le pédalier, frappant aussi des genoux et de la tête les touches en forme de manche à balai. Pas étonnant qu'un Anglais visitant les carillonneurs anversois ait pu écrire au XVIIIè siècle : " Après un quart d'heure de jeu furieux, le carillonneur s'étant mis en grande transpiration, mettait son bonnet de nuit, en disant qu'il était obligé de se coucher pour récupérer..." Survient 1789. La Révolution transforme en monnaie et canons les carillons du Nord. Après la tourmente, les carillons réapparurent mais de facture défectueuse. Quant aux carillonneurs, ils avaient pour la plupart perdu, comme les fondeurs, les secrets de leurs pères. Après l'apocalypse des deux guerres mondiales, quelques hommes vont réussir le retour de l'art campanaire. Ainsi en 1914, Jef Denijn, le maître carillonneur de "La Mecque" du carillon, Malines, se réfugie en Grande-Bretagne et avec l'aide des fondeurs britanniques, retrouve les sonorités des cloches d'antan. A la même époque Alfred Paccard, descendant des illustres fondeurs savoyards, fond et brasse 2300 modèles avant d'obtenir les harmonies idéales. La Tour Abbatiale de Saint Amand les Eaux Le Carillon Extraits musicaux
En tous temps, dans toutes les religions, les cloches signifièrent l'alliance du Divin et du Terrestre. Mais plus que tout, dans les Flandres, le carillon de la chrétienté fut lié aux choses quotidiennes, marquant heures et travaux, accompagnant les fêtes et les danses, tel une véritable enluminure sonore, digne des Très Riches Heures du Duc de Berry.
C'est au XIIème siècle qu'apparait l'horloge sonnante (le quadrillo) avec l'obsession de suivre la marche du temps avec son cortège de joies et de peines. C'était un ensemble de quatre petites cloches "appiaux", clochettes d'appel qui tintaient avant que ne sonne la grande cloche des heures.
Mais en ces temps de grande foi, qui dit heures dit matines, vêpres et complies, c'est à dire les prières. Et à Lyon, on joue déjà sur le quadrillo les hymnes et les psaumes. Ainsi naissent le carillon et le futur carillonneur. Mais à cette époque c'est le batteleur qui est chargé de "batteler les appiaux" à l'aide de maillets de bois, le batteleur qui dans l'esprit des chrétiens doit porter hors du Temple un écho des prières du sanctuaire. Au XIVè siècle, les riches cités des Flandres entretiennent un batteleur, tel Jehan des Bacques à Douai en 1391, surnommé assez mystérieusement l'inventeur du carillon.
Mais en ces temps de grande foi, qui dit heures dit matines, vêpres et complies, c'est à dire les prières. Et à Lyon, on joue déjà sur le quadrillo les hymnes et les psaumes. Ainsi naissent le carillon et le futur carillonneur. Mais à cette époque c'est le batteleur qui est chargé de "batteler les appiaux" à l'aide de maillets de bois, le batteleur qui dans l'esprit des chrétiens doit porter hors du Temple un écho des prières du sanctuaire.
Au XVIème siècle, les Flamands inventent le clavier, car les cloches, à l'image de la civilisation de guerre, de négoce et d'art dont elles sont l'âme et le symbole, se font énormes mais délicates. Elles se multiplient dans toute l'Europe. Dès 1531, on vante la grandeur et la belle sonorité des cloches des Flandres sur lesquelles les flamands jouent des ritournelles variées.
Les carillonneurs se devaient d'être des athlètes en plus d'être des organistes, des clavecinistes et même des compositeurs. Dans le clocher ou le beffroi, isolé par une cabine du vacarme qu'ils allaient déclencher, le carillonneur se lançait souvent torse nu dans une lutte triomphale, vêtu des gantelets de cuir épais aux mains, chaussés de brodequins, le front entouré d'un bourrelet, les genoux et les coudes bardés de cuir. Il tapait à coups de poings le clavier, martelait du pied le pédalier, frappant aussi des genoux et de la tête les touches en forme de manche à balai.
Pas étonnant qu'un Anglais visitant les carillonneurs anversois ait pu écrire au XVIIIè siècle : " Après un quart d'heure de jeu furieux, le carillonneur s'étant mis en grande transpiration, mettait son bonnet de nuit, en disant qu'il était obligé de se coucher pour récupérer..."
Quant aux carillonneurs, ils avaient pour la plupart perdu, comme les fondeurs, les secrets de leurs pères. Après l'apocalypse des deux guerres mondiales, quelques hommes vont réussir le retour de l'art campanaire. Ainsi en 1914, Jef Denijn, le maître carillonneur de "La Mecque" du carillon, Malines, se réfugie en Grande-Bretagne et avec l'aide des fondeurs britanniques, retrouve les sonorités des cloches d'antan. A la même époque Alfred Paccard, descendant des illustres fondeurs savoyards, fond et brasse 2300 modèles avant d'obtenir les harmonies idéales. La Tour Abbatiale de Saint Amand les Eaux Le Carillon Extraits musicaux